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REVUE D'ALSACE

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KvlbimM. ~ XnpriflMrto Y«wr« ^4«r * CI*.

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REVUE D'ALSACE

NOUVELLE SERIE

QUATRIEME ANNEE

TOME QUATRIÈME

COLMAR

kV BUREAU, PLACE DU MARCHÈ-AU-PETIT-BÊTAIL, N* 23 1876

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H- V- 2.7

1

LETTRES INÉDITES

DE Louis XTTT, Louis XIV, du prince de Condé, etc.,

▲DRESSÉES AU MAGISTRAT DE STRASBOURG OU RELATIVES AUX AFFAIRES DE CETTE VILLE.

(1642-1647) Tirées des Archives de la ville de Strasbourg

Les docoments publiés ici pourroot servir en quelque sorte de Bupplément aux pièces nombreuses de la même époque, éditées autrefois par Eentzinger et Yan-Ruffel. Ils ne pré- sentent point par eux-mêmes un intérêt majeur, je suis le premier à le reconnaître. Ils s'intercaleront modestement à leur place, dans les recueils cités plus haut, apportant un léger surcroît d'informations aux détails déjà connus sur cette période de notre histoire locale.

Ce qui m'a porté à copier ces pièces, il y a quelques années déjk, et ce qui m'engage à les publier aujourd'hui, c'est la certitude que dans très peu de temps les originaux auront cessé d'exister. C'est en aidant les recherches que je faisais aux Archives de la ville, en 1869, à la piste de Josias Glaser, que mon savant et obligeant ami, M. Tarchiviste Brucker, mit la main sur la liasse renfermant les documents qui vont suivre et qui se trouvaient au milieu d'une foule d'autres papiers, non encore classés alors, relatifs à la guerre de Trente- Ans.

Cette liasse avait probablement traversé le sac lamentable de lHÔtel-de-Ville, en 1789; elle avait traîné dans les ruis-

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6 REVUE D* ALSACE

seaux et de plus, elle avait être inondée de vin. Remise sans doute dans ce piteux état dans un tiroir des Archiyes, l'humidité avait produit ses effets ordinaires sur les papiers qui s*y trouvaient. Ils avaient lentement pourri, et quand nous voulûmes examiner le contenu du dossier, un bon nombre de ces pièces étaient devenues complètement illisibles s'en allèrent en poussière, au premier contact. Ge que j'en pus déchiffrer encore fut transcrit afin d'empêcher la dispari- tion complète de ces documents qui, depuis cinq ans, ont nécessairement dépérir encore, et qu'aucun soin ne saurait soustraire désormais à une destruction totale.

J'ai naturellement tftchéde trouver dans d'autres documents ofiSciels, l'explication de certains points obscurs de ces lettres, et j'ai consulté de préférence les protocoles du Conseil des Treize pour cette époque. Je ne puis m'empêcher de signaler ici un fait qui s'est révélé à moi pendant ces recherches. Il paraîtrait que même les protocoles de ce corps suprême et dont les délibérations restaient secrètes, ne contiennent pas tout ce qui se passait au sein du Cionseil. Plus d'une des lettres transcrites plus bas, et bien certainement arrivées aux destinataires, puisqu'on les retrouve dans leurs archives, n'a point été mentionnée dans les procès* verbaux officiels des séances. Cest un détail que l'historien futur de Strasbourg, qui devra nécessairement dépouiller tous ces protocoles, fera bien de ne point perdre de vue. J'ai joint ces édaicisaements au bas des pages, tout en regrettant de ne pouvoir en fournir davantage, et laissant à d'autres, plus savants ou plus heureux, la tâche d'expliquer plus tard ce qui a rester obscur pour moi.

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LETTRES IKÉDITB8 DB LOUIS XIU, LOUIS XIV, ETC.

I.

Lettre du roi Louis XIII à M. Mekhior de Fhle^ résident de France à Strasbourg

Monsieur de l*Isle, J'ay esté bien fiasché de ce qui est arrivé aux députez de la ville de Strasbourg qui alloient trouver le duc Charles de Lorraine, comme j'ay fait en- tendre à ceux qui sont venus vers moy de la part de la dite ville, pour m'en faire plainte \ C'est ce que je luy tes- moigne aussy par la response que je fais à sa lettre qu'ils m'ont rendue ; mais c*est une affaire faitte et en laquelle il y a de telles circonstances que je ne puis autre chose pour le présent qu'avoir du déplaisir qu'elle se soit passée de la sorte qu'ils m'ont représenté. Vous tiendrez la main par

^ La ville de Strasbourg, étroitement liée en 1642, à la politique fran- çaise, tenait à rester en bons termes avec les princes et généraux voisins qui auraient pu dévaster ses terres. Parmi ceux dont elle craignait le plus les incursions, était aussi le duc Charles IV de Lorraine. Pour se le rendre propice, le Magistrat décida qu'on lui enverrait un cadeau de six chevaux. A ce moment, le duc était encore l'allié de la France, mais peu après il rompit le traité qui le liait à Louis XIII. Quand les envoyés de Strasbourg passèrent le 13 novembre 1641 à Lorentzen, à proximité du rayon d'observation du commandant français de Saverne, M. de Pesse- tières, ce dernier, qui depuis longtemps était mal disposé pour la Répu- blique, fit enlever le convoi, sans doute sous prétexte qu'on le menait à l'ennemi. Ce fut en vain que les Conseils envoyèrent, le 17 janvier 1642, une députation à la Cour de France, composée de deux membres de la Chambre des XV, François-Sébastien Rœder et Jacques-Frédéric Bœcklin, et du secrétaire de la Chambre, Gaspard Bernegger. On leur donna de belles promesses, mais on se refusa, comme le montre la lettre du roi, à toute restitution. Ce qu'il y a d'amusant dans cette affaire, c'est que le due de Lorraine n'entendait pas perdre le cadeau qu'on lui avait destiné. Il envoya son secrétaire, le sieur Le Petit, à Strasbourg, pour demander les chevaux, puis, déclarant qu'il serait trop difficile de les mener et de les entretenir, son envoyé insinua au Magistrat qu'il préférait de l'ar- gent comptant (einm sack voU geldesj. Les procès-verbaux des XIII d'avril à juin 1642 sont remplis de ces négociations.

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8 RBYUB D' ALSACE

votre prudence et adresse à ce que la dite ville soit tou- jours bien persuadée de ma bienveillance en son endroit et du désir que j*ay la luy faire cognoistre en tout ce qui me sera possible. Quant à ce qui est des isaufconduits pour aller à l'assemblée Ton doit traitter de la paix *, vous pourrez l'asseurer qu'il m'en sera délivré un général pour tous les alliez et adhérents de cette couronne, en vertu duquel ladite ville pourra envoyer ses députez à la- dite assemblée mes plénipotentiaires auront ordre de soubtenir ses intérêts comme les miens propres, aînsy que l'en ay cy devant asseurée et que vous luy confirmerez de nouveau en termes exprés. Sur -ce je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur de Flsle, en sa sainte garde. Escrit à Nar-

bone* le premier Avril 1642.

LOUIS.

BOUTHILLIER.

n.

Lettre du roi LOUIS XIV au baron ^OystmvilU.

Monsieur le baron d'Oysonville, Ayant accordé à mes bons amis, Testât, Maistre et Conseil de la Republique de Strasbourg la sauvegarde et confirmation d'exemption

que vous se et qui est conforme à celle que le feu Roy,

Monseigneur mon Père de glorieuse mémoire, que Dieu absolve, les avait faict expédier, J'ay bien voulu l'accom- pagner de cette lettre pour vous dire que l'intention de la

' « L'assemblée Ton doit traitter de la paix » c'est la coniérenee des plénipotentiaires européens, résolue à la suite de la signature des préliminaires de paix de Hambourg, le ^5 décembre 1641, mais qui lie devait se réunir que bien des mois après, à Munster et Osnabrûck.

' Louis Xlll était alors occupé de la conquête du Roussilion, et se trouvait dans le Midi avec le cardinal de Richelieu, qui poussait d'un coté le siège de Perpignan, taudis qu'il surveillait de l'autre les intrigues de Monsieur et de Cinq Mars.

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UrriRES IlCtolTBSDBLOinSXniyLOXTIBXIV, ETO. ^

Royne régente. Madame ma Mère et la mienne est que irous Fobserviez et fassiez Tobserver en ce qui deppendra de Yous et gardiez en toutes occasions la bonne voisinance et correspondances requises avec ceux de la dite Répu- blique et leurs subjectz, m'asseurant qu'ils y correspon* dront de leur part, en ce qu'ils doibvent, pour le bien de mon service et Tadvantage de cette Couronne, et la pré- ■fiente n'estant pour autre fin, je prie Dieu, Monsieur le Baron d'Oysonville, qu'il vous ayt en sa saincte garde.

Escrit à Paris, le 8 Juillet 1643.

LOUIS.

A Monsieur le Baron d*OysonvîUf, mon Lieutenant au gouvernement de la ville et forteresse de Brisac et du pays en dépendant.

m.

Lettre du baron itOysonville à Messieurs de Strasbourg,^

Messieurs,

Le Sieur major Schord de mon régiment (d'infeinterie) allemande m'a fsiîct entendre que pour avoir assisté à une presche de la religion prétendue réformée chez feu Mon- sieur De risle, résident pour Sa Majesté en vostre ville,*

' C'est un de ces points sar lesquels noos n'avons tronyé aucun ren- seignement dans tes protocoles des XIII. Nous avons en vain parconrti tous les proces-yerbauK de mars à juin 1644. Nous y avons trouvé un certain nombre de lettres du baron d'Oysonville mentionnées et discu- tées, mais de celle-ci point de trace. Le nom du major Schord (ou peut- être Scbard) n'est point mentionné non plus dans les registres détaillés du volume qui renferme les protocoles de 1644.

' Melchior de l'isle, résident de France auprès de la République de Strasbourg et quelques princes voisins, y était arrivé pour la première foie en 1631. Appartenaot à la religion protestante, il avait été bien reçu par le gouvernement de la ville et sut déployer beaucoup d'habileté dans la représentation des intérêts français à Strasbourg. Il doit être mort dans les premiers mois de ^1644, et fat remplacé, peu après, par H. Stella de Morimont. Le sujet de la lettre me semble assez bizarre.

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10 BEVUE d'ALSAGB

VOUS Tauries mis en une amende de quatre-vingt livres. Je ne scay pas Messieurs quel (sic) est la prétention et quelz sont les privilèges des ministres du Roy qui sont de cette religion, mais je scay bien que ceux de la religion catho- lique appostolique et romaine que je professe, ont toujours eu tout pouvoir de faire dire et célébrer la Sainte-Messe dans leurs maisons, chez tous les princes et dans tous les estats qui professent une religion contraire et j'ay veu des personnes de qualité subjectz et servants les susdictz princes faisant profession de la religion catholique, qui n'en avoient pas l'exercice libre mesme (en ?) ce temps et cette occasion pour y assister sans qu'ils en ayent jamais esté punis. Ainsy Monsieur de l'Isle a peu prétendre les mêmes droits en sa religion en son logis. Taurois pu vous prier de droict de ne point demander Tamende au susdit major Schord et mesme en considération qu'il n'est point vostre bourgeois et qu'il a service actuel en mon régiment et est seullement par rencontre auprès de sa femme qui est retirée en vostre ville, soubs votre protection et puis- que je vous ay dict que je ne suis pas bien informé des privilèges que feu M. de l'Isle et les semblables ministres du Roy, professant la religion qu'il professoit, l'ont peu prétendre dans leur logis, je vous demande par faveur et grattification de vouUoir cesser la demande que vous avez faict faire au dit major Schord d*une amende de 80 livres. J'auray obligation de me dire d'aultant plus, Messieurs, Vostre très-humble et très-affectionné serviteur,

De Brisach, d'OYSONVILLE.

Ce 3 AvrU 1644.

Messieurs^ Messieurs les Prêteurs, Consuls, et Sénat de la République de Strasbourg, à Strasbourg.

M. de l'Isle avait incontestablement le droit, selon tons les usages diplo- matiques, de faire célébrer dans son domicile le culte qu'il professait. On ne voit pas trop de quel droit le Ma(pstrat empêchait un militaire au service de France, qui dés lors n'était pas son sujet, à prendre part à ce culte domestique.

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UPTTBBB INÉDITES DE LOmS Xm, LOinS XIV, BTO. 11

IV.

Lettre du prince de Conde à Messieurs de Strasbourg^.

Messieurs, celle-ci servira pour accuser la réception de la vôtre et pour vous asseurer de la continuation de mon affection, avec la quelle je vous prie de croire que je feray auprès de la Reyne et dans le Conseil tout ce qui me sa (sic) possible en votre faveur, ne désirant rien tant que de vous Élire paroître combien je suis véritablement, messieurs,

Votre très-affectionné à vous faire service,

HENRY DE BOURBON. A Paris,

4 Febvrier 1644.

V.

Lettre du duc d'Enghien à Messieurs de Strasbourg^

Messieurs, Ayant besoin de trois mil rézeaux de grain, de quelque matérial (sic) et munitions de guerre pour

^ Le testament de Louis XIII avait nommé la reine régente, Monsieur, lieutenant-général du royaume, et le prince Henri de Gondé, chef des Conseils. Bien que le Parlement cassât le testament royal peu de jours après la mort du souverain, sur la demande même d'Anne d'Autriche, Monsieur et le prince de Condé conservèrent les titres dont ils avaient été revêtus ; c'est à cause de ce titre que le Sénat de Strasbourg av^it réclamé de lui sa protection pour l'avenir, par lettre du 21 août 1643. Le prince et les magistrats de la République avaient antérieurement déjà échangé des lettres de condoléance au sujet de la mort du roi. Voyez KsifTziifGBR, L p. 254 et 25.7, et protocole des XIII, 21 août 1643, 21 février 1644. La ville s'était plainte de la misère amenée en Alsace par rinvasion de l'armée française; elle avait expédié, pour plus de sûreté, ses doléances par la voie de Lyon, en triple expédition à la régente, à Monsieur et à Condé. C'est à cette pièce que répond le billet du prince.

^ Le duc d'Enghien avait été chargé de conduire des renforts à l'armée de Turenne qui campait alors en Alsace. Il avait passé à Saveme dans

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12 wamm d'axailcb

Tannée que je commande, J'ay bien voulu vous prier par celle-cy de m'en accorder la sortie de votre ville, etc.

LOUIS DE BOURBON. A Brisac, ce 2 Aoust 1644

VI.

Lettre du duc fEnghien a Messieurs de Strasbourg,^

Messieurs, J'ay tant de preuves de votre affection au service du Roy et aux Interests de la cause commune que je me pcometz que vous ne desnierez pas la prière que je vous &iictz de permettre la sortie de votre ville pour les denrées et choses nécessaires à Tarmée de Sa Majesté, par les Sieurs de Champlastreux et Tracy, sans lesquelles il est du tout impossible que elle puisse subsister, etc.

LOUIS DE BOURBON.

Du Camp de Langendentsling, le XV* Aoust 1644.

1m derniers jours de juillet, et j avait rencontré le secrétaire de ta Chambre des XV, Gaspard Bemegger, chargé de loi souhaiter la bien- veoae an nom du Magistrat. Celni-ci avait été bien reço. avait obtenu de loi des sanve-gardes poor llarlenheim et Wasselonne, et avait autorisé, par contre, le maréchal de Goiche à défiler avec les bagages de l'armée par ce dernier endroit (Protocoles des XIII, 21 juillet 1644). C'est après- sa jonction avec Tnrenne, qui campait alors entre Brisach et Fribourg, qu'Enghien demanda ces nouveaux envois de provisions en tout genre. La lettre du duc est mentionnée au protocole des XIII, du 96 juillet (vieux style).

^ Le protocole des XIII» du 8 aoAt 1644, mentionne cette lettre d'Enghien, et une lettre semblable de Turenne, qui priait le magistrat de ne laisser passer aucun soldat qui n'aurait point un passeport, tout en favorisant, dans la mesure du possible, les cantiniers qui viendraient faire des achats à Strasbourg. Cela fut accordé.

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LRTBB8 INÉDTTBS DB LOOIB Xm, LOT7I8 XIV, STO. 13

VU.

Lettre du duc uTEngbien ù Messieurs de Strasbourg,

Messieurs, Je vous ay voulu escrire un mot de ma main pour vous prier de vouloir prendre créance aux choses que le S*" de Tracy vous dira de ma part et luy octroyer les choses qu'il vous demandera *. J*attens cela des bonnes volontés et de Taffection que vous avës tousiours tesmoigné au service du roy et de la bonne cause, en mon particulier je vous seray très-obligé et vous tesmoigneray tousiours que je suis, Messieurs,

Vostre trës-affectioûé à vous faire service,

LOUIS DE BOURBON,

Au bout du pont de Strasbourg, 18Aoustl644*.

^ M. de Tncy, le mtinitionnaire général fGeneralcommiêsariuiJ de l'armée d'Enghien devait demander et vint demander en effet an Magis- trat 9000 rézeanx de blé (Protocole des XIII, 26 juillet 1644). Il ne faut jamais perdre de vne qne les correspondances françaises sont datées d'après le calendrier grégorien, les lettres et les protocoles de Strasbourg d*apràs le calendriw julien. Il y avait alors dix joars de différence.

* Eng^ien et Turenne se mirent en marche vers le nord dans les pre- miers jours d'août. Le jeudi 8 août 1644 (rieiix style), le commandant de Kehl, le capitaine Gornelins Beek avisait le Magistrat qne le chef des pontonniers (BrUckeMneigiêrJ de Tannée française, s'était présanté chec lai pour inspecter le pont sur la Kintiig, sans dovte potr y organiser le passade des tronpes. Il le renvoya à ses sopérienrs. Dans la mette séance, l'ammeister régnant rapporte qne M. de Tracy est venu loi de- mander l'antonsatioii d'aehelér en ville 1,000 qnartands de &rine chei les boulangers, en offrant paiement immédiat et promettant de vanter à S. A. la prévenance dn lla^strat. A peine lai a^t^l accordé ia première demande, qn'il vient réclamer encore un supplément de 300 qnartands. Les avocats-généranx de la ville sont d'avis d'accéder, afin de se débar^ raaser de lui. [Sur une observation de l'ammeister Stasdel, on charge M. Steinbock de sorveiller la fabrication ék pain ehes les boulangers, qni trompent volontiers quand ils ont d'aussi grandes livraisons à faire. Pans une seconde séance, tenue l'après-midi du même jotir, les députés

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14 RBVUB D'aLBAOK

vni.

Lettre du duc étEnghien à Messieurs de Strasbourg ^

Messieurs, Envoyant en votre ville le pourvoyeur de ma maison pour y faire quelques provisions pour la fourni- ture d'icelle, je vous prie de luy en vouloir permettre la sortie et de croire qu'en revanche de cette faveur et de celle que j'ay désia reçeue de vous en semblable occasion, Il ne s'en présentera point de vous servir que je ne vous fesse paroistre que je suis véritablement, Messieurs,

Vostre très-aflfectionne à vous feire service,

LOUIS DE BOURBON. Du Camp devant Philisbourg, le XXVI* Aoust 1644.

IX.

Lettre du duc d'Enghien à Messieurs de Strasbourg^,

Messieurs, La facilité avec laquellç vous m'avez accordé les campagnes passées les chosss que je vous ay deman- da Magistrat lai rendent compte qu'ils sont allés complimenter les deax généraux et qa'ils les ont trouvés à table dans une maison non loin de Kehl. On les y a fort gracieusement reçus, la courtoisie de la ville a été hautement reconnue, et on leur a fait part que le quartier général serait transféré pour la nuit à Auenheim. Le Conseil décide qu'on offrirait à Gondé quinze quartauds d'avoine, un demi**foudre de vin rouge et un demi-foudre de vin blanc et huit beaux poissons. Le secrétaire Bemegger ira les remettre ce soir dans un batolet (Protocole des XIII, 8 août 1644).

^ Tandis que les armées descendaient le Rhin, Tracy restait à Stras- bourg, faisant des achats considérables, obtenant le droit de faire cuire 2 à 9000 miches de pain par jour chez les boulangers de la ville, don- nant des dîners d'apparat au Magistrat et complimenté par eux en retour, avec cadeaux de vin, etc. On comprend que le duc d'Enghien ait con- tinué à bien traiter un Etat, qui, quoique neutre, lui rendait de pareils services. (Protocoles des XUI, 12 août. 17 août, 2 septembre 1644.)

' La lettre d'Enghien est mentionnée au protocole des XIII, le mer- credi 14 mai 1646. Le Magistrat décide d'y avoir égard dans la mesure

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LKTTRBd IKfiDrTBS DB LOXJSB Xm, LOUIS XIV, BTO. 15

dées me £aict espérer que vous ne me desnierez pas la prière que je vous Ëdctz de vouloir permettre au Sieur de Besselière, gouverneur de Saveme, ou à ceux qu'il enverra en votre ville, d'y faire achaptz d'avoines et de quelques denrées pour la provision de ma maison, vous asseurant que Je recognoistray toutes les assistances que vous me donnerés par la conservation des terres qui vous appar- tiennent et par un soing particulier que j'auray de tout ce qui vous touche, estant véritablement, Messieurs,

Vostre très-aflfectionné à vous Éadre service,

LOUIS DE BOURBON. De Paris,

le XVII* May 1645

X.

Ijfttre du duc d^Enghien à Messieurs de Strasbourg'^.

Cette lettre est conçue absolument dans les mêmes termes que la lettre suivante, sauf que le nombre des rézeaux n*y est point indiqué. Nous ne reproduisons donc ici que le post-scriptum autographe de Condé :

P. S. J'auray le mesme soin et s'il se peut plus grand que je n'ay eu, des choses qui vous appartiennent et je

da possible. Il le fit, car lorsque les demandes de Pesseiières eurent été satisfaites, et qu'an nouvel envoyé, le major de Fontaines, vint de Saveme, demander encore soixante quartauds d'avoine, on les lui délivra sur-le-champ.

^ Entre cette lettre et la précédente, le Magistrat reçut une autre mis- •sjve d'Enghien qui paraît perdue. En effet, par le protocole des XIII, du 2 juin 1645, nous apprenons que Vintendant Moié envoie à Messieurs de Strasbourg une lettre du duc qui demande la permission de faire acheter des blés à Strasbourg. Les porteurs de la lettre déclarent qu'il leur faut 2/X)0 qoartands de blé et 500 quartauds d'avoine. Sur ce chiffre, il leur en &ut 300 dés aujourd'hui, ainsi que la permission de faire moudre ce blé.

Le samedi 7 juin» Bemegger, envoyé au devant du duc à Saveme, revenait sans Tavoir encore trouvé. Mais à peine de retour à Strasbourg,

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16 BKTUS D'MiSAOS

YOU8 testnoigneray tousiours moa amitié en touttes sortes de rencontre

Vostre très^ffectionnë à vous £sdre service,

LOUIS DE BOURBON. De Verdun,

ce VII Juin 1645.

XI.

LiUn du duc d'Enghim à Messieurs de Strasbourg '.

Messieurs, Je me trouve tellement satis&it des tesmoî- gnages que vous me donnés de vostre affection que je ne perdray point d'occasion de vous en tesmoigner mes res- sentiments pour vous obliger à me la continuer. Ce que me promettant, je vous prieray de vouloir faire fournir le plus promptement qu'il se pourra au munitionnaire géné- ral de Tarmée du Roy que Je commande, la quantité de

on billet de Pesseliôres ravertissaît de la vanne d'Enghien, et nne dépu- tation 86 préparait à partir. Dans ce moment, Intj revenait aassi pour commencer les approvisionnements. Le 10 juin, il demandait 300 quar- tands d*avoine, le 12 juin, Enghien ini-mème faisait réclamer par un de ses serviteurs» 40 hectolitres de vin, 70 quartands d'avoine et 20 quar- tauds de farine. Le 13, Tracy obtenait la permission de faire cuire 3,600 livres de pain chez les boulangers de la ville. Ce même jour, MM. l'am- meiater Meyer et Tavocat-féoéral Iralin. rendaient compte de l'accueil gracieux que le duc leur avait fût à Saveme (Protocole des XIII, 7, 8, 10, 12, 13 juin 1645).

^ Enghien fit demander ee nouveau subside par M. de Vautorté. Le Magistrat, dont les provisions s'épuisaient, voulut lésiner d'abord, mai» renvoyé du duc déclara qu'une quantité moindre ne lui serait d'aucune utilité, qu'il ne pouvait, il est vrai, forcer Strasbourg à donner ce qu'on lui demandait, mais que s'il devait partir les mains vides, le duc n'au- rait plus de raisons pour ménager spécialement les terres de la Répu- blique. Le Magistrat, effrayé, se hâta de tout accorder (Protocoles des XIII, 25 juin 1645 et jours suivants). M. de Vautorté semble avoir séîoumé pendant tous les mois de juin et de j«illet à Strasbourg, à moins qu'il ne fît de fréquents voyages de cette ville au camp français.

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UrrTBBS INÉDITBB DB LOUIS XHI, LOUIS XIV, ETC. 17

deux mil raisseaux de bled dont il a besoin pour sur- venir (sic) à la subsistance d'icelle. C'est ce que J*attens de rinclination que vous feittes paroître en touttes rencontres au service de Sa Majesté, vous asseurant que je la feray valoir autant qu'il me sera possible, et qu'en touttes ren- contres vous cognoistrés que je suis véritablement, Mes- sieurs,

Vostre très-afifectionné à vous servir,

De Spire, Ce 30 Juin 1645.

LOUIS DE BOURBON.

XII.

Lettre du duc iPEnghien à Messieurs de Strasbourg.^

Messieurs, Ayant reçeu de vous jusques à présent toutes les assistances que j'en ay souhaittées, je me pronretz que vous ne me desniéré pas encore celle que je vous demande de deux mil Rézeaux de bled pour la fourniture de l'ar- mée que je commande, que vous m'obligerés infiniment de faire dellivrer au munitionnaire d'icelle outre ce que vous m'avés déia accordé. Et sy Êdre ce peut, ladite quan- tité de grain convertie en ferines, ou au moins la meilleure partie, vous asseurant que comme c'est chose qui m'Im- porte beaucoup et qu'il y soit rencontré toute sorte de Ècilité et dilligence, que je vous resteray fort obligé de les y apporter et en conserveray toujours un ressentiment

^ Cette lettre se rapporte également à la mission de If. de Vantorté, et le Magistrat dnt s'exécuter avec pins on moins de bonne grâce. On com- prend de quelle utilité devaient être pour lui ces immenses greniers publies, situés sur le Marché-aux-Ghevaux (place du firoglie) et dont les deux tronçons, séparés par un préfet peu respectueux des monuments historiques, font encore face au théâtre actuel.

NoureUe Série Année. 2

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18 REVUE D'iOiSÂCR

très particulier que vous cognoistrés aux occasions, et que je suis véritablement, Messieurs,

Votre très-aflfectionné à vous servir,

LOUIS DE BOURBON. Du Camp de Neckerhausen, le HT* Juillet 1645.

XIII.

Lettre de Messieurs de Strasbourg au duc (TEnghien,^

Monseigneur, Sur Tadvis qu'on nous a doné [sic) que V. A. avoit pris résolution de s'en retourner en France, Nous avons creu que le respect que nous devons à V. A. nous oblige à députer vers elle nostre Collègue le Sieur Martin-André Kœnig, de nostre Conseil des Treize et Gaspar Berneg, nostre Secrétaire, pour en nostre nom recevoir de V. A. l'honneur de ses commandements et l'asseurer de nos très-humbles services." Ce qui nous faict

' Le duc d'Ënghien passa encore tous les mois d'août et de septembre sur les bords du Rhin ; plus d'une fois encore il réclama le concours de la republique de Strasbourg. Ainsi le 23 août, un sieur Girart se pré- senta de sa part à Fammeistre régnant pour réclamer quatre-vingts quar- tauds d'avoine et 4,100 instruments divers pour travailler à des tranchées. La ville ne refusa pas absolument, mais demanda une liste spécifiée des engins qu'on demandait, et comme la livraison tardait, on envoya le secrétaire Bemegger auprès d'Enghien, qui se trouvait alors près de Philipsbourg, sous prétexte de le féliciter de son rétablissement (il avait été malade), mais en réalité pour qu'il ne perdît point patience (Proto- cole des XIII, 23 août, 13 septembre 1645).

* Ce n'était pas uniquement pour échanger avec lui des compliments flatteurs que Strasbourg envoyait des députés au duc d'Enghien. Ils allaient demander au général qui quittait l'armée des lettres de recom- mandation et des sauf-conduits nouveaux pour ses deux successeurs, Turenne et le maréchal de Grammont. Ils revinrent en ville, ayant été très gracieusement reçus et ayant obtenu ce qu'ils avaient désiré (Proto- cole des KIII, 20 septembre 1645).

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LETTRES INÉDITES DE LOTHS XIII, LOTHS XIV, ETC. 19

supplier V A. d'adjouster foy et créance entière à ce qu'ils luy proposeront de notre part et de nous faire la grâce de nous croire, Monseigneur, de V, A.

Très-humbles et très-obéissants serviteurs,

Les Préteur^ Consuls et Magistrat de la République de Strasbourg.

Ce-^ Septembre 1645.

XIV. Lettre du Magistrat de Strasbourg au duc d*Enghien.^

Monseigneur, Monsieur le maréchal de Turenne a bien fiiict paroistre par les efifects que les recommandations en nostre faveur que V. A. nous a faict espérer avant son départ, ny les services par nous rendus à la Couronne de France et spécialement à Tarmée qu'il commande, ne sont

^ Cette lettre montre qne les sauf-conduits donnés par Enghien n'avaient point servi à grand'chose. C'est le 11 décembre 1645 que le bailli de la Wantzenau annonce au Magistrat que le major-général Schœn- beck s'est présenté inopinément devant la Wantzenau, que ses soldats avaient incendié plusieurs maisons, puis s'étaient jetés dans les fossés du eh&teau et qu'il avait en ouvrir les portes pour éviter une prise d'as- saut. Le lendemain, le secrétaire de la Chambre des XIII et le major de Mûllenheim sont députés auprès de Schœnbeck pour se plaindre de cette flagrante violation de la neutralité de Strasbourg. Le général ou colonel français les reçut assez poliment, leur exprima son regret de ce qu'on avait agi ainsi, dit qu'il avait défendu à ses troupes de brûler et de piller dès qu'il avait su qu'elles se permettaient de le faire, mais qu'après tout son régiment devait camper quelque part, et qu'il ne pouvait pas le laisser périr de froid et de faim. La ville, ainsi rebutée, écrivit pour se plaindre au gouverneur suédois de Benfeld, Ifoser, ainsi qu'à la reine régente et au duc d'Enghien. Schœnbeck n'en bougea pas davantage des quartiers d'hiver choisis avec tant de violence. Il paraîtrait même que peu à peu Ton parvint à trouver un modus vivendi avec l'intrus, car nous le voyons demander à Strasbourg une fourniture de cent mous- quets pour ses troupes, et le bailli de la Wantzenau écrit au Magistrat qu'il a choisi le colonel pour être le parrain de son nouveau-né (Proto- cole des XUI, 11-21 décembre 1645)

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20 RSYUB D*ÀLSULCB

auprès de luy en aucune considération, puisqu*il a assigné au colonel Schœnbeck nos terres de la Donation Suédoise * pour quartier d'hjrver, qu'il y a fedct prendre de force comme V. A, apprendra plus particulièrement par le Mémoire qui luy sera présenté. Cette action est accompa- gnée de tant d'indignité et d'injustice, eu esgard à tant de lettres patentes, sauve-gardes et exemptions qui nous ont été octroyées de temps en temps, en vertu desquelles nos sujets doivnet être exemptez de semblables exactions, que nous nous asseurons de la bonté, générosité et bienveil- lance de V. A. qu'EUe sera bien ayse d'employer son crédit et authorité pour nous avoir quelque satisfaction et répa- ration d'un tort et affnmt insupportable, qui fournit aux ennemis de la France matière de se réjouir et de se moquer de nous, qui avions creu jusques à présent et tasché d'en persuader tous nos voisins que les armes de France n'avoyent autre but que de sauver et garantir les Estats d'Allemagne de l'oppression qu'ils souffroient. La gloire luy en demeurera et à nous le désir de nous revan- cher d'une grâce si singulière, et ce en qualité. Monsei- gneur, de V. A.

(La signature manque.)

Ce-^ Décembre 1645

XV.

Lettre du Magistrat de Strasbourg au prince de Conde}

Monseigneur, En la concurrence d'un grand nombre de personnes affligées de la mort de Monseigneur le prince de

^ Strasbourg avait reçu le 29 avril 1633 les bailliages de la Wantzenan et du Kochersperg, plus une série de bâtiments dans l'intérieur de la ville, de la part de la Régence saédoiseï afin de conserver sur les bords du Rhin un si utile allié.

* C'est dans la séance de la Chambre des Conseils, du 2 janvier 1647» que Bemegger donna lecture du brouillon de cette lettre, qui fut adopté par les membres du Conseil présents (Protocole des XIII, 2 janvier 1647)

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LETTBBfi INÂDITES DB LOUIS Xm, LOUIS XIV, ETC. 21

Condé, vostre Père, nous sommes de ceux que cette perte touche le plus sensiblement, voyans nostre République privée d'ung puissant Patron, lequel avec une affection autant constante qu'elle estoit généreuse et désintéressée, avoit de tout temps et en toutes occasions, protégé, appuyé et fevorisé nos interests. La douleur que nous en sentons s'accroist au double par la part que nostre devoir nous oblige à prendre à celle de V. A. tellement que nous nous trouvons si occupez à son grief, que tout ce que nous pouvons à présent apporter pour sa consolation c'est de lui tesmoigner que nous en avons besoin nous-mesme. Nous ne doubtons néantmoings, Monseigneur, de la vertu invincible de V. A. Elle nous fait espérer que parmy tant de victoires et de trophées, parmy les faveurs et les car- resses de la Fortune, parmy les cris et les applaudissements de toute la France, toutes arrivées du vivant de Mon- seigneur son père, Elle portera patiemment cette affliction particulière et imitera en cela l'exemple de ce grand Capi- taine Romain qui voyant ses triomphes meslés des funé- railles de ses plus proches, rendoit grâce à la Fortune de ce que parmy tant d'heur et de gloire, elle se contentast de cette part. Le plus grand soulagement que nous avons en nostre ennuy est d'estre asseuré que V. A. n'est pas moings héritière de son père en l'inclination qu'il a eu vers nous et nostre République, qu'EUe l'est de ses vertus et biens. Aussy sommes-nous résolus d'honorer, respecter, et servir V. A. avec la mesme dévotion et de luy donner des preuves que sommes véritablement, Monseigneur,

de V. A.

(La signature manque.)

2 Ce-y^-Janvier 1647.

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22 BEVUB D'ALSAOB

xvf.

Lettre du prince de Conde au Magistrat de Strasbourg.^

Messieurs, La cognoissance que J'ay de la bonne volonté que feu Monsieur mon père a eue pour vous me persuade facilement la douleur que vous m*escrivés avoir ressentie de sa mort et les preuves que vous m'avés données de vostre affection me font croire que vous avés pris part à Taffliction que cette perte m*a causée. Je vous en suis infi- niment obligé et vous asseure qu'en touttes occasions j'auray le moyen de vous en tesmoigner mes ressentiments, vous cognoistrés par les eflFects que je n'ay pas moins de désir que feu Monsieur mon père, de vous servir et de vous faire paroistre que je suis véritablement. Messieurs, Vostre trés-aflFectionné à vous servir,

LOUIS DE BOURBON. De Paris,

ce III febvrier 1647.

A Messieurs, messieurs les Préteurs, Consuls et Sénat de la Ville de Strasbourg.

^ La réponse du nouveau prince de Condé fut lue aux Conseils dans la séance du 8 février. Gomme il ne s'agissait que d'une simple lettre de remercîments, il fut décidé qu'on n'y répondrait point (Protocole des Xin, 8 férrier 1647).

RoD. Reuss.

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CURIOSITÉS

DE

L'HISTOIRE DE MONTBELIARD

MŒURS GASTRONOMIQUES ET BACHIQUES.

Lorsqu'on lit la description des festins et des beuveries sans fin du bon Pantagruel, on serait tenté de croire que Rabelais n'en a puisé tous les détails que dans sa riche ima- poation. II n'en est rien cependant ; il a été le peintre fidèle des mœurs d'une époque toutes les. classes de la société, la noblesse et le clergé aussi bien que le peuple et la bour- geoisie, étaient infectées de la sensualité la plus grossière.

Les habitants du pays de Montbéliard n'étaient pas plus sobres que leurs voisins, les Alsaciens et les Allemands, qui avaient la réputation universelle et bien méritée de buveurs et de mangeurs intrépides. Tous les détails qui vont suivre et qui peignent un des côtés saillants des mœurs de nos ancêtres, ont été puisés dans des documents ou des historiens dignes de confiance. Nous aurions voulu trouver des rensei- gnements plus considérables sur les habitudes bachiques et gastronomiques de nos pères avant le XY* siècle, mais de ce qne l'on sait d'eux aux époques postérieures, il est permis de dire que depuis les temps les plus reculés la tempérance était une vertu qu'ils observaient bien rarement.

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24 REVUE D'ALSACE

Banquets de lliAtel-de-ville.

Lorsque Eberhard le Barbu, comte de Wurtemberg et de Montbéliard, fit son entrée dans cette ville le 18 janvier 1470, la municipalité lui fit une fort belle réception. Les enfants portèrent des banderettes de papier au devant de lui; l'on alluma des feux de joie sur la Crotte (citadelle); le Magistrat lui fit présent, pour sa bien-venue, d'une bourse contenant 800 florins d'or, et lui donna un banquet dont le menu est très curieux :

26 gelines et 6 chapons, tant pour le banquet que pour le souper des damomUes;

Poisson frit;

Pfttés composés de chair de veau, suc et moelle de bœuf;

NieUes (gftteaux de pflte feuilletée);

Gelées et blanc-manger;

La dépense pour épices, tant poivre, gingembre, graine de paradis, clous de girofle, cannelle, poivre long, noix muscades, fleurs de noix muscades, safiran, qu'amandes pour faire les pfttés, gelées et blanc-manger, se monta à plus de 800 florins ;

Pain d'Allemagne et autres;

Hypocras, vin de Beaune, de Besançon, de Ribeaupierre.

Le banquet fut égayé par un ménétrier avec son fils, que Ton fit quérir pour la circonstance.

Peu de temps après eut lieu un deuxième diner ofiert par la ville probablement au même prince, mais cette fois ce fut un diner maigre dans toute la force du terme, un vrai dtner de carême il n'y avait ni gelines ni chapons, et rien que du poisson. Le repas était composé de 6 grosses carpes, de 89 carpes ordinaires, de fnosteUes (loches) frites et de 38 harengs. On ne sait pas si ceux-ci étaient salés, mais il est permis de le croire, vu la quantité énorme de vin qu'il fallut pour désaltérer les convives : 6 tines de vin blanc (S becto-

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Ot7RI08ITÉ8 DE l'HIBTOIBB DS MONTBÉLIARD 26

litres), dont Fan doit a^x pauvres de tho^itai le rériduz pœir Dieu. Nous doutons que ce résidu fut considérable.

En 1478 la ville de Montbéliard offrit au comte Henri un repas qui paraît avoir été assez frugal, à en juger par le prix : 8 florins, 8 gros blancs (un peu moins de 17 francs bibles de Montbéliard). Pour cette somme on eut : vin, pain, sel, fiirine, œufe, beurre, lait, chair de veau (28 livres), figues et raisins (4 livres), sucre et dragées, chandelles et torches en dre pour l'éclairage. Une gratification au cuisinier de Momieur y était comprise.

Le S8 septembre 1555, Barbe de Hesse, qui venait d'épou- ser le comte George, fit son entrée solennelle à Montbéliard. Elle fut reçue par le Magistrat et la milice bourgeoise sous les armes, au son des tambourins et des fifres et au bruit du canon des remparts. Après la cérémonie, le maire et les neuf mattres-bourgeois allèrent se restaurer à Thôtel-de- ville. Ces messieurs furent assez sobres, car les frais du repas, y com- pris les pains blancs qui avaient été distribués aux élèves des écoles, ne s'élevèrent qu'à la modique somme de 48 gros, 2 niquets (un peu moins de 4 francs faibles). Il est probable que ce n'était qu'une nouene (goûter) MM. les édiles se contentèrent de boire quelques channes (pots) de vin pour rafraîchir leurs gosiers altérés par les discours qu'ils venaient de prononcer.

Banquets du château.

Le 1* janvier 1627, une députation du Magistrat de Mont- béliard présenta, à titre d'étrennes de la nouvelle année, au jeune prince George, fils du duc Louis-Frédéric, une chatne d'or composée de 86 chaînons, à laquelle était suspendue une médaille aussi en or. La duchesse, sa mère, Anne*£léonore

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36 REVUE D'ALSACE

de Nassau, reçut de son côté deux tasses en vermeil. Pour les remercier de leur gracieuseté, le prince Louis-Frédéric invita les maîtres-bourgeois à dîner au château, et ils y tureni festayés très joyeusement.

Le boulanger Hugues 6ois-de-Ghesne nous rapporte, dans sa chronique, que le 27 janvier 1664 le prince Georges traita au ch&teau MH. du Conseil de régence et le lendemain les neuf maîtres-bourgeois; pendant le repas Ton tira plus de 80 coups de canon. Le 4 février suivant, Son Altesse séré- nissime reçut à sa table la moitié des dix-huit notables et le samedi suivant Tautre moitié, et ils y firent gouterding (bonne chère), Bois-de-Ghesne a oublié de nous dire ce que Ton but et mangea à ces divers repas; mais il est indubitable que Ton y fit de copieuses libations.

Le 19 octobre 1666, l'intendant d'Alsace, Golbert de Groissy, frère du ministre de Louis XIY, vint faire une visite au duc George. Invité à dîner par ce prince, on servit sur la table une carpe du poids de 18 livres, entourée de 12 têtes de poisson de la même espèce, dont le moindre pesait 2 livres. Ge mets, quelque rare qu'il fût, ne valait cependant pas celui qui décorait la table du baron d'Oppel le jour de son instal- lation comme gouverneur du comté de Montbéliard (octobre 1769). G'était un brochet de 80 livres, qui avait été pris dans le Doubs, près du village de Bavans. Afin de pouvoir servir ce monstrueux poisson, on avait fait fabriquer à la forge d' Audincourt un plat de fer battu proportionné à sa grosseur.

Un splendide banquet fut celui donné (26 novembre 1704) par le duc Léopold Ëberhard le lendemain du jour les bourgeois de Montbéliard lui prêtèrent serment de fidélité. Il admit à sa table la noblesse de sa cour, tous les membres de son Gonseil, les officiers des justices d'Héricourt et de Bla-

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ouBiosrrÉs de l'histoibe de montbéliabd 27

mont, les ministres de la ville, une grande partie de ceux de la campagne, le maire et les membres du Magistrat de Mont- béUard. Les jeunes gens de la ville étaient chargés du ser- vice d'honneur. On but les santés dans une grande coupe de vermeil que Ton se passa à la ronde, et à chaque toast se fai- sait entendre une décharge d'artillerie. Les convives n'eurent pas soif, car il fut bu rien qu'au dessert 71 pots .de vin (162 litres). Ce banquet coûta 1,456 francs.

Vins dlioimeiir et cadeaux offerts aux personnages arrivant à Montbéliard.

Chaque fois qu'un prince ou qu'un personnage illustre faisait son entrée en ville, la municipalité lui présentait les vins d'honneur et lui offrait des cadeaux qui, la plupart du temps, consistaient en victuailles.

Lorsqu'au mois de janvier 1470 l'archevêque de Besançon se rendit à Montbéliard pour apaiser des difficultés qui s'étaient élevées entre le Magistrat et les hommes cFégKse de cette ville, qui prétendaient être exempts d'impôts et de con- tributions, il reçut à son arrivée des maîtres-bourgeois le don de 6 moutons, de 9 tines de vin rouge et d'un saumon de la valeur d'un florin.

Lors de son passage à Montbéliard (janvier 1495), l'empe- reur Maximilien reçut de la municipalité un bœuf et un cha- riot de vin.

Le 14 septembre 1526, lorsque le duc George prit posses- sion du comté de Montbéliard, la bourgeoisie lui offrit, à titre de joyeuse entrée, une voiture de vin, 2 bœufs et 12 mou tons. Il répondit à ce présent par le don d'une biche vivante qu'il envoya au Magistrat de la ville.

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28 RBVUE D*AL8ACB

Lorsque Marie de Brandebourg-Anspach, épouse du duc Christophe, fit son entrée à Montbëliard, le 17 avril 1544, la municipalité lui donna une pièce d argenterie de la valeur de 80 écuK d'or; et afibi que Tallégresse fût partagée par tous les ftg^, il fut di^ribué à chacun des élèves des écoles, au nombre de 276, un gftteau de la valeur d'un liard.

Le 22 juillet 1S42 le duc Christophe, en faisant son entrée en ville, reçut du Magistrat, à titre de bien-venue, 4 bœufs, 18 moutons et 2 chariots de vin.

Le 81 janvier 1884, le comte George, après avoir reçu le serment de fidélité des bourgeois de Montbéliard, leur accorda une gratification de 80 francs pour 8"éb(Utre entre eux et vider leurs tasses à m santé.

Lors de rentrée du duc Frédéric à Montbéliard le 25 juin 1581, on distribua aux 200 élèves des écoles, qui faisaient partie du coitége, des petits tourteaux.

Pendant les vingt-deux jours que le duc Jean-Frédéric et son frère Magnus firent à Montbéliard à la fin de septembre et au commencement d^octobre 1615, il fut consommé pour le service de la Cour : 70 bœufs, 523 moutons, 57 veaux, 859 poules, et pour l'entretien des chevaux 3,826 quartes et demi d'avoine. Nous ne connaissons point la quantité de vin qui fut bue, mais à en juger par ce qui fut mangé, elle dut être considérable.

Festins des membres du Conseil de régence.

Si les princes de Montbéliard et les Magistrats de cette ville ne dédaignaient point de faire un bon repas, il en était de même pour les membres du Conseil de régence; ils

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CUBI08ITÊ8 Dfi L'HIBTOIBB DB MONTBÉLIABD 29

aimaient les franchit» lippëes^ et parfois il leur arrivait, même après boire, de se Lallre et de casser les verres. C'est ce que nous rapporte le conseiller Perdrix dans sa chronique:

« MM. du Conseil ont traité le s^eur Paul Forstner (fils du chancelier) à Audincourt (4 octobre 1661), ils ont été foi*t joyeux. Le 6 suivant ils y ont été derechef avec leurs femmes, et, après avoir bien bu, le conseiller George Duvernoy se prit de dispute avec le prévôt (Pierre Vurpillot), et voulant le frapper avec son pistolet, quMl avait caché, en donna un grand coup sur la tête au régistrateur Thévenot, lequel se sentant offensé et pensant se revenger, mit la main sur le pistolet, qui par bonheur n'était pas chargé, et voulant en donner un coup au sieur Duvernoy qui Tavait excédé, alla frapper à la tête le procureur général (Jérémie Duvernoy) qu'il ne voyait point. Tellement qu'il y eut un grand vacarme; le sieur conseiller Duvernoy voulait tout tuer. *

C'est ainsi que les premiers magistrats du comté de Mont- béliard donnaient au peuple l'exemple de la sobriété et de la modération I

Duvernoy, qui cite cette anecdote dans ses Ephémérides^ la fidt suivre du menu du repas du 4 octobre :

francs gros blancs

2 potages avec poules et viande de bœuf 3 9

2 autres poules, avec andives cuites 2

2 salades 9

2 jambons 1 6

Une langue 6

Un pâté rond de chapon 1 6

3 carpes 1 9

2 poules d'Inde 5

Une oie 2

Un rôt de venaison 1

2 lièvres 2

Une longe de veau i 3

Un plat de choux-fleurs 1 6

Des cftpres 7 2

A reporter "îô êT" %

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30 RBVUB d' ALSACE

fhmct gros bUmcs

Ri^lHfrt 20 61 2

5^ tant perdrix que poules de bois 5

8 bécasses 2

2 grives, 6 alouettes 2 6

9 pigeons 3 6

6 artichauts 2

Un plat de beignets 6

Une tarte et un gâteau feuilleté 5

2 autres gâteaux 6

Un plat d'écorce de citron 1

Un plat de dragées et muscadines \

2 plats de confitures sèches 2 6

2 citrons et une orange 1 3

2 jcmchères 9

Un plat de raisins 4 2

Pain. . . * 2

19 pots de vin (près de 44 litres) 13

Pour les chevaux 3

Total 71 francs

ou 56 livres 16 sols tournois.

Pour les verres rompus le 6 octobre, 14 quarts d'écus (14 francs ou 11 livres 4 sols tournois.)

Banquet de théologiens.

Lorsqu'au mois de mars 1686 les théologiens Jacob André, Oziander et Théodore de Bèze se réunirent à Montbéliard pour tflcher d'arriver à une fusion entre les confessions luthérienne et calviniste, les graves questions qu'ils traitèrent dans ce colloque ne les absorbèrent pas au point qu'ils crus- sent devoir refuser les gracieuses invitations que leur fit la municipalité. On lit dans les comptes de la ville (année 1586) :

« Item, a fourni et payé ledit mattre-bourgeois la somme de 219 francs 8 gros 1 blanc, monnaie de Bourgogne, pour les frais du banquet fait à Son Excellence (le duc Frédéric qui présidait le colloque) le quatorzième jour de mars Tan

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CUBIOSITÊS DE l'HISTOIRB DE MONTBÊLIARD 31

da présent compte, et aux sieurs théologiens de la conférence

revenant à 248 francs 9 gros 10 niquets, monnaie dudit Montbéliard. >

Largefises municipales.

Lorsqu'un événement heureux s'accomplissait pour la commune, la municipalité donnait des réjouissants publiques et faisait des distributions de vin. Ainsi, lorsque le SI mai 1557 intervint entre le comte George et la bourgeoisie de Montbéliard un accord sur les difficultés qui s'étaient élevées au sujet des franchises de la ville, la joie causée par cette pacification fut partagée par tout le peuple, et le Magistrat fit distribuer 9 tines de vin (4 hectolitres et demi), une pour chaque quartier, afin de boire à la manutention, des fran- chises et à la longue me et santé du prince.

Un repas bourgeois au XVin« siècle.

Après avoir parlé des banquets donnés par nos comtes,

par leurs conseillers et par les magistrats muçicipaux^ il est

juste que nous donnions le menu d'un bon dîner tel que le

concevait un bourgeois du XYIIP siècle, menu qui se trouve

dans une chanson patoise que nous a laissée le bonnetier

Léopold-Prédéric Douyen, chantre fécond, jovial et plein de

de naturel.

1.

Foune^ vais en lai boitcherie,

EtcheUe eune griotte (toie),

Tchante pouille ai cies boitchies^

Et dis li bin lu crotte

S'ei te beillent di refus,

Dis-li que te n'en vaut pus.

Refrain.

Tralideri, tralidera.

Et prends vadje ai toi bouche (bourse).

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S2 REVUE D'ALSAOB

2. Pou queure di pietenais (panais) Et f& de lai greiche

Foune, prends de lai roilienaie (rognon de cochon) Mais non pei de gaise (chèvre). Prends vadje que c'en feu di nwuton Su boitchie ça-t-in lorron. Refrain.

3.

Se ça de lai tchai (chair) de bue (bœuf) Ne prends de lampe (morceau du ventre). I ne vaux ne miss (panse), ne queue, Ne griotte (cou), ne tchambe (jambe). Ne me prends ne pie, ne cô; Dans lai teite e yet trou d'os. Refrain.

4.

Se t'eppoutche di pourtcho (porc frais) Prends me de lai meiche (merse) Ce lopin (morceau) a long di Que Torroille a-t-eprei. Se t'eppoutche di tchambon (jambon) Boute lai moutaidge (moutarde) a long. Re{)rain.

5.

Boute nos lai truite a bien (bleu), Lou bertchet (brochet) en sace biantche. Lai carpe dans lou vin tieu (cuit). Dans lou vordju lai tantche (tanche). Lou pertchet (perche) a bon reuii ; Lou berbé (barbeau) quand el a frit. Refrain.

6.

Se reppoutche di 4jibie (gibier). Boute lou en s&se (sauce) ;

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CURIOSITÉS DE L'HUTOIBB DB MONTBfiLIABD 33

Di seie (cerf), ou bin di sanglie,

Di tchevruille (cbevreuii) ou de Tase (lièvre),

Pique lou aivo di lai (lard) ;

Mais lou tâchon (blaireau) a-t'essai grai (gras).

Repram.

7.

Prends enne londge de via (filet de veau). Nos airan di roe (rôti).

Nos ruran (laisserons) les os Pou faire in bon solmi (salmis) Prends in ràbe de tchevri (chevreau).

Refrain.

8.

Pou faire ce bon repei

Et nos fS^-t-ai boire /-

De lai bière dai Pays-Bei

Et di djus de lai Loire,

Di sitre (cidre) de Normandie

Et di bon tokai d'Hongrie.

Refraitt.

9.

Serai vos bin ringalai,

Dites-me, mes chires (messieurs),

Sans sulcrute (choucroute) et sans lai (lard)?

Et me semble oêi dire

Que nos an raibiai (oublié) de pus

Pou ces fonnes (femmes) in topecu^

Refrain.

Traiideri, tralidera. Et prends vadje ai tai bouche.

' Tape-cul, beignet fait d'œufs et de farine, et sauté dans la poêle. N<niT«U« Séne. 4** Année, 3

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84 ESVUB D'âLaAGB

Stipulations et redevanoet en vietnaOleB.

L'amour de la bonne chère apparaissait même dans cer- taines redevances que les sujets devaient à leur seigneur, les fidèles à leur curé.

Ainsi, parmi les ressources du casuel des prêtres figuraient notamment le sol ou la geline pour la bénédiction du lit des nouveaux époux; le denier du jour et du lendemain des noces, accompagné de 4 blancs, ^ d*un pain et d'une pinte de vin.

Dans un traité passé le 17 octobre 1509 entre le bailli du comté de Montbéliard et le curé de Sainte-Suzanne, village il y avait alors une croix miraculeuse qui attirait une foule de pèlerins, il fut stipulé que ce prêtre aurait les œuCs, poussins, gelines, fromages, beurre, pain, pâtés qui seraient offerts à la croix.

Le prieur de Ghfttenois afferma en 1812 à une famille de cultivateurs certaines terres situées à Villers-le-Sec ou Ville- mont (hameau détruit, entre Ghâtenois, Gharmont, Béthen- court et Nommay), au prix de 11 sols et d'un petit réguast (régal). Le plein réguat se composait ordinairement de trois fouaches (pain blanc ou pain au lait et au beurre) et de deux gelines. Cette redevance était moindre pour le peUt régtÂOSt.

Au village de Saint-Maurice-sur-lc-Doubs Fabbaye de Baume-les-Dames touchait une dîme en froment et en avoine. Le jour de sa perception Fabbesse devait un pkin régal à tous les liabitants, et ce banquet pris en commun ne dégéné- rait que trop souvent en une véritable orgie. Dans le but d'éviter de nouveaux désordres, elle proposa en 160S de lui substituer une quantité suffisante de pain et de viande, qui serait distribuée à domicile, offrant môme d'ajouter un pot

^ Il fallait 4 blancs pour un gros et 12 gros pour un franc faible de Montbéliard

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CURIOSITÉS DE l'histoibe db montbéliabd 35

de vin pour les plus vieux et une pinte aux jeunes hommes. Mais cette sage mesure fut repoussée par tous les habitants de Saint-Maurice, par respect pour les bons us du vHtage.

En 1517, Etienne Berteret fil un legs au couvent de Bel- champ, qui permit à chaque religieux d'avoir une channe de vin pour sa not$ene (goûter).

Une redevance seigneuriale très curieuse était le cens des mmaudes, qui existait au moyen-âge dans plusieurs localités du comté de Montbéliard. A Lougres la menaude consistait en 6 poules et S rézeaux de fleur de farine, au feur de six pains blancs le réseau. A Etouvans elle se composait de 2 chapons trésannés (surannés, hors d'âge), d'um au/ne de Provins de longueur entre la queue et la téte^ et de 2 pains de la hauteur d'un arpent, en mettant le pouce au milieu pour tourner à Feniour; et lors de la livraison au seigneur, celui-ci devait un pâté. Il est dit ailleurs que le cens des menaudes consistait en deux pains d'assez bonm grosseur, comme de la longueur d'une main en rondeur et de la hauteur du poing. A Brognard cette redevance consistait un tm pldn régal de S fouKaiceSj et de 2 gelines à livrer tous les ans le jour de Noël

Repas de baptême.

De tout temps la naissance d'un en&nt a été célébré par des festins.

Dans le pays de Montbéliard le père du nouveau-né con- viait ses parents et amis à wfi repas de gésine, de relevaiUes ou de compérage. Quelques jours après, lors du baptême, c'était un nouveau banquet appelé, nous ne savons pourquoi, bee^aune ou béjau/ne. On y voyait figurer en première ligne Vhypoeras et les bretelles (brioches ou craquelins). Quoique supprimé par plusieurs règlements somptuaires, cet usage ne continua pas moins à prévaloir, de même que celui qui

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86 REVUE D' ALSACE

imposait aux compères et commères (parrains et marraines) Tobligation d'envoyer des gâteaux et autres friandises aux femmes en gésine (accouchées encore gisantes).

Repas de fiançailles.

Dans toutes les classes de la société il a toujours été d'usage de faire suivre les fiançailles d'un repas plus ou moins somptueux, suivant le rang et la fortune des parents des futurs époux. Le prince George, dans le journal manuscrit qu'il nous a laissé, donne la description suivante de la céré- monie des fiançailles de l'une de ses filles et du festin qui eut lieu à cette occasion :

« En 1671 le prince Silvîus de Wurtemberg-Œls envoya un député à Montbéliard pour passer son contrat de mariage avec la princesse Eléonore. Il fit sa harangue au prince qui lui répondit, et parla ensuite à sa fille; celle-ci ayant répondu à son père, le député lui donna la main, et elle s avança auprès de lui. Le député remercia par une harangue, et le prince fit un souhait. Après cela, le député mena la princesse dans son appartement, suivie de sa grand'mère, de sa tante, de ses sœurs et d'une dame d'honneur. Deux maîtres d'hôtel allaient devant, et étant dans l'appartement, le député fit des présents que son fils apporta. Et puis il se retira après que la princesse lui eut fait des présents pour son époux. Le Conseil et le Collège allèrent complimenter le député, et après la jeune fille. La cérémonie de la recherche (fiançailles?) se fit dans le poêle (appartement) du prince, qui était debout en haut d'une table; à son côté droit étaient les dames, grand'- mère, tante, cinq soeurs, une dame d'honneur; plus bas, à gauche, le Conseil; plus bas, le ministre de la Cour et du Collège, le docteur Rœmer, et le médecin de Cour Biuninger. Les maîtres d'hôtel allèrent quérir les gens, et le député fut

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cuRiosnÉs DE l'histoire de montbéliard 37

mené dans le poêle de derrière; el en étant ressorti le pre- mier, on le plaça à côté du prince et la jeune princesse à côté du député. Il y eut un beau dîner et un beau souper. Le député et la jeune princesse étaient assis sous un riche dais et dans des fauteuils en broderie. Au dîner assistèrent le Conseil, le pasteur et le Collège; au souper assistèrent les dames. Au dtner on tira vingt et quatre bottes à chaque santé. Au souper il y eut un beau concert de musique, et Taprès-dlner la jeunesse alla voir courir la bague, tirer du pistolet et faire d'autres exercices. >

Repas de noces.

C'étaient surtout les festins de noces qui étaient considé- rables et par la profusion des mets, et par le grand nombre des invités, et par le temps qu'ils duraient. Au mariage du fils d'Albert Binninger, châtelain de Blamont, qui fut célébré à Montbéliard le 11 juillet 1626, il y avait 218 convives. Il existait cependant des ordonnances qui fixaient à 60 le nombre des personnes qui pouvaient être invitées aux noces, indépendamment des jeunes fils et filles qui sont pris par les noîweaux mariés pour les accompagner et faire honneur comme d ancienneté; qui réglaient à quatre ou cinq sortes les viandes à servir sur ks trois, quatre ou cinq tables de gens Ole plus qui pouvaient être montées; qui déterminaient la durée des noces à un jour et non davantage; qui défendaient de donner ou d'accepter des étrennes, sai^f un écot raison- fiable V et qui ne permettaient que des danses honnêtes, nms non dans la nuit^ sur les rues ou lieux scaiidaleux, ains en la maison de ville ou autres maisons convenables.

' A ce qa'il paraît, c'était l'habitade à Montbéliard qae chaque invité laissât sons son assiette une pièce de monnaie, comme cela existe encore dans certaines parties de l'Allemagne.

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38 BJSWJSK d'alsage

Le conseiller Perdrix dit dans sa chronique au sujet de son mariage: < Le 6 novembre 1661, j'ai marchandé mon festin de nopces au cousin Jean-Guillaume Wild, et luy donne par teste 24 batz le premier jour et 28 batz le lende- main (ce qui équivalait à 3 francs faibles de Montbéliard). » Ce n'était vraiment pas cher, c Le 26 j'ai célébré mes nopces, auxquelles ont assisté 100 personnes le premier jour et 48 le lendemain. On n'y a dansé que deux ou trois rondeaux ; pour quoy Son Altesse sérénissime (le prince) a esté telle- ment indignée, qu'elle menace de punir exemplairement ceux et celles qui ont dansé. Le bon Dieu le veuille adoucir I Le 5 décembre j'ay présenté requête à Son Altesse séré- nissime pour tâcher à l'adoucir à cause des danses qu'on a faites à mon festin, et ce tant eu mon nom qu'au nom de ma femme, et l'ay mise (la requête) entre les mains du sieur Paul Forstner, lequel m'a promis de la lui faire tenir; mais on dit qu'il (le prince) ne l'a pas voulu avoir. Le 12 j'ai esté convenu (appelé) sur les Halles avec ma femme et Alexandrine Perrenon, pour comparoistre en personne a6n Jentendre une cakmge (remontrance) de M. le procureur pour avoir dansé en mon festin de nopces quelques rondeaux. »

Lorsque le prince George épousa au mois d'avril 1648 Anne de Goligny, il y eut à l'hôtel-de-ville de Montbéliard un repas qui dura trois jours.

Au mois de septembre 15S5, sur les sollicitations du duc Christophe de Wurtemberg, qui craignait de ne pas laisser d'héritiers pour lui succéder, le comte George, figé de 67 ans épousa Barbe, fille de Philippe-le-Magnanime, landgrave de Hesse. Les noces eurent lieu à Riquewir; un* grand nombre de seigneurs y assistèrent, parmi lesquels : Philippe-le- Magnanime, le duc Christophe et son épouse, Wolfgang, duc de Deux-Ponts, le landgrave Louis, Charles, margrave de Bade, etc.

Sattler donne des détails curieux sur ce mariage : « Le

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GUBiosrrÉs de l'hibtoi&e de montbélia.rd 39

landgrave de Hesse conduisit à Riquewir la princesse Barbe. Le comte George avec le duc de Wurtemberg vinrent à leur rencontre à cheval, et le dernier fit une harangue à laquelle répondit le duc Wolfljang de Deux-Ponts, beau-frère de la princesse. Puis ils descendirent de cheval devant la porte de Riquewir et suivirent à pied la voiture de la princesse jus- qu'au château, elle fut ac^mpaguée du duc Wolfgang et du landgrave Louis, et reçue par la duchesse de Wurtem- berg. Le même soir, après les cérémonies accoutumées, le mariage fut béni en chambre par le ministre de la Cour du comte George, Jean Schardin. Après le souper on conduisit les époux dans leur chambre à coucher, ils se mirent au lit, tandis qu'on servit à ceux qui étaient présents du vin et des confitures. Cette cérémonie fut suivie d'une danse au son des fifres et des tambours. Nul ne fut admis à danser près des nouveaux époux que les personnes prises dans le rang des princes. Les comtes et autres personnes de la noblesse dansaient sous leurs yeux, chacun avec deux flambeaux. Ce ne fut que le jour suivant que les époux furent conduits à Téglise au son des tambours et des trompettes. >

Bepas d'ontarromoiits*

Les funérailles donnaient lieu aussi à des repas. Voici ce qu'en disait Pierre Toussaint, surintendant des églises, dans une remontrance de Fan 15S6 qu'il adressa au Conseil de régence de Montbéliard : c II y a aussi une mauvaise coutume audit Montbéiiard, qu'après qu'on a ensépuli (inhumé) quelque mort, tous ceux qui l'ont accompagné prennent celui duquel on a ensépuli la femme ou l'enfant, et le mènent à la taverne; et Dieu sait quelle beuverie on fait avec grands dépens superflus et perdition de temps, il suffirait qu'après l'ensépulissement les parents ou quelques proches voisins ou

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40 RSVXnE D*âL8A0B

amis demeurassent avec les affligés pour les consoler, et que les autres s'en retournassent à leur labeur. >

L'usage des banquets funéraires existait non-seulement dans le peuple et la bourgeoisie, mais encore chez les princes de Montbéliard. < J'eus l'honneur, dit le conseiller Perdrix dans sa chronique, d'assister le 27 juillet 1663 aux funérailles de Son Altesse sérénissime (le duc Léopold-Frédéric) et de souper au château, le peu d'ordre qu'il y avait en rendit beaucoup de mécontents. »

Le 3 mars 1786, le duc Charles-Eugène rendit une ordon- nance par laquelle il interdit aux personnes peu aisées toute espèce de repas mortuaires qui, dit-il, « ne peuvent éfare que trop onéreux et très incommodes aux parents de la personne défunte; et pour que les avantages qui résulteront de la pré- sente disposition soient généraux, nous défendons égal^nent toute espèce de repas mortuaires à tous nos sujets de la campagne, voulant pour cet effet que les parents du défunt étrangers de son village, autres que pères et mères ou enfants, ne soient point invités au convoi funèbre. »

L'usage des repas funèbres existe encore parmi les habi- tants de la campagne. Je rappellerai à ce sujet une réponse naïve qui me fut faite un jour par un jeune villageois auquel j'avais demandé des nouvelles de son oncle, vieux célibataire assez riche dont il était l'héritier : « Ah I monsieur, le pauvre homme est mort; cela nous a fait bien de la peine; aussi lui avons-nous fait un bel enterrement : nous avons bu au repas 180 litres devint >

Régime d'nn comte de Montbéliard.

Le jeune comte Frédéric de Montbéliard était à peine arrivé à la Cour du duc Christophe de Wurtemberg (août 1668), qu'il fut soumis à un régime diététique dont les dis- positions suivantes sont rapportées par Duvernoy dans ses

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GURiosrrÉB DE l'bibtoirb de montbéliard 41

éphémérides. Son lever ftit fixé pour toute Tannée à 7 heures du matin; une soupe composait son déjeuner; on ne devait servir à sa table ni poisson salé, ni anguilles, ni carpes, oins êeuhment de la truite et du brochet; aucun mets ne pouvait être assaisonné d'épices; la viande de bœuf et celle de porc, la choucroute, les haricots et pois secs, les lentilles lui étaient interdits; sa nourriture devait consister en légumes, œufe, volailles, oisillons et jeune viande ; il ne devait boire qu'un gobelet de vin par chaque repas, et 8*il avait encore soif, on devait lui présenter ce même gobelet avec de Teau préalable- ment bouillie ; il pouvait manger le tiers d'une grappe de raisin, une demi-poire ou pomme, quelques cerises ou fraises, mais ces fruits devaient avoir atteint leur parfaite maturité ; tous les quinze jours il devait prendre un bain de vapeur; diaqoe semaine on devait lui laver la tête avec une eau de lessive; le barbier devait lui couper de temps en temps les cheveux, mais tatAJaurs au croît de la hme et dam des signes fawrables; il ne pouvait se coucher ni se lever qu'en pré- sence de son gouverneur ou de son précepteur, qui tenait la main à ce qu'il récitât ses prières avec dévotion; il ne pou- vait porter ni poignard ni autres armes tranchantes; néan- moins il avait une petite épée à sa ceinture quand il sortait pour assister au service divin ou se rendre à la promenade; on lui permettait de se livrer à des exercices du corps, tels que l'escrime, la course, le jeu de quilles; le chant et la musique devaient lui être enseignés; enfin chaque soir il était tenu de venir souhaiter, en termes convenables. la bonne nuit au duc Christophe, à son épouse, au jeune duc Louis et aux princesses.

Au mois de mai 1577 le même comte Frédéric était allé prendre les bains de Gœppingen, dans le duché de Wurtem- berg. Voulant sans doute rendre sa cure plus salutaire et en abréger la durée, il se baigna 180 heures consécutives, c'est- à-dire l'espace de plus do cinq jours et cinq nuits complets.

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42 RBVUE d'albaœ

Déjà son père, le comte George, et après lui le duc Chris- tophe, avaient fait la même chose, car on Ht dans une corres- pondance manuscrite de ces princes que le second, étant à Bnde, avait pris un bain dont la durée fut de 127 heures, et que le premier s'était baigné en deux fois seulement au delà de 600 heures, ce qui lui occasioniia une grave indisposition, dont il ne ne fut délivré que quatre ans après.

Fêtes de villages.

Les fêtes de villages étaient et sont encore le motif de copieux repas et de libations sans fin. Ces réjouissances publiques sont souvent attristées par des querelles entre les jeunes gens qui s'y sont rendus; d'où le proverbe qu'tV n'y a pas de bettes fêtes sans coups demies et reçus.

En vue de réprimer les désordres qui en résultaient, le gouvernement supprima, le 19 août 1546, les fêtes patronales se faisaient, dit l'ordonnance, < grands frais, danses, jeux prohibés, grandes superstitions et décisions désordonnées. > Ce règlement, ainsi que ceux qui parurent aux XVII* et XVIII* siècles sur le même objet, ne fut exécuté que momen- tanément. -

Parties de vignes.

Un usage qui existe encore dans le pays de Montbéliard, est celui de convier ses parents et ses amis à un repas champêtre dans la vigne que l'on vendange. On y mange sur le pouce des choses froides, telles que pâtés, jambons, andouilles et fromages. 11 n'est pas rare d'y boire plus de vin (|ue l'on n'en récolte, surtout si Tannée est peu productive.

Heures des repas.

Au XVI* siècle, et beaucoup plus tard, les familles bour- geoises de la ville dînaient à dO heures du matin et soupaient

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cuBiosiTÉs DE l'histoirb db montbéliard 43

à 6 heures du noir. Au XVII' siècle les princes de Montbé- liard mangeaient à peu près aux mêmes heures. Ainsi. Léo- pold-Frédéric, peu de jours avant son mariage avec sa cou- sine Sybelle de Wurtemberg (22 novembre 1647), avait fait le règlement suivant sur le service de sa maison : « A 9 heures du soir, comme aussi pendant le dîner et le souper de la Cionr, toutes les portes extérieures doivent être fermées; chaque repas, composé de 12 plats en deux services et d'un dessert, doit commencer et finir par une prière récitée à haute voix; on doit dtner à 11 heures du matin £t souper à 6 heures du soir; au lever et au coucher, on distribuera à tous les hôtes du château des coupes remplies de vin etd'hypoeras. Le prince Greorge, frère et successeur de Léopold-Frédéric, fit aussi un règlement pour les gens de sa maison. Entre antred choses curieuses, il enjoignit à son maître d'hôtel de tenir la serviette sous le bras quand il annonce que la table est servie.

Le goûter, qui à la campagne s'appelle nouene et consiste en un morceau de pain avec un oignon, du lard ou du lait, prend le nom peu français à'envelle, lorsque les belles dames de la ville se réunissent entre elles pour humer un délicieux café à la crème, accompagné de pâtisseries, tout en devisant sur les nouvelles du jour et en médisant un peu sur leur prochain.

Vaisselle.

Au Xyi"* siècle la vaisselle d'étain était, même à la Cour des princes de Montbéliard, la seule en usage dans les &milles bourgeoises. Celle des campagnards était en bois ou en terre. On servait le vin dans des coupes d'argent ou de vermeil, et chaque famille un peu aisée en possédait un nombre plus ou moins grand. Au XYII*" siècle nos comtes ne mangeaient plus dans Tétain. Léopold-Frédéric avait de

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44 rbyub'd'alsaoe

Targenterie; mais à sa mort, arrivée en 1662, une partie était m manu infidelium; il l'avait mise en gage chez un riche banquier de Dôle pour avoir de quoi manger dans celle qui lui restait.

Habitudes bachiques et ivrognerie.

Nous venons de passer en revue les principales circonstances de la vie nos a!eux aimaient à banqueter; mais Jes récep- tions de leurs princes, le mariage ou le baptême de leurs enfants, la mort de leurs parents, les fêtes de village, etc., etc., n'étaient pas des occasions assez fréquentes pour eux de se livrer au plaisir de la table, de satisfaire leur terrible appétit et leur soif ardente.

Parlons d'abord de BfM. les neuf maîtres-bourgeois, aux- quels étaient confiées Tadministration, la justice et la police de la ' ville de Montbéliard. Leurs séances, et elles étaient nombreuses, se terminaient toujours par d'abondantes liba- tions à l'hôtel-de-ville, qui était un véritable cabaret muni- cipal. Ainsi, lorsqu'ils venaient d'être élus et de prêter ser- ment au temple Saint-Martin, de bien et fidèlement remplir leur mandat, ils se rendaient, suivis de leurs électeurs, au cabaret de la maison de ville, pour y banqueter joyeusement. Avaient-ils inspecté les cheminées, vérifié les poids et mesures, procédé à la taxe des denrées, aborné quelques communaux ou marchandé les réparations à faire aux bâtiments de la ville; avaient-ils tenu la justice sous les halles, fait rédiger quelque humble requête à S. E. le prince ou une supplique aux seigneurs de sa Cour et chancellerie; enfin, avaient-ils procédé à la vérification du budget de la commune, c'était le motif de copieuses bmveries. Et le lendemain, l'hôte de la maison de ville découvrait au milieu des gobelets et des brocs d'étain renversés une délibération couverte de lie et de sauce, mais bien libellée et surtout bien Jaconique. Il y joignait le

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CURIOSITÉS DE L'HIBTOIRS DE MONTBËLIARD 45

compte de Torgie et s'en allait trouver le fermier de la ville, qui lui payait la dépense; car, il &ut le dire, tout cela était fait peut-être dansTintérêtde la commune, mais certainement toujours à son compte. Aussi, au XVI* siècle, la ville avait* elle déjà beaucoup plus de dettes que de revenus. Mais le crédit, à quoi eût-il été bon sans cela? < Le crédit est comme le vin, disait sentencieusement Girard Belorce, l'un des maî- tres-bourgeois de Tan 1578 ; si l'on n'en use point, il s'évente.» Et tous ses collègues répondaient en chœur : Bmons donc!

Si par extraordinaire MM. les neuf-bourgeois ne se rafraî- chissaient pas à rhôtel-de-ville même, ils se rendaient au cabaret qui y était attenant, propriété de la commune et loué à son proiBt C'est qu'ils faisaient les nombreux dîners, toujours aux frais de la ville, dont on trouve la mention à chaque page des comptes de la municipalité.

La régence, les officiers des seigneuries, le magistrat des villes, les maires et échevins des communautés rurales, ne procédaient à aucune opération qu'elle ne fût suivie d'une nouene ou goûter ; après la tenue des assises, chaque membre recevait une indemnité pécuniaire destinée à sa r4fection, si même on ne la lui donnait en nature, selon le tarif, qui la réglait à 4 chimnes ou pots de vin (9 litres), une livre de figues et une livre de raisins secs; le procureur général percevait pareille quantité de vin pour son droit de réception du serment des neuf maîtres-bourgeois de Montbéliard nou- vellement élus.

L'exécution des criminels était même une occasion de pro- fits gastronomiques. Les ministres de la ville, le maire, le procureur général, les neuf-bourgeois et les quatre chésels ou notables, qui étaient tenus d'assister au supplice des con- damnés à mort, recevaient chacun comme salaire i franc 10 gros et 3 blancs, plus 4 channes de vin, une livre de figues et une autre de raisins secs. Le greffier touchait 1 franc et 4 channes de vin; les quatre sergents de ville qui escor-

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46 RBVUB d'albagb

iaient le criminel, et dont le dernier était appelé iue<Mens ou chasse-pauvres^ recevaient chacun 6 gros et un pot de vin. Après l'exécution, les neuf-bourgeois se rendaient au cabaret et y dépensaient habituellement S florins à la charge de la ville (6 francs faibles ou 96 sols tournois).

Quels bons buveurs étaient ces gens -là I mais aussi quelles fortes têtes, quels estomacs complaisants et quelles faces rubicondes ils devaient avoir I Faut-il donc s'étonner si dans ces siècles de framhes Hppées le vin était devenu une monnaie pénale? Le 6 décembre 1628, le Magistrat de Mont- béliard, désirant obtenir de ses membres plus d'assiduité dans leurs fonctions, décida que celui d'entre eux qui, sans motif valable, se dispenserait de paraître aux jours des tenues de justice et autres assemblées, serait condamné à une pinte de vin au profit de la compagnie. Dans le règlement du 12 jan- vier 1575 sur les médecins, chirurgiens et apothicaires, rédigé par l'illustre docteur Jean Bauhin, se trouve l'article suivant : « Ceux qui le dimanche feront barbes ou cheveux, seront amendables pour chaque fois d'un quartei de rm, si ce n'était grande nécessité. >

Les prêtres n'étaient pas plus exempts que leurs ouailles du péché d'intempérance. C'est ce qui est démontré par l'enquête qui eut li^u sur leur conduite en 1552, d'après les ordres du gouveraement de Montbéliard, et qui fut Mte par le surintendant des églises Pierre Toussaint. Nous en extrayons les passages suivants :

t Le curé de Voiyaucourt but un jour avec un habitant du village 7 channes de vin (16 litres), tellement qu'ils sortirent ivres de table. Celui de Bavans s'en alla le jour de Noël der- nier au cabaret et but jusqu'à minuit, Umt qu'il en put char- ger, et comme quelqu'un lui remontrait l'indécence de cette conduite, il s'en vint à lui jurant: < Mort Dieu! qu'est-ce que ça te fait-il? tu pourrais bien avoir quelque malencontre! > Et toute la nuit se promena avec son beau-frère par le vil-

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CURIOSITÉS DE l'histoire db montbêliard 47

lage, portant une arquebuse sur son épaule. -— Avant que l'Evangile fut prêché publiquement es village, le curé de Vaudoncourt avec trois autres prêtres voisins avaient le bruit (renom) de vider les vaisseaux de vin partout ils se trou- vaient, et avaient fait une certaine paction entre eux, que cekii des quatre qui serait ie premier surpris de tm, paierait Téeot de tous. Le curé de Saint- Julien est souvent es tavernes

plein de vin, et on fait un sot de lui Il a coutume que

quand on fait quelque banquet en commun, il se met en chausses et pourpoint comme un laquais, pour rester aux tables, puis danser comme les autres. Le curé de Désaudans est compagnon de celui d'Âibre à boire, danser et faire toutes sortes de dissolutions; grand blasphémateur. Etant récem- ment aux noces d'Aibre, après avoir longuement ivr<^é et gourmande (s'être livré à la gourmandise), après souper amena un ménestrier à Désaudans, et donna nuitamment

des aubades auprès de la maison d'une veuve , etc. Quant

à la doctrine du curé d'Allanjoie, il prescha au peuple dudit lieu, le dimanche après la feste de la Pentecôte, ces paroles : Pùur cette heure je n'ai loisir de vous exposer TEvangOe^ car fat ici un mien cousin qui m'est venu voir, et me faut Tatter festoyer. » Il avait ivrogne la nuit devant ce jour jus- qu'à minuit. Un jour de feste Saint-Léger, s'étant enivré avec plusieurs autres prestres, ils s'en allèrent jouer, et il fit plusieurs grands blasphèmes, causant par les rues comme un homme hors de soi, et trébuchant par les fanges et bour- biers. A Dambenois, aux vespres, jetant son eau bénite sur le peuple, était si ivre qu'il chancelait et trébuchait ça et là, tellement qu'il mit la main jusqu'à terre et ne put retourner à Allanjoie. Une autre fois étant ivre et devant l'autel, il se mit à hurler comme un veau, ne sachant ce qu'il disait. Le vicaire d'Aibre s'enivre journellement, et menace de battre et tuer tous ceux contre qui il a quelque mécontentement, et même ses paroissiens. Après boire, il saute et danse, et fait

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48 RBTUB D'ALSAOB

plusieurs folies indignes d'un pasteur; comme le lendemain de Noël étant iyre, ne cessa presque tonte la nuit de courir par le village avec le tambourin et quelques compagnons audit lieuy et fut donner des aobades cette même nuit à Semondans. Le curé de Blamont prend son passe-temps jour et nuit à ivrogner et jouer aux cartes arec le greffier dudit lieu, tant en la maison de celuiHd qu'es tavernes. >

L'ivrognerie était chose si habituelle au XYII'' siècle, qu'un contemporain, qui nous rapporte les fdtes qui eurent lieu en 1667 à Montbéliard a la Cour du comte George, à l'occasion de la visite des princes de Wurtemberg, trouvait extraordi- naire que personne ne s'y fftt enivré. D'un autre côté, nous voyons que lorsque le duc Ulric de Wurtemberg, après être venu assister aux funérailles de Léopold-Prédéric, son beau- frèm quitta Montbéliard le 12 août 1662, ses domestiques étaient très satisfaits éPa^nrir saœéls tous les fours.

Le prévôt de Montbéliard, dans un mémoire qu'il présenta en 1608 à la régence, résumait ainsi son opinion sur les habitants du comté : < Les sujets sont tellement négligents qu'ils ne se soucient de rien payer, et aiment mieux pour la plupart boire et gourmander leur argent, s'ils en ont ou s'embarquer en procès les uns contre les autres, que de s'acquitter et payer leurs dettes; outre que cela les rend paresseux à travailler. >

Dans le rapport du 7 septembre 1562 qui fut fait par le surintendant des églises et les commisêaires de la régence sur l'état moral des villages du comté de Montbéliard et de la seigneurie de Blamont, on vDit que les habitants étaient tous plus ou moins adonnés au vin, au jeu |et à des excès de toute nature. La même chose fut constatée dans un mémoire dressé à la suite d'une nouvelle enquête qui eut lieu en 167S.

En 1786 le surintendant des églises s'exprimait à son tour de la manière suivante : c II règne dans un grand nombre de villages un vice odieux et ruineux; il consiste non-seule^

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CURIOSITÉS DB l'histoirb db montbéliard 49

ment dans la paresse et Tesprit de cldcane, mais encore et principalement dans l'ivrognerie à laquelle on s'abandonne aujourd'hui plus que jamais. »

OrdonnaiLGes sur les cabarets et contre rivrognerie.

On, essaya de réagir contre ces funestes habitudes, et Ton rendit plusieurs ordonnances limitant les dépenses excessives qui se faisaient aux repas de fiançailles, de noces et de bap- têmes. Mais elles ne produisirent que de faibles résultats, étant enfreintes par ceux qui les premiers auraient les respecter. Aussi l'inexécution de ces règlements de police exdta-t-elle plus d'une fois les plaintes des pasteurs, et voici ce que disait à ce sujet, dans une de ses remontrances au Conseil de régence, le surintendant Pierre Toussaint : « Il ne faudrait pas faire comme par ci-devant, qu'on mit seule- ment par écrit une ordonnance de réformation et qu'on la publiât et pendît au marché, et qu'ensuite on la laissât là, et que ceux qui la publient fussent les premiers ti^ansgresseurs. >

Les cabarets qui, comme bien vous pensez, étaient très fréquentés, furent l'objet de nombreux règlements. Ceux de la ville étaient sous la surveillance directe des neuf maîtres- bourgeois. En leur qualité de fervents adorateurs de Bacchus, ils ne devaient rien négliger pour que les lieux l'on sacrifiait à ce Dieu laissassent quelque chose à désirer; et il est à croire qu'en les inspectant, ils s'y attardaient quelque- fois pour s'assurer que le vin qu'on y débitait était de bonne qualité. Peu après l'an 1560 ils obligèrent les Mtes et taver- fU&rs de mettre enseigne devant leurs maisons, fixèrent le prix de la table d'hôte à S sols bâlois, et décidèrent que l'on aurait pour son repas quatre bens et raisonnables metSj deux sortes devin et du fruit. Ce n'était vraiment pas cher.

NouTeUeSéri« 4i Année. 4

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50 BBVUB D*AL8ACB

Ge règlement fut pris à la suite d'une remontranoe adressée au Magistrat de la ville le 11 août 1550 par le Conseil de régence, remontrance concernant Textirpation de divers abus et rétablissement d'une bonne police à Montbéliard. On se plaignait notamment de ce qu'il n'y avait pas d'auberges suffi- santes et convenables pour recevoir les étrangers, et qu'ils y étaient rançonnés, ce qui était cause qu'ils ne séjournaient pas dans la ville.

Dans son ordonnance judiciaire du 21 août 1684, le duc Frédéric, c pour prévenir les excès intolérables qui se com- mettaient dans la manière de vivre de ses sujets, qui fré- quentaient les hôtelleries, cabarets et tavernes d'une fiiçon telle qu'ils négligeaient de vivre honnêtement et sobrement ^en leur domicile avec leurs familles, ne s'occupaient plus de leurs affaires, laissaient leurs terres sans culture, et dépen- saient leur avoir, si bien qu'ils étaient réduits à la mendi- cité, etc.; > le duc Frédéric, disons-nous, défendit à toute personne de firéquenter les cabarets de son domicile, sous peine de 10 livres d'amende, et dans le cas d'insolvabilité, de huit jours de prison au pain et à l'eau, tant contre les auber- gistes que contre les consommateurs. Il permit néanmoins aux personnes d'aller acheter du vin dans les cabarets pour le boire chez elles ; en outre*, les juges, qui se rendaient dans les localités soumises à leur juridiction pour y rendre la justice, pouvaient prendre leur r^fedUm et dîner dans une auberge.

Cette ordonnance fut renouvelée en 1587, 1621, 16S7, 1644, 1660 et 1662. Le 21 mars 1724, il fut défendu aux cabaretiers de donner à boire plus tard que 10 heures du soir, et pendant les dimanches et jours de fête, sous peine de dix livres d'amende la première fois, et du double en cas de récidive. Le 27 novembre 17S7, on leur interdit de fiiire aucun crédit, sous peine de n'iivoir aucun recours pour le paiement de telles créances ; d'avoir dans leurs établissements

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CURIOSITÉS DE L'HISTOIRE DE MOMTBÉLIARD 51

des consommateurs après 10 heures du soir, et de donner à boire et à manger les dimanches matin et les jours de fête, sous peine de 10 livres d'amende. En outre, ceux qui étaient trouvés ivres sur la voie publique, devaient être mis en prison. Cette ordonnance fut confirmée en partie par une autre du 10 mars 1792.

Droits sur les vins.

L'achat et le débit des vins n'étaient pas libres dans le comté de Montbéliard ; ils étaient soumis au droit de Banvin et à celui d'Angal; le premier était perçu au profit du comte, le second à celui de la ville de Montbéliard.

Voici comment, dans un dénombrement de Tannée 1681, le duc Frédéric-Charles, administrateur du Wurtemberg, agissant comme chef de la famille pendant Tabsence du comte Georges de Montbéliard, définit le droit de Banvin tel qu'il s'exerçait à Montbéliard : < Item, nous compëte le droit de banvin qui est tel que, par chacun an, pouvons faire vendre vin l'espace de six semaines entières et consécutives, sans que nul autre, quel qu'il soit, puisse ou doive vendre ou débiter autre vin que du nôtre; et si autrement nous plait, pouvons faire publier ledit droit et en donner l'échute au plus offrant et dernier enchérisseur, ou même, si ainsi nous plait, l'admodier et donner à main-ferme ; et peut valoir par communes années 5, 6, jusqu'à 700 francs, quelquefois plus et moins. >

A côté de ce droit, il en fut établi un autre, le 1" janvier 1692, par le prince Frédéric, par lequel il réservait au domaine le monopole de la vente du vin dans le cx)mté de Montbéliard et les seigneuries pendant toute l'année. Sur les représentations qui lui furent faites de toutes parts, son fils et successeur, le duc Jean-Frédéric, supprima ce monopole le 6 novembre 1608.

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52 REYUB D* ALSACE

n ne faut pas confondre le droit de Banvin avec VArgal, impôt perçu au profit de la ville de Montbéliard sar le vin qui s'y débitait II était primitivement* (XV* siècle) d'un denier par channe, soit 3 sols ou i batz par tine ; il fut augmenté par une ordonnance du duc Louis-Frédéric, du 6 décembre 16S0, sur la demande de la municipalité, de 2 batz, à condi- tion que le produit en serait employé au paiement des dettes de la ville.

Nature des vins du pays de Montbéliard.

Avant de terminer ce chapitre concernant les mœurs gastronomiques et bachiques de nos ancêtres, disons un mot des vins dont ils faisaient une si grande consonmfiation. Us provenaient en majeure partie des vignobles du pays. Sur la table seule des princes de Montbéliard et de leurs principaux vassaux, l'on servait les grands crûs de Bourgogne et d'Alsace.*

Les vignes du comté de Montbéliard étaient beaucoup plus nombreuses anciennement que de nos jours. Gela s'explique lorsqu'on songe que ce pays était séparé de l'Alsace et de la Franche-Comté par des lignes de douane, que les droits d'entrée étaient considérables, et que les voies de communication étaient très difficiles. Les habitants de la principauté étaient obligés de cultiver eux-mêmes leurs vignes, et ce n'était que dans les mauvaises années, lorsque la récolte avait manqué, qu'ils faisaient venir des vins des contrées voisines.

Les vins de notre pays sont peu alcooliques, légèrement acidulés et ont un goût de terroT assez prononcé. Ceux que Ton récolte dans les bonnes années, sont agréables à boire.

^ Voyez ce qui a été dit sur le banquet donné par E6erhard-le -Barbu, eu 1470.

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GUmOSITÉS DE l'histoire DE MONTB&LIARD 53

Les meilleurs vins blancs sont ceux de Bart et d*Ecurcey ; les meilleurs rouges proviennent des côtes de Fremuje (Doadeval), et de Saint-Symphorien (Mathay). Une bonne andouille (saucisse faite de viande de porc assaisonnée de cumin et fumée), arrosée d'une bouteille de ces vins, constitue un goûter qui est en grand honneur parmi les habitants du pays. Le plus mauvais crû est celui de la citadelle de Mont- béliard : c'est un vrai tord-boyàux; aussi dit-on qu'il faut quatre personnes pour en boire un verre.

P.-E. TUEFFERD.

(la 9uUe h la prochaine livraisonj

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COLLECTIONS

ET

COLLECTIONNEURS ALSACIENS

I6OO-I82O

Q^ntiquitésy dMonnaies^ ^MidailleSj Tableaux^ ^Manuscrits Gravures^ Curiositisy etc.

< Les collectionneurs sont les heureux du siècle, ils échappent à l'ennui, se préoccupent peu des bruits de la terre, peuvent satisfaire leur passion prédominante à tout ftge, vivent généralement fort vieux, et meurent presque sans s'en douter. Chaque jour leur apporte une jouissance nou- velle, et les plus experts ont la joie de contenter leurs désirs en augmentant leur fortune; car une collection bien faite acquiert souvent la valeur d'un gros patrimoine.* » A ce tableau si vrai, tracé de main de maître, il faut ajouter qu'avant la fin du XVII* siècle, et avant la réunion de l'Alsace à la France, il existait déjà, dans cette province, < des cabinets de curiosités tant naturelles qu'artificielles.' > « Si les bibliothèques ' sont des amas de livres, selon l'auteur de la Bibliothèque curieuse et instructive, les cabinets, au

^ LoRÉDAN Larchrt. Revue anecdotique, Paris, 1859, p. 193.

* IIrrmann. Notices historiques, littéraires et statistiques sur Stras- bourg, 1819, 381-392.

Trévoux, 1704, in-12. Exemplaire de Fabbaye d'Etival.

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OOLLBOnONS BT OOLLBCTIONMISUBS ALBA0IEM8 66

contraire, sont destinés à certains livres de choix et aux curiosités qui en peurent faire Fornement ; les plus ordi- naires sont les tableaux, estampes, monnaies, sceaux, médailles, jetons, statues, raretés des Indes, de la Chine, du Japon, animaux étrangers, plantes singulières, métaux^ minéraux, pierreries, camaïeux, pierres gravées, agates, talismans, manuscrits, cartes, armes antiques et modernes, instruments de musique, habits de toutes les nations, poids et mesures des anciens, coquillages, pétrifications, urnes, vases, lampes antiques, etc. >

Gomme on le voit, le champ est vaste pour les chercheurs, même il y a deux cents ans. époque furent écrites ces lignes. L'amateur moderne n'y trouvera rien à changer. C'est pour lui faire connaître les noms de quelques-uns de ses confrères alsaciens, que j'entreprends ce travail, heureux si, malgré de nombreuses lacunes, il en est satisfait.

DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.

Le cabinet Scbafelitzky ou SchafflUtzel est la plus ancienne collection strasbourgeoise que j'aie pu rencontrer. Gaston d'Orléans avait offert 24,000 florins pour les 18,000 monnaies ou médailles, pesant 200 livres en argent et 14 marcs d'or, qui en étaient le plus bel ornement, et qui attiraient dans rhôtel Scbafelitzky, rue des Pucelles, tous les étrangers de distinction, lors de leur passage dans la capitale de l'Alsace.^ Gaston, comme on le sait, grand amateur de raretés, était, pour s'en procurer, continuellement en correspondance avec les savants du temps, soit par lui-même, soit par son biblio- thécaire, l'abbé Blondeau.

Les riches patriciens strasbourgeois avaient, comme dans beaucoup d'autres grandes dtés, le goût des raretés. Sébastien Schag, dont le nom a survécu, grâce à son voyage en Terre-

* F. Pitou. Strasbourg illustré, v. p. 81.

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56 BEVXTB D*^LSAOB

Sainte, avait, de retoar à Strasbourg, et étant membre du Conseil des Quinze, acheté une mèche des cheveux du célèbre peintre Albert Durer.* Cet amour des belles choses animait aussi les plus grands seigneurs : le cardinal de Richelieu, pour augmenter ses trésors bibliographiques, payait large- ment des érudits de tous les pays, entre autres Jean Tilman Stella, d'origine allemande. Ce choix était justifié par la profonde connaissance des livres qu'avait ce docte persoimage, qui, outre une riche collection d'imprimés, possédait une magnifique suite de manuscrits qui avaient déjà fiiit, avant la sienne, la réputation de deux bibliophiles, enfants tous deux de la ville de Schlestadt : Jacques Spiegel, secrétaire de l'empereur Maximilien, et Jacques Wimpheling.

A Paris, le docteur Jacques Mentel, à Château-Thierry, de parents originaires de Strasbourg, avait aussi commencé de bonne heure à amasser des. manuscrits précieux. Il avait le manuscrit grec de Simon Sethi, d'après lequel on donna l'édition grecque et lati«}e de 1657, et des manuscrits et révi- sions de Cetse, dont Gui Patin lui reprochait, au mois de juin de la même année, de faire attendre trop longtemps l'impression, t II est vrai que Mentel avait le défaut de beaucoup de collectionneurs: il achetait avec la ferme inten- tion de publier, mais il ne faisait jamais rien.' » Sur quoi, Gui Patin, prenant le parti des éditeurs des classiques, qui avaient souvent recours à lui, ne manquait pas une occasion de le railler.

Pierre Petit adressa au docteur Mentel, une de ses élégantes odes latines, dans laquelle on trouve les vers suivants :

sic te M enteli, si qua întracta'bile cœlum Non sinit agrorum peilere more fores;

* X. MossHANN. Notice pabliée dans le Dictionnaire biographique d'Alsace, 1869.

' Â. DB LA FiZBLiBRB. Rimaille sur les pltis célèbres bibliothèques de PariSj p. S59'

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COLLECTIONS ET OOLLECTIONMEUBS ALSACIEMS 57

Intentum libris, veterumque obscura medentum Scrinia versantem Pieris umbra tenet.

En 1669, la bibliothèque de Mentel, alors riche de plus de 10,000 volumes, alla enrichir celle du roi.

Ce médecin bibliophile, dont les ancêtres avaient quitté l'Alsace en 1548, était parent de Jean Mentelin, l'inventeur de rimprimerie. Quoique le nom de Jean Gutemberg ait prévalu dans la capitale de TAlsace, bien des érudits acC/Or- dent le premier rang au modeste enfant de Schlestadt. Parmi eux, on peut citer l'avocat Dorlan, l'imprimeur Heilz.^ Grâce à leur zèle et à celui du curé d'Obernai, le buste de Mentelin fut inauguré dans une des salles de la bibliothèque de la ville de Schlestadt. L'historien Schœpflin conservait précieuse- ment dans son cabinet la pierre tombale de Mentelin. Ce modeste monument, gravé par Weis, pour le Muséum Scficspf- Uni d'Oberlin, a été détruit lors du funeste embrasement de la bibliothèque de Strasbourg, pendant le siège de cette ville. Une autre relique existerait encore peut-être de l'illustre imprimeur. Gela serait sa presse, qui, d'après Hermann, fut longtemps conservée avec soin: peut-être, dit-il, sera- t-elle retrouvée quelque jour parmi les nombreux modèles et machines depuis trop longtemps entassés dans une chambre obscure, d'où, faute d'emplacement convenable, on n'a pas encore pu les retirer. Cette chambre obscure est un des étages de la tour qui servait d'observatoire, la tour près de l'hôpital actuel.' Le docteur Mentel avait déjà cherché, par divers écrits, à tirer de l'oubli la mémoire de son parent.

' Gh. Gérard. Les Artistes de l'Alsace pendant le may enrage. 1872. Feu Heitz était un des pins intrépides coUectionnenrs de tout ce qui regardait FAlsace. « La détermination du véritable inventeur de Fart typographique formait le sujet favori de ses études, pendant ses der- nières années » (R. Rbuss. Catalogue Heitz, 1868.)

' HsRifANN. Notices UttéraireSt historiques, sur Strasbourg, 1819, t. U, p. 413.

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58 REVUE D*AL8^0B

Tout ce qui peut constituer un cabinet se trouvait chez Louis-Baltbazar Etlnast, riche négociant strasboui^eois et assesseur au grand Sénat. Il avait des objets d'bistoire natu- relle, des antiquités, des monnaies, des médailles, des curio- sités, des gravures et des tableaux. Parmi ces derniers, quelques œuvres de Jean Baldnung dit Grfln, peintre mort à Strasboui^ en 1546; quatre toiles de Jean Hirtz: la Vierge avec t enfant Jésus; tm Port de mer; une Forêt; ht Mort tirant sur un vieillard et sur une vieille femme. Toutes ces peintures étaient exécutées à Thuile, les trois dernières sur cuivre. Presque tous les peintres alsaciens étaient représentés dans la galerie de Eûnast. Cet amateur passionné avait réuni en outre plus de 8,000 gravures, et son catalogue ^ porte le nom de plus de cent maîtres. Ktlnast avait la vue de la catbédrale, découpée en parchemin, d'après le dessin de Specklin.

Le catalogue EUnast se trouvait dans une collection de livres vendus récemment à Strasbourg ; c'était une brochure în-18,imprimée à Strasbourg, en 1656-1668.'

Un des fils de Balthazar-Louis on de Georges Eûnast, Gt vendre toutes les raretés amassées par sa famille depuis tant d'années. L'Armoriai d* Alsace, de 1696, mentionne un Philippe-Hougs Eûnast, avocat et procureur au grand Sénat.

* C'est un des plus ancieus connus. Voici le titre : EXÛTIKO- OAYMATOY-PrHMATO-TABïEION, d. t. OrdenUiche Verzeichnusz derjenigen Raritœten fremder und anderer Sachen so sich in Hem BaUhazar Ludwig Kunasts E. E. Grossen Raths Beysiizers und fur- nehmen Handelsmanns sed. hinder lassener Kunstkammem befunden, Strassburg, gedu bey. I. Wdpem, im, J, MDCLXVlll, inS".

La seconde édition in-4* parut en 1673. Musewm genuinitm Kunaste- rium. Le professeur Hermann avait ces deux catalo||[ues; la bibliothèque de Strasbourg en avait aussi un exemplaire. Il est moins que cendres actuellement.

* Weickamms KwMtkammer in UVm zu sehen, etc. (Librairie Âug. Simon. Novembre 1874.)

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COLLECTIONS BT COLLBCTIONNBURS ALSAOIBNS 50

n a laissé des notes très curieuses sur Strasbourg.^ Selon lui, à la fin du XVU* siècle, on comptait dans cette ville, sept beaax et grands jardins, connus sous le nom de Lemps,' Flacb, * Eausmann, * Spielmannj ^ Lobstein, * Sebitz, ^ et RicbshofFer.

Outre un beau jardin, Tammeister Daniel Ricbshoffer, le 10 décembre 1640 et mort le 2S septembre 1695, avait encore une belle collection de tableaux et de gravures.^

Un M. de Ratzamhausen^ de Strasbourg^ avait réuni un cabinet aussi important que ceux de Kttnast et de Bracken- hofEer. Son catalogue est mentionné par Eeysler, dans ses Neuegtm Beism, 1. 1*', p. 152, en l'an 1729. Il a été réimprimé en 1768, à l'occasion de la vente de ce qui restait de ce cabinet. M. de Ratzambausen, outre une riche bibliothèque, un médaillier, avait plus de 30,000 gravures. Un tatou (Panzerthier) à neuf bandes, décrit par Scbreber, passa de ce cabinet dans celui d'Herroann.

Schœpflin avait proposé à Dom Galmet Tachât du cabinet Ratzambausen, pour le. monastère de Senones. Le propriétaire en demandait 30,000 francs, mais peut-être serait-il plus traitable,' observait-il.

* 1* Beschreibung der Stadt Strassburg, 2 volumes manuscrits in-4', complétés par G. Schertz. Hermann s'en est servi pour ses notices. 2* Dodecas anctgrammatum ; épitaphiorum atque inscriptionum sepul- eralium prœsertim argentoratensium. Cette dissertation est citée par l'arctiiviste Breu (V. Aufschlagbr, l'Alsace), Toutes ces richesses, conser- vées dans la bibliothèque, sont perdues k jamais.

' Sénateur.

* Médecin (famille d'imprimeurs célèbres).

* Orfèvre.

* Sénateur.

* Marchand.

^ Médecin professeur.

* Son portrait a été gravé par J.-A. Seupel. Presque tous ses tableaux passèrent dans la collection May no.

* L'abbé Guillaume. Nouveaux documents sur la correspondance de D. Calmet Nancy, 1874, p.l94.

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60 BBYUE D*ALSAGB

On pouvait alors aisément se former une collection d'an- tiquités. Celles-ci n'étaient pas rares en Alsace. Beaucoup gisaient la charrue venait de les découvrir : souvent un dieu était converti en moellons. Les murs du couvent des Récollets d'Ëhl petit hameau bâti sur les ruines de Tantique HelvetuSj près Benfeld, renfermaient une foule de sculptures gallo-romaines. Plus tard, la bibliothèque de Strasboui^ y recueillit deux autels, dont un quadrilatéral avec les figures de Minerve, de Mercure, d'Hercule et de Vesta.

Bien des églises avaient des fragments antiques incrustés dans leurs murs : celles de Schweighausen, de Dorlisheim. de Langen-Souitzbach, de Seltz, d'Avolsbeim, de Mackwiller, la chapelle de Reichshoffen, etc. Dans le département de la Meurtbe, il n'y avait que l'église de Tarquimpol (l'ancienne station de Decempagi), qui offrait cette particularité.

Strasbourg eut dans ses murs, quelques années avant sa réunion à la France, un célèbre numismate parisien, le docteur Charles Patin. Il y fit imprimer, en 1671, ses /mpe- ratorum romanorum numwnata,^ ouvrage bien oublié de nos jours, et c'est de cette ville qu'il écrivit, en janvier et en octobre de la même année, les relations de ses courses artisti- ques et numlsmatiques en Allemagne. Il est à regretter qu'il n'ait pas donné la description de « la fameuse ville de Strasbourg > qu'il avait promise.

Quelques propos indiscrets lui avaient attiré la haine de Colbert, et il avait cru prudent de s'expatrier. Il alla mourir, toujours exilé, à Padoue, il occupait une des chaires de l'Ecole de médecine. On le voit, sur son beau portrait in-4% revêtu de sa robe de docteur, tenant une médaille à la main; la chaîne d'or à médaillon, présent du prince de Wurtem- berg, pend à son col; un riche médailler est à côté de lui.

^ Relouons..,, de voyages en Allemagne, Bohême, Angleterre^ etc. Amsterdam, 1095, p, 135.

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COULEOTIOK8 ET OOLLEGTIONMBURS ALSACIENS 61

A droite, sous le trait, T. Roos del. Au dessous, le professeur B€Bcler a écrit un quatrain laudatif en latin.

A Strasbourg, le cabinet d'Elias Brackenboffer, issu d'une famille patricienne de cette ville, était excessivement curieux. Beau-frère du célèbre généalogiste Spenerus, Elias, en 1618, voyagea pendant les années 1643 et 1647, en Alle- magne, en France et en Italie. Il a laissé sur ces pays d'in- téressantes relations avec des notices sur les villes qu'il a parcourues, sur les mœurs et sur les personnages notables de l'époque, avec un grand nombre desquels il s'était mis en relation. Pendant ses voyages, il réunit les premiers éléments de sa riche collection d'antiquités, de monnaies, de médailles, d'objets d'histoire naturelle, d'objets d'art, de curiosités, de tableaux et de gravures. La relation de ses voyages n'a jamais été publiée, et le manuscrit de sa collection de monnaies fut donné à la ville par le dernier de ses descen- dants.* Elias Brackenboffer demeurait rue des Serruriers, dans l'hôtel de sa famille, devenu, de nos jours, la Brasserie du Léopard. (Piton, v. 204.)

On remarquait dans sa galerie de tableaux plusieurs toiles de vieux peintres strasbourgeois : un Saint Jérôme sur ifmre^ par Pierre Dieterlin ; deux aquarelles sur bois : le Rapt des Sabines et le Christ en croix, par J.-Félix Bicler, etc.

Le catalogue Brackenboffer parut en 16S8, lors dune vente que Ton fit d'une partie de ses curiosités. La minéra- logie allait jusqu'à la page 78; l'histoire naturelle jusqu'à la page 91 ; la botanique jusqu'à la page 94; les « choses arti- ficielles » jusqu'à la page 110; et les antiquités jusqu^à la page 160.*

' Frédéric Brackenboffer, maire de Strasbourg. Après le blocus de 1814. les Strasbourgeois lui offrirent un vase en vermeil ciselé par Kirstein, d'après les dessins d'Ohmacht, qui sculpta aussi son buste. M. Bracken- boffer possédait une grande toile de Heim, représentant Faustinus apportant à sa femme Romulus et Remus.

* J. Hbrx ANN. Les différents cafnnets de curiosités de Strasbourg avant

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60 BEYUB D ALSACE

Le catalogue des monnaies donné à la ville formait S volumes iu-folio ; il avait été rédigé par le collectionneur lui-même, sous le titre : Pecimiarum nummarumque toUus fere orbis historia et jura, lexiei forma proposita, ou B&- schreibtmg der meisten Oeldsortm der ganzen Welt, nach der Ordntmg des Alphabets vorgetragen. Strasbourg, 1665, Tous les ouvrages numismatiques alors connus sont Cités dans la préface.

Il est étonnant que Fauteur de la Biblioffièque curieuse (p. 116) mette ce catalogue comme imprimé à Strasbourg, in-4'*, en 1577. Le même ordre n'est observé que dans celui d'OlœUs Worm, de Copenhague. Elias exhorte d'abord les curieux à dresser plusieurs cabinets semblables, pour Futilité du public et pour retirer de l'oubli et de la poussière une infinité de choses rares et curieuses qui périssent, étant dissipées.

Le savant collectionneur qui donnait de si bons conseils était en outre un bibliophile distingué, qui avait eu le bon esprit de faire graver pour sa bibliothèque un ex libris finement travaillé avec ses armoiries parlantes, comme les décrit Y Armoriai d'Alsace, qui donne également le blason de sa femme, Barbe Ehrard. La devise du noble conseiller des Treize, était : A. 37, V. i, Wirds wohl machen.

Une collection qui attira l'attention du savant Dom Ruinart, de passage à Strasbourg pour y faire des recher- ches historiques, fut, en 1696, le Muséum Ipolii (sic), qu'il déclare être d'une grande richesse en objets précieux de tout genre. Il aurait été à désirer que le savant religieux eût été plus explicite et nous ait initié un peu plus à la vie intellectuelle du Strasbourg de cette époque. Quoi qu'il en soit, Dom Ruinart a voulu sans doute parler du cabinet de

la Révolution de 4789; 3 pages manuscrites ia-4*. Collection Heitz, n"" 1498. (A la bibliothèque de l'Université de Strasbourg), manuscrit de l'un ou l'autre des frères Hermann.

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GOLLBCnONB ET G0LLB0TI0NMEUB8 ALSACIENS 68

Sporer ^ ou de Jean-Frédédéric Spoor, libraire, remarquable par ses objets d'histoire naturelle, ses curiosités et ses objets dart, et dont la marque était un olivier croissant sous la gloire de Dieu ; devise : sic facile cresgam ; au bas^ son monogramme. Gomme en Italie et ailleurs, les libraires strasbourgeois possédaient des antiquités et des objets d'art.

Dom Ruinart eut le bonheur de rencontrer, dans le vicaire général de Tévéque de Strasbourg, un bibliophile distingué et un savant appréciateur des études historiques. C'est à Feldkircb que l'abbé de Gamilly ' vint trouver Dom Mabillon. Après avoir assuré l'élection de M. de Rohan, comme chanoine, puin comme évéque de Strasbourg, M. de Gamilly fut nommé à l'évêché de Toul, puis à l'archevêché de Tours. On conserve encore le catalogue de la vente de ses livres. Dans l'enclos de Sainte-Odile, il existe une pierre-borne à ses armes, et son portrait se trouve à la bibliothèque de Gaen, comme bienfaiteur.

Le cardinal de Rohan, premier du nom, évéque de Strasbourg, acheta, moyennant 86,800 livres, la célèbre bibliothèque de Thou, possédée alors par le président de

' Hbrmann, t. II, p. 382. Sporer, amateur d'objets d'art, d'histoire naturelle et de curiosités. Sporer et Spoor doivent être le même nom.

* Et non Vahbé de Camillac, comme l'écrivent Matter et l'abbé Mar- chai : iUustrimmum ahbatem CamiUiacum vicariwn generalem (l'abhé de Gamilly, vicaire général). Il s'est rendu assez célèbre en Alsace pour que Ton se souvînt un peu plus de son nom. M. Gh. Gérard en parje longuement dans sa charmante brochure V Alsace h table. Son catalogue de livres est intitulé : CamiUia/na, seu catalogue libro- rum htbliothecœ D. D. Francisci BUmet de CamiUy , archiepiscopi Turonensie. Parisiis. C. Osmont et Gàb. Martin^ 4796^ (Vente Luzar- ehes 1869, n* 5991 ) Le portrait de M. de Gamilly a été gravé dans VBisUnre du diocèse de Tovl, par le R. P. Benoît Picard. L humble capucin a du être bien étonné, dans l'antre monde, de la bévue du savant abbé Marchai, qui a eu le tort de sauter plusieurs passages dans la traduction du Voyage de Dom Ruinart en Alsace (Documents sur VHisioire de Lorraine, 1862» p. 83), qu'il traduisit.

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64 RBVUB d'albagb

Menars. Le cardinal avait déjà un commencement de biblio- thèque. Il habitait, à Paris, Tadmirable hôtel qui porte encore son nom, rue du Chaume. La collection qu'il venait d'acquérir fut placée dans les appartements du rez-de- chaussée, et par ses ordres, son bibliothécaire, Tabbé d'Oliva, Italien d'une grande érudition, rendit a la bibliothèque de Tbou une partie de Téclat dont elle avait joui sous son premier maître. Il l'augmenta des manuscrits de la collection P. Pithou, de Nicolas Lefêvre, de P. Dupuy (dans ces derniers était le recueil de Loménie). Cette belle bibliothèque, un des joyaux de Thôtel de Soubise, eut une bien triste fin : elle fut vendue lors de la faillite du prince de Guéménée. La vente, qui eut lieu en 1789, dura quatre mois, et ne produisit que la faible somme de 26,000 francs, chiffre bien inférieur à sa valeur. Il y avait 60,000 volumes 1 1 1 Ils sont, pour la plupart, bien reconnaissables à leur belle reliure en maroquin rouge avec filets et tranches dorées et armoiries sur les plats.*

Un souvenir bibliographique se rattache encore à la mémoire du cardinal de Rohan. Ce fut lui qui, en 1735, lors d'une visite à Tabbaye princière des chanoinesses de Rémi* remont, comme délégué apostolique, ordonna l'établissement d'une bibliothèque dans l'illustre Chapitre.' Ce fut le commen- cement de la future bibliothèque municipale de la ville.

A Colmar, Nicolas Corberon père, premier président du Conseil souverain d'Alsace, avait apporté, en 1700, de Metz, il était procureur général, une assez importante collection de manuscrits sur la Lorraine et le pays messin, et une

^ A. Frangklin, La Bibliothèque de J.-A. de Thott {Bulletin du bour quiniste, 1870, p. 25).

« Le cardinal de Rohan, dit Madame dans sa Correspondance^ a belle mine comme madame sa mère ; mais il n'a pas de taille : il est vain comme un paon, plein de fantaisies, tripotier, intrigant, esclave des jésuites ; il croit tout gouverner, et il ne gouverne rien ; il croit être sans égal au monde. » (Paris, 1863, 1. 1, p. 214.)

' Statislique des Vosges, t. î, p. 590, 1847.

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GOLLEOnONB ET OOLLBOnONNBUBS ALSACIENS 65

collection de médailles antiques.^ Son fils, également premier président à Golmar, donna le tont à Dom Galmet, abbé de Senones, après le décès de son père. Ce dernier, à Paris en 1658, fut enterré à Golmar , dans Téglise des Pères Âugustins. Le premier président Rossée occupait, dans ses derniers temps, rhôtel Gorberon. Le graveur des Rochers a reproduit, dans une grande planche, les traits de t^ois Gorberon : les deux de Golmar et celui qui fut avocat général à Metz.

Le mathématicien strasbourgeois Jean-Gaspard Eisen- schmidt était un archéologue distingué; il s'était passionné pour les antiquités, les monnaies et les médailles. Après son décès, en 1712, la ville de Strasbourg acquit ses instruments astronomiques. Son quart de cercle, garni d'une lunette sans micromètre et d'un limbe en cuivre divisé par transversales^ fut k*ansporté à l'observatoire, il était conservé avant 1789, comme objet de curiosité.' C'est le mathématicien strasbourgeois, Jules Reicheit,* numismate et amateur lui- même d'antiquités, comme Ëisenschmidt , qui décida le magistrat, en 1678, à céder la tour de l'hôpital pour les observations astronomiques.

Les peintres Walther père et fils avaient formé un cabinet d'objets d'art et de curiosités à Strasbourg. Ils sont dtés par Hermann avec d'autres amateurs du même genre, le mathé- maticien Jules Reystz et un bourgeois i;ommé Mfilbe. Les chirurgiens A. Erieger et Herr collectaient les antiquités, les monnaies et les médailles; le marchand Georges Menges recherchait les objets d'art, les curiosités, les gravures et les

^ VEx Ubriê de M. de Corbeion est anonyme ; on y voit ses armes d*aziir au chevron d'or accompagné de trois tours de môme; deux licornes pour supports. D. Galhbt. Bibliothèque lorraine. S. Libutaud. Catalogue des portraits lorrains,

' Obirlin. AUnanach ^Alsace, 1788, p. 360.

1637-1717.

Nouvelle Série Année 5

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66 REVUS d' ALSACE

tableaux. Le greffier de la fabrique Notre-Dame avait réuni beaucoup d'objets d'histoire naturelle, ainsi que MQlbe, cité plus haut.

DIX-HUITIÈME SIÈCLE.

Le botaniste Jean-Philippe Bœcler, fils du professeur à TEcole de médecine/ outre sa bibliothèque scientifique, avait réuni beaucoup de médailles, de monnaies et d'antiquités. Cette collection fut dispersée après sa mort, arrivée en 1766.

Un avocat au Conseil souverain d'Alsace, Nicolas-Joachim Descartes, nommé, en 1718, conseiller au Parlement de Metz, était aussi un chercheur infatigable. Il avait'fait détacher les deux inscriptions d'un autel quadrilatéral en pierre, trouvé près de Metz en 1749, et en avait fait don à M. Gayot, depuis préteur royal à Strasbourg. M. Gayot fils les donna à Schœpflin.' A la mort de M. Descartes, arrivée en 1769, à l'flge de 77 ans, on vendit toutes ses collections. M. Dupré de Geneste acheta, pour 2,295 livres 6 sols, un lot très impor- tant d'estampes, d'objets d'histoire naturelle, de tableaux, de porcelaines, de dyptiques en ivoire, etc. Les Bénédictins messins ont signalé le conseiller Descartes comme un homme de goût, possédant de grandes connaissances en archéologie.*

Le professeur de logique et de métaphysique J.-P. Bar- tenstein* (1652-1726), originaire de Lindau, avait forme, à Strasbourg, une collection numismatique, à laquelle il avait joint quelques antiquités. Il était membre de la Société poétique, connue sous le nom de KUeblalt

Le bedeau de l'Université protestante de Strasbourg, Jean-

^ G. Stoffel. Dictionnaire biographiqw d'Alsace. Mulhoase, 1889.

' Scbœpflin les a fait graver dans son Akatica, t. I, p. 587; les Béné- dictins de Metz, dans leur Histoire de cette villei les donnent également, ainsi qa'Oberlîn.

' E. Michel. Biographie du Parlement de Metz, 1853, p. 123.

* J.-A. Senpel a gravé son portrait.

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OOLLBOnONS BT COLLECTIONNEURS ALSACIENS 67

Pierre Tschernein, antiquaire, comme il s'intitule, fut con- damné par le grand Sénat à faire, le 10 juin 1738, amende honorable et au bannissement, pour avoir exposé des estampes contre la religion catholique.* En vain prétendait-il que ces gravures représentaient un ancien pilier de la cathédrale de Strasbourg, décrit et représenté dans Touvrage de Scha- dseus, imprimé en 1617, et qu'il les avait achetées à l'in- ventaire d'un autre antiquaire nommé Dallhofen; les estampes furent brtlilées par la main du bourreau, et la sentence exécutée contre lui.'

Les monastères alsaciens suivaient le mouvement scienti- fique de l'époque. Les études refleurissaient en paix, après les grandes guerres du XVIP siècle ; et ce n'est qu'avec réserve que l'on doit ajouter foi au dire jaloux de quelques religieux ou de quelque érudit, qui ne faisaient souvent pas assez la part des désastres qui avaient accablé les établisse- ments claustraux de la province dans les siècles précédents. Que d'abbayes avaient été pillées et incendiées I que dar- chives avaient été détruites ! que de bibliothèques dispersées I Il n'est donc pas étonnant que le frère Martin,' prémontré du couvent de Sainte-Odile, se soit permis d'écrire à l'illustre abbé de Senones, Dom Galmet, < que les bons Pères du pays préféraient passer un demi-jour à table qu'un quart d'heure dans leurs archives. » * Cette attaque injuste était répétée plus tard par l'historien Grandidier. < Vous trouverez dans

' Revue ér Alsace, 1859, p. 41.

' Dans ses Cwrioeités de voyages en Alsace, H. Ang. Stœber a omis la dernière fMge du récit du très célèbre évêqae de Salisbnry, Gilbert Bumet. Cette page de l*évêqae anglican est la description dn cbapiteau à Foceasion daquel Tschernein fat condamné, et d'an autre cbapiteau représentant un moine glissant sa main sous le vêtement d'une nonne. Il dit que c'est Geyier qui se moquait par des moines.

' 1724. Serait-ce Tabbé de Gussy, auteur d'une Histoire du Hohen- hùurg?

^ L'âbb6 Guillauxk. Correspondance de Dom Calmet. Nancy, 1874.

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08 RBVUB U'AhBkCR

les abbayes de cette province, écrivait-il à Dom Grappin, peu de science et point de bibliothèque, mais de la bonhomie et du bon vin. » ^ Plus loin, l'abbé, s'adressant à un magistrat, est plus incisif : < Gomme nos bénédictins de cette province ne sont rien moins que travailleurs, et qu'ils n'ont en général d'autre occupation que leur chœur et leur cave »,it demande une pension sur une abbaye 1 1 1

En réponse à ces injustes appréciations, Nicolas Delfils, abbé de Lucelle, reformait à grands frais sa bibliothèque incendiée totalement. Vers la fin du siècle précédent, plusieurs moines étaient morts victimes de la science, en voulant sauver des manuscrits. Les volumes de la nouvelle bibliothèque de l'abbaye sont reconnaissables aux armoiries dorées frappées sur les plats (1708-1751).

Les religieux de M armoutiers entretenaient une correspon- dance historique suivie avec les savants lorrains. Dom Galmet, le capucin B. Picart, de Toul, les doctes Bénédictins de Metz, étaient souvent consultés par eux. Le bibliothécah*e cherchait à refaire une liste cpmplète des abbés du monastère et des prieurs de Saint-Quirin, que les auteurs du GalUa Christiana avaient donné avec beaucoup de fautes. < La biblio- thèque de Marmoutier, dit l'abbé de Senones, a peu de livres antiques, mais des nouveaux assez. » '

L'abbé de Neubourg, Jacques Glacier d'Auvillers, avait enrichi la bibliothèque de son monastère, de livres rares et précieux (1715-1769).

L'abbaye de Munster était devenue un foyer de fortes études. < Voltaire est très partisan des Bénédictins, écrivait un religieux de ce couvent. C'est le seul Ordre qu'il aime, parce que nous étudions et que nous laissons le monde

' Gh. Wbiss. Revue d'Alsace. 1855, p. 331.

* Manuscrit de bibliothèque de Metz. A. Bbnoit. Lettre inédite de P. Benoit Picart, sur le prieuré de Saint-Quirin D, Galmet. Notice de Lorraine,

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GOLLB0TION8 ET C0LLECTI0NNEUR8 ALSACIENS 69

comme îl est, sans nous mêler d'intrigues. » Cela n'empêchait pas le coadjuteur de l'abbaye, Dom Benoît Sinsart, d'envoyer ce coup de patte à ses doctes confrères : c Les étranges gens que les Allemands! Dieu les bénisse avec leur érudition, qu'on ne sait à quelle sauce mettre! > L'abbé de Munster se couvrait, dans des circonstances extraordinaires, de la cou- ronne dite du roi Dagobert.*

A Neuwiller, l'abbé-prévôt Le Vayeur, originaire de Phalsbourg, avait créé une bibliothèque remarquable dont on rencontre souvent des exemplaires, reconnaissables au blason et au nom de l'abbaye, frappés en or sur les plats des volumes.' L'abbé Le Vayeur achetait tous les manuscrits qu'il pouvait rencontrer. C'est ainsi qu'il acquît un Armoriai du Magistrat de Strasbourg^ richement enluminé et qui se trouve actuellement chez un antiquaire de Strasbourg.* L'église paroissiale actuelle possède encore les belles tapisse- ries représentant les miracles de saint Adelphe, évêque de Metz, restaurées dans ces dernières années par la Société française d'archéologie.*

Dom Ruinart, Dom Calmet, et plus tard lïnspecteur Matter, ont parlé des manuscrits de la bibliothèque de l'abbaye princière de Murbach, qui possédait jadis de splen- dides tapisseries représentant les bienfaiteurs du couvent, et de splendîdes pièces d'orfèvrerie sacrée, reliquaires, bustes en argent, calice de 1606 valant 500 ducats d'or, enfin une mttre phrygienne mitra phrigtonica, ornée de perles et d'or, opus elegantissimum^

^ Sehœpflin a donné le dessin de C9t insigne royal.

Bibliothèque de Saveme. Ancienne bibliothèque de Strasbourg, Bouquinistes de cette viUe, Abbé Guillauub. Manuscrit des P. P Capucins de Phalsbou/rg.

* M. G. Brion, place de la Cathédrale. L'abbé Staub. (Société des Monuments historiques d'Alsace^ 1868).

* Rev. d^A Is , 1855, p. 1. Quelques-unes sont à la bibliothèque de Colmar.

* Dox Calmet. Diarium Beîveticum, Einsiedleny 1756, p. 6.

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70 BEVUB D*AL8AGE

Les chartreux de Molsheim possédaient de beaux manuscrits et d'admirables vitraux. Les religieuses du couvent de Saint- Etienne, de Strasbourg, montraient le manteau de sainte Âttale et des tapisseries représentant la vie de cette sainte personne et celle de la ihaumaturge de Hohenbourg.

Le musée de Ck)lmar montre avec orgueil les précieuses peintures tirées du couvent d'Issenhdm. Tous ces cbe&- d'œuvre, qui ornaient Tbumble couvent, n'ont pas été retrouvés ; il en a été de même pour les manuscrits et les livres précieux des Johannites, de Strasbourg, dont Hermann n'a pas retrouvé les plus précieux.^

Un abbé d'Ebersmflnster avait fondé un très beau cabinet d'histoire naturelle, bien augmenté depuis par le goût de ses moines.' L'église, bAtie dans le siècle' dernier, offre le type complet du style architectural adopté par les Bénédictins de cette époque.' On y voit de belles fresques sauvées en partie par le conventionnel Bailly. La statue de la Viei^e, en argent, les reliquaires, les meubles^ la bibliothèque, avaient été transportés à Strasbourg, et l'abbé Rumpler, de très querelleuse mémoire, avait acheté la chAsse vitrée renfer- mant la statue en bois du duc Âdalric, coiffé à la romaine et babillé en étoffes de soie. Cette châsse orne maintenant une chapelle du mont Sainte-Odile.

D*après une lettre, adressée en 17B2, de Munsta* à Dom Galmet, un M. Kleber avait une riche collection de miné- raux, parmi lesquels brillait un morceau de mine d'argent rouge, unique pour sa richesse, sa grosseur et sa beauté, et dont on lui avait offert 600 livres. Parmi les lettres adressées à Dom Fange, abbé de Senones, il en est une de M. Mathieu, amateur dont il va être parlé, datée de Sainte-Marie-aux-

' Notices, t. II, p. 380.

Notice manuscrite (TBermann.

* Saint-Avold, en Lorraine ; Saint-Quirin, dans les Evêchés ; Einsiedlen, en Suisse.

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GOLLECTIONS BT GOLLEGTIONNEURS ALSACIENS 71

Mines, le 18 avril 1768, par laquelle cet amateur offrait d'échanger contre des tableaux ou des encadrements, tout ce qui se fait dans les mines : pilons, lavoirs, fonderies, etc., le tout en cristallisations et pétrifications. Un mois après, Mathieu se décidait à offrir gratuitement ce qu'il proposait avec d'autres choses qu'il avait achetées.*

Le pasteur de Mattersholz, Christophe Beysser, précédem- ment à Sainte-Marie-aux-Mines (1789-1778) et le procureur du roi au siège présidial de cette ville industrieuse, Mathieu des Essards, avaient formé une collection remarquable de cristaux et de cristallisations, tirés des mines du pays. Le dernier amateur entretenait une correspondance suivie arec l'abbé NoUet et le célèbre Buffon. Son cabinet alla se fondre plus tard dans celui du roi.'

A Strasbourg, M. Peyer avait une collection minéralogique formée bien avant 1772. On y voyait des coquilles et des minéraux très beaux tirés surtout du pays de Deux-Ponts.

A Mulhouse, le docteur Jean Hoffer, mort en 1781, avait aussi collecté une belle suite de fossiles et d'insectes.' U avait, à force de courses, réuni un bel herbier des plantes du Sundgau.

En 1772, parut à Strasbourg le Muséum Grauelanium sive colkctionnes regni mineralis, in-8^ C'était le catalogue des objets d'histoire naturelle possédés par le professeur de physique Jean-Philippe Grauel, médecin, mort en 1761, et enrichi par son fils, Frédéric, mort dix ans après. On y voyait des fossiles rangés dans un ordre très remarquable. Le tout fut emballé et envoyé à Paris. Le cabinet de physique des deux Grauel fut acheté par le professeui Schurer.

Un pharmacien de Mulhouse, Josué Risler, avait, comme

* L'Abbé Guillauub. DocimenU inédits sur la Correspondance de Dam Calmei et de Dom Fange. Nancy, 1873, p. 14.

* Grandidibr. Histoire de la viUe de Lièvre, 1810, p. 78.

* HXRMANN.

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72 REVUB D* ALSACE

son compntriote Hoffer, collaboré aux Acta Helvetica. On voyait chez lui toutes les plantes des environs de sa ville natale. Un pasteur de cette ville, Spcerling, avait également du goût pour les plantes et les antiquités. Il devint le beau- père du respectable fondateur de rétablissement de Rixheim, Zuber.

A Golmar, le directeur de la loterie ELnoU, depuis conseiller de préfecture, grand amateur des arts, avait formé une collection de tableaux, acquis à Paris pendant la Révolution. Il avait une jolie copie de la Belle Jardinière^ de Raphaël. Ce tableau appartient aujourd'hui au docteur Faudel.^

Malgré les souvenir douloureux que les collections Schœpf- lin et Silbermann éveillent, il est temps cependant de chercher à les faire revivre en essayant de donner une frible idée de ce qu'elles pouvaient être, lorsque, dans des temps meilleurs, le respectable professeur Jung en était le zélé conservateur.

Par un sentiment bien rare d'abnégation, l'historien Schœpflin avait, quelques années avant sa mort, arrivée en 1771, donné à sa ville adoptive sa bibliothèque et toutes ses curiosités. Un compte-rendu sommaire de ces richesses fait connaître qu'il possédait des monuments égyptiens, étrusques, grecs, romains, mérovingiens et du moyen-âge. On y voyait des dieux lares, des vases, souvenirs de son voyage en Italie, des médailles, des pierres gravées, des autels, des colonnes milliaires, des inscriptions, etc.' Mais ce qui rendait la collection Schœpflin bien précieuse, c'était le grand nombre d'objets qu'il avait réunis sur l'Alsace. Tout le monde était fier d'augmenter ses richesses locales. L'inten- dant Feydeau, MM. Gayot, de Dietrlch, de Bock, de Lôwenstein, les princes de Linange-Dabo, de Hesse-Darmstadt, le duc de

' Rwue d'Alsace, 1856, p. 291.

' 11 avait aussi une collection d'empreintes en soufre de la fabrique de M. Lippert.

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COLLECTIONS ET COLLECTIONNEURS ALSACIENS 73

Wurtemberg, le maréchal de Coigny, les évoques de Stras- bourg et de Spire, les monastères, les ministres du culte, lui envoyaient tons les monuments anciens trouvés sur leurs terres. Le professeur Oberlin a heureusement sauvé de Toubli toutes ces raretés en publiant le premier volume du Muséum Schoff/Hni.^ Strasbourg, 1778, in-4^ comprenant les Lapides, ma/rtnùraj vasa de la collection. Weiss a gravé les 17 plan- ches qui accompagnent Touvrage, illustré en outre de gra- vures dans le texte. Les amateurs des antiquités de Nieder- bronn, Wasselonne, Reichshoffen, Brumath, Saint- Avold, etc., retrouveront des choses perdues à jamais.

Schœpflin, dont le portrait fut peint par Heilmann, avait : 1* le Manuscrit in-folio de Jacob Meyer,^ chroniqueur stras- bourgeois, allant jusqu'au XVP siècle, et augmenté consi- dérablement par ses continuateurs; les portraits du roi de Hongrie, Mathias Conoin, de* Marie de Bourgogne, fille de Charles-le-Téméraire, tué devant Nancy en 1477,' de son fils, PhiHppe-l^BeaUy et de sa femme Jeanne-la- Folk, etc. Le savant historiographe avait, en outre, plusieurs cartons de gravures : 1* Imagines civitatum, prœliorum et festivitatum

' En 1740, on trouva, près de Verdan-snr-Mense, an tombeaa d'un chef franc avec ses armes et ses insignes. L'intendant de Greil envoya le tout à Schœpflin, et Oberlin décrivit la trouvaille dans le Muséum (dessin XVI}. D'après la scienee moderne, ce qu'il présente pour une couronne est la partie supérieure d'un sceau, et le casque du chef franc ou mérovingien serait le milieu de son bouclier.

' Bbbu. Catalogue d'ouvrages sur l'Alsace, 1828.

* Les Strasbourgeois prirent une part glorieuse à cette bataille, comme alliés du duc de Lorraine. Ils rapportèrent, d'après Hermann, comme trophées la robe du due de Bourgogne, huit drapeaux bourguignons et •ne corne d'ums dos gros muhe-geschrey ^ servant de trompette et marquée des trois alérions lorrains. sont passées ces choses précieuses, titres de gloire d'un peuple? D'après Schuler, quatorze drapeaux pris par les Strasbourgeois à la bataille de Nancy et dix-huit drapeaux con- qais à Morat, étaient suspendus dans le chœur de la cathédrale. Ces trophées furent déplacés eu lôôl par ordre du Magistrat.

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74 BEVOT d'alsaob

AlsaUœ ; V Imagines cwitaUs et tempU argmSnmris ; S"* Sammhmg von abbUdung dnzemer Thdie der stadt Strass- but g; 4"" Iconismi appidorum urbium et castrorvm AlsaHœ. 0. h Meyeri. i67i, etc.

Le musée de SaTerne a heureusement les moulages de la Oybèle trouyée dans cette ville et du Lepontius signifer^ de Strasbourg. Ce sont deux prédeuz souvenirs d'un musée bien célèbre.*

Les livres de la bibliothèque de Schœpflin étiùent bien reconnaissables à leur ex HbrfSj gravé assez grossièrement. Au milieu d'une rocaille, le blason, et sur la console bz bibliothegâ sGHOEPFUiLNA. Go sout maintenant, s'il en existe encore, des vignettes bien précieuses par leur rareté.

La collection alsacienne du fiicteur d'orgues Jean-Ândré Silbermann Ait également détruite lors de l'incendie de la bibliothèque de Strasbourg. Moins riche, sous certains rapports, que celle de Schœpflin, elle l'emportait au point de vue alsatique. Donnée également à la ville, cette collection avait un médailler très remarquable cité souvent par les chercheurs numismatiques alsaciens, des dessins, des livreri, des notes sur l' Alsace, etc. Les cartons de gravures étaient au nombre de douze, dont dix sur l'Alsace et un sur la cathédrale. Dans un des premiers, il y avait quelques por- traits anciens, entre autres, une gouache représentant le vieux préteur de Elinglin.* Le cardinal de Lorraine, évéque

' D. Fischer. Le musée de Scweme, 1872, n** 48, 49. Notke gur le couvent de la congrégation N.D. de Saveme, 1874.

' Grande perruque blonde, yeux vérons, teint coloré, robe noire. Friese raconte qu'en 1793, lors de la vente par la nation des meubles du général Klinglin émigré, dans son hôtel, faubourg de Pierre, ies paysans d'Iilkirch achetèrent le portrait du vieux prêteur, pour conserver à leurs enfants les traits du tyran qui les avait rendus pauvres et malheu* reux.

Silbermann avait aussi copié, en un volume in-folio, les coUactfMutay de Spœcklin.

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GOIXBCnONB ET COLLBGTIONMBURS ALSACIENS 75

de Strasbourg; rond gravé en 1605, avec une vue de Stras- bourg au yerso.^ Pour pendant, son compétiteur,* peint par Jacob von Heiden, à Strasbourg, gravé en 1604 par Jacob von Heiden fils; le maréchal Dibour (sié), le cardinal de Rohan^ des pasteurs, des professeurs, etc.

Silbermann avait eu le bon esprit de donner la description de son cabinet dans le Journal de Murr^ t. 8, p. 12, 1780. Ce collecteur passionné pour tout ce qui touchait sa chère province, demeurait au quartier FinckwîUer, près le chantier Stuber. L'archiviste Grembs, dans ses MemorabUia argenti- nenria (1764-176S), fait le plus grand éloge de son aménité sodale, de sa probité et 4^ l'estime que ses concitoyens avaient pour lui. Les qualités de son âme se reflètent sur son portrait, gravé par G. Guérin, d'après Daniche fils.

Le cabinet de M. le préteur d'Autigny (1770, démission* naire en 1780) avait quelques rares pièces du règne minéral, c n s'accroît de jour en jour, dit la notice manuscrite d'Her- mann, et ne laissera pas d'être, avec le temps, un des plus dignes d'être vu. » En 1781, M. d'Autigny donna à la ville « le plan en bas-relief d*un bâtiment à faire à l'instar des vauxhalls anglais devant la porte des Juiâ. » On n'exécuta jamais ce projet venu d'outre-mer, et les obus de la dernière guerre se sont chargés de détruire le modèle donné par le préteur. Toutes les semaines. M. d'Autigny réunissait dans son hôtel, en conférences scientifiques, les savants strasbour- geois. Grftce à lui et au maréchal de Gontades, la ville fut éclairée par des lanternes. Retiré à Paris, il continua à correspondre avec ses doctes amis de Strasbourg. Le cabinot de mécanique de la ville de Strasbourg a été formé, d'après

^ Berstett et Dom Galmet ont donné les médailles de ce prince de TEglise, dont le musée lorrain possède deux portraits, l'un ayant une barbe noire» l'autre blonde.

' Voir NumUmatique de Berstett.

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76 RBYUB d'aLSAGE

GrafFenauer, à Toccasion de quelques pièces précieuses données par M. d'Autigny.*

c M. Dartein, Jean-Félix, commissaire général des fontes pour rartîilerie, a un cabinet peut-être unique en Europe, par l'assemblage exact des modèles en petit de tout ce qui est nécessaire pour faire la guerre. Rien n'y est oublié; tout, jusqu'aux plus petite objets, s'y trouve réuni ; le grand soin qu'il s'est donné à les rassembler est parfaitement récompensé par Tadrai ration que mérite un cabinet aussi curieux.' >

Dartein, savant métallurgiste, est très estimé comme auteur d'ouvrages sur la fonte des canons.

Le docteur en médecine J.-R. Spielmann, professeur de chimie, doyen de l'Ecole de médecine, associé aux Académies de Nancy, de Paris, etc., avait commencé sa collection d'his- toire naturelle bien avant 1752. Il avait des fossiles remar- quables et des minéraux rares. L'ample correspondance qu'il entretenait avec tous les savants de l'Europe, l'avait mis à même de porter sa collection à un haut degré de perfection. Spielmann est de nos jours un peu oublié. S'il survit, c'est grâce au beau portrait que lit de lui, en 1781, deux ans avant sa mort, le peintre G. Guérin. Le docteur Spielmann se fit aussi représenter en silhouette en pied,' l'épée au côté, une fleur à la main. Outre sa collection d'objets d'histoire

^ Le recneil manuscrit de ses dissertations se trouvait entre les mains de M. Le Barbier de Tinan, intendant militaire, son neveu.

* Promenade d*un jeune didachophyle en Alsace, en Suisse, Paris, 1786. Cité par M. À Stœbbr, Curiosités de voyage en Alsace. Colmar, 1874, p. 174.

* D*après la baronne d'Oberkirch, ce fut un artiste genevois nommé Huber, qui mit ces dessins à la mode. Ses portraits de Voltaire firent sa fortune. Il fut quelque temps à la petite cour de Montbéiiard ; puis il alla dans tontes les cours de l'Europe. En fait de portraits alsaciens faits à la silhouette, on connaît ceux de Colmar. évêque de Mayence, d'Her- renschneider, d'Eromerich, du prince Louis de Hesse, de la famille d'Oberlin, etc.

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COLLECTIONS BT 00LLEGTI0KMBUB8 ALSACIENS 77

naturelle, il possédait aussi une riche bibliothèque, vendue à sa mort, dont Jean Striedbeck a gravé la vignette avec 868 armes parlantes.

Lorsque Jie naturaliste Buchoz fit exécuter à grands frais son bel atlas de fleurs et de plantes, Spielmann vint géné- reusement à son aide en faisant graver par Defehrt deux planches : le Bois gentil et la Lauréole. Les titres religieux et scientifiques se trouvent naturellement au bas de chaque planche, il fit aussi peindre, par Hien, peintre originaire de Deux-Ponts, quelques oiseaux de sa riche collection.

Son fils, Jean-Jacques, professeur de pathologie à l'Aca- démie protestante, mourut en 1810.

« Le baron de Dietrich fils, dit la notice manuscrite, commença avec une ardeur singulière, en 1770, un cabinet d*histoire naturelle ; il s'empressa de le mettre en ordre, lors- qu'il fut revenu de ses voys^es dans les principales contrées de TËurope. » En i 786, il fut nommé associé de l'Académie des sciences et inspecteur des forges et fonderies du royaume. Ses ouvrages sur la minéralogie de l'Alsace et de la Lorraine sont encore estimés. G. Guérîn grava son portrait Les traits de M. de Dietrich portent l'empreinte de la douceur de son ftme. Mais les anxiétés fiévreuses de la politique devaient empoisonner les dernières années de son existence. Il ter- mina ses jours à Paris sur Téchafaud. Elu maire

constitutionnel de Strasbourg, il avait eu l'honneur de voir ses traits reproduits en 1790 par deux médailles, Tune frappée à Paris, l'autre à Strasbourg, par Kamm.

A la mort de Grandidier, tous ses manuscrits furent achetés par H. de Turkheira, ammeister de Strasbourg, qui se proposait de donner la suite de V Histoire dAkace. Le frère de Grandidier, aumônier des hussards de Ghamboran, l'aurait fortement aidé. Mais les événements ne permirent pas de réaliser ce projet.

Le cardinal-évéque de Strasbourg, le prince René^Louis

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78 RBVUB d'alsaob

de Rohan IV, peut aussi être dté parmi les collectionneurs alsaciens. Son chftteau de Saverne était une merveille, contre laquelle luttaient inutilement bien des palais de princes souverains. Â la Révolution, beaucoup de meubles et de tableaux furent vendus par la nation. La bibliothèque natio- nale de Paris possède, par suite du don d'un )i. Gama, un petit portrait en provenant. Cette peinture, attribuée à Mathias Grûnenwald, représente un pasteur reformé du XYI* siècle et non le célèbre Jean Guttemberg.^ Une curiosité disparut aussi dans ces temps néfastes : ce fut la Corne du chftteau de Hoh-Barr. Â-t-elle été brûlée avec les portraits de princes et de prélats sur la place publique, au milieu de laquelle la société populaire avait dressé un bûcher ? '

Le cardinal de Rohan, que son secrétaire, Tabbé Georgel,' nous représente comme ayant eu toujours du goût pour les sciences occultes et la botanique, fut, par suite de ses liaisons avec Cagliostro, entraîné dans des expériences qui, à la fin, lui coûtèrent l'honneur et la liberté. Il avait fait construire un cabinet de physique expérimentale avec sa table de marbre, destinée à la démonstration des diverses lois de la mécanique, et un cabinet d'histoire naturelle renfermant plusieurs objets curieux. Le Directoire du département du Bas-Rhin fit transférer toutes ces collections pour en enrichir celles de la ville de Strasbourg. Les splendides volumes de la bibliothèque, sur les plats desquels étaient frappées en or les armoiries cardinalices avec cette mention : ex bibliothbga TABBRNENSi, suivireut lo même chemin. Chose à remarquer: pendant que ces raretés disparaissaient de Saverne pour être plus tard la proie des flammes à Strasbourg, les démocrates du lieu achetaient pour leur club, les tables, chaises, bancs et autres meubles tirés des bfttiments du Commun.

^ MagcLsin pittoresque.

' D. FisGHBR. Notice sur le château de Saverne.

Mémoires. Paris, 1820, t. H, p. 48.

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OOLLBOnONB BT COLLBOTIONMBUBS ALSACIENS 79

En 1799, le cabinet du professeur de physique Louis Schurer, * de Strasbourg, mort en 1792, (ut acheté par l'Ecole centrale du département de la Roër, et transféré à Cologne. Schurer s'occupait particulièrement de Félectricité. La collec- tion d'instruments de physique et de mathématiques d'un de ses derniers élèves, le respectable professeur Herrenschneider, décédé en 184S, à l'Age de 82 ans, fut léguée au séminaire protestant de Strasbourg.

ARTHUR BsNorr. Wachsmath a dessiné, ponr sa bibliothèqae, un charmant ex-lifrrts.

fia /in h la prochaine livraison J,

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LE FOYER ALSACIEN

LÉGENDES ET TRADITIONS POPULAIRES»

X.

LES NAINS DU HOHNECK

Vous coanaissez les pftturages du Hohneck, élevés au- dessus des forêts de sapins et des escarpements, la Fecht, encore pénétrée de la fraîcheur de ses sources, ruisselle entre les touffes de fougères vertes. Au soir de la Saint- Jean, trois jeunes filles descendaient par Je sentier du Wormspel à la Volmsa. Rieuses et folâtres, elles allaient d'un pas leste, léger, devisant de mille choses. Lina, la plus grande des fillettes, efieuillait des marguerites pour savoir laquelle des trois la première serait fiancée, c Lina, Marthe, Anna, disait- elle, en arrachant une à uae les blanches pétales de la fleur,

Lina, Marthe, Anna Linal > A un détour du sentier

apparut le pâtre Tony, qui ramenait ses deux ânes à la censé du Wormspel. t Bonsoir, Tony, cria Lina d'une voix vive, fais que les petits nains de là-haut nous soient propices. » Puis les jeunes filles s'échappèrent derrière les fourrés de hêtres touflfus. Le pâtre surpris, devenu rouge comme une

^ La Revue d'Alsace reprend et va continuer la suite de ces récits publiés par Fauteur dans ce recueil de 1862 à 1865 et dans plusieurs journaux littéraires de Paris. La Rédaction.

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fraise des montagnes, suivit du regard les agiles promeneuses, sans dire mot, pour reprendre ensuite son chemin avec une allure embarrassée, après avoir senti quelque chose se retourner dans sa poitrine. Lentement les ânes remontèrent la pente gazonnée à Theure déjà tardive. Sans le secours de Moperlé, son brave vieux chien, Tony eût eu bien de la peine à tenir ensemble, à faire avancer ses bétes, qui s'attachaient aux ronces. De loin, Mathiss, le mattre du Wormspei, reprocha au garçon sa rentré attardée : c Tout va au diable ici. Jamais le travail ne se fait en temps voulu. Le diable m'emporte si dans mes vieux jours je ne suis pas forcé de traîner après moi la besace du mendiant. Vite à la besogne, fainéant. Quand les vaches doivent être traites, tu lambines encore sur le ciiemin de la vallée I »

Uaître Mathiss Ërtlé aurait toujours voulu empocher les écus du fumage à vendre avant d'avoir tiré le lait du pis. Cette préoccupation avaricieuse rendait au marquaire la vie dure en Tagitant sans repos. On eût dit, à l'entendre toujours crier misère, à malmener son garçon vacher, que le chaume du Wormspei était ruiné, perdu par la négligence ou la paresse de Tony. Toutefois, Tony avait chez les gens de la montagne la réputation d'un bon et laborieux domestique, bien tranquille, mais dur au travail, et qui ne se plaignait jamais de rien. Maintes fois les voisins se demandèrent comment le pauvre gars pouvait, rester au service d'un homme comme maître Mathiss, un ladre chez lequel il n'y avait même pas de la soupe chaude à manger chaque jour. Sous un calme apparent, Tony avançait vite à la besogne. Pendant que le maître rabâchait encore ses griefs quotidiens et récriminait entre les dents contre l'insouciance de la jeu- nesse d'à présent, son aide avait débarrassé les ânes du licou, rincé dans la fontaine les vases à traire et rempli un de ses seaux de lait écumant. Les cinq vaches brunes furent traites ainsi en quelques instants, puis les noires et Blanchette, la

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maîtresse vache qui porte la cloche au pâturage. Aussi, tout alla si bien que Tony se trouva faire, dans le même temps, deux fois autant de besogne que le vieux marquaire bourru. S'agiter et travailler ne sont pas la même chose. Plus maStre MathiHS grondait Tony pour le presser, moins il arrivait lui- même à bout de tâche. Avec son humeur chagrine, il lui arrivait justement de gâter ou de faire de travers ce qu'il reprochait à son garçon de manquer, s'embrouillant d'autant plus qu'il insistait davantage sur les remontrances. C'était un homme difficile à vivre, et un singulier type. Ceux-là qui l'ont vu une fois assis sur son siège à un pied, grand, sec, le dos voûté, la tête coiflfée de la petite calotte en cuir, avec ses grands sabots, sa camisole et son pantalon en toile de chanvre lustrée de bouse, trayant la vache d'une main en gesticulant de l'autre pour prêcher l'économie d'un ton nasillard, ceux- n'oublièrent jamais la physionomie du marquaire du Wormspel.

La traite finie, les vaches purent retourner au pâturage, car par le beau temps elles passent la nuit dehors. Pour le marquaire et son garçon cependant, l'heure du repos ne sonnait pas encore. Une fois le lait tiré, commencent immé- diatement les opérations pour la confection du fromage. Figurez-vous, à l'intérieur de la censé, une chambre basse, aux murs noirs, qui reçoit seulement le jour par une fenêtre étroite et par la porte ouverte. Cette chambre fait suite à retable et sert* à la fois de fromagerie et de demeure pour les gens. Une cheminée à large manteau en occupe un des coins avec son âtre, tandis que le lit se trouve du côté opposé. A côté sont le séchoir, le saloir, la presse, des baquets en bois, divers ustensiles épars pêle-mêle. Pour faire le fro- mage, on filtre le lait à travers les touflfes de lycopode feuillue ; on en prépare le caillé dans un chaudron après y avoir mis la présure; on enlève le petit lait qui surnage pour couler ensuite la pâte obtenue dans les formes elle achève de

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s'égoatter lentement. Deux fois par jour, le matin et le soir, maître Mathiss entreprend cette série d'opérations, pendant que Tony transporte ayec ses deux ftnes les fromages dans le bas de la vallée, à Metzeral^ dans rintervalle des grandes traites, qui ont lieu après le lever du soleil et à son déclin Les autres menus services du ménage restaient à la charge du garçon, et parfois aussi la cuisine. Cuisine bien simple, car l'ordinaire des repas consiste en petit-lait, avec des pommes de terre, ou en serai avec du pain bis. Si, pour l'extra des dimanches, composé de soupe au lait avec des légumes au lard, Tony coupait le pain blanc, Mathiss avait imaginé de faire siiBer le garçon, afin de l'empêcher de grignoter une tranche avant le repas. Avant de se coucher, le jeune vacher devait encore visiter le troupeau au pftturage dans la nuit.

Cette nuit, le brave Tony ne pouvait pas dormir, quoique bien fatigué. A son air plus taciturne encore que d'habitude, on eût pu remarquer une sérieuse préoccupation. Quelque chose lui tourmentait la tête. Sans dire un mot, sans répondre à une amère semonce de son maître avarideux, qui lui repro- diait de donner tout son souper au chien, il monta avec Moperlé à la source du Sibbaldia. La source jaillit au haut du grand cirque, sur la droite du Hohneck, les tentures de neige éblouissante se conservent jusqu'après la Saint-Jean. Tant que la neige tapisse les paroie supérieures du cirque, le filet d'eau de la source y creuse une voûté le cresson continue à végéter pendant l'hiver, et que la glace épargne toujours. Pendant l'été, les plantes de la source fleurissent encore, quand le soleil a tout desséché sur les pentes arides, et la fraîcheur de cette eau vous coupe les lèvres. Aussi, disent les montagnards, la fontaine du Sibbaldia, au cirque du Wormspel, est froide à l'époque des chaleurs d'été, tandis que sous l'influence des froids de l'hiver, elle s'échaufle. A l'aide d'un tronc d'arbre disposé en travers du cours de l'eau

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ayec quelques grosses pierres, les pfttres ont établi une sorte de petit bassin le bétail vient s'abreuyer. Tony s'assit sur une des pierres du bassin; à côté de lui, Moperlé, sa longue tête de loup allongée entre les pattes. Un beau clair de lune répandait sur les montagnes sa douce et pâle lumière. Kastre mirait discrètement son image dans Tonde limpide mais tremblante de la source. Rêveur et distrait, le garçon vacher regardait le jeu de la lumière dans Teau, contemplait les étoiles fixées dans les profondeurs célestes, jetait par moments un coup d'œil à son chien, qui alors remuait la queue en signe de plaisir. Mais ni rattachement du fidèle Moperlé^ ni le ciel avec ses étoiles, ni la lumière de la lune réfléchie sur le miroir de la source, n'occupaient Tattention du jeune pfttre. De tout autres pensées étaient venues ce soir le réjouir et lui donner à la fois de sérieux soucis. Lina, la nièce du maître marquaîre, avait, sur le chemin, souri à Tony en lui demandant d'obtenir la faveur des petits nains du Hohneck.

Il y a des nains au Hohneck, comme tout le monde sait fort bien. Ces curieux petits êtres, participant en même temps de la nature des esprits et de la nature humaine, occupent, avec les pfttres et les vaches, le domaine des montagnes. Habitant des galeries souterraines à Tintérieur de ces montagnes, ils forment plusieurs peuplades, les unes bienfiiisantes, les autres funestes pour les hommes ; ceux-ci maîtres des orages et des brouillards, ceux-là occupés du soin du bétail, de travaux agricoles ou de l'exploitation des mines. Les nains des mines remuent de gros blocs d'argent sous la forêt de Silberwald, au-dessus de Munster. Les nains du Hohneck possèdent, au contraire, des troupeaux de magni- fique bétail et viennent occuper les chalets abandonnés sur les chaumes, quand la colchique d'automne commence à s'épanouir dans les prairies humides, quand les pfttres, chassés par le froid, redescendent au fond de la vallée. Ces

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bonnes créatures s'occupent pendant tout rhiver de la con- fection da fromage pour les pauvres gens. Sans être aperçus jamais, au milieu des nuits sombres, ils s'introduisent dans les cabanes et déposent sur les tables les meilleurs fromages avec des pelotes du beurre le plus délicieux. Quand les paysans trouyent ces dons à leur réveil, ils savent bien qu'ils viennent des nains et ils les bénissent de tout leur cœur.

Personne aujourd'hui ne voit plus les nains de la montagne, mais tout le monde en a entendu parler dans les récits des veillées. Les vieilles fileuses de Metzeral, les bûcherons du Herrenberg, les marquaires des Hautes-Chaumes en racon- tent encore des choses si merveilleuses que Tony, pendant qu'il répétait les paroles de Lina : « Tflche que les petits nains nous soient propices, » Tony eût bien voulu trouver un moyen de gagner la faveur des génies. Cette Lina était si gen- tille, elle avait un si bon regard! Vraiment, un pauvre garçon, obligé de vivre avec un maître rebutant comme notre fro- mager, devait, pour un sourire de la jeune fille, tout entre- prendre pour lui faire plaisir. Si pour cela il suffisait de traverser un des feux qui brûlaient sur les coteaux inférieurs de la vallée, allumés ce soir en mémoire de la Saint-Jean, le pâtre s'y serait déjà élancé. Tony passait sa main sur les poils rudes de son chien, et tout en le caressant, il semblait loi demander pourquoi les nains ne venaient pas le visiter à la fontaine f Comme il serait content de leur parler et comme il leur ferait bon accueil! Les bienfaisants génies ne refuseraient pas sans doute de répondre aux prières de Tony. Puis le garçon vacher tournait le regard vers la vallée pour deviner, à travers le clair de lune, la position d'une maison ou d'une demeure. Et il rêvait éveillé, et au milieu de son rêve des voix caressantes, mélodieuses, soufflaient à son oreille: « Les petits nains viendront t'aider, Tony. Attends et travaille I > Qui n'a cru souvent à la réalité de ses désirsf A ce moment, le compagnon de maître Mathiss sentait tourner

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autour de lui la foule des génies protecteurs ; il admirait la splendeur de la nuit, et le sommet du Hohneck lui semblait un délicieux séjour.

Délicieux séjour, le sommet du Hohneck I Est-il un lieu baigné par un air plus pur? Est-il un lieu que le soleil salue plus tdtf La flère montagne étend sur T Alsace et la Lorraine ses puissante rameaux. Elle domine la plaine ayec ses moissons jusqu'au Rhin brumeux. Pendant Thiver, les neiges immaculées la couronnent d'un diadème. Pendant l'été, les riants pftturages succèdent aux neiges au dessus des forêts profondes et des coteaux qui distillent le vin. Aux jours d'orage, la foudre sillonne et laboure sa tête. Dans son calme habituel, les sources limpides ruissellent sur ses flancs, sau- tent de cascade en cascade par dessus les rochers, se glissent sous l'ombre des sapins p<»ur donner aux vallées leur fraî- cheur et pour féconder la plaine. Nous aimons dans le Hohneck un boulevard de la patrie, et parceque nous l'aimons il est si beau t Ses jours sont beaux, ses nuits splendides. Pendant les nuits sereines, le ciel là-haut resplendit d'étoiles. Mille et mille points de feu scintillent dans les célestes pro- fondeurs où les montagnes regardent passer le grand char d'or aux roues ailées. Plus belle encore devient la nuit, quand les étoiles pftlissent devant la douce lumière de la lune. Une clarté mystérieuse descend sur les chaumes dont les contours s'estompent vaguement autour de la cîme arrondie en ddme. Sommeillez-vous à l'abri des bouquets de hêtres, un rayon discret se glisse entre l'ombre des branchages pour vous sou- rire, tandis que le souffle tiède des nuits d'été vous caresse le front comme un baiser. Tout repose alors dans la nature. Seule la lune veille. Elle s'élève, monte plus haut, toujours plus haut, pendant des heures et des heures, discrètement, sans bruit, comme si elle avait peur de ravir à la terre son calme en efDeurant le gazon et le roc» des hautes sommités. Les vaches restées au pâturage dorment groupées ou ruminent,

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après un court sommeil, l'herbe fine en regardant passer rastre d'un œil placide. Tout à coup un son éclatant, que dix échos répètent et se renvoient, retentit comme un appel au milieu de la nuit, avec des intonations mélodieuses, tantôt adoucies, tantôt plus graves, suivant que les mouvements de la brise le rapprochent ou Téloignent. C'est la trompe des marquaires qui annonce aux vaches l'heure de la traite nocturne. Les plus grosses laitières secouent la tête avec la clochette pour attendre le troupeau; les jeunes génisses regardent d'un air étonné les pfltres qui viennent et s'en retournent avec les seaux pleins de lait Puis la nuit reprend son silence et dans le silence son repos.

La trompe du Wormspel tira aussi Tony de son rêve pour le rappeler à la censé. Dans la journée du lendemain les choses continuèrent à suivre, sur la montagne, leur cours habituel : le marquaire à ses fromages, le garçon tantôt au chaume avec le troupeau, tantôt sur le chemin de la vallée avec les ânes. Maître Mathiss, nous ne l'avons pas encore dit, était un des gros propriétaires de la contrée. Outre les pâtu- rages du Wormspel, étendus depuis le Hohneck jusqu'au Spitzekœpf^ au-dessus du grand cirque, un terrain susceptible de nourrir vingt vaches pendant la saison de la Saint-Jean à la Saint-Michel, il avait des prairies fauchées, à la Wolmsa, pour les foins d'hiver, une maison au village avec le verger et le champ de seigle. Les vaches nourries au chaume étaient toutes à lui, sauf les trois brunes et Blanchette, la grande laitière, qui appartenaient à sa belle-sœur, la mère de Lina. Les autres marquaires, qui entretenaient à la montagne un plus grand nombre de bêtes, tenaient le pâturage à ferme, et la plupart de leurs vaches en location à prix d'argent, pour la saison d'été seulement. Dans de pareilles conditions, quand le plus clair des produits s'en va en fermage, l'exploitation des chaumes rend maigrement au marquaire. Seul proprié- taire de son bien, Mathiss Ertié, bien qu'il ne fût pas fier, se

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grattait Toreille avec une satisfactiou non dissimulée en pen- sant qu'il n'avait de compte à rendre à personne. Bon an, mal an, le pâturage du Wormspel lui rapportait ses trois mille écus, à raison de cent cinquante francs par tête de bétail, le fromage vendu à quarante francs le quintal de cent livres. Un joli revenu, n'est-ce pas ? que bien des bourgeois de la ville pourraient envier. Avec cela, on comprend la considé- ration dont notre fromager, le riche Eaasbur, comme l'appe- laient les gens de Metzeral, jouissait dans la vallée, à cause de son bien, et sans avoir donné jamais un sou à qui que ce soit. Plus d'une fois son nom figura sur les listes du Conseil de la commune, dont il refusa cependant toujours de faire partie, sous prétexte de n'être pas encore établi, et, d'un autre côté, il ne voulait pas se marier, à cause de la dépense- Une pensée unique préoccupait constamment le vieux vacher. Arrondir son bien gagné à la pluie et au soleil, multi- plier le nombre des vaches entretenues l'été au chaume, acquérir dans la vallée assez de prairies pour la nourriture des bêtes pendant l'hiver. Dès maintenant, il avait beaucoup de peine à suffire avec le garçon à tout le travail de la froma- gerie. Pour rien au monde, il n'eût voulu engager un second domestique, quand la nourriture et les habits de Tony coû- taient déjà tant. Mais enân pourquoi un homme de sa trempe serait-il au monde, si chaque année, à force de sueur, d'écono- mies, un bon bout de terrain ne venait s'ajouter à son avoir? Des temps mauvais pouvaient venir, l'on aurait peine à vivre. En prévision, ne fallait-il pas frapper à grands coups la terre comme un arbre d'avelines, afin de s'assurer des ressources pour les mauvais jours ? c Autrefois, disait souvent maître Mathiss, les gens n'étaient pas dépensiers comme de nos jours. Les paysans de la vallée vendaient leur beurre au lieu de graisser la soupe ; on mangeait les vieilles pommes de terre de la précédente récolte au lieu de servir celles de l'année. Toute ménagère amassait des écus, au lieu d'aban-

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donner sa bourse à ses filles pour len nouvelles modes. Ah ! le bon tempF d'autrefois ! Combien il valait mieux que notre siècle de dépenses! » Vivant seul avec Tony, le possesseur du Wormspel se tirait encore d'affaire à assez bon compte. Son garçon regardait aux intérêts de la maison sans être trop exigeant. Une seule chose indisposait le marquaire au point de le jeter dans des colères rouges : c'était l'attachement de Tony pour son chien, un méchanf animal errant, recueilli sur le grand chemin, une bouche inutile à nourrir sans aucun profit II avait bien, à la censé, deux cochons entretenus avec du petit lait et les débris de cuisine pour vendre ces cochons au bout de l'année; mais à quoi bon nourrir un chien I A voir la faim sortir toujours des yeux de cette pauvre béte, dont la maigre échine eût pu servir d'enseigne à la disette, à la voir s'enfuir^ tremblante, avec la queue entre les jambes, quand, de loin, elle apercevait le marquaire, vous eussiez deviné que celui-ci lui donnait des coups de bâton au Heu de pain. L'ami Tony avait beaucoup de peine à lui passer à la dérobée une partie de sa soupe, pour suppléer par des caresses à l'insufiBsance de la ration, estimant que malgré tout Moperlé sera bien utile à son maître.

Isolés pendant tout l'été sur les Hautes-Chaumes, les pâtres voient peu de monde. Presque tous ont un caractère taciturne, et moins qu'aucun autre, le maître de Tony n'ouvrait la bouche quand il n'avait pas des motifs d'intérêt. Quand le temps était beau, le dimanche, ses deux nièces, Lina et sa sœur, venaient au Wormspel apporter les nouvelles du village. Si les jeunes filles pouvaient annoncer une augmenta- tion du fromage, leur vieil oncle les écoutait volontiers, non sans laisser entendre qu'elles pouvaient rester à la maison pour tout autre chose. Maître Mathiss Ërtlé ne se décidait pas à desserrer les dents autrement que pour gronder ou pour marchander un prix. Mais avec le marquaire il y avait un garçon auquel lu venue deis fillettes faisait toujours bien

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plaisir. Sans être plus caosenr, timide même, Tony aimait beaucoup roir les deux sœurs. Deux bonnes filles, surtout lina, la grande, avec ses yeux profonds, purs comme de l'eau de source, limpides comme elle. En sa présence, le soleil semblait plus radieux, Tombre plus fraîche, la vie meilleure. Les jours de fête qui ramenaient étaient vraiment d'excellents jours I Le dimanche eût revenir plus d'une fois par semaine ! Pour réparer l'impression fâcheuse du maussade accueil de loncle, il n'y avait nulle attention que le brave garçon n'imaginflt. Tantôt il apportait aux gaies visiteuses des gflteaux de miel sauvage trouvé dans un sapin creux des Spitzekœpf, tantôt il leur cueillait une jolie corbeille de fraises et de framboises avec des bouquets de fleurs. Une fois, Lina se mouilla les pieds en traversant la tourbière au bas des pâturages. Dès le lendemain, Tony avait roulé de gros blocs de granit sur la trace du sentier, entre les mottes de sphaignes humides et dans les flaques d'eau. Epiant ensuite, derrière un buisson de hêtres, la promeneuse à son prochain passage, il se dit : l'oiseau qui saute sur la mousse, la feuille des bois qui tombe mollement, se posent sur les pierres de la tourbière avec moins de douceur que ses deux pieds légers.

Lors de la fenaison, les ouvrières du village aidèrent à rentrer les foins des prairies inférieures. Maître Mathiss, retenu au Wormspel pour le soin de la fromagerie, ne pouvait aider les faneuses et les faucheurs pendant la journée entière; mais Lina et Tony étaient au pré. C'est un beau temps que celui des foins, dans la vallée : la nature des montagnes apparaît splendide. Riante et gracieuse, la prairie de la Wolmsa dessine un ovale à fond uni, pareil à un tapis de fleurs aux couleurs vives. Un ruisseau à Tonde babillarde glisse entre des rives herbeuses, ou sautille au milieu des grosses pierres comme un gai éclat de rire. Des éboulements de rochers gris enlacent la prairie et le pied des montagnes.

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formant vers le débouché une digue les flots se recueillent ttu iastant, pour forcer ensuite le passage à travers une pro- fonde coupure. La gorge de la Fecht s'ouvre en avant ; en' arrière les sommets pointus des Spitzekœpf se découpent dans le ciel bleu. Sur les pentes rapides et sur les escarpe- ments, de grands sapins redressés, droits et fiers, élèvent leurs sombres massi& au-dessus de la tiède verdure du gazon. L'appel du coucou résonne sous le bois, le geai lui répond sur la lisière de noisetiers, le criquet chante dans le foin, le lézard se chauffe au milieu des pierres, et les fleurs sourient au papillon. Ahl quelle grflce dans cette scène; dans ce site quelle sérénité I Aucun pays du monde n'offre de tableau plus charmant. Charmantes «ont aussi les jeunes faneuses qui avec de joyeux refrains retournent le foin au soleil.

t Pourquoi ce silence, Tony? dît Lina en prenant au garçon vacher sa fourche des mains. Sais-tu combien les rêves m'ennuient? Dis-moi plutôt si les petits nains du Hohneck travaillent bien pour nous. > Et comme la fillette lui propose de sécher ensemble la partie du pré sur l'autre rive du ruisseau, Tony réplique : « Ensemble, la tâche ira plus vite ; je viens. » Tous deux passèrent l'eau, la jeune fille en sautant avec de folâtres cris de joie, le garçon un peu moins lestement et avec un air embarrassé. Tous deux se mirent à retourner le foin odorant pour en faire de petits tas allongés en droite ligne. Lina se reprenant à parler des petits nains, Tony raconta que les nains étaient propices au chaume du Wormspel. Le pâturage était abondant, les vaches donnaient du lait en quantité, le fromage réussissait à merveille. Sans doute, maître Mathiss prétendait devoir cette chance heureuse à son seul travail, peut-être un peu au bon temps exceptionnel de cette année. Mais si une influence bienfaisante ne nous favorisait, le temps ni le travail ne seraient féconds. Donc, les bons génies du Hohneck nous protègent.

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c A merveille, fit la jeune fille, et que je serais curieuse de les Yoir, ces bons petits nains. > c Pour ça, mieux vaut ne pas y songer, reprit le pfttre, les génies de la montagne apportent aux hommes de grands bienfoits, seulement ils n'aiment pas livrer les secrets de leur existence. Une visite indiscrète- pourrait les incoqamoder, peut-être les éloigner pour toujours. Savez-vous Fhistoire des nains de la Gayeme des Loups, au pays de Ferrette. Je Tai entendue raconter par le bûcheron Holtzmann, en remontant, avant-hier, le chemin de schlitte du FischbœdLé, à Tendroit des grands éboulements de pierre Torage vous a surpris cet été, Lina. Il y avait à la Heidenfiuh de Ferrette une population de nains fort nom- breuse, vivant dans dei chambres taillées au milieu du cristal de roche, et dont les murs étaient d^argent. Chaque cham- brette était occupée par un couple, homme et femme. Ils n'avaient point d'enfants, mais jouissaient d'une jeunesse étemelle. Leur figure était belle, leurs yeux brillants comme des étoiles. Tout le monde s'émerveillait à la vue de ces êtres privilégiés. Quand venaient les foins, et à l'époque des moissons, ils descendaient des montagnes munis de faucilles pour aider les cultivateurs à rentrer les récoltes, Les gens, en reconnaissance, ofTraient aux nains à boire et à manger ce qu'ils avaient de meilleur à la maison. Les bons rapports auraient duré toujours, sans la légèreté de quelques paysannes. Gomme les nains portaient de longs manteaux ou des robes traînantes, on n'avait jamais pu voir la forme de leurs pieds. Or, quelques filles curieuses résolurent de voir à tout prix ces pieds, ou tout au moins de juger de leur forme par leur trace. Gela devait être bien intéressant de savoir comment étaient ces pieds I Que firent donc les espiègles villageoises ? Elles savaient que les nains sortaient le matin par la Gaverne des Loups pour aller boire les gouttelettes de rosée sur l'herbe ou le nectar dans le calice des fleurs. Vite on porta du sable devant l'entrée de la caverne, et avant le jour les jeunes filles

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se cachèrent alentour, derrière les buissons, afin de bien yoir ce qui se passerait. A l'heure accoutumée, les nains parurent à la file, un à un, lorsque de tous les buissons sortirent de grands éclats de rire. En marchant sur le sable fin, les petits promeneurs avaient tracé des empreintes de pieds de chèvres et de pattes d'oies. Naturellement il n'en fallait pas davantage pour provoquer un accès d'hilarité folle chez nos drôlessesde paysannes. Mais aussitôt les nains de la Caverne des Loups s'étaient enfuis sous terre, et depuis plus un seul ne se montra dans tout le pays. >

Telle est l'histoire des nains du pays de Ferrette. Lina la trouva jolie, quand môme la curiosité des jeunes filles lui semblât punie trop sévèrement. Elle demanda à Tony s'il ne savait pas lui raconter encore d'autres histoires pareilles. Elle aimait tant ces récits, charme des longues veillées d'hiver, alors que les fileuses réunies autour du poêle font marcher leur rouet et préparent le chanvre destiné au trousseau. Alors que la bise souffle au dehors sur la neige épaisse, jeunes et vieux écoutent et redisent les belles légendes et les traditions transmises depuis les anciens temps. Le pâtre ne cacha pas combien il était heureux de pouvoir faire plaisir à sa compagne. Seulement pendant l'histoire, les fourches, au lieu de retourner l'herbe, s'étaient arrêtées souTent. Le soleil baissait du côté des Spitzekœpf, et le grand carré de pré était à peine retourné de moitié. « Brebis qui bêle perd sa dentée d'herbe », dit le jeune garçon. Et comme tout à coup le chant des faneuses avait cessé, Lina tourna la tête et vit maître Mathiss qui venait en grondant. Elle s'écria : c Que je suis contente, oncle. Le fromage vient bien cette année, grâce aux bons nains 1 Vous êtes satisfait, n'est-ce pas, cher onde? » « Au diable tous les nains avec les gens qui en parlent^ Dieu me damne I Avec ces fidnéants, il faudra encore crever de faim et le foin ne rentre pas; les mauvais esprits peuvent enunener les vaches du Wormspel. »

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Les foins rentrèrent, mais un peu moins vite que si le marquaîre avait été de meilleure humeur. Quelque temps après, le garçon et les ânes, en transportant les fromages dans la vallée, furent surpris par un violent orage. Déjà le matin, Tony avait vu la touffe de lycopode nager sur Teau dans Fauge de la fontaine, au chalet C'était un signe de pluie, car quand le temps doit être beau, la lycopode reste au fond. Il avait bien pressé le pas pour remonter au Wormspel avant que la pluie ne vienne. L'orage marchait encore plus vite. Des nuages pesants et sombres envahis- saient le ciel du côté de la montagne. Un vent impétueux souf&ait par rafales, soulevait des flots de poussière, ployait la cime des arbres avec des craquements terribles. Il y avait des éclairs qui embrasaient l'espace comme d'un feu immense. Puis à ces clartés subites, sinistres, succédaient des ténèbres de plus en plus épaisses et plus sinistres encore, pendant que le tonnerre ébranlait ciel et terre par ses roulements préci- pités. Contraint à chercher un abri, le pauvre Tony se réfu- gia dans une nuiison isolée en arrière de Metzeral. Les ânes furent attachés dans la grange, et lui, tout trempé par la pluie, entra au poêle. une bonne vieiUe grand'mère, entourée de trois enfants attentifis, lisait dans un livre à gros caractères Toraison à lire pendant l'orage. La grand'mère invita le pâtre à s'asseoir près de la fenêtre, et continua d'une voix lente sa prière. L'orage dura longtemps. Comme il pleuvait à ne pas lâcher un chien, Tony, pour se distraire, demanda la permission de feuilleter les livres placés sur un des rayons de l'armoire entr'ouverte : la grande Bible enlu- minée de Martin Luther, le Jardin du Paradis de Schmolke, les poésies de Pfeffel et le Bekhengtbckchm^ de Braun, le Traité qui explique la magie, la baguette divinatoire, l'influence du Malin sur les hommes, avec les moyens à employer contre le diable et ses suppôts. Tous ces traités se trouvent chez les fa- milles du val de la Fecbt, tout le monde maintenant sait lire.

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LB8 NAIKB DtJ HORMBOK do

Plusieurs heures durant, la pluie tomba comme si le del a^ait se fondre en eau. Le ruisseau de la Wolmsa, si gai et si paisible les derniers jours, était devenu un torrent boueux dont les flots gonflés inondaient les prairies et par places le chemin, en roulant de grosses pierres et des débris de bois. En même temps Tair était devenu froid, ce qui sem- blait indiquer une grêle abondante sur les sommets. Gomme la nuit approchait, Tony se décida à partir pour la montagne malgré la persistance de la pluie. Cette violence extraordi- naire de l'orage ne le laissait pas sans inquiétude sur ce qui se passait au Wormspel. Peut-être le troupeau resté au pâtu- rage assez loin du chalet n'avait pu à temps rentrer à l'écu- rie, et dans tous les cas maître Mathiss serait de nouveau bien l&ché s'il était obligé de faire la traite du soir avant le retour de son aide. Cette fois les ânes ne s'attardaient pas après les ronces du sentier. Ils marchaient vite et sans être stimulés. La pluie continuait battante, glacée. Quel chemin, bon Dieu I A la Wolmsa, au Fischbœdlé, au Schiessrothried, dans la forêt et les prairies, les eaux torrentielles avaient creusé de profondes ravines, défoncé le sol, entraîné de gros blocs de pierre. La voie des schlitteurs était renversée par places. Ailleurs de gros troncs de sapins jetés à terre barraient le passage. Au dessus de l'étang du Fischbœdlé la paisible cascade des Wasserfelsen, qui aux premiers jours du prin- temps ondule sous la brise comme une dentelle diaphane, grondait pareille à une chute tumultueuse. Au dessus des fbrêts la pluie devint plus rare, mais le sol était jonché de gréions, tandis que des traînées de vapeur, d'épais nuages chassés par le vent passaient et repassaient avec une vitesse vertigineuse, tantôt couvrant les montagnes avec leurs escar- pements d'un voile gris, tantôt dissipés brusquement comme s'ils étaient bus par un courant d'air plus chaud. De sa vie Tony n'avait vu les effets d'un orage aussi terrible.

Arrivé au Wormspel, le garçon ne trouva personne, ni son

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maître ni le troupeau. Le chalet était vide, Fétable aussi. La nuit Tenait Plein des plus sombres appréhensions, Tony s'empressa de mettre les fines à Tabri pour aller ensuite à la recherche des vaches. Son inquiétude augmenta encore lors- qu'en passant devant la porte il s'aperçut que la touffe de victoriales, les Mnihameler^ attachée contre le mur, afin de garantir le lieu contre le Malin et les maléfices des mauvais esprits, avait disparu. Pour le coup c'était trop fort. Plus de doute qu'un grand malheur devait être arrivé. Peut-être les nains des brouillards, non pas les nains bienfaisants aux pfltres, mais les méchants lutins du Rothabach, avaient-ils enveloppé de brumes le troupeau pour le précipiter par dessus les rochers du Schwalbennest ou dans quelque autre abtme du Hohneck. Encore si maître Mathiss se trouvait pour donner des nouvelles. Rien ne fournissait la moindre indication sur ce qui pouvait être arrivé. Sur tout le chemin de Metzeral au Wormspel notre pauvre ami n'avait rencontré personne, pas une âme, et maintenant il se trouvait seul au p&turage au milieu de la nuit, sans savoir de quel côté aller. Pareilles hésitations s'expliquent dans de telles circonstances. Toutefois, pendant que le vacher inquiet tournait à pas lents autciur du chalet, une forme noire apparut dans l'ombre. C'était Moperlé, le chien fidèle, qui accourut. Pauvre bétel comme elle était haletante et ruisselante à la fois de pluie et de sueur 1 Elle léchait les mains de Tony, gémissant et aboyant tour à tour, le tirait par le pantalon, courait vers le haut du cirque qui domine le Wormspel, puis revenait comme pour appeler son ami et lui dire : < Viens au plus vite. » Ainsi le malheur que le pâtre appréhendait était arrivé. Point de doute possible -dessus. Mais et comment? le chien ne pouvait le dire. On ne pouvait faire mieux que de le suivre. Tony alluma sa lanterne, prit un b&ton ferré et ferma avec soin la porte du chalet. Moperlé se voyant compris, poussa des aboie* ments de reconnaissance pour ensuite s'élancer en avant

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LB8 NAINS DU HOBNBCK 97

Malgré la nuit sombre, malgré la pluie qai recommençait, malgré le vent qui hurlait dans l'étroite goi^e, le pfttre et ie chien remontèrent non sans peioe le mauvais sentier du Hohneck entre les précipices et les tas de pierres éboulées. Un de ces escarpements, le plus élevé, dressé tout droit, s'appelle la Roche des chevreuils, parce que les chevreuils pourchassés sur les terrasses supérieures, en s'élançant par ce passage, trouvent le vide et tombent les membres brisés. Qui sait si les vaches du Wormspel n'avaient péri comme cela pendant l'orage? Les vieux marquaires parlent souvent de la perte d'un magnifique troupeau tombé jusqu'à la dernière béte au fond du lac de Sultzeren après avoir été surpris par un vio- lent orage, en s'élançant, affolé par la terreur, au milieu des brouillards et des nuages par dessus les hauts escarpements. Sous l'impression de cette pensée pénible, notre ami attei- gnit les pâturages du plateau. Son chien, toujours en avant^ courait sur la ligne de fatte, le long du fossé de limite tracé à travers les pftturages et les petits massife de hêtres. Par moments la brave béte se retournait, afin de voir si le pâtre suivait toujours. Vers l'approche de la ferme du Lundebûhl, Tony aperçut 'une clarté aux fenêtres. Les gens de cette censé devaient encore être debout, et le pâtre se dirigea de ce côté. Mais Moperlé continua à suivre le fossé en aboyant de nou- veau, Tenant tirer son maître par les habits comme pour lui dire encore de ne pas s'arrêter au chalet. Tony étant entré cependant, Moperlé resta à la porte avec des cris de détresse pour s'éloigner et revenir et s'éloigner encore. Surprise 1 Le pâtre, en ouvrant la porte, trouva maître Mathiss Ërtlé couché sur le lit deux hommes, ses hôtes, lui appliquaient des compresses d'arnica sur une jambe. Le maître et le garçon se reconnurent. Mathiss s'était cassé la jambe pendant l'orage près du col de la Schlucht en courant après son trou- peau dispersé, c Ces maudits lutins me ruinent, dit le vieux marquaire du Wormspel aussitôt qu'il aperçut Tony. Cherche

Mouy«UB Série Aimée 7

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96 RSVtTE d'aLSAGS

les vaches, ramène nos bétes. Moi je ne puis me tenir debout, mais on me soignera après. Vite, rendez-moi mon troupeau. Les nains des brouillards ruinent le Wonnspel. Malédiction! malédiction I » « C'est vrai, ajoutia un des fromagers du Lundebûbl, jamais ces méchants esprits n'ont soulevé pareille tempête. Ecoutez-les encore qui sifflent et ricanent à travers la cheminée. » Et chacun de prêter l'oreille pour entendre dans la cheminée du chalet comme un bruit confus de voix, de sifflements et d'éclats de rire attribués aux vilains farfadets. Personne ne se souvenait avoir vu un orage comme celui de la veille, aussi soudain, aussi effirayant. Sur les pâturages, les éclairs, accompagnés de formidables craquements, avaient embrasé ciel et terre dans un feu immense, foudroyant arbres et rochers. Puis la grêle et les nuages avaient répandu des ténèbres plus épaisses que dans la nuit la plus obscure. Affolées par la terreur, les vadbes des chaumes s'étaient enfuies dans toutes les directions malgré les efforts de leurs gardiens pour les rassembler dans les étables. Celles qui n'avaient pu être ramenées devaient être tombées par dessus les précipices et perdues. C'est en rame- nant leur dernière bête que les pfltres du Lundebûhl avaient trouvé mattre Mathiss évanoui au pied d'un rocher, avec une jambe cassée, près du passage de la Schlucht

Sur les supplications du blessé, qui semblait préférer la mort à la perte de ses vaches, un des hommes consentit à accompagner Tony pour continuer les recherches encore avant le jour. Le lendemain matin le marquaire du Wormspel devait être transporté à Metzeral, aQn de recevoir les soins que réclamait son état. En attendant, le malheureux souffrait de la fièvre, et par moments délirait, bien moins sous l'effet de son accident qu'à cause du préjudice qu'il redoutait pour sa bourse. Perdre la vie eût été peu pour le vieil avare, mais perdre la valeur de son troupeau, voilà bien autre chose. Il restait peu de chance pour sauver les vaches perdues. Néan-

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LBS N4IN8 DU HOHNSOK 99

moins il était bon de s'assurer de la catastrophe, et Tony et son compagnon se remirent en chemin, afin de battre ]a montagne dans tous ses recoins. Les deux hommes retrou- vèrent le chien qui, flairant la présence de Mathiss, n'avait voulu entrer au Lundebûhl, mais qui courut de nouveau dans la direction du fossé frontière avec les mêmes démons- trations. Bien que la pluie cessât alors tout à fait, le gazon était trempé^ ainsi que les buissons de hêtres. Les pâtres souffraient beaucoup de cette froide humidité, mais sans y faire attention. Ce qui préoccupait Tami Tony, c'était la pen- sée de Lina. Lina lui avait recommandé de gagner la faveur des nains de la montagne, et voici qu'au lieu d'une faveur il voyait ses vaches perdues! Gela ne devait pas et ne pouvait pas être. Si les lutins malfaisants avaient par vengeance voulu punir son mattre, les petits nains amis des marquaires, ces bons esprits invoqués tant de fois ne lui avaient-ils pas promis de l'assister toujours?

Les deux pâtres marchèrent longtemps, toujours conduits par leur chien, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, comme sur une piste à travers les escarpements et les sentiers ravinés. Le ciel reprit sa sérénité. L'aube commença à blanchir, et bientôt le soleil levant fit fumer les brumes du matin sur les cimes des Vosges. Toujours Moperlé, Tony et le fromager du Lundebûhl allaient et venaient des montagnes aux vallons et des forêts aux pâturages. Point de vaches nulle part, ni même des gens pour donner une indication. Le vacher du Lundebtihl trouvait qu'il se donnait beaucoup de peine pour rien. Le garçon du Wormspel devenait plus soucieux et à chaque instant soupirait tout bas : < Pauvre Lina! pauvre Lina! » Le chien seul s'animait davantage, allait plus vite en flairant Therbe humide, parfois s'arrêtant pour lever la tête et jeter dans les fourrés un regard attentif. Tout à coup un bruit de clochettes résonna derrière les grands hêtres, d'abord vague, puis distinct. Une exclamation de Tony répondit au

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son connu des clochettes. Un instant après apparut dans le chemin Blanchette, la mattresse-yache, puis à la file tout le troupeau du Wormspel. Les bêtes remontaient lentement du côté de la montagne pour regagner leur pftturage, quoique fatiguées. Elles mugirent en signe de reconnaissance à la vue de leur gardien, c Voisin, félicitons-nous, fit le marquaire du Lundebûhl en tapant sur Tépaule de Tony; tous ayez une bonne chance. » < Beaucoup de chance, oui, parce que le fidèle Moperlé nous a conduits et parce que les bons petits nains du Hohneck nous protègent I »

La guérison de maître Mathiss Ërtlé traîna eu longueur. Dans l'impossibilité de faire autrement, le vieux marquaire chargea son garçon de soigner les afiTaires de la ferme, et lui envoya un aide pour le transport journalier du fromage dans la vallée. C'était un surcroit de dépenses dont il fallut longtemps gémir. En fin de compte, mieux valait encore nourrir une bouche de plus et sacrifier quelques écus, que si lors du grand orage tout le troupeau avait été perdu. Tony, laborieux et économe, s'acquitta bien de sa tâche, tellement que son maître, au grand étonnement de tout le monde, ne se plaignit plus du rendement de la ferme. Les vaches profi- taient à vue d'œil, et chaque jour les ânes apportaient de la montagne un surcroît de fromage. Maître Mathiss en vint à se demander si depuis sa chute, depuis le jour malheureux les vaches du Wormspel fiiillirent se perdre toutes, les petits nains n'avaient pas pris Tony sous leur protection. Tout de même, cette année permettait l'achat d'une nouvelle pièce de pré dans la vallée ou d'une étendue de bois à la montagne.

Mais Tony était bien plus content encore. Ce qui le réjouis* sait, lui, ce n'était pas l'augmentation de ses fromages, mais la pensée de redescendre bientôt dans la rbllée. En efTet, la Saint-Michel approchait Vers cette époque, la gelée et les premières chutes de neige ramènent les vaches à la maison.

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LBB NAINS DU HOHNBCK 101

Pendant les veillées d'biver il devait avoir l'occasion de voir plas souvent au village la nièce du marquaire, qui, Tété durant, était venue au chaume les dimanches. Se rapprocher de Lina, vivre aux lieux elle serait, quelle plénitude du bonheur 1 Combien la montagne la jeune fllle avait paru quelques instants était belle, combien serait plus délicieux le séjour enchanté par sa présence de tous les instants! Cette pensée fidsait vivre notre ami, et la vie lui semblait bonne et souriante et le del plein d'espérances et d'illusions. Pleins d'illusions tous ses rêves I Pauvre Tony! L'avant-demîer dimanche de septembre, le pfttre attendit à l'heure accoutu- mée la visite de Lina à la ferme, mais elle ne vint pas et Tony fiit triste. Une douleur poignante l'accabla avec la nou- velle racontée par des bûcherons de passage au Wormspel que la nièce du maître marquaire avait quitté Metzeral l'avant-veillé pour aller aux colonies, bien loin au delà des mers. Lina était partie sans que Tony n'en sût rien. Cela ne pouvait être, et pourtant cela était.

Un profond déchirement, une détresse immense pour le jeune vacher. Tout ce monde des montagnes, tout à l'heure si ravissant et plein d'attrait, était en un instant devenu vide et morne. La nature ne faisait que refléter l'état intérieur de son âme. Pour vivre dans la solitude des hauts pftturages, au milieu d'humbles occupations, l'ami des petits nains du Hohneck n'en avait pas moins un cœur accessible aux sen- timents élevés et tendres. Quand, dans le cours d'une exis- tence pénible, un rayon doux et chaud vous efiEleure'ou vous touche, faut-il éviter le rayon de lumière parce qu'il est bien- faisant? Le sourire de Lina fut pour Tony ce bienfaisant rayon de lumière. Triste, las, la poitrine pleine de sanglots refoulés, le pfttre, après le départ de la jeune fille, sans dire à personne la cause de son chagrin, sans se plaindre jamais, allait chaque soir gagner le Rocher des chevreuils qui domine le Wormspel, d'un regard vous embrassez à la fois les

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102 REVUE D'aLSAOE

montagnes, les yallées, la plaine avec leur vaste perspective et leur magnifique horizon. Devant vous, les Spitzekœpf se dressent avec leurs cimes pointues et grises, posées les unes au dessus des autres comme des tours amoncelées, entre le Wormspel et le Nid d'Hirondelle. Una s'était souvent assise sur ce rocher comme dans un lieu de prédilection. En s'enve- loppant de son souvenir, Tony méditait ce feuillet d'un vieux livre trouvé sur le rocher : « L'amour est une grande chose et un grand bien. Seul il allège toute peine^ subit toutes les traverses avec un égal courage, supporte sans Ich sentir les plus lourds fiirdeaux. H donne de la douceur à ce qui est amer; il rend agréables les contnariétés. Un amour élevé pousse aux nobles actions; il tend en haut et ne veut pas ramper sur la terre. Il veut être libre et ne souffire aucun lien qui le retienne ou qui entrave son élan. Au ciel ni sur la terre il n'y a rien de plus aimable, de plus puissant, de plus relevé, de plus heureux, de plus parfait que Tamour. Le cours de Tamour est rapide^ son vol est haut, son essor indomptable. L'amour donne tout pour tout et possède tout pour tout. Point de mesure pour lui. Son zèle dépasse toute mesure. L'amour ne sent aucun poids et il ne compte pas le travail. Jamais dans ses aspirations il ne se demande : prendrai-je mes forces? Rien ne lui paraît impossible, car il croit tout pouvoir et tout permis. Pour cela même l'amour est capable de tout. Pendant que celui qui n'aime pas se laisse abattre et se décourage, celui qui aime accomplit beau- coup de choses. Même pendant le sommeil Tamour veille et ne dort pas. Nulle fatigue ne le lasse ; il vit à l'étroit sans éprouver de gêne, et nul effroi ne le trouble. Pareil à une vive flamme, comme un flambeau ardent, il monte avec force, certain de pénétrer partout .... Tu es tout à moi, je suis tout

à toi, dit l'amour Que mon âme ressente combien il est

doux d'aimer I Je veux t'aimer plus que moi-même et ne m'aimer que pour toi, et aimer en toi tout ce que tu aimes.

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LES NAINS DU HOHNKCK 103

L^amouT est prompt, sincère, ardent, aimable, fort, magna- nime, patient, constant, courageux. Jamais il ne se cherche soi-même. Pour lui point de désespoir, car il est plein de con- fiance, même dans la douleur. Qui n'est pas déterminé à tout souffirir pour son amour, n'est pas digne d*aimer. Qui aime, doit trouver doux ce qui est amer, et agréable ce qui est pénible, par afiection pour ce qu'il aime I »

Charles Grad.

Au chalet de la Schlucht, Octobre 1873.

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FAITS MÉMORABLES

DU

BLOCUS ET DU SIÈGE DE BELFORT

Du 84 Déoembre 1818 au 16 AviQ 1814

Journal tenu par M. TRIPONE, François-Joseph, notaire à Bélfort, membre du Conseil général du Haut-Rhin.^

La place est sous les ordres de M. Jean Legrand, comman- dant d'armes des ville et château.

La garnison consiste dans les dépôts du 68* régiment d'infanterie de ligne, commandé par M. Kail, membre de la Légion d'honneur, colonel ; et du 14* régiment de chasseurs à cheval, sous les ordres de M. Delorme, membre de la Légion d'honneur, major, n'ayant que 60 chevaux.

Le château est armé de 78 bouches à feu. Le commandant d'artillerie est M. Labombardière, membre de la Légion d'hon- neur, chef de bataillon au SI* régiment d'artillerie à pied. Il n'a pas de canonniers, excepté deux officiers.

Il n'y a presque pas de subsistances pour la garnison.

On parle, pendant tout le mois de décembre 1818, de l'approche des armées alliées, mais on ne sait rien d'officiel. Le bruit de la veille est détruit par le bruit du lendemain.

^ Nous avons fait de vaines recherches pour avoir en communication l'original de ce document. On ne sait le sort qu'il a subi. Son édition est faite d'après une copie qui appartient à M. le receveur municipal de la ville de Belfort, et qui a été obligeamment mise à notre disposition.

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LE BLOOUS ET LB SlAOB DB BBLFOBT BN 1814 106

22 DÉCEMBRE 181S. Vers 1 heure da matin on a été informé que Tennemi avait passé le Rhin sur le pont de Bftle et qu'une colonne arriverait ici incessamment.

Le commandant a retenu plusieurs détachements de cons- crits — la plupart Piémontais de divers régiments; quel- ques soldats du train qui se rendaient à Strasbourg, et dont plusieurs avaient déjà dépassé Belfort

Par ce moyen, la garnison a été composée de 8,000 hommes et 50 choraux. Les soldats du train et les chasseurs démontés ont été destinés au service de l'artillerie. Beaucoup de finmilles ont quitté la ville et les finubourgs. J*ai remis au courrier Moqueris une caisse d'argenterie et un paquet de mes titres et papiers personnels à l'adresse de ma cousine, à la Visita- tion à Troyes.

On a ramassé quelques subsistances dans les villages les plus rapprochés.

28 DÉCEMBRE. Les renseignements de la veille sont con- firmée. L'alarme est à son comble. Les portes sont fermées toute la journée. Il part encore beaucoup d'habitants.

24 Décembre. Mon fils Florentin, et Michel Heaume, mon clerc, poussés par une indiscrète curiosité, vont se pro- mener à Pérouse pour voir les ennemis; ne les apercevant pas encore, ils dépassent le village et s'approchent de Chèvre- mont. Ils sont bientôt arrêtés par les coureurs qui les con- duisent devant les of&ciers à Ghèvremont. De ils sont tra- duits devant plusieurs généraux à Bessoncourt, interrogés et renvoyés sous l'escorte d'un cavalier, jusqu'aux avant-postes français. Partis dès le matin, ils n'ont été de retour qu'après- midi à 1 heure.

Vers 2 heures après-midi, le chftteau a commencé à tirer sur l'ennemi. Les troupes bavaroises se sont approchées par Ghèvremont, Pérouse, Offemont, tandis qu'une autre colonne

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106 BEVUE D*ÀLSACE

arrivait par Délie sur Danjoutin. Avant la nuit, la place a été investie de toute part.

La famille Steullet, juge de paix, et celle du juif Dreyfus, se sont réfugiées, avec leurs effets, dans mon ancienne maison.

25 DECEMBRE. Le château a tiré une cinquantaine de coups de canon, principalement sur le fiiubourg de France occupé par l'ennemi, qui était logé dans quelques maisons. Le fauboui*g, pris et repris, a enfin été évacué par Tennemi, et il a tenu ses sentinelles vers les extrémités, après avoir commis quelques pillages, notamment chez M. Digue, hor- loger, et perdu quelques fantassins et cavaliers. La garnison a perdu une trentaine d'honmies, tant prisonniers que tués. La maison de M. Gh. Blétry, celle de M. François Dauphin, celle de M. Bely et autres ont reçu des boulets du château.

26 DÀXMBRE. Le château a beaucoup tiré dans la mati- née sur les postes qui se faisaient voir au bord du bois de la Perche; il a cessé Taprès-midi à cause du brouillard. La fusillade a continué toute la journée entre les avant-postes. On répand le bruit que des secours pour la garnison s'ap- prochent.

On a brûlé le moulin neuf, plusieurs maisons voisines au Fourneau, la maison de bois du Faubourg, au bout du pont, sur la rive droite de la Savoureuse; la petite maison de la bascule, la maisonnette en planches de La FeuiUade, perru- quier, celles des jardins de TEspérance.

Dans la crainte d'un prochain bombardement, nombre de fiamilles ont déposé leurs meubles et réfugié leurs personnes dans le magasin à poudre des tours bastionnées. J'ai mis mes meilleurs effets dams celle de la manutention. J'ai eu dix sol- dats logés dans mon bureau.

27 DÉCEMBRE. La fusillade a continué entre les avant- postes.

Le château a tiré quelques coups de canon. Le comman-

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LK BLOOUB ET LB SIÉOB DE BELFORT BM 1814 107

dant a fait abattre toutes les palissades et une partie des murs de clôture des jardins du fiiubourg de Brisach. On a mis le feu à la maison et aux bftiiments de la veuve Tuebert, aux maisons etgloriettes de ces jardins, excepté celle de M. Boillot. J'ai retiré mes effets du magasin à poudre et les ai fait descendre dans une cave voûtée. Ma femme est accouchée à 7 heures du soir d'un enfant mftle. ,

S8 Décembre. Le château n'a pas tiré. Une partie de la garnison a été occupée à transporter au ehftteau des subsis- tances prises en réquisition chez les habitants et surtout chez les négociante.

A 10 heures du soir l'alarme a été donnée, et toutes les troupes ont pris les armes. On croyait que l'ennemi prépa- rait l'escalade du rempart près de la glacière. La lumière des pote à feu jetés du ehftteau dans le fossé, a fait voir que per- sonne ne s'était approché.

29 Décembre. Bien d'extraordinaire pendant la matinée. A midi un détachement est allé recueillir du grain chez Henri Piqnard, au fiiubourg de France. On continue à monter au ehftteau toute sorte d'approvisionnemente.

J'ai feit murer la porte de ma cave voûtée pour préserver mes effete et minutes du feu. J'ai fait enfouir l'argent.

SO Décembre. Depuis 4 heures du matin jusqu'à 6 heures, l'ennemi a lancé sur le ehftteau 1,300 obus. Plusieurs, tombés dans la ville, y ont fait des ravages, entre autres à l'hôtel de la sous -préfecture (collège actuel), dans la salle du café du sieur Léopold Gilles, etc. Le feu n'a été communiqué nulle part. A midi, le commandant m'a accordé un factionnaire pour la sûreté de mon dépôt public; à S heures après-midi la garnison a fait une sortie avec 600 hommes, 80 chevaux et ane pièce d'artillerie de campagne. Le but était de s'emparer d'une batterie enjiemie sous la pierre de la Miotte. U n'a pas été atteint, et|le tout s'est borné à une vive fusillade qui a tué

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106 BEYCn D'aL8AGB

et blessé quelques hommes de part et d'autre. A 6 heures, transport de M. T... à la tour bastionnée, avec ses enfants. Florentin et les filles sont demeurées à la maison pour veiller et éteindre le feu en cas de malheur. BfM. SteuUet et Beaume ont aussi passé la nuit dans ma maison.

SI Décembre. Vers S heures du matin Tennemi a recommencé son feu d'obusiers et de canon ; il a été terrible et le chftteau n'a pas riposté. Un boulet a traversé chez moi un corps de cheminée au dessus du toit. Un obus a éclaté dans le magasin de M. Ugonin, contigu à ma maison. L'hdtel- de-yille et plusieurs autres bâtiments ont été atteints La maison du juif Rueff a beaucoup de dommages.

Les chefs militaires prétendent tenir pendant deux mois. Aucun bourgeois n'a de vivres pour aussi longtemps. La disette se fait déjà sentir. Le temps est serein, sec et froid depuis le commencement du siège. Les habitants ne prennent aucune part à la défense de la place.

1** Janvier 1814. Depuis hier, à 9 heures du soir, une grêle d'obus, de boulets et même quelques petites bombes ont foudroyé touteb les parties de la ville; nombre de maisons sont fracassées dans l'intérieur, beaucoup d'autres à leurs couvertures. Celle je demeure a été légèrement endomma- gée au bord du toit, vers l'angle méridional.

A 11 heures du soir l'explosion d'une bombe de 60 pesant, tombée dans la rue à deux pouces du seuil de la boutique occupée dans ma maison par M. Rameau, a fracassé vingt grands carreaux, beaucoup de petits et une quantité plus grande encore dans mon ancienne maison. Le cousin Prique- 1er a reçu deux obus dans la maison Bevalot. L'afiluence dans la casemate témoigne assez la crainte des habitants pour la nuit prochaine.

2 Janvier. Le chftteau a beaucoup tiré pendant la nuit. Le feu de l'ennemi a été vif et principalement dirigé sur le fort.

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LB BLOCUS ET LB SIÂGS DB BBLPORT EN 1814 109

Vers midi, ou a remarqué beaucoup de mouvement chez ]eB assiégeants; on a vu passer de Baviiliers à Danjoutin et du Yaldoie dans la forêt d'Âraotde la cavalerie et des caissons.

3 Janvier. L'ennemi n'a pas tiré un seul coup pendant la nuit. Son silence et le mouvement de la ville faisaient pré- sumer qu'il s'était éloigné, mais au jour on a reconnu ses sentinelles placées comme les jours précédents. A 8 heures le chftteau a tiré quelques coups de canon et lancé quatre à cinq bombes dans la plaine de Brasse.

Nous craignons d'être forcés d'évacuer la casemate qui nous sert d'asile; on parle d'y déposer les militaires malades et blessés. On fait la perquisition et l'inventaire du bois de chauffage chez les particuliers. Les habitants craignent l'enlèvement de leurs provisions. Les mesures prises pour placer les malades et les blessés dissipent notre crainte d'être obligés de sortir du magasin à poudre.

4 Janvier. La nuit a été tranquille. Deux coups de canon sont partis du château. L'ennemi n'a pas tiré, mais il a surpris un poste de cinquante hommes dans la maison de la dame veuve Royer, sur la route de Roppe. Le sieur Engerran, sergent-fourrier au 68*, beau-frère du sieur Anto- nin, a été pris avec quarante-trois hommes. Un soldat et un sergent se sont seuls échappés. On assure que les mouve- ments de dimanche étaient pour changer tous les postes qui jusque-là étaient composés de troupes bavaroises, et qui ont été remplacés par des Saxons et des Autrichiens. Aujourd'hui, pour la première fois depuis le blocus, la porte de Brisach a été ouTorte pour relever les postes avancés, qui ont été doublés. Le chftteau a tiré pendant cette journée quelques coups de canon et d'obusiers. Les soldats ont été retirés dans les casernes pendant la nuit, mais ils resteront le jour chez les habitants. Il a été question de mesures à prendre par les principaux habitants pour se préserver des violences de la

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110 * msvuB d'alsaoii

multitude, qui presque manque de subsistances. M. Jobert, ingénieur, a proposé d'obtenir du commandant d'armes la iacttlté d'instituer un comité qui s'occuperait des moyens de parer à ce grave inconvénient.

5 Janvier. On n*a rien entendu pendant la nuit Vers 9 heures le cbftteau a tiré quelques coups de canon et lancé deux ou trois bombes. On promet à la garnison qu'elle sera incessamment secourue.

Quantité de bourgeois sont commandés chaque jour pour travailler au cbftteau, et pour continuer à y monter des approvisionnements et des matériaux. Le plus grand tour- ment est d'ignorer ce qui se passe au dehors. On n'a pas la moindre notion sur la situation des places du Rhin, sur Besançon I Même mystère sur les forces des ennemis, sur leurs marches, sur leurs progrès. On croit que le comman- dant a tâché de sortir de cette anxiété en envoyant quelqu'un à la découverte.

6 Janvier. Nuit parfaitement tranquille. Rien de fftcheux . ne s'étant passé pendant les quatre dernières nuits, nous nous sommes décidés à quitter le magasin à poudre, sauf à y rentrer au besoin. Nous y avons laissé nos bois de lit  8 heures du matin, Beaume, Steullet, Tintin et moi, nous avons rapporté ma femme à maison par une grande pluie.

7 Janvier. Le calme le plus profond pendant la nuit. Arrivée de Breymann venant de Vesoul avec des nouvelles insignifiantes.

8 Janvier. Un seul coup de canon tiré du ch&teau pen- dant la nuit n est tombé de la neige abondamment jusqu'à midi. Le château a tiré quelques bombes et quelques boulets sur les ennemis formant des retranchements sur les hauteurs. A 10 heures du soir, nous venions de nous coucher, lorsque Beaume est venu nous donner l'avis qu'il avait reçu de M. Emon, commandant du génie, l'ordre de se renfermer dans

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LB BLOCCB BT LB BSÊQK DB BBLFORT BK 1814 111

tes casemates, attendu que la nuit serait orageuse. Nous nous sommes levés aussitôt et renfermés dans le magasin à poudre, nos trois lits étaient restés. Depuis 11 heures le feu n'a pas cessé; une multitude d'obus et de boulets ont frappé presque toutes les maisons. Le feu avait pris dans qtielques- unes et a été éteint. La femme Yemier, née Garandal, la tante de la femme du sieur Jobin Bergatte, ont été tuées. La serrante de Mme Grandidier a eu la jambe cassée; on lui a fait Tamputation. Plusieurs autres personnes ont été blessées, La charpente du magasin à poudre sud-ouest a été brûlée.

9 Janvier. Le même feu a duré pendant toute la nuit et la journée. Vers 10 heures un obus a frappé la cheminée de la cuisine de mon ancienne maison, à la hauteur du toit; il est tombé sans éclater près de la porte de Brisach, et Tintin Ta ramassé. Plusieurs autres ont frappé mes deux maisons; à 5 1/3 heures un autre est entré dans mon salon par la fenêtre, a éclaté sur le seuil de la porte de la chambre à cOté, a fracassé la glace du salon, brisé celle de la chambre, le parquet, plusieurs meubles, les portes, etc., etc. Un autre, entré dans mon ancienne maison par la fenêtre, a percé te plancher et le plafond de mon ancien bureau, a éclaté dans la paillasse de M. Steullet On a éteint le feu à Tinstant. On a compté dans deux jours 1,800 coups. Les ravages de la nuit et de la journée sont immenses. Â 8 heures du soir un parlementaire ennemi a apporté la nouvelle sommation de rendre la place, à dé&ut de quoi on la réduirait en cendres. D doit avoir été répondu verbalement qu'il était trop tard pour que te Conseil de défense pût délibérer, mais qu'on ferait cesser le feu du château si Tennemi faisait arrêter celui qu'il dirigeait sur les habitants paisibles. Le feu a discontinué toute la nuit.

10 Janvier. Le Conseil de défense a délibéré dès le matin ; trois ou quatre coups de canon tirés du château, vers

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8 heures, ont redonné Téponyante. On a su que le comman- dant avait dépéché un parlementaire au général ennemi Blanchi pour rassurer que les coups étaient partis sans ordre. On attend arec anxiété les résultats des délibérations du Conseil et la détermination de Fonnemi. Il parait constant que notre malheureuse ville va être brûlée si on ne se con- cilie pas.

On rapporte que les désastres du samedi au dimanche sont la suite de Tindignation du général autrichien, qui avait envoyé un parlementaire sur lequel les conscrits ont tiré, que Ton a fait attendre plus de quatre heures, et qui enfin s'en est retourné sans réponse.

A 10 heures du matin M. le colonel Eail est parti en voi- ture comme parlementaire, chargé des pouvoirs du comman* dant et d'un projet de capitulation arrêté par le Gonseii de guerre. On dit quUl est allé jusqu'à la maison de M. Gasner, le général Blanchi est venu pour Técouter; au retour du colonel, vers S heures, le bruit s'est répandu que le général ennemi n'avait pas pris sur lui de répondre au projet, mais qu'il l'avait envoyé au général en chef Schwartzenberg.

On dit que le projet est de rendre la ville dans huit jours si dans l'intervalle elle n'est pas secourue; que la garnison se retirerait alors au château; que la ville serait neutre et que les bourgeois se garderaient eux-mêmes; que l'ennemi ne pourrait pas s'avancer plus près du côté de la ville que ses postes actuels; que les personnes et les propriétés seraient respectées. Voilà ce que j'ai pu recueillir des bruits courants, n paraît que jusqu'à la décision du général en chef il y aura suspension d'armes. Le général Bianchi doit avoir^ appris au parlementaire qu'on s'occupait de la paix.

Nous sommes sortis pour la deuxième fois du magasin à poudre pour venir coucher au milieu des ruines de notre maison, heureux dans nos malheurs s'ils doivent se borner là.

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11 Janvixr. La naît a été tranquille. On ramasse tout le bois àe chaufEage que l'on peut se procurer dans les fau- bourgs, et on le porte au cbftteau. On prétend savoir par des gazettes allemandes qui ont pénétré, que des retranchements s'établissent autour de Paris. Une trentaine d'Autrichiens amenés à Belfortpar desyoiluriers de Ghfttenois, qui croyaient que la yille était rendue, ont été renvoyés.

12 Janvier. Tout a été depuis hier dans le calme. On monte toujours au château du bois de chauffage et des planches. On a saisi pour la même destination des grains et farines déposés par des gens de la campagne chez le sieur Ugonin et la dame Glavey, née Royer. On attend toujours avec inquiétude quelle sera la détermination du général en chef ennemi.

Le froid de la nuit dernière a été très vif. 11 est tombé beaucoup de neige jusqu'à midi, alors l'air s'est radouci. A 10 heures du soir on nous a annoncé que tout était à peu près d'accord, et que nous pouvions dormir en sécurité.

18 Janvibr. La neige a diminué pendant la nuit. Un vent assez impétueux a brisé la plupart de nos carreaux de papier. On ne sait encore rien de positif sur la capitulation, mais on nous assure que nous serons tranquilles jusqu'à la décision du général eu chef. On a vu aiyourd'hui une procla- mation de ce général ainsi conçue :

Français,

La yictoire a conduit les années alliées sur votre frontière. Elles vont la franchir. Noas ne fiiisons pas la guerre à la France, mais nous repous- sons loin de nous le joug que votre gouvernement voulait imposer à nos pays qui ont les mêmes droits à Findépendance et ont les mêmes droits que le vôtre.

Magistrats, propriétaires, cultivateurs, restez dans vos foyers. Le main- tien de Tordre public, du respect pour les propriétés particulières, la disdpllne la plus sévère marqueront le passage et le séjour de nos armées; elles ne sont animées de nul esprit de vengeance; elles ne veulent pas rendre a la France les maux sans nombre dont, deimis vingt ans, eUe a accablé ses voisins et les contrées les plus éloignées; d^autres prinp

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cipes et d'autres vues que celles qui ont conduit vos armées chez nous, président au Conseil des monarques alliés. Leur gloire sera celle d'avoir procuré la fin la plus prompte aux malheurs de FEurope. La seule con- quête qu'ils ambitionnent est celle de la paix, mais d'une paix qui assure à leurs pays, à la France, à TËurope un véritable état de repos. Nous espérions la trouver avant de toucher au sol français; nous allons Ty chercher. Au quartier général de Lœrrach, le 21 décembre 1813.

Signé : Le maréchal, prince de Schwarlzenberg, commandant en chef de la grande armée des alliés,

14 Janvier. La nuit et la journée ont été fort tranquilles. On a fiiit des visites domiciliaires pour constater les quan- tités de farine et de blé de chaque particulier. Le Conseil municipal a été assemblé pour désigner les bouches inutiles que le commandant a le projet de faire sortir de la ville; mesure peu exécutable, car il reste à savoir si l'ennemi les laisserait passer. On a commencé à soupçonner que les len- teurs apportées à la conclusion de la capitulation n'étaient pas rassurantes. Ce qui m'a inquiété, c'est d'apprendre que l'ennemi travaillait à l'instant même à ses batteries. Â 10 heures du soir nous avons été avertis que les négociations étaient rompues, et qu'il n'y avait pas un instant à perdre pour regagner le magasin à poudre; nous nous y sommes rendus la mort dans le cœur, et jamais il n*y eut tant de monde.

Vers minuit le feu de l'ennemi a commencé; il a lancé environ 200 obus, dont la direction, venant des hauteurs de Bavilliers, d'Ëssert et de Danjoutin, paraissait être contre le château; mais beaucoup de maisons, et surtout celles placées au pied du fort, ont été endommagées. La neige abondante qui tombait, a vraisemblablement interrompu le feu, qui a cessé vers S heures.

L'ennemi tire de temps en temps; le château riposte par quelques coups. On continue les visites domiciliaires. M. Wild^ accompagné d'un of&cier de chasseurs à cheval, s'est présenté

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diez moi, et on s'est contenté de la déclaration de Florentin qu'il nous .restait peu de fiirine et de blé. J'ai fait descendre dans la cave les miroirs, marbres, porcelaines, etc. Rien n'égale l'anxiété.

Nous craignons que l'intérêt des habitants soit nul dans l'esprit des militaires, et nous n'avons plus d'espérance que dans la pensée que l'ennemi n'usera pas d'une rigueur inutile à ses vues; la continuation d'un simple blocus devant toujours le rendre maître de la place, quoique un peu tard, et toute idée de secours, même éloigné, paraissant ridicule.

16 Janvier. Au grand étonnement, il n'a pas été tiré un seul coup pendant la nuit. Dans la matinée, la garnison a monté au château une assez grande quantité de fagots pris chez Dorvaux au magasin à bois; tout convient à ces mili- taires. Ils ont fait hier chez les marchands une perquisition de morue pour mettre cette denrée en réquisition comme approvisionnement de siège.

On a enterré hier dix-sept ou dix-huit soldats morts de maladie à l'hôpital. Le bastion du Trou-du-Renard servant aigourd'hui de cimetière, sera bientôt insufBsant.

n y a un mouvement chez les assiégeants. Les troupes du blocus ont marché en avant et sont remplacées par d'autres, qu'on dit russes. Les gens du faubourg ont entendu pendant la nuit dernière le bruit des chariots.

17 Janvier. La nuit a été tranquille. Dans la matinée, le château a tiré dix à douze coups d'obusiers et de mortiers sur les batteries ennemies, au delà du faubourg de France.

On parle d'un emprunt forcé de 8.000 francs demandé par