3 9007 0318 7901 8
HISTOIRE
LITERAIBE
DE LA FRANCE
TOME VI
HISTOIRE
LITERAIRE
DE LA FRANCE
OU L'OIS TRAITE
DE L'ORIGINE ET DU PROGRKS, DE LA DÉCADENCE
et du rétablissement des Sciences parmi les Gaulais et parmi les François; Du goùl et du génie des uns et des autres pour les Letres en chaque siècle ; De leurs anciennes Ecoles ; De rétablissement des Universités en France ; Des principaux Collèges; Des Académies des Sciences et des Belles Letres ; Des meilleures Bibliothé jues ancicimcs et modernes ; Des plus célèbres Imprimeries ; et de tout ce qui a un rai)port particulier à la Literalure.
A V i: c
Lts Eloges historiques des Gaulois et des François qui s'y sont fait quelque réputation, Le Catalogue et la Chronologie de leurs Ecrits; Des Remarques historiques et critiques sur les principaux Ouvrages ; Le dénombrement des différentes Editions . Le tout justifie par les citations des Auteurs originaux.
Par des Religieux Benedictlns de la Conchegation de S. Maur. TOME VI
Qui comprend le Dixième Siècle de l'Eglise.
NOUVELLE ÉDITION, COISFOUME \ LA l'HÉCKDENTE ET RF.VUE
Par M. PAULIN PARIS, Membre de l'Institut.
A PARIS,
Librairie de VICTOR PALMÉ, 25, rue de Grenelle-Saint-Germain.
M. DCCC. LXVII
KRAUS REPRINT
Nendeln/Liechtenstein
1973
■6/
Réimpression avec L'accord de L'Académie des Inscriptions et Belles -Lettres, Paris
KRAUS RLPR'NT
A Division of
KRAU5-THOM50N ORCANIZATION LIMITED
Nendein/ Liechtenstein
1973
Prinled in Germany Lessingdruckcrei Wiesbaden
AVERTISSEMENT.
QUICONQUE est au fait dos ouvrages de la nature de celui qui nous occupe, comprend sans peine qu'il est moralement impossible qu'on ne soit pas oblige de revenir quelquefois à co qu'on a déjà publié: surtout" lorsqu'on se pique d'exactitude et qu'on est soigneux de perfectionner, autant qu'on en est capable, ce que l'on donne au Pu- blic. Plus on avance: plus on acquiert de lumière, et plus on fait de découvertes. D'ailleurs des amis éclairés et charitables, qui s'intéressent à un ouvrage aussi glorieux pour la Nation qu'important pour la Republique de Letres, veu- lent bien nous communiquer de temps en temps leurs judi- cieuses observations. Attentifs à profiler de' tout, tant pour perfectionner les siècles d'où nous sommes déjà sortis, que pour remplir ceux où nous allons entrer, nous nous faisons un devoir d'emploïcr cet Avertissement à quelques additions et corrections, qui concernent nos cinq premiers volumes, et celui que nous donnons présentement. A la vérité co que nous avons à y ajouter et rectifier, n'est pas fort considérable; mais il a néanmoins son prix pour les personnes qui sçavent estimer l'exactitude en genre d'Histoire Literaire '.
1 Les acJditions et corrections annoncces ici par D. Uivnt ont été rojetres à la fin du volume cl réunies à celles que contonoit I'Avkrtissement des volumes suivants, ou que le nouvel Editeur a tru pouvoir y ajouter. (N. K.)
1 *
TABLE
DE CE QUI EST CONTENU DANS CE VOLUME.
Pagei.
Avertissement. i
Table des Citations. j
Dixième Siècle. Etat des Letres en France pendant ce Siècle. 1
Riculfe, Evêque de Soissons. 82
Bernhard, Abbé de S. Gai, et autres Ecrivains. 85
Marlinien, Moine François. 95
Theolmar, Archevêque de Saitzbourg. 97
Rémi, Moine de S. Germain d'Auxerre. 99
Auxiiius, Prêtre François. 122
Eberbard, et autres Ecrivains. 127
Adelbelme, Evêque de Séez. 130
Le B. Notker, Moine de S. Gai. 134
Ilatlon, Archevêque de Maïence. 144
Herberne, Archevêque de Tours. 146
Rcginon, Abbé de Prom. 148
Berlhaire, Prêtre de l'Eglise de Verdun. 154
Robert, Evêque de Metz. * 156
S. Radbod, Evêque d'Utrecht. 158
Salomon, Evêque de Constance. 164
Eslienc, Evoque de Liège. 168
Odilon, Moine de S. Medard à Soissons. 1 73 Wonehrand, Moine de S. Allire à Clerraont, et autres Ecrivains. 1 76
Hervé, Archevêque de Reims. 182
Vaulier, Archevêque de Sens. 1 88
Abbon , Moiûe de S. Germain à Paris. 1 89
Flohaire, Prêtre au Diocèse de Paris. 194
Dadon, Evêque de Verdun. 190
Wigeric, Evêque de Metz. 198
Agion, Archevêque de Narbonne. 199
Rolger, Archevêque de Trêves. 20i
Radbod, Prévost de l'Eglise de DoJ, et autres Ecrivains. 203
Hucbald, Moine de S. Aniand. 210
Lambert, Moine de Pouthiere. 222
Erganbald, Abbé de S. Trutpert, et autres Ecrivains. 224
S. Odon, Abbé de Cluni. 229
Anscl, Moine de Fleuri, et autres Ecrivains, 253
Foulques le Bon, Comte d'Anjou. 262
Tome V/. a
IV TABLE.
Jean, Historien de S. Odon, Abbé de Cluni. 265
Marquard, Ecolàlrc d'Eplernac. 271
Fridegode, Historien supposé de S. Ouen. 273
Gérard, Doien de S. Medard de Soissons. 277
Alton, Evêqiie de Verceil. 281
Gui, Évêque d'Auxerre, et autres Ecrivains. 288
Artaud, Arcbevêque de Reims. 295
Sigebard, Moine de S. Maximin de Trêves. 900
Uthon, Evèque de Strasbourg. 302
S. Drunon, Arcbevêque de Cologne. 304
Wibolde, Evèque de Cambrai. 311
Frodoard, Cbanoine de l'Egbsc de Reims. 313
Hildemanne, Arclievêquc de Sens, et autres Ecrivains. 829
Ratbier, Evêque de Vérone. 339
Kulcuin, Moine de S. Dertin. 384
Gunzon, Grammairien. 386
Ricliard, Abbé de Fleuri. 393
Adalitcrt, Ecoiàlre de S. Vincent de Metz. 395
Helpcric, Ecohitrc de Grandfel. 397
Bernier, Abbé d'Hombiieres. 403
VVidbert, Abi)é de S. Père à Cbartrcs, et autres Ecrivains. 406
Jean, Abbé de S. Arnoul à Met/. 421
Tbicrri I, Evêqtie de Metz. 430
Gerauld et Iscml)ard, Moines de Fleuri. 438
Gausbcrt, Ciiorevêque de Limoges. 440
Adalberon, Arcbevêque de Reims. 444
Folcuin, Aitbé de Laubes. 451
Rodolfe, Evêque d'Orvielc, et autres Ecrivains. 459
Erlvombald, Evêque de Strasbourg, 407
Adson, Abbé de Montier-cn-Der. 471
Hugues, Evêque d'Angoulême. 492
S. Maieul, Abbé de Cluni. 498
Riciier, Hislorien, et divers Chroniqueurs. 503
Gui II, Evêcpie du Puy. 507
Esticno, Evêque du Puy, et autres Ecrivains. 511
Arnoul, Evêque d'Orléans. 521
Lclald, Moine de Mici. '"'■■'' ' 528
Gibuin, Evêque de Cbàlons, et autres Ecrivains. 537
Duncan, Evêque, et autres Ecrivains. 549
Silveslre H, Pape. 559
Table Cbronologique. 615
Table des Auteurs et des Matières. 646
iod..! ^noi
a;
TABLE
DES CITATIONS CONTENUES DANS CE VOLUME,
AVEC LKS ÉDITIONS DONT ON S'eST SEnVI.
A.
Abbo, apo. A bbonis KIoliacensis Ahhalis apologcticiis, ad calcem Codicis Ca-
ilnoniim vcleris Eccicsia; Romanœ, à Francisco Pilhœo, etc. Pari-
siis, iG<S7. fol.
pp. epistoix' cjiisdein, iliid.
Mibo, Je ob^. .\I)boiiis Parisiensis Moiiaclii de obsidione Lulclia; lib. i, cl sic de 2.
'■^''•'•''- Ad calconi bislori;i; Fraiicoruiii ab Aimonio, etc. Parisiis, 1G02. fol.
pi. pnx^f.ilio Aucloiis, ibid.
Adeiii.cbi. Ademaii Cabancnsis, Monaclii S. Eparcbii Engolisniensis, Ciironicon,
lom. 2. I5ibliolbcc;o nova; niss. libroiurii, à R. P. Philiiiijo Labba;o S. J. clc. A<i'i. la.tit. S. Adonis Vicmionsis Arcliiepiscoiîi Martyiologium, tom. XVI Diblio-
ihccir vcloniiii Palium, Lugduni, IG77. loi. Ami. lio mu S. Aimoiiiii Monachi Floriaconsis de iniracnlis S. lienedicli lib. 1, qui est '*• ' '■ seciindiis in ordine cililioiiis ; parle 1 Floriacensis veteris bibiiolhecse,
etc. Lugduni, lOOli. 8". ut. Ab. vila S. Aliboiiis Abbalis Floriacensis, etc. lom. 8. actoruoi Dom.
Job. Mabiilon.
Aib.cbi .'.^5. Albcrici Monaclii Triiiin Fonliuni in diœcesi Lcodiensi chronicon, ad
an. 923, ci sic de cœl. llannovera', 1GÎ)8. 4". Aicu. op. Albini Flacci Alcliuini, Abbalis, opéra, studio Andreic Quercitani édita,
Parisiis, ICI 7. fol. ,;ir..5,i. carniCH Ki, et sic de cœtcris, ibid.
ep. 00. epislola C6, et sic de cœleris, ibid.
de on'. de officiis ccclesiasticis, ibid.
Ai.ib. t. -2. S. Ambrosii Mcdiolancnsis episcopi onerum tomus sccundus. Parisiis,
1G'.)0. fol. Ar.j. Coiw. p-^. Gesia Consulum Andegavcnsium, Auctore Monacho Bencdiclino Ma-
joris nionaslcrii, toni. X sjjicilogii à Doiu. Luca Acbcrio, etc. Ahb b.!i. i.ri^ Valerii Andreœ Desselii J. C. bibliolbeca belgica, de Belgis vitâ scriptis-
que Claris, etc. Lovanii, IGi5. 8». Aiigi. i>ii>. ms, Calalogi librorum manuscriptorum Angliae et Hibernia; in unum collec- .,, •, li. 0.\oniae, dCl)7. fol. 2. vol. (le même ouvrage se trouve aussi
cité de cette sorte : Cal. bib. niss. Angl. voies plus bas.) Angi. lus. Scii. Hislorii»; Angiicanœ Scriplorcs decem. Yondini, 1GS2. fol. 2. vol. Angi.Sic. Anglia Sacra : sive colleclio bistoriarum, parlini antiquilus, partim re-
cenler scriplarum. Londini, i&H. fol.
Tome VI. a
ij TABLE
Ansb. fam. icd. Aiisberli familia lediviva, etc. Auctore Marco Antonio Dominici. Pa-
risiis, 1048. 4". Alto, capit. Allonis Episcopi VercelIcDcis Capilulare, tom. 8. Spicilegii Dora. Lucx-
Acherii. ep. 5. epistola 5, et sic de cœt. ibid.
xVug. app. S. Aurelii Augusiini HippoiioDsis Episcopi varise appendices,
t. G. tom. 6. Parisiis, 1683. fol.
1. 11. tom. a. ad ciijus calcem additiones et correcliones, ibid. 1700,
fo!. Aux. lib. 1. Auxilii de ordinalionibus h Foiraoso Papa factis, seu super causa et ne-
golio Formosi Papae, lib. i. et sic de 2, et ô. Inter vetera Analecta Dom. Job. Mabillon. Parisiis, 1725. fol.
B.
BaU. 12. Aou. Adrien fiaillet, au 12 jour d'Août, et ainsi des autres jours du même mois, dans ses vies des Saints. A Paris, 1701. fol. 5. vol. 2. Avr. au 2 d'Avril, et ainsi des autres jours.
11. Dec. au 11 de Décembre, et ainsi des autres jours. 1. jan. au 1 de Janvier, et aiusi des autres jours.
13. juii. au 15 de Juillet, et ainsi des autres jours.
12. Mai. - au 12 de Mai, et ainsi des autres jours. 16. Mar. au 16 de Mars, et ainsi des autres jours.
2G. Nov. au 26 de Novembre, et ainsi des autres jours.
18. Oct. au 18 d'Octobre, et ainsi des autres jours.
22. Sep. au 22 de Septembre, et ainsi des autres jours.
tab. cr. table critique, à la tête de chaque mois.
Rii. bib. D. Stephani Baluzii bibliotheca, seu catalogus librorum, etc. Parisiis,
1719. 12. 5. vol. capit. t. 2. Capilulariorum Regum Francorum, tom. 2. Ibid, 1677. fol.
his. Tut. Historia Tululensis, etc. Ibid. 1717. 4».
mise. 1. 1. Miscellaneorum lomo 1, et sic de 2, 4, et 7. Ibid, 1678-1715.
80. Bai. an. 900. Eminenliss. Cardinalis Baronii Sorani Annales ecclesiastici, ad. an. 900, et sic de caeteris. Antuerpiae, 1612. fol. t- 12. eorumdem Annalium, tom. 12. Ibid.
Baith. adv. 1. v>. Gasparis BarlLii adversarioruni cominenlariorum, lib. 46, et sic de caet.
Francofurti, 1624. fol. Cal. sac. Batavia Sacra, sive res gestae Apostolicorum virorum, qui fidem Bata-
vias primi inluleruiit, etc. Bruxellis, 1714. fol. Bed. t. 3. Venerabilis Bedse Anglo-Saxonis Presbyleri operum, tom. 5, etc. Co-
lonia;, 1612. fol. lieka, chr. Jobannis de Btka Canonici ultrajccliui Chronicon, etc. in fronte Ilis-
toriae veteruin Episcoporum ullrajeclinae Sedis, etc. 'a SufTrido Pétri, etc. Franequera', 1612. 4°. lieii. Scri. an. Robcfli Bellarinini S. J. Sancla; Rom. Eccl. Cardinalis, de Scriptori- ^^- bus Ecclcsiasticis, ad an. 890, et sic de ca>t. Parisiis, 164i. 8».
DES CITATIONS.
"J
s. Ben. vit. S. P. Boiicdicli vila lalino-graeca, etc. Venetiis, 1723. 4».
i.c Beuf, t. 2. M. l'Abbé le Beuf, Chanoine et Souschantre de l'Eglise Cathédrale
d'Auxerre, Recueil de divers écrits pour servir d'éclaircissement k
l'histoire de France, etc. tome 2. A Paris, 1758. 12. '^'^^- Dissertations sur l'histoire ecclésiastique et civile de Paris, suivies de
plusieurs éclaircissements sur l'histoire de France. A Paris, 1739. 12. ^^^- Bibliothèques diverses. Celles dont nous citons les pages, sont celles
dont on a imprimé les catalogues. Lorsque nous ne-marquons pas la
page, il s'agit des vaisseaux mêmes des bibliothèques que nous avons
nous-mêmes visitées, ou par le moyen de nos amis. Voici comment
on les cite. Aib. Mant Alborum Manlelloruin Parisiis, è congregatione S. Mauri.
Angei. Abbatian aiigeriacensis, ordinis S. Benedicti è congregatione Saneti
Mauri. s. Aud. rot. Abbatiœ S. Auduêni rotomagensis, ord. S. Ben. è congreg. S. Mauri.
Jiai- Baluziana, sive catalogus librorum V. C. D. Stephani Baluzii. Pari-
siis, 1719. 12. 5. vol. Baib. 1. 1. Barberiaiia, scilicet D. Francisci Barberini, S. R. E. Cardinalis, etc.
lom. 1. et sic de 2. Romœ, itiSl. fol. 2. vol. Bigot. Bigotiana. Parisiis, 1706. 12.
Bodi. Bodiejana, sive catalogus impressorum librorum bibliothccae Bodlc-
jana; in Academia Oxoniensi. Oxonii, 1674. fol. Ck)rd. Cordesiana. Parisiis, 1643. 4».
Cotton. Coltoniana, scu catalogus librorum manuscriptorum bibliothccae Col-
tonianai, etc. Oxonii, 1696. foi. IT. min. ccn. Fratrum Minorum conventus Cenomanensis.
s. Fio. vet. Abbatise S. Florentii veleris, ord. S. Benedicti è congregatione Sancli
Mauri. Font. Ebr. Fontis Ebraldl : vulgo des Religieux de Fontevrauld, an diocèse de
Poitiers. Josapii. Abbaliai Josaphatcnsis prope Carnotum, ord. S. B. è congreg. Sancli
Mauri. s. Laun. Abbatiœ S. Launomari Blesensis, cjusd. ord. ac ex ead. congreg.
Or. ardii. Oratorii Ardilliensium Salmuri.
Po"«- Ponlificia, duobus libris distincta, etc. Auclore Lud. Jacob, à Sancto
Carolo, etc. Lugduni, 1643. 4». Reg. Angi. Catalogus librorum manuscriptorum Régis Angliae. Londini, 1734.
4°. Gard, de Roh. Eminentissimi Cardinalis de Rohan. du Roi, 1. 1. Catalogue des livres imprimés de la bibliothèque du Roi, tome 1.
A Paris, 1739. fol. (quelquefois on la cite sous une R seule, de
cette sorte : Bib. du R. pour abréger davantage.) s. Vin. cen. Abbatiae S. Vincentii Cenomanensis, ord. S. Bened. è congregatione
S. Mauri. ^'"''''" Ullrajectina : seu Catalogus librorum manuscriptorum bibliotheca;
rilrajectina', etc. llltrajeclini, 1608. 4°. (In hac paginarum numc-
rus nullus affigitur.)
iv TAHLK
jfott.cnii.ph.l.l. Anicii Manlii Sevi-iini lîoëiii V. C. ri iiil... coneo!;ilioiiis [ihilosopliicse lib. ])riimià, cuiii inl(.'i|)rclalio!ic el iiolis Pelii Callvi, etc. Parisiis, 1680. io. Boll. Acia Sancloium, etc. ciua II. V. Jo!)aniiis Bollamli ac Sociorum tjus
S. J. Anlucrpia", 1(345-1730. loi. Sic aulerii cilanlur. 23. Api . ad clicin 23. Apiilis, et sic de c.Tleris ili(l(us.
12. Aug. ad diem 12. Aiigusti, et sic de ca't.
10. Fcb. ad dieni 10. Feliruarii, cl sic de caet.
7.Jan. ad diem 7. Januarii, et sic de cM.
toiii- 1- lom. I cjiisd. niensis, et sic de 2.
-5. •l'iii. ad diem 2.o. Julii, el sic de caet.
2i. Jun. ad diem 24. Jiinii, et sic de caet.
25. Mai. ad diem 23. Maii, el sic de ca?l.
'iMar. ad diem 11. Marlii, et sic de cœl.
Bon. not. aiic. Johaniils Boiîa S. R. E. Cardinalis Noiilia Aucltinim, in fronte ejusd.
libri de divina psalmodia, etc. Parisiis, 1005. 4». Bosq. t. I. Francise! Bosqucli Ecclesiœ Gailicanoc historianini to:uus, scii pars 1, el
sic de 2. Parisiis, 1636. 4». Jioiiq.scii.ri. I 2. Dont. Martini Bouquet, rerum gailicaruin et iVancicarnm Scriplores, ou Recueil des Historiens des Gaules, etc. tom. 2. Parisiis, 1730. fol. Bouid. au Jean de Bourdigné Prêlre, Histoire aggregative des annales et chroni-
ques d'Anjou, etc. A Angers, 1329^ fol. Brow. an. tr.v. Chrislophori Broweri S. J. Annalium ïrevirensium, etc. lom. 1. Leo- '■^- dii, 1671. fol.
aiit. trov. Antiquilatum Trevirensium, una cum Annalibus.
Brun. \it. 11. ^. S. Brunonis Coloniensis Archiepiscopi, etc. vila à Rotgero Monacho, num. 4, et sic de cœleris : inter rerum Brunsviccnsium Scriplores, cura Godef. Guill. Leihiiitii, etc. Haniiovera', 1707. fol. P''- praefatio Aucloris, ibid.
Biic. an.rax. Gabrielis Bucclini Annales ordinis S. Beisedicli, clc. ad an. 028. Au-
guslae Vindelicorum, 1636. fol. BiiU.iiH.rcc.i ;:. Louis Bulleau de la Congrégation de Saint Maur, liisloire monaslique d'Occident: ou Abrégé do l'hisloire de l'ordre do S. Benoit, tome 2. A Paris, 1684. 4». B/ov. ^it..';,l. Âbrahannis Bzovius Polonus S. T. Magisler ord. Prœdict. Silveslri H. C;csii Aguilaiii PohI. Max. vila, elc. Romae, 1620. 4».
C.
Cal. bis. (te Loi. Dom Auguslio Calmet, Abbé de Senone, Hisioire ecclésiastique et * civile de Lorraine, tome I, et ainsi du 2 el du 4, A Nanci, 1728.
fol. app. appendice, ou tome IV, qui contient les preuMS.
pi- préface à la Icle du I tome.
iurog. s. li. commentaire litlcr.il, historique et moral sur la Règle de S. Benoît,
elc. A Paris, 1754. 4». 2. vol. Carn. dn. Chronicon Cameracensc et Atlrebatcnse : sivo Hisîoria ulriusquc Eccle-
DES CITATIONS. v
sia; à Baldiico Noviomensi el Tornactiisi Episcopo, elc. Duaci, 1615. 8». (iiinus. Nicolaï Camns.Tl Tiicnssiiii Promptuariiim aniiqiiilatiirn Trirnssinœ diœ-
ccsis. elc. Aiigiisla- Tri'caiiiin, i6i0. 8". (On k cilc aussi quel- quefois (le celle sorîe : Cam. proiii.) Canis.B. t.'i.p:ii. Ileni'ici Caiiisii aiiljqiiac I.eclioiics à Jacobo Basnage reçus;;' siib hoc ti- '^' tulo : Thésaurus monuincnlorum ecclcsiaslicorum, elc. lonii 2. parie
5, et sic (le lomo ô. AnlU('riiia\ \~2:î. fol. (Ubi vero D non ail- dilur, tune agilur de ipsa edilionc à Canisio fada. Inijoliladii, IrtOl- 1604. io. 7. vol.) Cat. mss. .\ngi.t. Catalogi libroruiii niaiiuscriiitoruin Angliœ el Hiberni.c in nnuni collec- *• P"""- ''^- li, lom. 1. parte 2, cl sic de lom. 2. Oxoni;e, 1597. fol. 2. vol.
Catcl, coni. iio Guillaume Catel, Conseiller du Roi en sa Cour de Parlement de To- lose. Histoire des Comtes de Tolose. A Tolose, 1623. fol. iiis. JoLang. Mémoires de l'hisloirc de Languedoc, elc. Au même endroit, dOôô. fol.
Oive
Guillelmi Cave Scriptorum Ecclesiasticorum historia lilteraria, elc Ge- nevœ, 1705. fol.
Ccii. his. Got. Ludovici Cellotii S. J. Historia Gothescalci, elc. Parisiis, 1655. fol. ChifT. iiis. de T. Pierre François Chilllel Jésuite, appendice, ou preuves de l'histoire de
Tournus, à la suite de la même histoire. A Dijon, 16(14. i». Chiir.ves.m. Johannis Jacobi Chinietii Palricii, Consularis, elc. Vcsunlio civilas
Lugduni, 1618. 4». rii.ii. coll. op. Jodoci Clichlovei Neoporluensis colleclio opusculoruin. Parisiis, 1511.
4». ciun. i„i,. Bibliotheca Cluniaccnsis, in qiia SS. Palrum Abbatuin Cluniacensium
vii;r, miracula, scripla, elc. Cura Dom. Marlini Marrier el Andréa^ Quercitani Turonensis. Parisiis, 1614. fol. app. appcndix seu nolœ ad eanulem Bibl.
Euii. Bullarium sacri Ordinis Cluniaccnsis, continens pliuinia privilégia
per Summos Pont. elc. Lugduni, 1680. fol. CoJ. lan. Codex Canonum veleris Ecclesiae Romana; h FraRcir-co Pilhœo elc
Parisiis, 1687. fol. Cuj. Ti,, t. !. Commonitorium Alarici Régis Visigolorum, in fronle lomi 1 Coditis '""'■ Theodosiani posl prx'lalionem Ediloris. Lugduni, 1065. fol.
P'- prolegomena Jacobi Goiiiofrcdi ad eumdein ccdicem, ibid.
Coin. un. G9'. .,. Caroli le Coinle Trecensis Congregalionis Oralorii 0. N. J. C. l'rcsb. Annales Ecclesiaslici Franc, ad an. 694 numéro 15, et sic de cael. tom. IV et sequcnlibus. Parisiis, 1670-1683. fol. con. i.'.i. Concilia ad regiani editionem exacta, suidio Philip:,! L;ibî«e; el Gab
Cossarlii S. J. lom. 9. Parisiis, 1671. fol. hisp. t..!. Hispaniic el novi oibis colleclio maxima, elc. Cura el studio Jose-
phi Saëiiz Caidinalis de Aguire, lom. 5. Roma;, lOOi. foi. -'^■'•^ Normania», seu Rolomagensis provinciœ, elc. lom. seu par. 2. Ro-
tomagi, 1717. fol. ^"l'P- Supplemenlum Conciliorum Gallia\ opéra ac .studio Pelri de la
Lande RioniSgCRsis, etc. Parisiis, 16(;6. fol.
vj TABLE
Crow. rioii. Scri. Guillclmi Crovœi Sudovolgiensis Ludimagistri Crydoniensis, Elenchiis Scriiitnrum in sacram Scripluram, lam Graccorum quani Latinorum, etc. Londini, 1072. 8».
Cyp. app. Appcndix ad calcem opcruni S, Caîcilii Cypriani Episcopi Carlhugincn-
sis el Marlyris, etc. Parisiis, 1726. fol.
D.
Ditm. clir. 1. G.
Ditmari Episcopi Mcrsburgensis chronicon, lib. 6: inter Scriplorcs re- rum Brunsviccnsium, etc. Cura Godefridi Guillelmi Leibnitii. Ilano- vcrœ, 1707. fol. Dub.hii.par.i.i). Gcrardi Dubois Aiireliancnsis Congicgationis Oratorii, etc. Ilistoria
Ecclesiae Parisiensis, lib. 9, et sic de caeteiis. Parisiis, 1690. fol. DuCang. -1. imi. Du Gange, Glossarium ad Scriplorcs médise et infimai latinilatis, etc. ""'^' Index Auctorum in fronle lomi 1. Parisiis, 1678. fol.
n» ciios. i. 1. André» du Chcsne, Historise Francorum Scipiorcs coëtanei, etc. toni. 1. Parisiis, 1656. fol. 1.2. tom. 2. Ibid. 1656. fol.
t.3. lom. 5. Ibid. 16ii. fol.
1.4. tom. 4. Ibid. 1641. fol.
Du Pin, bib. 10. M. du Pin, nouvelle Bibliolliéquo des Auteurs Ecclésiastiques, etc. di- '""*■ xiéme siècle. A Paris, 1696. 8».
ii.sip. Onzième siècle. A Paris, 1696. 8".
DiiVcni. bib. fi. Ribliolbéque d'Antoine du Verdier, Seigneur de Yauprivas, conte- nant le catalogue de tous ceux qui ont écrit, ou traduit en fran- çois, etc. A Lyon, lo8S. fol.
E.
K.^.i^. Eui. t. 1. Cœsaris Egassii Bulœi, Ilistoria Universitalis Parisiensis, tom. 1. Pari- siis, 166o. fol.
EU. do i as. s. (;. Ekkebardi Monachi, de casibus monaslerii S. Galli, inter alamanicarum
'■*^' rerum Scriplorcs, studio Melchioris Godalsti, etc. cap. 3, el sic de
ca't. Francofurti, 1606. fol.
Epi.otpoe.vet.i. Epigrammala et poëmalia vêlera, lib. seu par. 2. Parisiis, 1590. 12.
F.
Fab. bib. lat.i.i. Jobannis Albcrti Fabricii, Bibliotheca lalina mediae el infimae aetatis, lib. 1, et sic de cœteris, llamburgi, 1754. 8».
laucb. aiit. f,. Claude Fauchet, premier Président en la Cour des Monnoïes, Antiqui- tés gauloises el françoises, etc. A Paris, 1610. 4».
i\iib.his.ii.'S.n. Dom Michel Felibien, Histoire de i'abbaïe roiale de S. Denys en France, etc. A Paris, 1706. fol.
Fieu. dise. 5. M. l'Abbé Fleuri, au discours cinquième, sur l'histoire ecclésiastique, etc. A Paris, 1720. 12. H. E. 1. K. Histoire Ecclésiastique, livre 55, et ainsi des autres. A Pari.s, 1706,
el suivants. 4".
DES CITATIONS. vij
I lod.iiir. 311.925. Flodoarili Presbjleii Ecclesiaî Remciisis Clironicon : inler hisloria} Fran- coruin Scriplores, ah And. du Clicsue, etc. l. 2. his.i. 1. Ecclcsiii; Remcnsis liisloria, lib. 1, el sic de caeleris : tom. XVII
Bibliolhcca^ velcrum l'aliuiu Lngii. ■1G77. fol. vit. vita à Georf,'io (lolvcncrio coiicinnata, il)id.
1 i.ir. bib. t. 1. Monasleiii rioiiaceiisis veleris bibliolliecaj, tom. seu pars I, el sic de 2. Lugdini, ilîOo. 8». iiis. ms. Hisloria iiianiiscri|i(a à Doin. Francisco Chazal concitinala.
l'oie. .1p al), i.mii. Folcuini Abbalis de Abbalibns, seu Gesla Abbalum Dai!l)icnsis monas-
terii, etc. loni. (>. Sjiicilegii Doin. Lucae Aclierii. inib. ep. 88. S. Fulbcrii Cariioleiisis Kpiscopi epislola 88, inler caîleras ejusd. epist. tom. XVlll Bibliolbcc.x' vetorum Palrum. Lugduni, iGll . fol.
(lai.ciii.nov.i. 1. Gallia Chrisliaiia nova : seu serits el bisioria Arcliiepiscoporuni, Episco-
porum el Abbatum FranriiP, rlc. à Doni. Dyonisio Sumuiarlhano
el sociis, lom. 1. Parisiis, 1715. fol.
t. 2. tom. 2, cl sic de quatuor sequonlibiis. Ibidem, 1720-1709. fol.
Vit. t. 1. veteris cdilionis, etc. A fraliibus Sainniarllianis, clc. lom. 1, ol sic
de fieteris. Parisiis, lOoG. fol. 4. vol.
cenib. ciir. Gcmblacense clironicon : seu Libcllus de gestis Abbalum Gemblaccn-
sium, ordinisS. Bonedicli, loino VI Spicilcgii Dom. Luca; Acberii.
v.onii. mio. des Louis Ic Gendre, Mœurs et Coutumes des François. A Paris, 1712. 12.
(;pib. pp. 11. Gerberti, primo Rcmonini, di'iu Ravennatiim Arcbiepiscopi, poslea Romani Pontificis Silvtstri H epislola 11, el sic de cieleris : una cuin epislolis Joliannis Saresberiensis et Slepbani Tornacensis, clc. Pari- siis, 1611. 4». (IJbi vero sic cilalur : Gerb. ep. par. 1, aul. 2, lune agitur de duplici ejiisdem epi.>tolaruin colleclione, ab Andrca cl Francisco du Chesne édita, tonio f) Scriplorum bistoriie Franc. Pa- risiis, IGll. fol.) ffco. Geomelria, in fronte secnnda; partis tcrlii tomi Anccdolorum Dom.
Bernardi Pezii. |ir. pra-fatio Auctoris, iliid.
i;iib. 1. 2. Glabri Rodulli bistoriarum sui temporis liber 2, cl sic de 4 : in fronte
tomi 4 Scriplorum hisloriic Franc, à Francisco du Clicsnc, etc. Pa- risiis, 1G41. fol.
(;oW.rer. aiem. Mclchioris Goldasli lli;ninsfeldii, alemanicarum, seu alamanicarum re- rum Scriplores aliquol vetercs, etc. Tomus unus in duas parles dis- tribulus. Francofurli, IGOG. fol.
Gonon. Rencdicli Gononi, vitsc SS. Palrum, etc. Lugduni, 1625. fol.
app- appendix ad calcem.
Oouj.étatdesSc. M. l'Abbé Goujet, Chanoine de S. Jacques de l'Hôpital, de l'élat des Sciinces en France, depuis la mort de Charlemagne, jusqu'à celle du Roi Robert. A Paris, 1757. 8».
(il. M. dia. pr. Praefalio Dom. Dionysii Sammartbani, in fronte Dialogorum S. Gregorii
l'i
viij TABLE
Magni Papae, etc. tomo 3 operiim ojnsdem. Parisiis, ITOo. fol. Gr. T. fr. S. Geoigii Florentii Gregorii Episco[ii Tiironensis fragmentn, interejus-
dem opéra. Parisiis, 1699. fol. his. 1. 2. historiée, lib. 2. Ibid.
pr. n. 80. prsfatio generalis Ediloris in fronle ejusdcm voluminis.
Ouiil. épis. aig. Fraiicisci Giiillimanni de Episcopis Argeiilinensibus liber commenlarius. Friburgi, 4". Sine chronicis nolis.
II.
Heda, épis. uiti. Guilielmi Hedae Prœposili Arnhemensis historia, nno cuin chronico Joh.
de Bcka : in Historia vctcruni Episcoporuin Ulirajectinac sedis, etc.
Franequerae, 1612. i». Helg. vit. Rob. iîelgaldi, sive Hclgaiidi Floriaccnsis Monarlii Epiloma vitse Robert!
Régis, ex alteriiis Monaclii Scriplis, toi:i. IV. Scriptorum hisloriae
Franc, a Franc, du Chesne, etc. Hinc. c. Onuscnla et epislolop Hincmari, Remensis Archiepiscopi. Accesserunt
Nicolaï Papœ et aliorum ejnsdem aevi quœ '. epistolse cl scripla, cura
Job. Cordesii. Parisiis, 161o. 4". His. de lAc. Jos ilistoirc de l'Académie roïale des Inscriptions et Belles Letres, etc. tom. '"*^'-^- 7. A Paris, 1755. 4».
His.deBiet. 1.3. Histoire de Bretagne, etc. livre 3«. et ainsi des autres, par Dom Gui
Alexis Lobineau. A Paris, 1707. fol. His.deLang.t. 1. Histoire générale du Languedoc, avec des notes, etc. par deux Reli- gieux Bénédictins de la Congrégation de S. Maur, tome 1. A Paris,
1750. fol. t-2. tome 2. Au même endroit, 173i. loi.
Mis. de Par. t. i. Histoire de la ville de Paris, etc. commencée par Dom Michel Felibien,
et achevée par Dom Gui Alexis Lobineau, tome 2. A Paris, 1723.
fol. Hon.aug. Scii. 1. Honorii Auguslodunensis Presbylcri, de Luminaribus Ecclesiae, sive de
Scriploribus Ecclesiaslicis, liber i: in Bibliotheca Ecclesiastica Woh.
Alberto Fabricio digesta. Hamburgi, 1718. fol. Huet.or desrom. Li^re de M. Huel à M. de Segrais, de l'origine des Romans. 2». édition.
A Paris, 1078. 12. ilug. Fi. chr. Chronicon Virduncnso... Aucloro llugonc primùm Monacho S. Viloni
Virduncnsis, tum Abbate S. Pclri Flaviniacensis, etc. tomo 1 Bi-
blioth. nov;e mss. Ph. Labbaci. Hurnb. inSim. Cardinalis Humberti tractatus conira Simoiiiacos in tomo V Anecdolo-
rum Dom. Edni. Martene.
I.
Jac. bib. pont. Ludovici Jacob !i S. Carolo, ordinis Carmuiilstrum aiumni, Bibliotheca Pontificia, etc. Lugduni, 1645. 4». bii.. pub. Traité des plus belles bibliothèques publiques et particulières, etc.
A Paris, 1633. 8°.
lŒS CITATIONS. ix
Journal iifs sç. Journal des Sçavants de l'année 170'2. A Paris, i". et ainsi de ceux •^'^- des années 1750, 17ôi, 1759 et 17 il.
Lab.bib.nov.t.i. Philippi Labbapi S. J. Bibliollieca nova manuscriptorum librorum, etc. tom. 1 et sic de 2. Parisiis, 1()37. fol. 2. vol. Scri. t. 2. De Scriploribus Ecclesiaslicis quos atligit Cardinalis Bellarmiuus,
philologica ei bistorica dissertatio, lom. 2. Parisiis, 16G0. 8».
Iju. lie 2. Dio. Johannis Launoii Constantiensis, Parisiensis Tiieologi de duobus Dio- nysiis, una ciim de Arcopagilicis Hiiduini judicio, etc. 2''. cdilio. Paris. KiBO. 8». deSoho. De scbolis celebrioribus, etc. Parisiis, 1672. S".
Leib. Sori. iinui. GoilolVedi Guillcliiii Li'ibnitii, Scriptores rerum Brunsvicensium, etc. Ilanovera?, 1707. loi. pi. prœfntio Editoris, ibid.
i.eng. Meih. t. 'i. M. Let)g!et du Frosnov, Mcibode pour étudier l'Histoire, etc. tome /(.«. A Paris, 1729. i".
r.eod. his. 1. 1. Leodieusium bistoria : seu Hisloria sacra, profana, necnon polilica, in qua non soium reperiunlur gcsta Pontificum Tungrensium, Trajec- tensiuni, et F.eodiensium, etc. Studio R. D. Jobannis Cliapeavilli. Augiisi;!' liburonum, 1018. 4». (Cette édition est la même en tou- tes manières, que celle de 1612, eScepté le frontispice et le re- vers.)
Leiin. 1. 1 . Clironologia Sanctorum et aliorum virorum illuslrium ac Abbatum sacrit
Insul.-o Lerinensis, etc. tom. seu pars I, et sic de 2. Lugduni, 1615. i".
Liponi. t. n. .\l(tysii Lipomani Episcopi Veronensis \\\x SS. priscorum Patrum, tom.
5. Veneliis, lu35. 4».
Le Long, bib. fr. Jaques le Long de la Congrégation de l'Oratoire, Bibliothèque histori- que de France, etc. A Paris, 1719. fol. bib. sac. Bibliolbeca sacra, etc. Parisiis, 1725. fol.
Luitp. 1. 3. Luilprandi Ticinensis Diaconi bisloria rerum in Europa suo tempore ges-
tarum, lib. 5, et sic de 4. Basilese, 1552. fol.
i.up. Il), ito. B. Servali Lupi Presbyteri et Abbatis Ferrariensis, Ord. S. B. epislola 110, inler ejusdem opéra à Stephauo Baluzio édita. Parisiis, 1664. 8».
M.
Maan. Johanilis Maan, Ecclesia Turonensis, etc. Turoni, 1667. fol.
Mab. att. 1. 1. Dom. Johannis Mabillon, acta Sanctorum ordinis S. Bened. etc. tom. seu sa'cuium 1. Parisiis, 1668. fol.
*-2- tom. seu sœcidum 2. Ibid. 1669. fol.
t-3. lom. seu pars prima sœculi 5. Ibid. 1672. fol.
t. 4. tom. -4, seu pars secunda saeculi 5. Ibid. 1672. fol.
t. 5. lom. 5, seu pars prima saeculi 4. Ibid. 1677. fol.
»-S. tom. 6, seu pars secunda s;ieculi 4. Ibid. 1680. fol.
Tome VI. b
X TABLE
t. 7. tom. 7, seu sœculum lî. Ibid. I680. fol.
i. 8. tom. 8, seu pars prima sœculi 6. IbiJ. 1701. fol.
an 1. il. Annalium Ordinis S. Benedicli, lil). 41, cl sic de caîteris, loin. 5.
et4. Parisiis, 1706. 1707. fol. ;,pp. variae ad varios eorumd. Annalium toraos appendices,
t.o. eorumdeni Annalium loraus sextus, à Doiu. EdrauaJo Marlene edi-
tus. Parisiis, 1739. fol. an-i t i velerum Analeclorum, etc. tom. 1. Parisiis, 1675. 8».
,2 lom. 2. Ibidem, 1678. S»,
t. 3. tom. 3. Ibidem, 1682. 8».
t. 4. lom. 4. Ibidem, 1685. S». (Ubi vero l. non afilgilnr, tune agilur
de secunda eorumd. Analeclorum edilione. Parisiis, 1725. fol.) .Uni. 1. 2. De re diplomalica, etc. lib. 2, el sic de cœteris. Parisiis, 1681. fol.
i, iJ;ji lier Ilalicum literariun), in fronle lomi 1 Musxi Ilalici. Paris. 1687.
■ 4°.
opus. t. 2. Opuscules : ou ouvrages posthumes, etc. tome 2. A Paris, 1721. 4".
Maire, iiis. dOil. François le Maire, Conseiller au Présidial d'Orléans, Histoire et Anti- quités de la ville et Duché d'Orléans, etc. Seconde édition. A Or- léans, 1648. fol. Maiiu.poui.aiii^i. Willclmi Monachi Malmesburicnsis de gestis Ponlificum Anglorum, etc. Inler rerum anglic. Scriptores posl Bedam pnocipuos. Franco- furli. 1601. fol. Mai-oa, his. île Messire Pierre de Marca, Histoire de Bearn. A Paris, 1010. fol. Maaca hisp. Marca hispanica, sive Limes bispauicus, etc. ab iilustriss. Petro de Marca
concinnala, a Stephauo autera Baluzio édita. Parisiis, 1688. fol. Mail. 1. î. Dom. Guillelmi Marlot, Melropolis Remensis historia, lib. 4. lomi I.
lusulis, 1660. fol. t. 2. 1.1. tom. 2. lib. 1, el sic de cseleris. Remis, 1679. fol.
Mart. am. coll. Dom. Edmundi Marlene cl Ursini Durand, veterum Scriptorum et mo- t 2. numenlorum, etc. amplissima colleclio, lom. 1. Parisiis, 1724. fol.
t. i. tome 4, cl sic de 5 et 6. Ibid. 1729. fol.
t. 8. tom. 8, el sic de 9. Ibid. 1733. fol.
,)i . variae Editorum praefaliones.
aiuc 1.1. Thésaurus Anccdolorum, etc. lom. 1, cl sic de quatuor sequeiili-
bus. Ibidem, 1717. fol. m n;;. .'<. li. Conimentanus in Regulam S. Benedicli, etc. Parisiis, 169a. 4".
lit. cil. i. 3. De aniiquis Ecclesiai ritibus, etc. tom. 5. Rotomagi, 1700. 4°. voï. lit. 1. 1. Voïage literairo de deux Religieux de la Congrégation de S. Maur.
etc. tome 1. A Paris, 1717. 4". t. 2. tome 2. A Paris, -1721. 4».
Maiiy. Gaii. MarljTologium Gallicanum, etc. Auclorc Andréa du Saussay. Parisiis,
1637. fol. Maiii. .aih. Ep. Dom. Hugonis Mathou Calalogus .\rchiepiscoporum Senonensium, una ^f"- cum disserlalione de vera Senouum origine chrisliana. Parisiis, 1687.
4». .Meii. Scii. c.OG. Anonymi Melliceusis sa'culo XII clari, de Scriploribus Ecclesiasticis, cap. 66, cl sic de ca't. in bibliollicca Ecclesiastica a .loh. .\lberto Fabricio concinnala. Ilaraburgi, 1718. fol.
DES CITATIONS.
xj
|
Mour. liis. 1 |
le M. |
|
Moiitf. bib. |
Mb. |
|
(liar. il. |
|
|
iiionar. fr |
. t. 1. |
|
Mnr. .le onl. |
|
|
Moso. chr. |
|
|
Mbs. |
|
|
Mnr.Siri.it |
.t. 2. |
Meuiissc de l'Ordre de S. François, Evêque de Madore, etc. Histoire
des Evêques de l'Eglise de Molz. A Melz, 1634. fol. Dom. Bernardi de Monlfaucon Bihiiolheca bibliolhecarum, etc. Pari-
siis, 1759. fol. 2. vol.
Diarium Ilalicnm, etc. Parisiis, 1702. 4».
Les monumcnis de la Monarchie Françoise, qui comprennent l'his- toire de France, etc. toni. 1. A Paris, 1729. fol. Joliannis Morini Blesensis Congregationis Oratorii D. N. J. C. Com-
menlarius de Sacris Ecclesia; ordinalionibus. Parisiis, 165S. fol. Mosomensis nionasterii Ord. Bened. diœcesisRemensischronicon, etc.
tomo 7 Spicilegii Dom. Lucœ Acherii. Mémoires manuscrits. Ludovici Antoni Muralori rerum ilalicarum Scriptores, etc. lom. 2, et
sic de 3. Mediolani, 1723. fol.
N.
Niust. pia.
Ncuslria pia, etc. cura et studio R. P. Arturi du Monsticr, etc. Rolo-
raagi, 1665. fol. Not. scri.ant. Ilislorise Normanorum Scriptores antiqui, ex manuscriptis codicibus ab
Andréa duChesne eruti, etc. Parisiis, 1619. fol. .N'oïi.iiis.deProv. César Noslradamus, l'IIistoire et cbronique de Pfovence, etc. partie 6".
et ainsi des autres. A Lyon, 1614. fol. Notkeri Baibuli Martyrologium, in tertia parte tomi 2 Collcctionis Ca-
nisii h Dom. Jacobo Basnage reçusse. Antuerpia;, 1725. fol.
De luterpretibus divinarum Scriplurarum, in tomo I Anecdolorum
Dom. Bernardi Pezii.
G.
Oito, inor. S. Odonis Abbatis Cluniacensis II, Morales in Job, etc. tomo XVII
Bibliolhecaî velerum Patrum. Lugd. 1677. fol.
prœfatio Âuctoris, ib.
Collationes, lib. 2, et sic de caet. Ibid.
vita S. Gregorii Turoncnsis Episcopi, in fronte cjusd. S. Gregorii
operun* Parisiis, 1699. fol. oiear. bib.par.2. Job. Goltefridi Olcarii Bibliotheca Scriptorum Ecclesiasticorum, parte
2. Jenœ, 1711. 4°. Ordcrici Vitalis hisloriae ecclesiasticac, lib. 1, et sic de cocleris ; intcr his-
toriae Normanorum Scriptores, ut supra. Casimiri Oudini Commentarius de Scriploribus Ecclesiasticis, etc. tom.
1, et sic de 2. Lipsiœ, 1722. fol.
Supplementum de Scriploribus, vel scriptis ecclesiasticis à Bellarmino
omissis. Parisiis, 1686. 8".
P.
p.isq. rech. 1. 7. Esticnnc Pasquier en ses recherches de la France, liv. 7, et ainsi des au- tres, imprimées avec ses autres œuvres, tom. 1. A Amsterdam, 1723. fol.
par. 6 Noik. mart
Je inl. Scri.
pr.
collât. 1. 2.
vil. Gr.
Ord. vit. 1. 1.
Oiul. scri. l. 1.
Siipp. de Scri
xij TABLE
l'ftr. ai.i.stii .. Pelri Diaconi, Monachi ac Bibliolhecarii sacii Cassinensis Archisierii,
9- de Scriptoribus, sou viris illuslribus Cassinensibus opusculiim, in Bi-
bliolheca Ecclesiaslica à Joh. Alberto Fabricio, etc.
l'tz, anec. i. 1. Domiii Beniardi Pezii Anectlotorum Thésaurus novissimus, sive vete-
P'"- '• ruin nionunientorum, elc. lom. 1, el sic de ca'icris. Aui,'iis(rc Vin-
delicorum, 1721-1729. fol. (Advcrlciiduin, quod tonius ex ordine quinlus inscribalur tanien tomus sexlus, el sic à nobis ciletur.) dibs. varia' disserlaliones in ironie voluuiinum.
Pist.iii.s.ii. 11. Illustrium veterum Scriptorum rerum germanicarum lomus uniis et al- ler, edili à Johaniie Pislorio, elc. lom. 1. Francofurli, 1583. fol.
Pith.iiis.fl. Pétri Pithœi Hisloriti Francia;, seu Scriplores, elc. Francofurli, 1596. foi.
l'ist. .\.igi. Sdi. Joli. Piiscus de illuslribus Angli.-e Scriptoribus, elc. Parisiis, 1719. 4".
Poin. .\rci.. de Doni Français Ponuiieraye, Histoiro des Archevêques de Rouen, etc.
^''"'- A Uouen, 1()C7. fol.
Catli. denoM. Histoire tie la Cathédrale de Rouen, elc. A Rouen, lOSC. 4". his. (le s. 0.1. Histoire de l'abbaïe de S. Ouen, etc. A Rouen, 1662. lo!.
Poss. app. t. 1. Antonii Possevini iManluani S. J. Apparalus sacer, elc. lom. 1, parte 2,
>""■• - seu appendice, el sic de caeleris. Veneliis, 1606. fol. 5. vol.
R.
P.ab. .M. I. G.
Rabani Mauri Archiepiscopi operùm, lom. 6. Colonise Agrippinx,
1626. ibl. itii. aynii. Rallicrii Episcopi Yeronensis Agonislicon, seu Medilaliones cordis, aul
volumcn pra'loquiorum, lomo 9 amplissimœ colleclionis veterum
monumcntorum Doni. Kdmundi Marlene. app. Apologeticon, tomo 2 Spicilegii Doni. Luav Achcrii.
,f,„. Qualilalis conjectura cujusdani. Ibid.
,1,, ,.„„i. (;,,„ i)e coiitcnitu Canonuni : seu Liber perpendiculorum. Ibid.
.-p. adKp. Episiola ad Episcopus ltali;e, Galliœ el Germania". Ibid.
a-l ,)oii. p.. p. ad Johaniioni Papani XII. Ibid.
ail 0.11. fi.' ad omnes Fidèles, tomo 9 amplissima; colleclionis veterum monuni.
ul supra. ajPvob. ad Robcrtum, Trcvirensein Arcbiop. Ibid.
Syii. Svnodica, elc. tomo 2 Spicilegii, ut supra.
,„nvi.i. ad Widoiieni el Sobboneui Archicpiscopos, tomo i amplissima' col-
leclionis, ut supra, it. ini.i. Iter romanum, lomo 2 Siucilegii, ni supra,
pr. pra'fatio Aucloris in fronte .\gonistiei.
SrM-. x (ir ::- Scmio tcrtius do Ascensione, lomo 2 Spicilegii. I. dePa.s. primus de Pascliate, et sic de ca'icris, ibid.
'2. do Oiia, Setundus de Quadragesima, et sic de lerlio, ibid.
De basilica el palriarchio Lalerancusi, elc. Aiulore Caesare Raspono,
etc. Ronia', 1656. fol. Ratperti Monachi de origine el diversis casibus monaslcrii S. Galli, lomo
1 rerum alamanicarum, à Melchiore C.oldaslo. elc. Francoturti,
1606. loi.
Ita.-p. (.lolK.-.l Jlalp..llM•a^.S
DES CITATIONS. xiij
Rogin. app Appendix ad Reginoncm Abbatem Prumienscm de Ecciesiasiici^ disci-
plinis, etc. Slephano Baluzio Editore. Parisiis, 1071. S».
chr. .11. «'.hJ Chronicon ejusd. Roginonis, ad an. 892, o\ sic de c:r!eiis, inlor
illuslies veteres Scriploivs Germania', eh:. E.\ bii)'l>jllieca Joh. Pis-
lorii Nidaiii. Francofurli, 158o. fol.
Rem. conc Sjnodus Ecclesi* Gallicanu' babila Durocorti Remorum ab Hugono A.
el Roberto Rege, etc. Francorl'. 1600. 8". Rciii. inGtii. Remigii Monachi Autisiodorensis Coininentarius in Genosim. lonio '*. Anecdotoruin Doni. Bernardi Pozii. inPro. In duodecim Propbcias, tomo XVI Bibl. PP. Lugd.
inps. In Psalmos, etc. Colonie', 1556. fol.
pr. varia) Auctoris prœfationes.
Riv.crit. Ecic.i.i. .\ndreœ Riveti Crilici sacri spécimen, lib. 1. cap. 7. sine chroiiici; iic- '■■'• lis, 12.
Rom. pont, vu VitiL' et res geslœ Ponlificum Ronianorum el S. R. E. CarJinaliuin,
etc. Alfonsi Diaconii oïd. Praed. et alioruni operâ descripia.' Ab
Augustino Oldoino S. J. recognitse, etc. tom. 1. Roma?, 1677. fo!.
S.
Saiisb. ineir. 1. 1. MelTopolis SalisbiirgcHsis tomus 1, continens primordia chiistianic reli-
gionis per Boiariam, etc. Monachii, 1620. fol. Sand. bib. beis Anlonii Sanderi Iprensis Canonici Bibliotheca belgica manuscripla, sive "^^ elencbus universalis Codiciiin manuscriptorum in celebrioiibus Bel-
gii civnobiis, etc. Insiil*, 1641. 4o. Sajesb. ep. 235. Johannis Saresburiensis Carnulcusis epistola 23S, inler ejusdem alias
epistolas éditas, una cum episloiis Gerberti ac Stephani Toniacensis
Episcopi. Parisiis, 1611. 4». Sans. an. aui . Caroli Sausseji Aurebani, etc. Annales Ecclesiîe Aurelianensis, etc. Pa- risiis, 1615. 4». Schaid. gei.roi. Simonis Schardii gernianicarum rerum quatuor celebriores velusiiorcs
que ChronograpTii, etc. Francofurti, 1566. fol. Schii.th.aiit.t I. Johanuis Schilleri Jurisconsulti Argentoralensis Thésaurus antiquitntum
Tculonicarum. etc. tom. 1. Ulmœ, 1726. fol. Sigeb. chr. an. Sigebcrli Gemblaccnsis Caenobitae chronographia : una cum reginoiiis ^^- et aliorum chronicis Francofurti, 1566. foi.
Scri. c. 10 De Scriptoribus Ecclesiasticis liber, in Bibliotheca Ecclesiasl. à Joh.
Alberto Fabricio, etc. >'itTh. vita Theoderici Meltensis Episcopi, inter Scriplores rerum Brunsvi-
ccnsium, etc. Cura Godefridi Guillelmi Leibnitii. Hauover;e, Î707.
fol. sim. bib Josiœ Simlcri Tigurini Bibliotheca, insliluta et collecta primuni à Con-
rado Gesncro, etc. Tiguri, 1574. fol. Six. bib. 1..J Sixti Senensis Bibliotheca sacra, lib 4. Lugduni, 1576. fol. .«!pic. f.i Spicilegium veterum aliquol Scriptorum, etc. à Dont. Luca Achciio,
lom. 1, el sic de 2, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 et 12. Parisiis, 1655- 2 . 1675,4».
xiv TABLE
pi. vari;e Editoris praifaliones.
Sur. Laurcntii Surii Carlhusiani de probalis Sanclorum historiis, etc. Coloni» Agrippinœ, \^lï~i^l&. fol. 6. vol. Sic autem citalur.
22. Apr, ad diem 22. Aprilis, et sic de cseteris diebus.
u. Aug. ad diem 14. Augusti, et sic de cœleris.
:î. Dec. ad diem 5. Decembris, et sic de cacteris.
25. Jui. ad diem 25. Julii, et sic de cœteris.
11. Mai. ad diem H. Maii, et sic de caeleris.
12. Nov. ad diem 12. Novembris, et sic de caileris. 18. Oct. ad diem 18. Octobris, et sic de caileris.
13. Sep. ad diem 13. Seplembris, et sic de ca'teris.
Snpp. Supplemenlum, seu tomis scplimus, conlincns addilioues, studio
Jacobi Mosandri Carlhusiani, elc. Coioniai Agrippinae, 1581. fol.
swor. atii. boig. Francisci Swertii Antuerpiensis Alhcntc Belgicse, sive Nonrenclator in- férions Germania; Scriptorum, etc. Anluerpite, 1628. (. i.
syr. vit.Mui. S. Maïoii Abbalis Cluniacensis \ila, Auctore Syro Monacho ejusdcm cœiiobii, tom. 7. Actorum Doni. Joh. Mabillon.
Thof..i.cai.i.3. (. Thcodulfi Aurelianensis Episcopi carminum, lib. 5, cap. 1. vers. 142.
'v. lia. inter Jacobi Sirmondi opéra varia, etc. Paris. 1696. fol.
Tiii. Einp. t. 3. M. de Tillemont, Histoire des Empereurs et des autres Princes qui ont règne les six premiers siècles de l'Eglise, etc. tome 5. A Paris, 1691 . 4». II. E. t. 3. Mémoires pour servir à riiistoire ecclésiastique des six premiers siè- cles, etc. tome 3, et ainsi des 4, 5, 10 et 11. A Paris, 1695- 1706. 40.
•I111..I11, liii. i.i. Jobannis ïritbemii Spauheimensis et postea divi Jacobi apud Ilerbipo- lim Alibalis, chronicon Ilirsaugiense, etc. tom. 1. Tipis monasterii S. Galli, 1690. fol. iii. vir. 01. i!. De viris illustribus ordinis S. Benedicti : una cum Régula ejusdem
' 250. Sancti, Commentariis Joh. de Turre cremala, etc. Colonise Agrip-
pinae, 1575. fol. iii. \ir. coi. De illustribus viris, seu Luminaribus Germanise, inter ejusdem opéra
bislorica, tom. 1. Francofurti, 1601. fol. Siri. 0. 291. De Ecclesiasiicis Scriploribus, cap. 294, et sic de cœteris : in Bi-
bliolhcca Ecclesiastica, etc. Ilamburgi, 1718. fol.
Tiu.i. (i.i. 1. I. Trudoncnse chronicon : seu gesta Abbalum Trudonensium ord. S. Ben. Auctore Rodulfo Abbate, tom. 7 Spicilegii Dom. Lucœ Acherii.
V.
i'"!-'!' '■ S. Udalrici Monachi Benedictini anliqu;c Cluniasensium consueludi-
ncs, lib. 1 : lomo 4 Spicilegii Dom. Lucae Acherii.
it'ii. t. 1. r-ir. 2. Ferdinandi Ugelli Florcnlini, etc. Italia sacra, sive de Episcopis Italiai, etc. tome 1, parte 2, et sic de 2, 4, 5, 6 et 7. Romae, 1659. fol.
DES CITATIONS. xv
Voss.his.iat. 1.2. Gerardi Johannis Vossii de Ilisloricis Latinis, lib. 2, el sic de 5. Arasle-
lodami, 1697. fol. Us. mart. s. Usuardi Monachi Marlyrologiuni : ex edilione à R. P. du Sollier S. J.
adornala. Antuerpire, 1717. fol. Uss. ep. hib. Jacobi Usserii Armachani Archiepiscopi Epislolse hibcrnics! : seu vete-
rum epislolaruni hibtrnicarum Sylloge, etc. Parisiis, 1663. 4».
W.
Wion,iig. vit. Arnoldi Wion, Lignum vilae, etc. Venetiis, lS9y. 4. 2 vol. AViiich. 1. 2. Witichindi Monachi de rébus Saxonum gestis, etc. lib. 2. Francofurti, 1577. fol.
Yep. clir. t. G.
Dom Antoine de Yiepès, Abbé de S. Benoît de Valladolid, chroniques générales de l'ordre de S. Benoit : de la traduction de Dom Martin, Relhelois, tome 6. A Toul, 1667. fol.
FIN DE LA TABLE DES CITATIONS.
HISTOIRE
LITERAIRE
DE LA FRANCE
DIXIÈME SIECLE
E T A T I) 1^ S LE TUE S E N F 11 A NCE pHidaiif ce Sircfc.
L
" () 1' 1 N 1 0 N qu'on a communément de ce siècle par rapport h la Literalure, n'est rien moins qu'avanta- geuse. ' La plupart de ceux qui ont entrepris d'en Rar. ann. 900. p. . parler, nous le représentent comme un siècle de fer 1'". ifly^^M^'; pour sa dureté, un siècle de plomb pour samolessc, un siècle d'obs- act.B.t.7.p.i-3. curité, un siècle de ténèbres ; en un mot comme un siècle qui n'a Tome VI. A
2 ETAT DES LETRES
été célèbre que par l'ignorance, et toutes les suites fatales de
l'ignorance. Cette idée au reste est-elle aussi juste que lepréfenJcnl
Du Pin 10. sicci. ^^^ Ecrivains? ' C'est ce que d'autres leur disputent, en éta-
nr.p.iiLeiij.scri. blissant tout le contraire, et soutenant que ce siècle a été
bruns, pr. i i i • i ■• . ,
un des plus lumineux du moien âge, et qu en comparaison du treizième et du quatorzième, on est en droit de le rcgan^er comme un siècle d'or. D'où pourroicnt venir deux sentiments aussi opposés ; et comment un même objet aura-t-il pu fiiire naître des idées aussi différentes? Voici le dénouement de la difficulté. Le dixième siècle, comme plusieurs autres, a pro- duit un monde d'hommes de différents caractères : les uns igno- rants, grossiers, féroces, vicieux, corrompus ; les autres qui avoient des dispositions tout opposées. De-là il est arrivé, que ne le considérant que du côté des hommes de la première classe, qui faisoient la partie principale, on n'y a apperçû qu'obscurité, que barbarie, que desordres. Ceux au-contraire qui l'ont envisagé par l'autre côté, y ont découvert de la lu- mière, de la science, de la politesse, de l'amour pour les rè- gles. C'est sous cette double face tout ensemble que nous al- lons le représenter, afin que nos Lecteurs en puissent prendre eux-mêmes l'idée juste qu'ils en doivent avoir.
IL Dissimuler que s'il y a eu du bien, il y a aussi eu du mal, ce ne seroit point le faire connoître tel qu'il a réellement été. 11 faut d'abord convenir que l'ignorance y a été grande et fort ré- pandue. On a vu quel progrès elle avoit déjà fait sur la fin du siècle précèdent, malgré les soins qu'apportèrent grand nombre de gents studieux, pour soutenir la culture des Letres. En ce- lui-ci rien ne fut sitôt capable d'en arrêter le cours. A peine se trouvoit-il quelques Laïcs ((ui sçussent lire et écrire. En con- séquence la rareté -des notaires publics devint extrême. Les actes se passoient verbalement ; et on les' faisoit ratifier par l'Evêque. Dans la suite on^'ut contraint de charger de ces fonc- tions les Ecclésiastiques, et quelquefois les Moines, qui se virent aussi obligés, pour les mêmes raisons, d'exercer la Mé- decine. D'où vient qu'encore aujourd'hui l'on donne le nom de Clerc à ceux qui travaillent sous les officiers de justice, ou gents de Palais. Il n'y avoit donc que les Ecclésiastiques et les Moi- Du ches t. -2. p. ncs qui se mêlassent de Letres. Encore ' la plupart des Clercs, *®*- de l'aveu d'un témoin oculaire, n'entcndoient pas ce qu'ils li-
soient. Il est certain qu'on en voïoit rarement qui fussent en état spic. t. -j. p. 7',i, de parler en public, et d'instruire le peuple. ' On en juge ainsi
EN FRANCE. X SIECLE. 3
par la conduite de deux Evoques de deux grands Diocèses, Frotior de Poitiers, et Fulrade de Paris, qui engagèrent Ab- bon, Moine do S. Germain des Prés, à composer des discours ou homélies sur les principales vérités de la religion, afin qu'ils pussent servir à leurs Ecclésiastiques à s'acquitter du ministère de la parole.
m. Ces discours étoicnt en latin, ce qui montre que le peuple, au moins en plusieurs endroits, entendoit encore cette langue. .Afais depuis le siècle précèdent, elle cessoit insensi- blement d'être vulgaire. S'il y eut do nos Rois qui ne l'enten- doient pas, comme on le dit de Louis d'Outremer, que doit- on penser de leurs sujets? On peut même douter, s'il ne se trou- voit pas d'Evèques qui ne la sçavoient pas parler. ' Au moins Conc. t. 9. p. 747. semble-l-il qu'Aimoin, Evoque de Verdun, fut précisément dans le cas; puisqu'élant obligé de parler à son tour au Concile do Mouson en 994, il le fit en gaulois du temps, ou langue vulgaire, qu'on nomma depuis romancière. L'Assemblée étoit pourtant composée de Prélats du Roïaume de Germanie, qui dcyoienf être moins au fait de cette langue, que de la latine. Tel etoit lo sort des Letres parmi le gros des Ecclésiastiques et la multitude des Laïcs : tel il fut aussi dans quelques Monastères, ces asyles les plus assurés de la Literature depuis sa première décadence. ' Ceux à qui l'on en donnoit ordinairement l'ad- p. 528. ministralion, ne sçavaient pas seulement lire. Il est vrai que c'étoient des Laïcs qui avoient femmes et enfants : gents par conséquent fort peu propres à y soutenir, ou renouveller les Etudes. ' De sorte (jue l'ignorance, la paresse, l'oisiveté, et Mart. ancc. t. 3, leurs suites y prirent la place de l'amour des Letres, du tra- p-^-5<>7. vail, de la pénitence. En général le commun de la nation avoit si peu d'idées des hautes sciences, que lorsque sur la fin de ce siècle le docte Gerbert et Abbon de Fleuri ressuscitèrent la Géométrie et les autres parties des Mathématiques, on les regarda comme des Magiciens, qui n'avoient pu avoir des connoissances aussi admirables, qu'au moïen d'un pact avec le démon.
IV. Quels funestes efl'ets ne devoit pas produire une igno- rance aussi grossière et aussi répandue? L'expérience ne l'a que trop souvent appris: l'ignorance des Letres est toujours suivie de l'ignorance des Loix ; et celle-ci ne manque jamais d'être connexe avec l'ignorance de ses devoirs les plus indispensables ; ce qui ouvre la voie à toute sorte de desordres, toujours per-
Aij
4 ETAT DES LETRES
nicieux aux Lctivs. Ils ne pouvoicnt rtrc guércs plus grands ces désordres, qu'ils le furent en ce siècle, tant dans le civil,
Gend. mcpu. dos que l'ecclésiastique. ' Dans le (^ivil, les révolutions arrivées sous
Du Bos.'hk'cî! les derniers Rois de la seconde Race, changèrent non senle-
disc. piéi. p. 18. jT^^eut la constitution du Roïaume, mais encore la face de tou'.e la société. Toutes choses furent si fort bouleversées, qu'au lieu que dans les premiers temps, il n'y avoit en France que le Roi qui fût Souverain, il s'éleva dans les Provinces en (■(; siècle autant de petits Souverains qu'il y avoit de Gouverneurs. Alors les Ducs, les (Comtes, les Vicomtes, (pii avoient com- mencé à vouloir secouer le joug dès le Règne de (Iharlcs le Chauve, rendirent leurs Ciouvernements héréditaires dans leurs familles, et en firent des Principautés. Puis non contents d'a- voir usurpé l'autorité roïale, ils dépouillèrent encore le peuple
Conc. ib. p. 522. dcs droits dout il avoit joui jusques-là. ' L'on vit alors une triste image de ce qui se passa parmi les premiers hommes, qui vi- vant sans crainte et sans loi, s'abandonnèrent à toutes leurs passions. De même en ce siècle, chacun faisoit ce qui lui plai-
p. 523. soit, méprisant les Loix divines et humaines, ' et les ordon-
nances des Evèques. Les puissants opprimoient les foibles. Tout étoit plein de violences contre les pauvres, et de pillages des biens ecclésiastiques. La porte fut ouverte à tous les vices, et l'impunité assurée. Rien n'étoit plus commun, dit Abbon de S. Germain, que de voir régner l'orgueil, l'avarice et la volupté.
V. Les désordres ne furent guéres moins grands dans l'état
ib. ecclésiastique. ' Les Evèques obligés par devoir de corriger
les autres, portoient le nom d'Evèques, sans en remplir les fonc- tions. Occupés de toute autre chose, ils négligcoient le mi- nistère de la parole. Ils voïoient ceux dont ils étoienl chargés, abandonner Dieu, et croupir dans le vice, sans leur parler, et leur tendre la main. On ne voïoit point de pécheur renoncer
p. 5C2. à ses crimes, et se convertir par leurs discours. ' Il se trouvoit
même dans l'Flglisc une multitude innomblable de personnes de tout sexe, et de toutes conditions, qui arrivoient à la vieil- lesse, sans être instruites de la Foi, jusqu'à ignorer les paroles du Symbole, et de l'Oraison dominicale. En tout ceci nous ne parlons que d'après les Prélats du Concile de Troslei, assemblé
ciun.bib. appp. en 909, pour tâcher de remédier à tous ces maux. ' Turpion mort Evoque de Limoges en 944, renchérit encore dans son testament, sur la négligence et les autres vices de l'ordre lîpis-
EN FRAÎNCE. X SIECLE. 5
copal. ' Ceux qui régnèrent parmi les Clercs inférieurs, étoient Mab. an. i.«. n. encore plus grossiers. Outre les trois vices qu'Abbon vient de ^" nommer, on leur reproche de plus, la chasse, le port des ar- mes, le trafic, une trop grande et trop fréquente lainiliarité avec les personnes de l'autre sexe. ' Les choses allèrent jusqu'à ord. vu. i. 5. p. des scandales publics, sur tout en A'eustrie, où les Normans "'*-575. nouvellement convertis, étoient peu aflérmis dans la religion chrétienui^ ' On sçait qu'ailleurs il y eut des Prêtres qui osèrent se Mab. ana. t. 3. p. marier publiquement. Les règles n'ctoient pas mieux observées ^" ***• dans les élections des Ministres de l'Eglise. ' A la mort de Seulfe, Fiod.chr.an.925| Archevêque de Reims en 1)25, Herbert, Comte de Vermandois, *"''• '■ *• '• '°- fit élire à sa place un de ses enfants, qui n'avoit pas encore cinq ans accomplis. Et ce qui montre encore mieux le mépris des Loix, c'est que cette élection lut approuvée par le Roy Raoul, et confirmée par le Pape Jean X.
VL Ce qui se passoit dans plusieui^ Monastères, n'éloit pas moins déplorable. On en a déjà dit un mol, qui peut l'aire juger du reste. Mais nous passons légèrement sur tous ces désordres, et ne les rappelons (jue parce qu'ils furent autant de suites de l'ignorance, et qu'ils contribuèrent eux-mêmes à l'entretenir. Quiconque souhaiteroit en avoir une plus vive et plus am- ple description, pourfoit lire les Actes du 'Concile de Troslei, et divers endroits des Conférences de S. Odon de Cluni, qui y est tout occupé à déplorer les ma-urs corrompues de son siècle. ' L'Abbé Adson en fait autant dans un de ses écrits, et l'Evêque Mab. act. B. t. 6. Ralhier dans la plupart des siens. 11 est vrai que ce qu'en dit ce p-^^'^-'- dernier, regarde plus parliculierement l'Italie où le mal étoit en- core plus grand qu'en France Cette corruption de mœurs, une des plus fatales^ suites de l'ignorance, et l'ignorance elle-même, eurent encore d'autres causes, qu'on ne peut se dispenser, sinon de faire connoître, au moins d'indiquer. Tous les malheurs qui aux siècles précédents avoient attiré , ou occasionné la déca- dence des Sciences et des Arts : les ravages des barbares, les guerres civiles, la foiblesse du gouvernement, les autres mal- heurs que ceux-ci attirent toujours après eux : tous se réunirent en ce X siècle, et complétèrent presque le dépérissement des Letres. Les Normans qui avoient déjà mis tout à feu et à sang, continuèrent leurs déprédations; quoique ce siede-ci les fixât dans le pais qui prit bientôt leur nom. ' Les Hongrois, autre p.iw.c.a peuple encore plus féroce, ayant d'abord pénétré jusqu'en Lor- raine, puis en Champagne et en Bourgogne, y exercèrent
6 ETAT DES LETRES
les brigandages qu'ils avoient déjà commis dans toute la Ger- manie. D'un autre côté, les Sarazins qui s'étoient habitués en Lombardie, firent encore en France de nouvelles excursions.
VII. Que de livres enlevés et condamnés aux flammes! Que de Bibliothèques, même entières, consumées dans l'incendie des Eglises et des Monastères ! Voilà une des principales causes de cette perte de tant d'ouvrages des Anciens, qu'on reproche particulièrement à ce X siècle. C'est aussi la source de la rareté des manuscrits, qui remontent au-delà de ce même temps, entre ceux qu'on voit dans les Bibliothèques de nos jours. Cette rareté de Livres les rendit alors fort précieux. Les per- sonnes studieuses qui en trouvoient sur leur route dans leurs voïages, n'épargnoicnt ni temps, ni dépense pour en avoir des
}j.3- p-^''- "• \\ copies. ' C'est ainsi qu'en usa Godescalc, Evêque du Puy en Ve- 1.2. p. 73. "' lai au milieu de ce siècle, à l'égard du traité de la Virginité de la sainte Vierge par S. lldefonse, qu'il fit transcrire dans un voïage à S. Jacques en Galice, et qu'il porta à son Eglise du Puy. D'autres ne croïoient pas faire aux Eglises et aux Mo- nastères de plus excellents dons, que de leur oflrir des Livres. Et pour mieux marquer le cas qu'ils en faisoient, ils les dépo- soient ordinairement sur l'Autel, comme une chose sacrée. L'usage de les offrir de la sorte devint assés commun en ce sie- Ça"-^ij- "o^*- cle. ' On en retrouve des vestiges à la tête d'un recueil manus- crit des Conciles généraux et des Décretalcs des Papes, où se lit une inscription qui porte, que ce livre fut offert à l'Autel de Nôtre-Dame du Puy, par Adalard qui en étoit Evêque Ma^ opiisr, t. 2. en 919. ' S. Maïeul, Abbé de Cluny, aïant fait copier le ''' Commentaire de S. Amboise sur S. Luc, et celui de Raban
Maur sur Jéremie, les offrit de même à son monastère, en les act.B.t. i.p.598. mettant sur l'Autel -de S. Pierre.' Letald nous apprend la même chose de Pierre, sçavant Moine de Mici son contemporain, qui y donna divers recueils d'histoire, après les avoir déposés sur l'Autel de S. Etienne le jour du Jeudi saint.
VIII. Autant les ravages des nations étrangères furent funestes aux Letres, autant les guerres domestiques et la foiblesse du gouvernement leur portèrent de préjudice. De tristes événe- ments passés nous ont appris que toutes les fois que la Monar- chie est passée d'une race à une autre, elle s'est vue agitée des plus grands troubles. Combien le fut-elle, lorsque le Comte Eu- des et Robert son frère tentèrent de ravir la Couronne à Char- les le Simple, et que Hugues Capet la ravit effectivement à Louis
EN FRANCE. X SIECLE. 7
dernier Roi de la race Carlovingienne! La France alors di- visée en trois petits roVaumes, ne se vit pas durant tout ce siècle, dans le grand nombre de Princes qui la gouvernèrent, un seul Roi qui fût capable de lui l'cndre le moindre degré de son ancienne splendeur. Tout jusqu'à la Roiauté y étoit lan- guissant. Les Letres ne pouvoient donc qu'y languir comme tout le reste. Aussi a-t-on observé ailleurs, qu'un des moïens (jui contribuent le plus à soutenir leur empire, est l'état flo- rissant d'un roïaume. Entrons un peu plus dans le détail. Tout le monde connoît Charles le Simple. Ce Prince, comme on sçait, joignoit à un petit génie une molesse et une pusillanimité, qui lui firent donner le titre qui le dislingue des autres Rois de même nom. Son gouvernement fut si foible, qu'il eut le mal- heur de se voir déthrôné, et confiné dans une obscure prison , où il finit ses jours. Autre suite flicheuse de son gouvernement. Les grands de ses Etats, plus avides de leur propre fortune, que zélés pour le bien gênerai du Roïaume, se rendirent pro- priétaires des Duchés et Comtés dont ils n'avoient que l'admi- nistralion, et s'érigèrent en autant de petits rois.
IX. Le règne de Raoul ne fut rien moins que tranquille, tant à cause des guerres que ce Prince fut obligé de soutenir contre les Normans révoltés, et Henri, Roi de Germanie, ((u'à raison des démêlés qu'il eut avec quelques puissants Sei- gneurs de ses Sujets. Pour Louis d'Outremer, ce fut moins lui qui régna, que les Grands de son Roïaume sous son nom. . Hugues le Grand, Duc de France et Comte de Paris, se signala entre tous les autres, et porta l'audace jusqu'à s'éga- ler, ou à se croire même supérieur, et à faire plusieurs fois la guerre à son Souverain. Louis avoit néanmoins du courage et de la politique; mais outre que Hugues contrebalança tou- jours sa puissance, son règne fut encore horriblement troublé par les incursions des Hongrois et des Dulgarcs. L'état déplo- rable auquel le gouvernement des Rois précédents avoit ré- duit la France, fit qu'elle se trouvoit plutôt une Anarchie, qu'une véritable Monarchie, à l'avènement de Lothaire IV à la Couronne. Les premières années de son règne furent très- làcheuses. On eut encore le malheur de revoir les Normans (lu Nord ravager nos Provinces. Malgré tous ces désastres , Lothaire eut toutefois assez de prudence et d'habileté, pour rétablir un peu la tranquillité dans ses Etats, pendant les der- nières années qu'il régna; mais les troubles recommencèrent
ETAT DES LETRES
i\ la mort de ce Prince. La inôsiulelligeuce ijui se mit entre Louis V son fils et son successeur, et la Heine Emme sa mère; la jeunesse et le court règne de ce Roi, qui ne fut (fiic de treize à quatorze mois : tout cela joint à la trop grande autorité des Grands, et aux irrujjtions des Baibares, causa la révolution qui fit passer la Couronne à une famille clrangere.
X. Les premières années du règne de Hugues Capet ne furent point sans troubles. Charles, Duc de la Rassc Lorraine, ([ui en qualité d'oncle du Roi Louis, avoit un droit légitime à la Couronne, la disputa au -nouveau Monarque; et Cuillaunie, i)uc d'Aquitaine, refusa de le rcconnoitre pour Roi. Hugues fut obligé d'entrer en guerre avec l'un et l'autre pour se sou- tenir. Il vint cependant à bout de ces deux ennemis, et réiissit i'i se maintenir sin- le thrùne ; mais il y eut toujours des broùilleries dans le Roiaumc pendant qu'il gouverna. l\ n'é- toit pas possible que les Eglises et les Monastères, qui étoient les lieux ordinaires où l'on cultivoit les Letrcs, ne se ressentis- Gaii. rhr. iiov. i. scnt de toulcs ces révolutions. ' Nous avons, dans un Statut de ». app. p. p. ;. l'Archevêque Burchard et du Chapitre Métropolitain de Lyon, une triste pointure de l'état déplorable où se trouvoit cette Eglise en 984 : ce qui nous doit faire juger de la situa- lion des autres. Les Chanoines y étoient réduits à manijuer de leur nécessaire, par les pillages et les autres malheurs du temps. Conc. ib. p. 528. Quant aux Monastères, ' ceux qui avoient échappé aux (lammes .et aux déprédations des Barbares, se trouvoient entre les mains d'Abbés laïcs, à qui on les avoit donnés en Eief ou en Béné- fice, ou qui s'en étoient emparés de leur propre autorité, et qui y vivoient avec leurs femmes, leurs entants, leurs soldats et leurs chiens. Ces Monastères soinnis par un tel abus à des étrangers, dépouillés de leurs revenus, et réduits presqu'à rien ne gardoient plus aucune forme de vie régulière. Les Moines, les Chanoines, les Religieuses, n'aïant plus de Supérieurs lé- gitimes tomboient dans le dérèglement des mœurs, partie par pauvreté, partie par la pente naturelle de leur cœur. Quelques- uns môme pressés par la nécessité, (juittoient leurs Monastères, et bon-gré mal-gré, se mêlant avec les Séculiers, vivoient comme eux.
XL Quel pouvoit être le succès des études d(! nos l''rançois, au milieu d'un bouleversement si gênerai? Il paroîtra même étonnant qu'il se trouvât alors des personnes qui cultivassent les- Letres, malgré tant d'obstacles et de contrariétés capables de
EN FRANCE. X SIECLE. 9
dégoûter les plus studieux. Il y en eut pourtant un assés grand nombre, comme on le verra par la suite; et rien ne montre mieux l'ardeur que notre N;ition a toujours fuë à les cultiver, que le courage avec lequel elle se roidit contre le torrent de l'ignorance de ce Siècle, et tout ce qui la favorisoit. 11 est viai que les Etudes qu'on fit alors, se ressentirent beaucoup des malliciu-s du temps. ' On s'y attacha à divers petits objets, dont au. ciu-. an. 990, on rapportera qur-hpii^s exemples, et que des Siècles plus éclairés ont l'ait ri'garder comme de jiurcs minuties. On y donna dans le faux hiillant et le merveilleux, au préjudice du vrai et du natuivl, que le génie dominant empèchoit ([u'on ne goû- tât. Ce génie s'étendit non seulement sur les choses; mais il di- rigea encon» la manière de les traiter. On le faisoit commu- nément :;ans ( lîoix, sans ordre, sans délicatesse, sans nul agré- ment. Souvent on alloit jusqu'à négliger, ou mépriser les rè- gles de la Grammaire, et la propriété des termes. De sorte qu'on vit encore régner cette barbarie du discours, dont on a parlé ailleurs. Il seroit assés inutile d'en donner des preuves en détail. La plupart des Ecrits de ce Siècle en contiennent en grand Udjubre. Mais si l'on veut que nous indiquions quelques monumenî.--, (.'.'i il s'en trouve di's j)lus sensibles, on peut con- sulter ' le Testament que Hiculfe, Evoque d'Elue, dont le siège lypn- app. p. a été depuis transféré h Perpignan, fit en 015, et que M. ''^'^•*'-- Baluze a pul'Hé à la suite de lleginou. On peut encore lire le 'Recueil d' formules, ou modèle de letres, que nous avons goi<j. rer. aiem. sous le !; 'm d'un Ruodbert ou Robert, depuis Evoque de "''' " Meiz. On y trouvera non seulement des mots fort barbares, mais aussi quantité de fautes contre la construction gramma- ticale. Les Auteurs même qui écrivoient avec quelque élé- gance, comme Abbon de Fleuri, ne laissoicnt pas d'emploïer quelquefois des termes barbares, tels que sont fahrateria, bur- ilalio, et semblables.
XII. Ce défaut de bon goût et de discernement contribua autant que iout le reste, à entretenir les vices que les Siècles précédents d'ignorance avoient introduits dans les autres Facul- tés de la Literature. C'est ce que nous montrerons avec quelque détail, en parlant du soin qu'on prit de cultiver ces mêmes Facultés. Ici nous remarquerons quelques autres vices encore plus grossiers, nui venoient de la même source. On se prêta à presque toutes sortes de superstitions. Rien n'étoit guéres plus ordinaire que d'attacher aux comètes, aux éclipses, et , Tome VI. B
10 ETAT DES LETRES
autres semblables phénomènes, l'idée de sinistre présage, et de les regarder comme des pronostics do quelque malheur public. Ceux qui se mèloient d'Astronomie, donnoient dans cette erreur
Mart. ib. t. 4. p. commc Ics autrcs. On alla encore plus loin; ' et on eut recours aux enchantements, aux augures et autres divinations. La rusticité dans laquelle on étoit, laisoit même qu'on y ajoûtoit foi. Le mal continua au moins jusqu'en 900; et l'on ne sçau- roit assurer si le Concile d'Anse près de Lyon, qui le condamna alors sous certaines peines, vint à bout de l'extirper. Ce qu'on nommoit les Jugements de Dieu, et qui n'étoil que d'autres superstitions un peu moins grossières, c'est-à-dire, les épreuves par le feu, le fer chaud, l'eau froide ou boLÙllanlc, furent en- core non seulement en usage, mais autorisées même par les
p. 70. 73 Evoques. ' Deux Conciles tenus, l'un près de Narbonne en
902, et l'autre à Tours en 925, font voir qu'on avoil une ex- trême confiance en cette sorte de superstitions équivoques, et qu'on la regardoit comme un moyen infaillible de connoître la vérité. Encore à la fin du Siècle on n'en avoit point d'autre idée. Ce fut par cotte voie que le Prêtre Adelger demanda de justifier son dire, au fameux Concile près de Reims en 99 L
XIIL II n'est pas ordinaire de voir qu'aux Siècles d'igno- rance il s'clevc des erreurs sur le dogme et les autres points de la Religion. Cotte sorte d'erreurs suppose des temps letrés, et féconds en hommes sçavants, qui cherchent à creuser et à approfondir les questions, et à en faire naître de nouvelles. Ce n'étoit point là le caractère du X Siècle ; au moins jusqu'à Gerbert et Abbon de Fleuri. Encore ces deux Sçavants s'exer- cerent-ils moins sur des matières de Religion, que sur des su- jets de Philosophie et de Malhematiques. Si ce Siècle au reste fut exempt d'héresics, il ne le fut pas égaleiuent d'autres erreurs, (pi'on peut qualifier populaires, et ((ui ont leur source
itutii.pp. syn. 11 dans rignorance. Ce fut elle qui rcprodnisit alors' l'ancienne erreur des Antropomorphites, d(i ciiux ([ui oubliant l'immen- sité de Dieu, se le fignroienl cnuune un grand Roi assis sur un thrùnii d'or, et les Anges comme des hommes ailés et ve- lus de blau'', tels qu'on les voioit peints sur les muradles des églises. D'antres ignorants croïoienl que S. Michel Archange colebroit la Messe devant Dieu les jours de lundi, et par celte raison alloicnt à son église ces jours-là, plutôt que tout autre de la semaine. Dès le Siècle précèdent quelques genls
EN FRANCE. X SIECLE. il
grossiers avoient eu la témérité d'annoncer la fin du monde comme prochaine, ce qui n'eut pas alors de cours. Mais en ce Siecle-ci l'erreur fit des proj^rès incroïables. 'Vers 960 un Trit. chr.hir.t.i. Ermite de Thuringe, nommé Bernhard , homme assés instruit p- ^^■ d'ailleurs, s'avisa de la faire revivre, en assurant que Dieu la lui avoit révélée. ' Il se trouva même des Prédicateurs, qui Abbo.apoi.p.-ioi. osèrent l'avancer dans leurs discours au peuple. Abbon de Fleuri atteste, qu'en sa jeunesse il l'avoit oui annoncer en chaire dans une Eglise de Paris. Elle otoit tellement répandue parmi les peu- ples, ' que l'Armée d'Otton I se trouvant en marche, et voïant wart. amp. coU. le Soleil éclipsé, crut qu'il en étoit fait. Chacun frappé de la '' *' ^' pensée que le monde alloit finir, chercha à se cacher entre les rochers, dans des antres et des cavernes.
XIV. ' Les partisans de cette erreur grossière, pour lui con- .\i.bo, ib. p. wi. cilier plus de créance, tâchoient de l'appuyer de raisonne- ^^^' menls assortis à leur génie. Ils disoient que lorsque le jour de l'Annonciation de la sainte Vierge se rencontreroit avec le Ven- dredi Saint, ce qui arrive une fois dans l'espace de moins d'un Siècle, mais que ces prétendus supputateurs des temps igno- roient, ce seroit une marque infaillible que la fin du monde approchoit. Abusant d'ailleurs des Versets 3 et 4 du XX Cha- pitre de l'Apocalypse, qu'ils étoient bien éloignés d'entendre, ils soûtenoient qu'aussitôt que mille ans seroient révolus, à compter depuis la naissance de Jesus-Curist, l'Antechrît paroîtroit, et viendroit le Jugement dernier. Abbon, alors sim- ple Moine de Fleuri, de concert avec Richard son Abbé, se crut obligé d'écrire pour faire tomber de pareilles rêveries. Ce fut peut-être pour sçavoir à (|uoi s'en tenir sur cela, ' que la Mab. an. t. 3. p. Reine Gerberge, femme de Louis d'Outremer, engagea Ad- ^^^' "' ^' son à écrire sur l'Antechrît. Cet Abbé satisfit au désir de la Rei- ne; mais bien loin de donner dans l'erreur populaire, ' il lui Ang t. e. app. p. fit voir que le temps de l'Antechrît étoit encore fort éloigné, ^''*"^^- et que même le Jugement dernier ne suivroit pas de si près la destruction de cet impie. Rien après tout ne fut plus efficace pour détruire l'opinion extravagante, que combattirent ces deux Sçavants, que de voir au onzième Siècle subsister le monde, tel qu'il étoit au dixième. Une autre erreur qui parut alors, et qui ne pouvoit non plus venir que d'ignorance, ou de la corruption du cœur humain, ' est celle qui suppose l'anéantis- Spicii.t.7.p.3ii. sèment de l'ame, après qu'elle est séparée du corps, et que l'un et l'autre périt également. Mais elle n'eut point de suite;
Bij
12 ETAT DES LETRES
et à ptine un nommé Valt'rede l'eul-il mise au jour, que Du- rand, Abbé de Castres, la rel'uta sans réplique.
XV. Non seulement l'ignorance du X Siècle enfanta les erreurs grossières dont on vient de parler : elle donna encore naissance aux Romans, ces agréables amusements de gents oisifs
Huet.or.desrorn. et parcsscux. ' Chcs Ics Pcrscs, les Ioniens et les Grecs, les Vi\- bles, qui sont des fictions comme les Romans, furent le fruit de la politesse et de l'érudition. Cliés nous au contraire les uns et les autres doivent leur être à l'ignorance et à la grossièreté : tant il est vrai qu'il arrive quelquefois, que deux chemins tout-à-fait
p. 158. opposés, cor.duisent les honmies à la même fin. ' Des Fables
sortirent les histoires fabuleuses chés ces peuples du Levant; et les histoires fabuleuses firent naître les Fables et les Romans chés les François. Il y avoit longtemps que les Siècles bar- bares y préparoient la voie. L'ignorance aïant fait mépriser la vérité, comme la Langue latine et les autres appanages de l'érudition et de la politesse, tm ne s'amusa plus à chercher de bons Mémoires, et à s'instruire de la vérité pour écrire l'his-
p- "i-"* toire. Les fables ' et les histoires mêlées de vrai et de faux,
étant bien reçues par des peuples demi-barbares, les Ilisto-
p- ifi''. riens eurent la hardiesse d'en faire de purement supposées. ' Ils
voïoient (|ue les conteurs de fables étoicnl en réputation; et ils crurent s'y mettre eux-mêmes, en écrivant en ionne d'his- toire ce qu'ils n'avoient jamais ni vu ni entendu : so llatlant que le Lecteur ne se plaindroit pas de leur imposture, ou ne se mettroit pas même en peine de la découviir, (juaud il se trouveroit dédommagé du défaut de vérité, par l'agrément de
p 12G. la ficiiou. ' Et comme la langue (pi'on nomnioit le roman",
et depuis langue romancière, étoit alors la plus universelle- ment entendue, ces Ecrivains la préférèrent à toute autre, pour publier leurs fictions et leurs contes, qui de-là prirent le nom de Romans. C'est par ces degrés (pi'on vit en France les Ilis- tori(!iis dégénérer en Romanciiirs.
P-^- XVI. ' lin sçavant moderne définit les Romans, des histoi-
res d'avantures amoureuses, écrites en prose avec art, pour le plaisir et l'instruction du Lecteur. Mais il avertit aussitôt, qu'il n'entend parler que des Romans réguliers, tels qu'ils sont en usage depuis deux Siècles. Ici nous prenons celte signification
1 Viiïrsce ((uo nous avons dit dp roriLiiiic cl do l,i loim.ition df cpHc L,in^'iic, aux iioiribres I.XXXVU rt I.XXXVMl de notn- Discours hist(.iif|uc à U lilc du IX siccic.
EN FRANCE. X SIECLE. d3
dans un sens beaucoup plus gênerai; et nous entendons par Romans, toutes ces vieilles fictions ou d'amour, ou de che- valerie, écrites en langue romancière, et travesties en forme de ce qu'on nomme Roman, en quelque genre quelles aient été composées, soit en prose ou en vers. Or ce lut en ce X Siècle, que nos François commencèrent à se signaler par cette sorte de Romans. Celui de Pliilomeiia, dont nous avons dit un mot par occasion, aux pages 211 et 212 de notre IV Vo- lume, ' et dont on voit un exemplaire dans sa langue ori- Montf bib biL gmale, dans la Bibliothèque de M. Ranchin, Conseiller 'au Par- '-2.?. 1283'. lement de Toulouse, en fournit une preuve qu'on ne peut lé- gitimement contester.' Il contient des exploits prétendus de p. 371. Charlcmagiic devant Narbonne et Nôtre-Dame de la Grasse, et paroissoit si ancien, lorsque Bernard, Abbé de ce IMonaste- re, ' entre lûlti et iOI9, le fit traduire en latin, qu'on le pre- Mab. an. 1. 55 noit pour être du temps même de Charlemagne. C'est ce qu'on "•**'• ne peut pas dire ; mais on ne sçauroit en placer plus tard l'ori- gine que vers le milieu du X Siccle. ' Calel qui parle le plus catei. hist. de au long de ce Roman, et qui le prend pour 'un de ses garants, ^iif.r^''- ''''"■ quoiqu'il le reconnoisse pour une pure fiction, nomni;; tantôt Vidal, tantôt Giles, celui qui le traduisit de langue romanciè- re en latin. ' Le Traducteur cependant est nommé Paduanus Montf. .b. p. 371. dans l'exemplaire qui s'en conserve à la Bibliothèque Laurean- ciene des Medicis.
XVII. L'origine des Romans chés les François ainsi fixée, fait tomber l'opinion de plusieurs de nos Ecrivains modernes, qui en renvoient l'époque cent cinquante ans, ou même deux Siècles entiers plus tard. Tel est Fram;ois le Maire, qui dans la suite de soiî Histoire d'Orléans page 35, ne la met qu'à la fin du XI Siècle, après les premières guerres contre les Infidè- les. ' Tel est M. l'Abbé Fleuri qui s'en explique de la sorte. Fieu. di.c. 5. p. 5 « On commença, dit-il, vers le milieu du douzième Siècle à « écrire en roman, c'est-à-dire, en François du temps; mais ce « n'étoit guéres que des chansons traitant d'armes et d'amour « pour le divertissement de la Noblesse : et de-là est venu le < nom de Roman aux fables amoureuses. Le premier ouvrage • que je coiinoisse, continué cet habde Historien, est l'histoire « des Ducs de Normandie écrite en vers, l'an UiiO par un Clerc . de Caèn nommé Vace. . ' Tel est Dom Calmet, qui suppose Cai. hist. de lor. que le Roman de Gann le Loheran, dans lequel l'Auteur qui î" V p""- "'"tÎ,^ ' vivoit en 1150, chante les hauts faits d'armes de Hervis Duc '■ '■ '^''"- '^-
44 ETAT DES LETRES
de Metz, fils du Duc Pierre, et pcre de Garin le Loheran, aussi Duc de Metz, esl le plus ancien Roman que nous aïons
Hist.dcParis,t.2. cn langue romancière. ' Tels sont enfin les Auteurs de la der-
'^■'^* niere histoire de Paris, qui ne placent que vers le même
temps les Trouvenrs ou Inventeurs, qui composoient des pie- ces galantes, et faisoient partie de nos Romanciers; quoiqu'il soit constant, comme on va le montrer, qu'ils commencèrent à paroître dès le X Siècle. On voit aussi par ce qui a été dit
iiis. de lAc. des plus haut, qu'il n'est pas aussi vrai ' que le prétend le sçavanl
p"m ''''*'^'"^' M. Fakonet, que nos premiers Romans aient été écrits en latin. Le Roman de Turpin, il est vrai, a été écrit cn cette langue; mais celui de Philomena, qui l'a été en langue roman- cière, est au moins d'une aussi grande antitiuité.
iiuei,ib. p. 131. XVIII. ' M. de Saumaise étoit du sentiment que l'origine des Romans venoit des Arabes, qui en perlèrent l'art en Espagne, et que de-là il se communiqua à tout le reste de l'Europe; mais c'est ce qui ne se peut soutenir. On a déjà montré que les Romans doivent leur naissance aux fables et aux histoires fabuleuses. Or il est évident, que l'art d'inventer et de débiter des fables et des avantures controuvées, est commun à toutes les nations, comme naturellement portées à la fiction et au mensonge. Ce que nous avons dit de nos Gaulois et des Francs, depuis la première décadence des Letres, ne permet pas de douter qu'ils ne possédassent cet art, ainsi que les autres peuples, longtemps avant que les Arabes eussent pénétré en Eu-
p. 155. 15(3. rope. ' 11 n'y a donc pas lieu de contester, que les Romans Fran-
çois, disons-en de même des Allemans et des Anglois, et toutes lôs Fables du Nort, d'où sortirent les barbares qui inondèrent tout l'Occident, sont du crû du pais. Qu'elles sont nées sur les lieux, et n'y ont point été apportées d'ailleurs. Qu'elles n'ont point d'autre origine, que les histoires remplies de fausse- tés, qui lurent faites dans des temps obscurs, pleins d'igno- rance, 011 l'on manquoit de l'industrie et de la curiosité né- cessaires jiour découvrir la vérité des choses, et de l'art pour
1- 1^7. les écrire. ' Tout ce qu'il peut y avoir de vrai, c'est que l'a-
mour que notre nation avoit déjà pour les fables et la fiction, put s'augincnler par l'exemple de Arabes, et que notre art roinanos(iue s'enrichit peut-être par le commerce, que le voi- sinage de l'Espagne et des guerres nous donnèrent avec eux.
XIX. Les Romans, ces histoires imaginaires et faites à plai- sir, plurent à des Lecteurs simples, grossiers, ignorants; et la
EN FRANCE. X SIECLE. 15
barbarie qui regnoit alors, en facilita le cours. Bientôt l'art de romaniser vint à la mode; et rien ne fut plus ordinaire, que do voir éclore des Romans de chevalerie ou d'amours. Les Proven- çaux furent ceux qui saisirent cet art avec le plus d'avidité. ' Il n'y Nost. his.de Prov. eut presque point de maison de Noblesse dans cette Province, p"""- <*• p- ^84. qui ne voulût avoir son Roman propre. C'est ainsi qu'on nom- moit une espèce de regître, où l'on marquoit les hauts faits d'ar- mes des Héros; les services rendus aux Rois et autres Souve- rains, la part qu'on avoit eue aux conquêtes de Jérusalem, de Naples, de Sicile, de Nice, d'Arles, de Piedmont, et autres. D'ailleurs ' les Troubadours, les Coniics et les Conteurs du même Huet, ib. p. ist Pais, qui composoient les ouvrages : les Caiitadours, les Jon- glcnrs, les Violars, les Musars qui les cliantoient, et d'autres Romanciers de cette espèce qui avoient déjà comnieucé à pa- roître sous Louis le Debonaire, et qu'on pourroit regarder comme d'arriere-desccndants de nos anciens Bardes Gaulois, romaniserent tout de bon du temps de Hugues Capot, et couru- rent la France, débitant leurs Romans et Fablimi.v, composés en langue romancière. Entre les pièces à leur usage, il y en avoit indifTeremment en prose et en vers ; et c'est-là l'origine ja mieux marquée des fameux Poètes Provençaux, dont nous au- rons occasion de parler plus amplement sur les siècles suivants. ' Le grand usage qu'ils firent de la langue romancière, fut cause p. 127. qu'elle se conserva avec moins d'altération dans leurs pais, que dans les autres cantons de la France, et qu'on la nomma quel- quefois la langue Provençale, comme nous l'avons déjà observé ailleurs.
XX. Les Troubadours ' ou Trouver res de Provence furent p. i58. donc en France les princes de la romancerie, dès la fin du X siècle; mais ils ne furent pas les seuls qui se plurent à cet agréable exercice. Presque toutes nos . Provinces eurent aussi leurs Trouverres et leurs Homanciers. Le Languedoc, le Dau- phiné et l'Aquitaine se signalèrent des premiers : et de France la Romancerie se communiqua avec le temps aux pais voisins. ' C'est des François en effet que l'Italie et l'Espagne, qui ont été p. 130. si fertiles en l'art de romaniser, ont emprunté ce secret. Le Giraldi le reconnoît lui-même pour l'Italie; et l'on ne voit pas que personne le nie pour l'Espagne, depuis que M. lluet l'a avancé. Quant aux Italiens en particulier,' un de nos Sçavants, p. ii2-ii3. qui a beaucoup travaillé sur 1 origne de notre langue, assure que le fameux Bocacc a pris des Romans François la plupart
i6 ETAT DES LETRES
de ses nouvelles, et que Pétrarque, et les aiitres Poètes Ita- liens, ont pillé les plus beaux endroils des chansons de Thi- liaud Roi de Navarre, de Gace Rrulcz, du Châtelain de Couci, et des vieux Romanciers Franç&is. Mais laissons-ià ce qui regarde les étrangers, et bornons-nous à ce qui concerne
p. 127. autre nation. ' L'on vit paroîtrc en France dans le XI siècle et
les suivants une multitude de Romans tant en prose qu'en vers,
Oïd. Vit. 1. c. p. dont plusieurs se sont conservés jusqu'à nous. De ce nombre est 'le
598 I Catel, il,, p ' „ ^ n -u , ■ ,• . l'i •
p. 5(i7 1 Comt. de fameux Roman de Guillaume au court-nez qui contient I his-
foui. p. 50. ,pj|,^ travestie de S. Guillaume de Gellonc en vieux vers Fran- ';ois, et qui dès 1070, éloit répandu en Angleterre.
Huet, ib. p. 158. XXI. ' Tcls out été ciicora les Romans de Garin le Lo- hcran, ou le Lorain, dont on a déjà parlé; de Lauceiot du Lac, que Jean Duc de lîerri acheta on son temps trois cent écus d'or; d'André de France, qui mourut par trop iiimor celle qu'il n'avoit jamais vue, de Perccforest, où l'on raconte les avantures d'un Roi d'Angleterre, qui mérita de porter ce nom, pour avoir osé percer presque seul une forêt remplie d'en- chantements : Los Romans (h- Goolroy de lîoiiillon, de Ma- tlieolus, de Pépin et de lîcrte; du Chevalier à Tépée, de Tris- tau, de l'.i'rtain, de Saint (nva!, de Merlin, d'Artus, de Per- ceval, peut-être aussi d'Auiadi.-^ de Gaule, et une infinité d'au- tres, (pii i>ourront paroîtro sur les rangs dans la suite. On doit encore mettre de ce nombre la plupart di; ces cent-dix Anciens Poètes, dont on trouve les vies et les ouvrages dans deux ma-
pi59. iniscrits de la Ribliolhéque du i'<oi : ' comme aussi la ph'ipart d'3
CCS autres cent vingt-sept Poêles, qui ont vécu avant l'an 1300, et dont le Président Fauchet a l'ait la censure, et de ceux de
p'i'io. Provence, dont Jean de Notrcdame a écrit les vies. ' Tous
ces ouvrages que l'ignorance avoil produits, portoient des marques de leur origine, et n'étoioiil qu'un amas df; fictions
p''''- gr(>ssi;'reinent inventées. ' Nos vieux François y avoient inulti-
p- 1'-"- plié liîs actions, mais sans ordonnance, sans liaison et sans art. '
L(;urs descendants portèrent depuis ci> genre d'écrire à un point de perfection, (jui les a rendus en cela beaucoup supi'rieurs aux
P-"""^- autnjs nations. ' M. d'Urfé fut le premier qui lira nos Romans
(K; la barbarie, et qui Icj assujettit aux règles dans son As/rcc, l'ouvrage le plus ingénieux et le plus poli qui eût jamais paru en ce .genre. Ce bon goût s'est soutenu, et même perfectionné dans \lUiis/ri'-nassa, le Grand Cifvxx, et la Clclic, que Made- moiselle de Scudery, par un trait do modestie, a mis au jour
EN FRANCE. X SIECLE. 17
sons un nom emprunté : de même dans le Zàicle, la Princesse de Clercs de M. de Segrais cl tant d'aulres.
XXII. On ne peut nier, que tous ces ouvrages ne soient écrits avec beaucoup de politesse, et qu'ils n'aient lait l'amuse- ment des honnêtes paresseux, ennemis des Sciences épineuses, et qui demandent une certaine contenlion d'esprit. Mais il faut con- venir aussi, que la lecture délicieuse des Romans a fait, et conti- nue encore de faire tous les jours négliger des lecfurcs incompa- rablement plus utiles ; ce rpii n'est pas le moindre des maux qu'elle produit. Et conuiie l'ignorance avoit fait naître les Romans, aussi peut-on (lire (|u'ils ne servent qu'à favoriser l'ignorance, et que bientôt ils la feront renaître, si l'on n'y apporte un remède edica- cc. Que! avantage après tout l'cvient-il de leur lecture? et quelles fâcheuses suites au conti'aire ne laisse-t-elle pas après elle? Outre la perte du temps, qui sulTiroit seule pour se l'interdire, elle ne sert qu'à gâter l'esprit, corioiiqire le cœur, réveiller ses passions, et lui nppiendre les industrieux détours pour les satisfaire finement. Qu'on ne vienne pas dire qu'elle est utile à former les jeunes genis, et à leur apprendre ce qu'on nomme les manières du monde. Jamais un jeune cavalier, jamais une jeune demoiselle ne |);isseront pour avoir l'esprit cultivé, ni posséder la véritable politesse, parce qu'ils auront lu des avantures controuvées, des intrigu(>s et des galanteries qu'ils auroient dû ignorer toute leur vie. En un mot les premiers Romans ont été le fi uit, et fait l'amu- sement de siècles (lemi-baibares, où l'un n'avoit ni goût ni lu- mière, et où rt)n ne se plaisoit qu'au faux brillant, au merveil- leux, à l'c^xtraoïdinaire : un siècle aussi éclairé qu'est le nôtre, où le bon goût paroît être à la perfection, et où l'on a plus de nioïens (|ue jamais de connoître le solide, le vrai et le naturel, par tant d'excellents ouvrages sur toutes les facultés de la Lile- ralure, le dogme, la morale, l'histoire, la poésie, la philosophie, dcvroit rougir de cette sorte de faux amusements, et les bannir sans retour.
XXHI. Après avoir représenté le X siècle par tous ses endroits le pins disgracieux, et ce qui s'y fit de plus préjudiciable à la culture des Letres, envisageons-l(! maintenant par son autre face; et entrons en discussion de ce qui s'y passa pour les soutenir, ou au moins pour les garantir d'une entière décadence. On peut dire par avance à la gloire de notre Nation, que les soins qu'y a|iporterenl les François, eurent un succès beaucoup plus heu- reux (pi'on ne l'auroit espéré, eu égard aux malheurs des temps. Tome VI. {]
18 ETAT DES LETRES
Il arriva même sur la fin du siècle, quelque chose d'appro- chant de ce qu'on avoit \û sous le rcgne de Charlemagne. On y réussit à ressusciter quelques-unes des plus hautes Sciences, et à en mettre quelques autres dans un nouveau jour. Un des premiers remèdes que la Providence prépara contre l'ignorance et la barbarie du siècle, fut d'y former un grand nombre de Prélats et autres Ministres, instruits de la doctrine de l'Evan- gile et des Pères, et remplis de l'esprit et de la science ecclésias- tique. Outre ceux qui ont laissé des écrits de leur façon, et dont nous donnerons l'histoire en leur lieu, on en verra paroître quan-
Conc. t. 9. p. 512- tité d'autres dans la suite de ce discours. ' Le zélé qu'ils avoient
^^* pour le maintien des règles, les faisoit gémir de les voir vio-
lées et méprisées, et chercher les moïens de les remettre en vigueur. Les troubles étoient alors trop fréquents, et la con- fusion trop grande, pour qu'ils pussent souvent s'assembler en
Bal. mise. t. 7. p. Coucile, afin de remédier au mal plus eflicacement : sur tout, ' dans la persuasion ofi l'on étoit, que pour qu'un Concile fût réputé tel, et eût par conséquent quelque autorité, il falloit qu'il s'y trouvât au moins douze Evêques. 11 ne laissa pas cependant de se tenir quelquefois de ces saintes Assemblées ; et quoique le malheur des temps nous ait privés de presque tous leurs ac- tes, on voit encore dans le peu qui nous en reste, de précieux vestiges du zélé de nos bons Evéques pour reprimer les desordres, et corriger les abus. XXIV. On peut juger de ce qui se fît dans les autres Con-
conc. ib. p. 52i- cilcs, ' par les beaux règlements que nous avons de celui de Troslei tenu en 909. Les Prélats qui le composoient au nom- bre de douze, ne se proposèrent pas seulement de faire revi- vre une exacte discipline dans le Clergé et les Monastères ; ils portèrent encore leur vûë jusqu'à reformer les mœurs des Laïcs, du Roi et des Princes comme des simples particuliers ; à réta- blir le bon ordre dans toute sorte d'états, et à faire observer la règle en toutes choses. Ils y entrent dans un détail frappant des vices qui dominoient alors, et qui étoient les principaux obsta- cles à l'amour des bonnes études, et en font une peinture capa- ble d'en inspirer de l'horreur. Ils n'oublient pas d'y recomman- der les vertus les plus nécessaires pour former le chrétien et le bon citoïen, et d'y prescrire la nécessité de l'instruction, tant pour les Evêques et les Clercs inférieurs, que pour les simples
p. 519-520. fidèles. ' Au mois de Mai de la même année, Arnuste, Arche-
vêque de Narboane, et onze autres Prélats s'assemblèrent aussi
EN FRANCE. X SIECLE. i9
en Concile à Joncaires au diocèse de Maguelone. ' Dès 902 Mai-t.ancc.t.4.p. Arnuste avoit assisté à un autre, avec Rostang d'Arl(?s, et di- " ' vers autres Evêques. ' En 915, Austier de Lyon, Eyniin de p. 71-72. Resançon, Agius de Naibonne, et quelques-uns de leurs suf- fragants célébrèrent un autre Concile à Chàlons. ' Hervé de Conc. ib. p. 57». Reims, qui avoit présidé à celui de Troslei, y en convoqua un second en 921, ' et Seulfe son successeur deux autres les an- p. 581-582. nées 924 et 925, et encore un troisième en un autre endroit dès 923. Il s'en tint encore plusieurs autres dans la suite au su- jet des broùilleries survenues dans cette Eglise. ' Plusieurs Eve- p. 639. ques de différentes Provinces, tant Métropolitaines qu'autres, s'assemblèrent aussi en 955 à l'extrémité de la Bourgogne, pour quelque affaire plus importante que celle dont on nous a con-' serve la mémoire.
XXV. ' A Anse près de Lyon se tinrent aussi deux Conciles Mari. ib. p. 73- les années 990 et 994, ausquels se trouvèrent les Evêques de la '^" Province et quelques autres. ' Ceux de la seconde Aquitaine, Conc. ib. p. 733. avec quelques-uns de la première, convoquèrent de leur côté deux assemblées, qui furent tenues, l'une à l'abbaïe de Charroux en Poitou l'an 988 ou 989, l'autre à Poitiers au bout de dix ans.- Il est vrai, comme on l'a déjà dit, qu'on ne nous a conservé que très-peu de chose de tous ces Conciles. Mais nous avons cru en devoir faire une espèce d'énumération, pour montrer que si les de- sordres furent grands, et fort répandus en ce siècle, il n'yeutpoint de Province en France, où il ne se trouvât des Evêques zélés et attentifs à les réprimer, et à rappeler l'amour des règles et de la vertu. Ils réussirent par-là d'une part à opposer des barrières au torrent de la rusticité et de la barbarie du siècle, et de l'autre, à préparer les voies à la culture des Letrcs. On verra par la suite la part plus directe qu'ils eurent à les soutenir dans leur dépéris- sement. Rien n'y contribua guéres davantage, que la réforma- tion de presque tous les Monastères de France qui se fit en ce siècle. ' S. 'Odon, Abbé de Cluni eut la gloire de commencer Mab. act. B. t. 7. ce grand ouvrage; et Aymar, S. Maïeul et S. Odilon ses suc- p'"-^^' cesseurs le continuèrent avec un succès merveilleux. En peu d'années on vit l'exacte discipline rétablie dans les plus grosses Abbaïes : à Aurillac, à Fleuri, à Sarlat, à Tulle, à S. Pierre le Vif de Sens, à S. Julien de Tours, et de-là dans un grand nom- bre d'autres. Elle passa même à Roman-Moutier au Diocèse de Lausane, et en diverses parties de l'Italie, à Salerne, à Pavie, à Rome, ' et en Angleterre même. n. w.
Cij
20 ETAT DES LETRES
XXVI. Au môme temps que S. Odon étoit occupé à refor mer les Monastères de Bourgogne, d'Aquitame, et des Provin- ces voisines, S. Gérard de Brogne rendoit le même service à ceux de la Belgique, où il en réforma au moins dix-huit. D'un
08. autre côté, ' le B. Guillaume, Abbé de S. Bénigne de I)ij(Mi,
autre célèbre Réformateur de Monastères, qui étoit un élV've de S. Maïcul, lit passer l'observance régulière de Cluni à S. Germain des Prés, à Fécanap, à S. Arnoul de Metz, à Vczc- lai, et à plus de trente antres Abbaïes. Le soin que les Rois Ilngiies Capot et Robert son fils, prirent snr la fin de ce siècle, de donner à ces Monastères des Abbés Réguliers, servit mer- veilleusement à y soutenir les travaux des saints Réiormatcurs. On a déjà fait sentir en plus d'un endroit, l'élroitu liaison qui se trouve entre l'amour et la culture des Letres d'une part, et la
Trit.ciii.hir.t.i. boimc discipline de l'autre. ' Les Moines une fois réformés, joignirent l'étude à la pratique de leur Règle, et firent revivre par leur pieté et leur sçavoir, les siècles d'or de l'Oidre de P. Benoît. Autant de Monastères réformés, autant de nouvelles Ecoles établies. C'est dc-là, remarque Trithéme, qu'on tira eu ce siècle presque tous les Evè(iues (jui gouveinei't^nt les diver- ses Eglises de l'Occident. Quel merveilleux avantage pour la succession et la propagation de la science et de la doctrine ! Ce qu'on cnseignoit dans un Monastère, se communifiuoit à un autre avec l'institut ([u'on y suivoit, et de-là passoil aux Eglises cathédrales par I(; canal de ceux qui en devenoient Evé(|ues. Qu'on dise après cela, si l'on peut, ((ue ce siècle a été dépourvu de science et de huniere, et n'a été célèbre (jue par son igno- rance et sa barbarie. Mais ou aura bien d'autres preuves du contraire.
XXVH. Il étoit très-rare à la vérité d'y voir des Laïcs qui sçussent les Letres. Le génie dominant les porloit à toute autre chose ; et ce qui se passoit dans l'Etat, leur offroit des objets bien dilférents. S'il arrivoit quelquefois, remarque Rathier dans son traité du mépris des Canons, que la Noblesse fit instruire ses enfants, ce n'étoit que par un motif d'ambition, afin de les élever à l'Episcopat. Il s'en Irouvoit néanmoins quelques-uns, qui avoicnt étudié par un autre motif, et (|ui croïoient les Letres nécessaires à d'autres desseins, (ju'à celui d'entrer dans les di-
f'%^'' '<«Ç' '""■ g^'l'^^'s Ecclésiastiques. C'est ce qu'on voit ' par la réponse ingé- nue de Foulques le Bon, Comte d'Anjou, au Roi Loiiis d'Ou- tremer. Ce Prince le voïant chanter avec les Chanoines de
EN FRANCE. X SIECLE. 21
S. Martin de Tours, le montra au doigt par dérision. Foulques,
qui étoil un dos sçavants Laïcs de ce siècle, s'étant apperçu du
mépris que le Roi faisoit de son sçavoir en celte occasion, lui
écrivit ces paroles un peu hardies : Sçachcs, Sire, qu'un Roi non
leiré est un âne couronné. S. Cerauld, Comte d'Anrillac, mort
après les premières années de ce siècle, donna beaucoup de
temps à l'étude, et sçavoil presque toute la suite des Ecritures.
' Abbon pcre de S. Odon de CUmi, et contemporain de S. Ge- Mab. ib. p. 152.
rauld, possedoit assés bien l'histoire et le Droit Romain. ' IIu- Aib.'chr. an.925.
gucs, qui de Comte d'Arles devint ensuite Roi d'Italie, avoit ""-^
du sçavoir, aimoit et hnnoroil les Sçavanls. L'exemple de ces
illustres Laïcs, qui avoicnt l'ail un certain [)rogiès dans diverses
{'acuités de la Lilerature, pitpia sans doute l'éinulalion d»^ (|uel-
ques autres, cl servit à contrebalancer Tignoranci! du siècle.
XXVIII. On vit (juel([U(; chose de plus propre encore à y filin; un contrepoids, en la personne de Cuillauuie V, Comte de Poitiers, et Duc d'Aquitaine, (pii en 993 succéda à Ciiillau- me son perc, surnonnné Rras-de-fer. ' Dès son enfance il fut l'uii. hist.fr. 1. 1. instruit des Letres, et acquit une grande connoissance du sens ''■'^'• des Ecritures. 11 prit tant de goût pour les bons livres, qu'en un âge plus avancé, il s'en forma une bibliothèque considérable. Tout le temps que lui laissoient les all'air«'s et les embarras de sa Cour, il l'emploïoit à la lecture. En hiver, que; lt!S luiits sont plus longues, il en passoit la plus grande partie à s'instruire en son particulier, et ne laissoil ses livres, (jue lorscpi'il ne pouvoil plus résister au sommeil. 11 se fit par-là la réputalion ' d'honnne versé Mau. an. t. ♦. p. dans les belles Leties, ce (pi'Adeinar de Chabanois exprnnc par le titre de (irannnairiiMi (|u'il lui donne, en lui dédiant sa fameuse Letre sur l'aposlolal de S. Martial. (Juoiciue Hugues Capet fût tout occupé à alTermir la couronne de France sur sa tête, et l'assurer à sa postérité, il ne laissa pas d'aimer les Letres, et les gents de mérite. La protection qu'il leur accorda, servit à mul- tiplier le nombre des Sçavanls. Les études reprirent alors de la vigueur, et encore davantage sous le rogne de Robert le Pieux, son (ils et son successeur, qui étoil lui-même un homme de letre. Ce Prince, qui avoil pris des leçons du docte Gerbcrt, et qu'un Concile de Limoges qualifie le plus sçavant des Rois, fil mon- ter avec lui sur le Ihrùne l'amour des siences, et l'eslime pour ceux qui les cullivoienl. Mais ce qu'il lit en faveur des uns et des autres, app.ulient plus particulièrement au siècle qui va suivre.
22 ÉTAT DES LETRES
XXIX. De tous les remèdes que la Providence prépara con- tre l'ignorance du siècle, il n'y en eut point de plus efficace que les travaux de Rémi d'Auxerre, d'Hucbald de S. Amand, d'Etienne, Evêque de Liège, de Rathier, un de ses successeurs, du célèbre Gerbert, d'Abbon de Fleuri, .de Fulbert depuis Evê- que de Chartres. Eux et leurs disciples ouvrirent une nuillitude d'Ecoles, d'où la lumière de la science se répandit dans toutes les Provinces du Royaume. Les trois premiers avoient été for- més aux Letres dès le siècle précèdent. La science et la doctrine qu'ils firent passer à celui-ci, remontoient jusqu'au temps du
Act. B. t. 7. pr. renouvellement des Etudes sous Charlemagne. ' Rémi étoit
"' * ■ disciple du R. Hoirie, qui avoit étudié sous l'abbé Loup et Ilai-
mon, l'un et l'autre élevés de Raban, qui avoit eu pour Maître le docte Alcuin. De même, Ilucbald avoit été instruit par Milon son oncle, disciple de Ilaimin, qui l'avoit été d'Alcuin, soit à Tours ou ailleurs. Etienne reçut son éducation à l'Ecole de Metz, si célèbre pour la science du chant et de la Liturgie, en quoi il se rendit lui-même aussi habile que son siècle pouvoit le permettre. On a vu que Rémi, ayant renouvelle avec Ilucbald les Ecoles de Reims, sous l'Episcopat de Foulques, vint à Paris, et rendit le même service aux Ecoles de cette grande ville.
p. 151.11. 3. ' Entre les élevés qu'il y forma, l'on connoît particulièrement le jeune Odon, qui devint depuis un des plus grands ornements de la France par sa sainteté et son sçavoir. Celui-ci quittant
p. 159. II. 23. l'Ecole de Rémi, porta la doctrine qu'il y avoit puisée, ' d'a- bord à Raume, où on le chargea du soin de l'Ecole, puis à Cluni, dont il fut fait Abbé en 927.
p. 78. 90. XXX. ' Il y avoit dix-sept ans que cet illustre Monastère
avoit été fondé par Guillaume, Comte d'Auvergne, Duc d'A- quitaine et de Repri. Bernon qui en fut le premier Abbé, y établit bientôt une exacte discipline, avec le secours des Moi- nes qu'il tira de S. Martin d'Autun, où ceux de S. Savin en Poi-
riun.bib.p.raoi lou avoient mis la réforme. ' Cluni n'eut pas été quelques années
118!).' ■ ■ P' gous la direction de S. Odon, qu'il devint une pépinière de Saints, et une des plus célèbres Écoles de toute la France. Le S. Abbé au milieu des exercices de la pénitence, trouva le temps de composer grand nombre d'ouvrages, et fit voir par son exemple, que la véritable pieté est non-seulement compa- tible, mais qu'elle a même besoin quelquefois de l'Etude pour se soutenir. Il laissa par-là un modèle que ses successeurs jusqu'à S. Pierre Maurice, se firent un devoir de copier, en joignant
EN FRANCE. X SIECLE. 23
la science à la sainteté de vie. On verra par la suite combien il
sortit d'hommes de Letrcs et de grands Prélats de cette sainte
et sçavante retraite. Pendant tout ce siècle il se trouva grand
nombre de Moines, qui par le brillant de leur doctrine et de
leur vertu, dissipèrent les ténèbres qui offusquoient les hommes
de leur temps. ' La bonne odeur de leur conduite attira à Mab. an. i. a. u.
Cluni quelques Evêques. Les uns, comme l'Archevècjue* Ge- '^'
raid, alioicnt s'y édifier et finir leurs jours. ' D'autres, comme aci. ib. pr. n. 43.
Turpion, Evoque de Limoges, Prélat distingué par sa pieté
et son sçavoir, y alloient perfectionner leurs connoissances. Il
est au moins vrai que cet Evoque prit quelquefois des leçons de
l'Abbé S. Odon. S. Maïeul et S. Odilon, ses successeurs en ce
siècle, se rendirent si recommandables par tant d'endroits, que
les Papes, lés Empereurs et les Rois avoient recours à leurs
conseils.
XXXI. ' La doctrine qu'on enseignoit à Cluni, se commu- ibi.i. n. a. 52 1 niqua aux autres Monastères, où passa l'institut de cette célèbre '^"' '' ''^' "' ^^' Abbaie. On préjuge aisément combien se multiplièrent nos Ecoles par cette voie. Elle passa à Aurillac, en Auvergne, com- me ailleurs. Ce Monastère, qui avoit été fondé vers la fin du Siècle précèdent, par S. Gcrauld, dont on a parlé, fut le ber- ceau du principal renouvellement des Letres qui se fit en ce X siècle. ' Gerbert Moine du lieu, qui par la force de son gé- an, t. 2. p. 241 1 nie, et les grandes connoissances qu'il acquit, en devint l'Auteur, ^j'''' ®P' ^' '*''- y fit ses premières études. Raymond, Ecolàtre, puis Abbé de la maison, lui enseigna la Grammaire. Ni le grand personnage qu'on va bien-tôt voir faire à Gerbert sur le théâtre des Sçavants, ni les premières dignités de l'Eglise ausquelles il fut élevé, jus- qu'à se voir Pape sous le nom de Silvestre II, ne furent point capables de lui faire oublier Aurillac. Il y entretint toujours ses anciennes liaisons, qui contribuèrent beaucoup à y faire aimer et cultiver les Sciences, tant profanes que sacrées. La recon- noissance qu'il avoit pour son premier Maître, le porta à lui communiquer les nouvelles découvertes qu'il faisoit dans l'Arith- métique, la Géométrie, et les autres parties des Mathématiques. Entre les autres exercices litéraires en usage dans ce Monastère, ' on parle avec éloge de l'art qu'on y avoit d'écrire en beaux siab. au. 1. io. u. caractères. Ce fut là que Calston, Abbé de Figeac en Quierci, ^'' ^^' fit écrire un livre de chant, suivant le rit romain, ' que quel- Gai. chr. nov. t. ques-uns ont regardé comme un traité de la façon de Raymond ^' P' **^' d' Aurillac.
24 ETAT DES LETRES
XXXII. Depuis que Reini et Hucbald eurent rétabli les Ecoles de Reims, elles se soutinrent avec (juelque réputation pendant tout le cours de ce siècle, malgré les troubles fréquents dont celte Eglise fut agitée, par l'intrusion et la déposition de plusieurs de ses Archevêques. Elles devinrent même sui- la fin du siècle, les plus florissantes q\ii fnssent alors dans le Roiaume. Entre les principaux disciples de ces deux grands Maîtres, on compte Seulfe, qui par sa science et son intégrité de vie, mérita
Mab. aot. ibid. p de succcdcr à l'Archevôque Hervé. ' Hildebolde, à (pii son
p. 388. n. 60. grand sçavoir fit donner le litre de Grammairien, ' et Rlidiilfe, qui fut depuis Archidiacre de l'Eglise de Metz, prirent aussi de leurs leçons. Frodoai'd, l'un des plus célèbres Ecrivains de ce siècle, fut instruit aux mêmes Ecoles par le ministère de leurs disciples. Rerner, Moine de S. Rémi à Reims, et contempo- rain de Frodoard, qui a aussi contribué par son sçavoir et ses écrits à combattre l'ignorance de son siècle, eut le même avan- tage. Mais on ne doit point mettre au nombre des Sçavants Re-
Sigeb.scri.o.iioi mois du commencement de ce siècle, ' comme font Sigebcrt, ri.scri.r. 9. 'f ,.i^[,^f|^g^ qi plusicurs Modcmesqui les ont suivis trop aveu- glément, un nommé Aurelien, très-habile dans la Musique. On a montré ailleurs que c'étoit un Moine de S. Jean de Reomé, ou Mouticr-Saint-Jean, qui florissoit vers le milieu du siècle
Mab. ibid. t. 8 p. précèdent. ' Encore peu après le milieu de celui-ci, l'Ecole de Reims éloit en très-grande estime. Ce fut là (pi'.\bbon de Fleuri, déjà instruit d'une partie des Sciences alors en usage, alla étudier
Gouj.itatdc.',s,i. la Philosophie, la Géométrie et l'Astronomie. ' Un Scavant de nos jours suppose que ce fut sous Rémi qu'Abbon étudia; mais celte opinion ne se peut soutenir. Rémi ne vécut tout au plus que quelques années dans ce X siècle, et certainement n'étoit plus au monde lorsqu'y vint Abbon, mis à mort en 1004.
Geib. ep. 11. 14. XXXIIf. Abbou ' avoit déjà quitté l'Ecole de lîeims, ' lors- . t . .Kj. <J2. fp,'Q„ y ^\i paroître Gerbort, dont on a rapporté les premières éludes. Cet homme célèbre, après avoir appris les Mathémati- ques d'un Evèque Espagnol, et avoir acquis plusieurs autres belles connoissances, tant dans un assés long séjour en Italie, qu'en doux divers voïages qu'il fit à Rome, revint en France, et se retira à Reims. Il y fut favorablement reçu de l'Archevêque Adalberon, qui éloit lui-même un homme de Letres, et Chan- celier de nos Rois, et qui le mit à la tête de l'Ecole de son
en 17. 92. 131. Eglise. ' Là Gerbert se donna tout entier à enseigner et étudier pour lui-même les belles Letres, les Mathématiques, et presque
EN FRANCE. X SIECLE. 25
toutes les autres Sciences, prollines et sacrées, jusqu'à la Méde- cine môme. Il paroît qu'il commença par composer une rhéto- rique; et afin de perfectionner ses éludes et de favoriser le pro- grès de ses disciples, '' il eut soin d'amasser des livres de tous . ,,. ji. a. 72. côtés. Avec l'aide de ses amis, il fit de grandes dépenses pour "^- ^''^■ acheter des exemplaires des meilleurs Auteurs, ou les faire co- pier. ' 11 réussit par-là à recueillir les ouvrages de Ciceron, de '^i'- ';^- i"- ^■ Jules Cé.sar, d'Eugraphius, qui est aujourd'hui peu ou point fii.miis.îi?; connu, de Pline, de Suétone, de Stace, de Demosihéne Mé- decin Gaulois, de Mauilius, de Q. Aurelius, de Victorin le Rhéteur, de Claudicn, la dialectique et l'astrologie do Boëce, et sans doute les écrits (h plusieurs autres, tant ecclésiastiques que profanes. ' Il ne négligea pas même ceux des Modernes, .-p. 17. 21-20. et 'oulut avoir ce qu'un Espagnol nommé Joseph avoit écrit sur l'Arithmétique, et la traduction d'un traité d'Astrologie, faite par Lupice de Barcelone. On peut juger par ce détail de la ré- putation qu'acquit alors l'Ecole de Reims. On y accouroit de toutes parts. ' De ceux qui y furent instruits, nous ne nomme- r-as. liui. t. 1 rons ici que le Prince Robert, fils de Hugues' Capet; Leoteric, {;36^ÎMab''".bT depuis Archevêque de Sens; Lambert et Rrunon, l'un et l'autre ,V"",;ov''^t' i"*"' Evoques de Langres, et distingués par leur sçavoir ; Fulbert qui M2.' ""'' ^' '^' le fut de Chartres, et le principal Maître des Sçavants du XI siècle.
XXXIV. ' Rlidulfe, dont on a déjà dit un mot, après avoir Mai,, ib. p. 387. passé quelques années dans l'Eglise de Metz, avec la dignité j;^-"-^^"'- d'Archidiacre, se retira ensuite à l'Abbaïe de Gorze au' môme Diocèse, qui fut réformée en 033, et y porta la doctrine qu'il avoit puisée à l'Ecole de Reims sous Rcmi d'Auxerre. Il y fut suivi de près par plusieurs autres hommes de Lelres, qui y for- mèrent une société aussi sainte que sçavante. On met de ce nombre Einolde, premier Archidiacre de l'Eglise de Toul ; Anstée autre Archidiacre de celle de Metz; et Jean de Ven- diere. Rlidulfe avoit beaucoup de délicatesse d'esprit et passoit pour le plus sçavant homme qui fût alors à Metz. Einolde avoit pareillement la réputation d'être versé dans les Letres divines et humaines. Ce fut lui qu'on établit premier Abbé de la maison depuis la réforme. Anstée étoit naturellement fort éloquent ; et s'étoit particulièrement appliqué à l'étude des Saintes Ecritures sans néanmoins avoir négligé les Arts libéraux. ' Jean de Yen- p 368 371 393 diere, qui devint si illustre dans la suite, et Abbé du Monastère *^''- après Einolde, avoit fait ses premières études à S. Mihel en Lor- Tome VI. j)
26 ETAT DES LETRES
raine, sous le Grammairien Ilildebolde, antre disciple de Rémi d'Auxerre,et mal nommé Heribalde,]). 247, dans noire IV volume. Il étudia depuis quelque <'hose de la Rhétorique, et la science du comput ecclésiastique à l'Ecole de Toul, et ailleurs l'Ecriture Sainte, les Canons et les Loix Civiles. Après sa retraite à Gorze, il s'appliqua sérieusement à l'étude des Pères, de la Li- turgie, de la Science des temps, de l'Histoire Ecclésiastique, des Catégories, de l'introduction de Porphire, et de toute la Dialectique : sans que l'cnqiloi de Cellerier dont il étoit chargé, fût capable de le détourner de ces occupations litéraires. XXXY. Tels étoienl les premiers Solitaires qui peuplèrent p. 3Gt. le désert de Gorze. ' Bientôt leur exemple y en attira quantité
p. 58S.58D. d'autres,' parmi lesquels il se trouvoit des Evoques. Il s'y forma p. 380. :iS-2. une Ecole, ' où l'on prenoit soin de l'instruction des enfants,
f.ioi. Î05. quoiqu'on y étudiât les hautes Sciences. ' En 955 la Providence
fit naître une occasion qui manifesta et l'eslime qu'on Hiisoit du sçavoir de ces Solitaires, et la solidité de leur érudition. Abde- rame. Prince des Musulniaiss d'Espagne, envoïa une ambassade ù Olfon, Roi d'Italie et de Germanie, avec des lelres injurieuses à la religion chrétienne, quoique C(^ Prince recherchât l'amitié d'Ollon. Il h\t arrêté de députer vers lui des hommes sçavants, qui lussent capables d'ajouter de vive voix aux letres d'Ollon, ce qu'ils jugeroiont nécessaire, et de convertir même le Prince infidèle, si Dieu le pennelloit. Après quelques autres tentatives inutiles, de l'avis d'Adalberon Evèque de Metz, on s'adressa à (lOrze, pour avoir ces hommes sçavants ; et l'Abbé donna deux de ses Moines, Jean de Yendiere qui se signala dans cette am- f.Mc.Vri bassade, ' et le Diacre Garamanne qui en fut le Secrétaire.
Garamanne éloit tout propre à celte fonction ; aïant le talent 1.. îfiiîi:.!. i ':■:. d'écrire avec autant d'habileté (juc de vitesse. ' La réputation de "■'"• (iorze pénétra jusqu'.à Rome, et porta le Pape Agapit à en tirei-
des Moines \wnv réformer le Monastère de S. Paul dans la ville. André déjà avancé en âge, fut choisi pour l'exécution de ce d-x'sein. 11 seroit difficile de faire une juste énumeration de tous caii.oi.T ,..,v :. ics autres grands hommes ((ui sorlirent de Gorze. ' On connoît ■^■''■^'" onlr'autrcs Adalberon, Arclicvèqne de Reims; Rolliard, Evè-
M:(i.. :;i. que de Cambrai ; ' Odilon, issi'. d'une famille illustre, cl depuis
j'eslanraleur et Abbé de Stavelo ; Iluniberl, qui le fut de S. Êvre à Toul; Guiberl I du r.oni, fondalc.iu- de l'Abbaïe de Gcniblou; ii.-i'-,;.,j1s. ' S. Macali'ne, succ.xr!»^ .u-u: Abbé de Wassor et de S. Michel
,,.:!«;{. eu Tieraclie; ' Fr^'drric, ni;, le paternel d'Adalberon, Evêque
EN FRANCE. X SIECLU 27
de Metz, et dans la suite Abbé de S. Hubert ; enfin Rambert, qui le devint de Senone.
XXXVI. Avant que Rlidulfe se retinlt à Gorze, il fut sans doute de quelque secours à l'Ecole de la Cathédrale de Metz.
' Jean de Vendiere y étudia quelque tonqis. On y cnseignoit p. 308.37-2.
principalement la science du chant ecclésiastique, en quoi cette
Ecole se distinguoit dès le règne de Charlemagne. Rotland,
qui étoit un homme de pieté, et revêtu de la dignité de Diacre,
présidoit aux exercices du chant les premières années de ce
siècle. Comme l'Eglise de Metz fut gouvernée dans la suite par
des Evoques de mérite et de sçavoir, il est à croire qu'ils eurent
soin d'v maintenir les bonnes études. ' On loue entr'autres Vi- wiun, i. -2. p.
•' . • ' 1 . rri • • n- I • -^^1 Tilt. clir.
geric pour sa science en gênerai, et Ihierri, ou iJiederic, pour lùi. 1. 1. p. m?. la grande connoissance qu'il avoit de la discipline ecclésiastique. On fit aussi quelque honneur aux lelres dans les autres Eglises et Monastères de la ville. ' Il y avoit une école à S. Vincent, p- lo. à la tête de Kwiuelle étoit Adelbort, homme sçavanl, à qui Tri- théme attribue une chronique adressée i^ l'Evèque Adalheron. L'Auteur avoit eu soin d'y mettre une liste de tous les prédé- cesseurs de ce Prélat. ' On riarle au.^si avec éloge de Rernacer, m»''- il)- p. 373.
. 37()
Diacre de l'église de S. Sauveur. G'étoil un homme aussi habile dans la science du chant, que dans l'art de bien écrire, et qui avoit fait une étude particulière de ce qu'on nommoit alors l'A- rithmétique. ' Anstée fit passer ù S. Arnoul, lorsqu'il en fut Abbé p-ss?. 3S8. en 9i5, tous les exercices en usage à Gorze, où il les avoit suivis lui-même. Il vit au nombre de ses élevés, et eut ensuite pour successeur le docte Jean, Auteur de la vie de Jean de Vendiere, l'un des meilleurs morceaux de Litérature de tout ce siècle. ' Le M^ut- 'moc. t. 3. relief que ce successeur d'Anstée donna à l'école de son monas- ''' tere, y attira non-seulement les premiers de la ville, mais fit encore qu'on y accourut de Saxe et de Raviere y prendre des leçons : de sorte qu'elle devint un St'minaire d'Evêques et d'Abbés.
XXXVII. Si les Ecoles des villes voisines de Metz n'étoient pas aussi fréquentées que celle de l'Abbaïe de S. Arnoul, on a au moins des preuves qu'on n'y négligea pas entièrement les Letres. L'histoire abrégée de l'Eglise de Verdun, écrite par le Prêtre Rerthaire dans les premières années de ce siècle, nous est un garant qu'il se trouvoit alors dans cette Eglise des person- nes qui étudioient solidement. ' Dadon, sous qui Rerthaire écri- Cai. his. de- Lor, voit, nous est représenté comme un des sçavants Evêques de son ' ' ^'
Dij
28 ETAT DES LETRES
temps. 11 se mèloit quelquefois de poésie ; et nous aurons oc- p. looo. casion d'en parler plus amplement ailleurs. ' Il eut pour succes-
seur après le milieu du siècle, un autre Evèque de sçavoir et de pieté, en la personne de Yicfride. Celui-ci ctoit d'une naissance illustre ; et dans le dessein de se former sur le modèle des plus parfaits de ses prédécesseurs, il prit un soin particulier de recueil- lir leurs actes. Il put se faire que ce recueil fit naître l'occasion dans la suite, et servit même de plan à celui que nous avons Mab. ib. p. 07'2. sur les Evèqucs de l'Eglise de Toul. ' Au temps do Dadon, il "•-'■ y avoit à l'Abbaïe de S. Vanne, un reclus nonmié Iliunbert, qui
avoit la réputation d'être versé dans les Letres sacrées. L'at- tention que ce Prélat donna au Monastère de S. Germain de Montfaucon, autrefois du diocèse de Reims, et alors attribué à l'Eglise de Verdun, mais qui depuis longtemps est devenu une Collégiale de Clianoines Séculiers, contribua beaucoup à p. ;;7a. n. '2!. y faire revivre les bonnes études. ' André, grand homme de liCtres, et plusieurs autres sçavonts Bretons, aïant été contraints de sortir d'Angleterre leur patrie, pour éviter la fureur des Nor- mans, se retirèrent à Verdun ; et Padon les plaça à Montfau- con, cîi ils continuèrent paisiblement leurs exercices ordinaires. Spi..i. 1-2. p. :;'.('- ' Encore sur la lin du siècle les études cloient en quelcpie vigueur ''^'- dans ce Monastère, comme il paroît par deux letres d'érudition
d'un Abbé anonyme du lieu, dont on rendra coaqite dans la suite.
XXXVIll. Il paroît (pie les Etudes furent encore mieux
Mab. ib. p. .iTi. soutenues à Toul, qu'à Verdun. ' Einolde y avoit brillé par son
" "'• érudition tant sacrée que profane, avant que de se retirer à
i,.;ia'.).:;7(.. n. i::. Gorze. ' Au même temps le Diacre Berner, ipii avoit un talent
"' "^ singulier pour parler avec grâce, et le don de la persuasion, y
conduisoit les Ecoles, .fean de Vendierc étudia sous lui la
Grammaire, les premières parties de Donat, et le comput Ec-
cai.^ ib. p. s,s7. clésiasti(iue. ' S. Gauzlin et S. Gérard, qui gouverneront succes-
^"'''' sivement ri']glise de Toul pendant plus de soixante ans, depuis
022 jusipi'i'u 99 i, prirent un soin particulier d'y faire lleurir les
.\pp. p.'."7. i;;'i. Letres. ' Ils en étoienl fort instruits eux-mêmes, autant que le
Mis. ih. p. «13 1 siècle pouvoit le permettre. ' La réputation ([u'Adson, Moine
8i«''|'îïii''i^ i'!- 'le Luxcu s'étoit faite par sa science et sa vertu, quoiqu'il ne
"■ '"• fût encore qu'à la fleur de son âge, étant allée jusqu'à (iauzlin,
ce Prélat se donna tant de mouvements (ju'il l'obtint pour son
Diocèse. Il le plaça à l'Abbaïe de S. Evre, et le chargea du
soin des Ecoles. Bientôt ellfs deviin-enl si célèbres, que les
EN FRANCE. X SIECLE. 29
Clercs y alloienl étudior avec les Moines. ' Après qu'Adson ait. jb^n.iO|an. eut été fait Abbé de Monlier-en-Der, où il (it revivre les '''"'- sciences avec la discipline Monastique, les Etudes ne laissèrent pas de se soutenir dans l'Eglise de Toul. ' L'Evèque Gérard, Man. anpc. t. 3. sans cesser les instructions qu'il donnoit fréquemment à son peu- ''' *^^' ^*'^''' pie, prit lui-même soin de former ses Clercs, sur tout au minis- tère de la parole. Il y réiissit si heureusement, qu'on ne voïoit point dans toute la Belgique d'Eglise, où il y eût plus de lumière, soit parmi les Ecclésiastiques, soit parmi les simples Fidèles. L'ardeur qu'avoit ce pieux Prélat pour s'instruire lui-même, est pres(jue incroïable. Tout fatigué qu'il étoit des travaux du jour, il avoit encore des personnes préposées, qui lui faisoieut des lectures tour-à-lour pendant qu'il étoit au lit. On parlera ailleurs des Communautés de Grecs qu'il avoit dans son Diocèse.
XXXIX. ' Il y avoit aussi de petites écoles pour les en- Mab. aci. «. 7. p. fants, dont il est fait mention en plus d'un ^endroit. Elles exis- ^'^■"•'^• toient au moins dès le temps qu'Einolde faisoit l'ornement de cette Eglise, et se soùtenoient encore à la fin du siècle. ' On y Mait. ib. p. io78. adniettoit les enfants au moins dès l'âge de sept ans. Et afin que la première teinture qu'on leur donnoit des Lelres, pût servir à leur inspirer de la religion, l'on conuuençoit par leur faire apprendre le Psautier. ' Hiculfe Evêque de Soissons, mort au Conc. i. 9.p. 421. commencement de ce siècle, parle de ces petites Ecoles, dont ' ■ "'^ les Curés étoient ordinairement chargés. On avoit soin pour la bienséance, que les filles ne fussent point mêlées avec les gar- çons. ' Il est marqué dans la vie de Dadon, Evèque de Verdun, .Spi-.t.i2. p.20i. dont ou a déjà parlé, (ju'il avoit une grande attention à faire instruire, ou à instruire lui-même les enfants. ' Ou lit la même Mart. amp. coll. chose d'Everaclc ou Eracle, Evêque de Liège après le milieu '■ *' '*" *^' du siècle, et non pas ' de Trêves, comme le qualifie un de nos Le Beuf, t. 2. p. Sçavants modernes. Ce sage Prélat vouloit qu'à l'égard de cette ''' jeunesse, et des autres qui avoient moins d'ouverture, on leur tournât et développât les choses en cent façons, jusqu'à ce qu'ils les comprissent; et c'est ce qu'il faisoit très-souvent lui- même avec une extrême bonté. ' Notger, un de ses successeurs, Mab.ib. pr.n.23. n'étoit pas moins soigneux de l'instruction des enfants. Ces exemples suffisent, pour qu'on ne doute pas qu'il n'y eût aussi alors de petites Ecoles, dans tous les endroits où l'on ne négli- geoit pas les Letres. L'existence des Ecoles où l'on ensei- gnoit les hautes sciences, est une preuve complette qu'il y en avoit de petites ; puisqu'on ne pouvoit parvenir aux autres, sans avoir passé par celles-ci.
30 ETAT DES LETRES
Tiit. il), p. 51 I XL. ' Dès la fin du siècle précèdent les Etudes étoient floris- loi'i Mab a^n.*!.' santcs duHS l'Eglisc de Liège. Francon, Prélat d'une grande nais- :«. 11. 10. sanco, qui la gouverna jusqu'à 901, ou plutôt 90.1, y fit passer
les sciences qu'on enseignoit dans le Palais de Charles le Chau- Tiit, m. vir. gPF. ve, où il les avoit étudiées lui-même. ' Il le iit avec tant de *"■ ^'^^' succès, (ju'il devint Philosophe, Rhéteur, Poëte, et habile dans
la ]\Iusiquc. A ces qualités acquise?, s(^ trouvoient joints une vivacité de génie, un don singulier de la parole, et beaucoup de verlu. Avec tous ces lalcnis, il ne pouvoit faire que beau- coup de fruit à la tèl(; des Ecoles, qu'il dirigea longtemps lui- m»>mc : Multos in omiii seiciitio discipulos (hictissimus cnutrivit. sijîi-i). (In;, .ai. ' A. Francon succéda Etienne, autre Prélat fort sçavant, ({ui non- iKuiini. ib. se^^ienient possedoit la Musique et le Chant Ecclésiastique; mais qui avoit aussi l'ait une; étude particulière de la Liturgie et des belles Letres, quoiqu'il écrivît mal. En qualité d'Evêque de Liège et d'Abbé de Laubes, il prit soin de soutenir les Etudes dans l'une et l'autre Ecole ; et ce qu'il fit en leur faveur, con- tribua à y conserver pendant tout ce siècle et le suivant, l'amour svvrr. aib. i.ni^'. dcs Lctrcs ct Une suite de sçavants hommes. ' Entre ceux qu'il F/il., iciii. p.m forma lui-même à Liège, on compte llilduin, surnommé Tas- son par ([uelqucs Auteurs, qui fut successivement Evoque de l>iege, puis de Vérone, et Archevêciuc de Milan, et ;\ qui l'on attribue des écrits qui appartiennent à Falcuin, Abbé de Maii.ib. |...%9. Laubes. ' La, présence du docte Rathii'r, autre élevé de l'Evè- que Etienne, à l'Ecole de Laubes, ne l'ut pas inutile à celle de Liège, lors(|n'en 953 il quitta l'Évêché de Vérone, où par la Inmiorc de sa si ieiice il avoit travaillé à dissiper les ténèbres épuises (]ui olfusquoient l'Dalie, et fut placé sur le Siège épisc(q)al di' Li''ge, (ju'il occupa jus([u'en 950. î'r 'hlv'"- '''• ■•^'^'- ' " '1'' P"'- h)utelbis en si peu de tiMn|)s, réparer les ilommages qu'avoieid. soulferts les Eludes penilant les troubles qui agileieut alors celle llglise. Jlais Everacle, l'un de ses plus seinanls disriples, (pii lui succéda après Raldric, l'entreprit l'I l'exécuta avec succès. On a déjà vu .qu'il se faisoit un devoir d'enseigner (|uelquefois lui-même la jeunesse. Il avoit si fort à C(eur le progrès des Eliidianis, qu'étant obligé de s'absenter sou- vent de son Eglise, \)0\\v les aiïaires de l'Empereur Olton 11, et de lhniHin,'Areh(;vè(}ue de Cologne, (|ui ne pouvoient se passer de ses conse'is, il portoit l'attenlion jusiju'à envoïer aux Maîtres et aux disciples de pelif.cs pièces d(! vers de sa façon, afin de pi(|iier respecliveme réniulation des uns et des autres,
Iii7. lus.
EN FRANCE. X SIECLE. 31
' L'Ecole de Liège acquit un nouveau lustre sous l'Episcopat Mab. an. ib. i de Notger, successeur d'Everacle. Ce Prélat, un des plus stu- Saî'i' pv. n. 4^>'j dieux de la fin de ce siècle, étoit si zélé pour l'instruction de Aib. ciu. an.wi. ses élevés, qu'il ne faisoit aucun voiago, sans en avoir toujours quelques-uns en sa compagnie, afin de les former par lui-même. Son attention à leur procurer de bons Maîtres, et leur fournir les livres, et autres choses nécessaires pour leurs études, étoit incomparable. De cette Ecole sortirent alors plusieurs grands hommes, qui furent célèbres dans l'Eglise, et qui répandirent la doctrine qu'ils avoient puisée à Liège, en divers endroits de la France, de la Belgiiiue, de la Germanie, et autres pais encore plus éloignés. On nonnne entre autres S. Maurille, Archevêque de Roiien ; Gonler ou Gontier, qui le fut de Saltzbourg; Rolhard et Herluin de Cambrai; Ileimon de Verdun; Ilezelon de Toul; Adelbaldo d'Utrecht; Durand et Vazon de Liège ; Otbert, qui réforma les Chanoines d'Aix- la-Chapelle, et Hubald ou Ilul>old, qui après avoir enseigné à Paris, alla illustrer la Bohême par sa doctrine et sa vie évan- geli(|ue. De Liège Durand passa ensuite à l'Eglise dj Bamberg, où il prit soin de faire enseigner les Arts libéraux.
XLIL ' A Laubcs au même diocèse de Liège, les Etudes nod. cin. «n. n'étoient pas moins (lorissanles qu'à la Cathédrale. Aussi ce i*'"42.'n.*!w.' ""' Monastère se trouvant alors uni à celte Eglise, fut longtemps gouverné par les Evèques diocésains. Les plus illustres Elevés de cette Ecole, au comniencement du siècle, sous l'Evèquc Etienne, furent Rathier, Scamin et Theoduin. On ne sçait rien autre chose de ces deux derniers ; mais il y en a beaucoup à dire sur Rathier, qui devint un des plus sçavants hommes de son siècle, quoi qu'un des plus in(|uiels et des plus turbulents. ' La spic. t. o. p. wû. réputation de son grand sçavoir le lit appeller à la Coui' d'Ot- ton I, où il brilla entre les autres gents de Lclres qui s'y trou- voient : habclur inter Paktliiios Ph'dosopitos primus. Il contribua plus que tout autre à former aux sciences, Brunon, frère du Roi, et depuis Archevêque de Cologne, l'un des plus doctes Prélats de son temps, et le plus zélé à étendre l'eiiqîire des Letres. ' Après qu'on eut jugé à propos de donner à Laubes Mai i.ib. pi. 11.55. des Abbés réguliers, on y en vil dès ce siede-ci troi:^ d'un mé- ''*'■ ^^' rite distingué, et fort propres à y soutenir les Etudes : Aletran, Folcuin et Ileriger. Le premier joignoit à l'éloquence un grand fonds d'érudition sacrée et profane. Les deux autres sont assés connus par le mérite de leurs écrits, qui nous obhgeront de
par. 3. p. 57't.
32 ETAT DES LETRES
parler d'eux plus amplement dans la suite. Adelboklc, depuis Chancelier de l'Empereur Henri, et Evoque d'Utrecht, qu'on a déjà vu paroître à l'Ecole de Liège, perfectionna ses étu-
Tiit. il) p. 121 I des à celle de Laubes ; ' et S. Burcliard, Evêque de Wormes dans la suite, dont il y a un Recueil célèbre de Canons, y fut instruit dans les Letrcs. Olbert ou Adelbert, dont on aura occasion de parler au siècle suivant, y dirigeoit alors les Ecoles.
XLIII. L'Evêque Notger, qui fit tant d'honneur à celles
Pez,^anec.^io. i. de la Cathédrale de Liège, avoit été instruit à S. Gai, ' où les Etudes ne paroissent pas avoir souffert du dépérissement considérable en ce Siècle. Si contre le dessein que nous avons formé, d'abandonner aux Allemans depuis la fin du IX Siècle, les Métropoles de Trêves, de Maïence et de Cologne, nous disons ici un mot de l'Ecole de S. Gai, c'est que nous nous sommes réservé le droit do parler des Sçavants que nous sça- vons être nés sujets de nos Rois, et qu'il s'en trouvoit encore quelques-uns à S. Gai au commencement de ce X Siècle. IJ'ailleurs, cette Abbaïe continua à fournir des hommes de Letres à quelques-unes de nos autres Ecoles, où ils portèrent la doctrine qu'ils y avoient puisée. Outre Notger qu'on vient
M;iij. il). 1. il. 11. (le nommer, ' Thierri ou Riederic, Evê(|ue do .Metz, y avoit
1.45. .1.75 1 Pcz, fait ses études sous Kerold, Ecolastrc de la Maison. ' Victor,
ib D 575 • .
issu d'une illustre famille, et Moine du même endroit, où il avoit été formé aux Sciences sous les Notkers et sous Gerald, fut appelle, après une avanture assés singulière, à Strasbourg par l'Evoque Erkenbald son proche parent, et y enseigna avec tant de fruit, que les Ecoles de la Ville devinrent llorissantes. C'est ce qu'un Auteur presque contemporain n'a cru pouvoir mieux exprimer qu'en ces termes : Urbcm cjus doclrinis flori- p"i3tX5'i58"i ^'"'"" ' I^'^^S'is" de Strasbourg eut l'avantage d'être gouvernée (•.aii.riir. l'iov. t. pendant tout ce Siècle, par des Evêques fort insiruits, dont '■ '' '■ ' plusieurs n'épargnèrent ni soin, ni dépense, pour enrichir de
bons Livres la Bibliothèque de leur Cathédrale, et dont quel- ques-uns laissèrent mèmc! des productions de leur sçavoir. Ou- tre ceux qui reviendront dans la suite sur les rangs, Richwin étoit aussi versé dans les Letres divines, qu'illustre par ses ver- tus. Rolliard ou Rudhard passoit pour le plus habile Prélat de son temps dans l'érudition sacrée.
XLIV. Nous avons dit ailleurs, que Rémi d'.\uxerrc avoit enseigné publiquement à Paris, à la fin du Siècle préce-
EN FRANCE. X SIECLE. 33
dent; et que c'est-là la preuve la plus plausible du commencement de cette Ecole si célèbre, qui porta depuis le titre d'Université. ' Il put se faire que le séjour de nos Rois dans celte Ville, dont l'icur. dise. 5. n. ils firent leur Capitale en ce Siccle-ci, ne contribua pas peu à y attirer de bons Maîtres. Il est au moins vrai que l'on ne dis- continua pas d'y enseigner dans la suite des temps. ' Peu après Mab. act. b. t. 8. le milieu du Siècle, Abbon qui avoit déjà fait ses premières ^' études à son Monastère de Fleury, y vint étudier la Dialecti- que, avec l'Astronomie, la Géométrie et la Rhétorique, ap- paremment sous les Elevés des disciples de Rémi. ' Enfin le Mait. ih. p. 865.
{;.,,,,•, , , •. • 8(i(i| Lau. ib. p.
Siècle n etoit pas encore révolu, qu on y vit enseigner avec igg. beaucoup de réputation, Hubald ou Hubold, jeune Chanoine de l'Eglise de Liège, que nous avons confondu, t. IV, p. "251, avec Ilucbald de S. Amand, sur l'autorité d'un Auteur célèbre, d'après qui nous avons placé cet événement près d'un Siècle trop tôt. llubold se fit beaucoup d'amis à Paris. Il s'attacha particulièrement aux Chanoines de Sainte Geneviève, et for- ma en peu de temps un grand nombre de Disciples : in hrevi multos Sc/iolat'iiim insfriixit. Mais comme il avoit quitté son Eglise à l'inscn de Notger son Evèque, ce Prélat jugea à pro- pos de l'y rappeller. Il lui permit cependant ensuite de reve- nir à Paris, on Hubold enseigna encore quelque temps. ' Si Mart. ii). p. 5W. Ton s'en rapportoit à Werner Titian de Juillicrs, il faudroit ^*^" encore compter entre les Professeurs de l'Ecole de Paris en ce Siècle, le docte Brunon, depuis Archevêque de Cologne; mais c'est ce qui est destitué de toute preuve solide.
XLV. Il paroit par-là que les Etudes furent alors rcnou- vellées à Sainle-Geneviéve à Paris. Elles se soutinrent sans dou- te à S. Germain des Prés, où elles étoient en vigueur au Siè- cle précèdent. ' Abbon, Moine du lieu, qui aïant été instruit spic. t. 9. p. 79. par Aimoin, vécut jusqu'au-delà de 920, avoit la réputation de sçavoir beaucoup, quoiqu'il n'eût pas le talent de bien écrire. On a vu que les Evèques avoicnt recours à lui, afin d'en tirer des instructions pour le Clergé de leurs Diocèses. Si au reste les Letres y étoient tombées avant la fin de ce Siècle, ' le B. Mab. act. 11. t. 7. Guillaume, Abbé de S. Bénigne, ne manqua pas de les y re- l"'•"•^• lever, comme il faisoit ailleurs, lorsqu'il y établit l'Institut de Cluni. 'On continua de les cultiver à S. Denys, au môme Dio- reUb. lust. de s. cèse de Paris. Outre les petites Ecoles pour l'éducation des ^p. «5. enfants, 'on y étudioit les plus hautes Sciences, les profanes, Trit.ciu-. iiir.t.i. comme les sacrées. C'est-là que fut instruit dans l'une et l'au- ''•^'''
Tome VI. E
34 ETAT DES LETRES
tre Literature où il fit un grand progrès, le Moine Hiede- manne, depuis Archevêque de Sens. Tri thème qui relevé beaucoup son sçavoir, assure qu'entre les autres productions de son génie, il avoit composé un beau Traité sur la Musique, un autre du Compul ecclésiastique, et quelques autres Ecrits dont il n'avoit pas la môme connoissance. Avant Hiedeman- ne, l'Eglise de Sens avoit été gouvernée par Gerland, autre Prélat très-versé dans toute sorte do Sciences : Vir in otnni ge-
Spic. t. 2. p. 727. nere Scientiarum doctissimns. ' Candacher, Chanoine de la mê- me Eglise, vers le milieu du Siècle, passoit pour un grand Phi-
Math.cnt.Ep.Scn. losopliQ. ' Lcs Etudcs étoicnt florissantes dans quelques Mo-
feab;*ib''n^ M^"* ' nasteres du même Diocèse, sur-tout à S. Pierre le Vif, l'une des premières Abbaïes où passa la réforme de S. Odon. A Fer- rieres, on voïoit encore alors quelques légers vestiges des le-
Montf. ib. 5ti. 00. çons quc le docte Loup y avoit autrefois données. ' Ecfride,
72. 76. Moine du lieu en ce Siècle, laissa de sa façon un Poème sur
S. Grégoire le Grand. Il étoit en liaison avec Walon ou Ga- lon, Evèque de Troïes, qui lui adresse une Letre encore ma- nuscrite, comme le Poëme d'Ecfride.
Xrit. ib. XLVI. ' Gerland, Archevêque de Sens, qu'on vient de
nommer, étoit d'abord Moine de S. Germain d'Auxerrc, où il avoit été instruit par les Disciples de Rémi, ou du R. Ilei- ric. L'Ecole de ce Monastère, non plus (jue celle de la Ca- thédrale, ne souiïrirent point d'interruption pendant tout ce Siècle. Les Elevés de ces deux grands Maîtres en perpétuè- rent les exercices, et soutinrent au moins en partie, la répu- tation qu'elles avoient acquise. \\ n'en fiiut point d'autres preu- ves que le sçavoir de Gerland, et les autres traits historiques
Fiod. 1. 4. c. 28 1 qu'on va lire. ' Gui ou Widon, homme de Letres, et Evèque
Du ches. t. 2. p. j^ j^^ ^^\\\Q^ dirigeait lui-même les éludes de ses Clercs. Ce fut à lui qu'Herbert, comte de Vermandois, confia vers 925 l'ins- truction de Hugues son fils, à qui il avoit fait tomber l'Ar- chevêché de Reims, quoiqu'il ne lût qu'en la cinquième année de son âge. Le Prélat se chargea de son éducation, et lui en-
.Mari. ib. I. (i. scigua Ics Lctrcs pendant quinze ans. ' Un Necrologe de la même Eglise d'Auxerre, commencé au neuvième Siècle, et fini dans le onzième, marque les jours de la mort de plusieurs Maîtres célèbres, tant de la Calheilrale que de l'Abbaïe de S. Germain : ce qui monliv, la continuation des Etudes dans l'une
p.7(.w. et l'autre Ecole. ' Au seiziènuî de Juillet, on lit ces paroles :
Mort d'itier, Moine et Duct'ur incomparable, hoclor exi-
EN FRANCE. X SIECLE. 35
mins. ' Au seizième d'Août : ce même jour mourut Odon, qui p. 7ig. enseignoit à S. Etienne, c'est-à-dire à la Cathédrale. ' Au cin- r-7i9. quiéme de Soptendtre : mort de Lambert, Diacre et excel- lent Docteur. ' Au vingt-troisième d'Octobre : ce même jour p "3î2. mourut Clément, qui brilloit par toute sorte de connoissan- ces, omni sapicndœ litcc coruscans. ' Enfin au quatrième de De- p- 733. cambre est marquée la mort d'Etienne, Prévôt de la Cathé- drale, Prêtre d'un mérite extraordinaire, et excellent Profes- seur de l'Ecriture Sainte. ' Encore sur la fin de ce Siècle on vit Ek.is.Du1. t. i.p. enseigner à la même Ecolo, Jean, qui se signala par son élo- quence dans la défense d'Arnoul, Archevêque de Reims, et que son mérite fit successivement élever aux dignités d'Archidiacre et d'Evê(|ue de l'Eglise d'Auxerre.
XLVIl. Abbon qu'on a vu étudier les hautes Sciences à Paris et ;\ lieinis, retourna les enseigner à Fleuri son Monas- tère, où il avoit fait ses premières études. On sçait que cette Ecole étoit llorissante dès le Siècle précèdent. En celui-ci elle devint encore plus illustre. ' S. Odon, abbé de Cluni, n'en Mab. an. i. «. n. eut pas réformé les Moines, ce qu'il fit en 930, avec difilcul- ^^' té ù la vérité, mais avec un succès aussi prompt qu'il fut heu- reux, qu'on y vit aussilùt la science aller de pair avec la pieté. Pendant que le saint Abbé gouverna le monastère, le concours des étrangers, tant Laïcs que Chanoines, et Evêques môme, y fut prodigieux. La preuve que le saint Rélorniateur prit soin d'y faire revivre les Lolres comme la discipline rogidiere, c'est qu'encore aujourd'hui on voit parmi le peu de Manuscrits (jui y restent, quelques-uns de ceux (ju'il y fit faire, nommément celui de l'ouvrage de Paterius, disciple de Saint Grégoire le Grand. ' On trouve aussi qu'Anselle, Moine delà Maison, lui Kior.hisi. ms. p. dédia un de ses Ecrits, et qu'il dirigeoit les Ecoles sous son ^"*' gouvernement. D'ailleuis nous avons montré plus d'une fois que la culture des Leires et la bonne discipline sont toujours connexes. La Ribliolliéque de Fleini devoit êlre fort riche, ' si C(> qu'on en dit est bien vrai. L'on prétend (juc chaque Etu- nib. i.i. p. 30i. diant étoit obligé d'y mettre deux l'^xemjjlaires di; quel(|ue ouvrage ancien et mudenic. Mais sans avoir recours à un fait qu'il seroit dinîcile d.; gnranlir, les diverses lacultés de Lite- rature que l'du cultiva dès-lors dans ce monastère, et le îjrand nombre de Manuscrits (|u'on y voioit autrefois, dont plusieurs n^moiiliiieiil jusqu'à ces teinps-ri, suOisent pour constater que la Uibliolliéque étoit nombreuse, et fournie de bons Livres.
Eij
36 ETAT DES LETRES
Gerb. ep. 25 1 Le ' Oii y Irouvoit mèiiie alors des ouvrages qui ne paroissent plus Beuf,t.2. p. 19. ji^jjg pgj,^ aujourd'hui. Tel est le Traité de la Picpublique par Ciceron .
XLVIII. La réputation que Fleuri s'étoit acquise par sa science et sa pieté sous S. Odon, il la conserva sous ses suc- Mab. ad. B. 1. 7. cesscurs. ' Elle fut même si éclatante dans la suite, qu'elle pé- &'he^t.ap.3i3'' netra jusqu'en Angleterre. Ceux de ce pais qui vouloient sui- Angiisac. i.i.p'. vre l'observance Monastique la plus exacte, la venoient pui- ser à Fleuri, qu'ils en regardoient comme une source très- pure. C'est de-là que saint Odon, archevêque do Cantorberi, dans le dessein qu'il avoit formé de pratiquer la Règle de saint Benoît, à l'exemple de ses prédécesseurs, fit venir en 94*2 des Moines pour l'en instruire, et lui donner l'habit Monastique. Au bout de dix-huit ans, S. Oswald, depuis Evoque de Wor- chestre et ensuite Archevêque d'Yorc, et (juelques autres Pré- lats, animés du même esprit que saint Odon, vinrent eux-mê- mes à Fleuri, se former sur les lieux aux exercices qu'on y sui- Mab. ib. t. 8. ji. voit. ' S. Oswald, en s'en retournant en Angleterre, y porta fi%^ an f' '''"'' une si haute estime des pratiques de Fleuri, ([u'étant élevé à l'Episcopat, il y envoïa demander quelques Moines, pour ré- pandre en son pais la lumière de la science. On lui accorda Abbon, déjà Ecolàtrc du Monastère, que le saint Prélat plaça à Rampsey. Abbon y enseigna l'espace de deux ans, et rendit à l'Angleterre, en cette occasion, une partie de ce que la Fran- c. 7. p. 20i. 208 1 ce lui dcvoit, pour en avoir tiré autrefois le célèbre Alcuin. ' mm*™'*''' Les mêmes motifs qui avoient porté les Anglois à attirer chés eux des Moines de Fleuri, et à y aller eux-mêmes s'instruire, dé- terminèrent Gombald, Evêque en Gascogne, et le Duc Guil- laume Sanche son frère, à lui soumettre l'abbaïe de la Reolc. Ils les déclarent eux-mêmes, ces motifs, dans une Charte im- primée : la réputation générale et non suspecte que Fleuri avoit acquise, tant par ses exercices literaires, que par l'exacte ré- gularité de sa conduite, quippc lucifrram famam de conim spc- ciali Schola et sinrjulari conversationc aiulicramiis. Mab.ib.i.8.v. il. XLIX. ' Abbon de retour à Fleuri, y reprit ses études or- *^"' dinaires, sans que la charge d'Abbé de la Maison, dont il fut
bientôt revêtu, fût capable de les lui faire interrompre. Il n'en eut que plus d'autorité pour porter ses Moines à l'amour des Lelres, qu'il avoit soin de leur recommander comme utiles p. ay. n. ;î, à la pieté. ' Lorsqu'il éloit à la tète de l'Ecole, il y enseigna tous les Arts libéraux. Il donna cependant une application
EN FRANGE. X SIECLE. 37
particulière ù l'élude de la Rhélorique, de la Dialectique, de l'Astronomie, de la (jcometrie, et de la comioissance des temps ; et par ce travail il réussit à mettre ces facultés de literature dans un plus grand jour qu'elles n'étoieiil auparavant. Quoiqu'on ne par- le ici que des Arts libéraux, ce n'est pas à dire qu'on n'étudiât pas aussi à celte Ecole les sciences ecclésiastiques. ' On le fit bien aulo. ,ipoi. p. voir au lenqis de l'erreur populaire, qui annonçoit comme pro- chaine la fin du monde. liicliard, alors Abbé du Monastère, et Abbon, entreprirent de la comballre, et réussirent à en démon- trer la fausseté. L'on n'y avoit pas moins de connoissance des matières Lituryiiiues, que de la bonne Théologie, comme il parut avant la lin de ce siècle. Il s'éleva alors une dispute tou- chant le jour auquel on doit conunencer l'Avent, lorsque la Fête de Noël tombe le Dimanche. Les Chanoines d'Orléans soûtenoicnt, qu'il falloit le commencer quatre semaines entières auparavant, et le commencèrent en cfiet le vingt-sixième de No- vembre en l'année de cette rencontre. Les Moines de Fleuri au contraire ne le comnicnccreiil que le troisième de Décembre : et les raisons qu'ils en apportèrent prévalurent, et ont servi ;\ ap- puïer l'usage qu'on suit encore aujourd'hui dans l'Eglise. On se représente sans peine combien étoil brillante cette Ecole, où l'on enseignoit tant de diverses Sciences et avec tant de succès.
L. Elle reçut un nouveau relief sur la fin du siècle, ' par l'union Giib. cp. 87. 'J2 1 qui s'y fit des nouvelles découvertes de Gerbert, ' avec celles lia^aîr^ " '■ ^ ''^ d'Abbon, au moins des liaisons étroites (|ui étoient entre cet autre restaurat(!ur des Letres, et Constantin, Moine de Fleuri. Constantin avoit succédé à Abbon dans l'emploi de Modérateur des Ecoles, et gagné l'amitié et l'estime de Gerbert, qui ne parle de lui qu'avec de grands éloges : Sc/éoluslictis, dit-il de lui,fl(/- pi'ime cniditvs, mihique in umicil'ui i:onJHiicf.issimus. Gerbert nous le représente ailleurs, connue celui qui lui donnoit 1(^ secours le plus consolant dans ses travaux literaires : o nii tlulcc so/amni lu- bormn Constant'uic ! Une si grande liaison ne lui iiermeltoil pas de rien cacher à Constantin, des nouvelles connoissaaces qu'il acqueroit tous les jours. Nous avons encore une letre qu'il lui écrivoit, pour lui apprendre la manière de construire des Sphè- res ; et en une autre occasion, il lui dédia son traité de la divi- sion des nondjres. On ne voit point que Constantin avec le fond d'un sçavoir si varié, ait laissé aucune production de sa plume. ' Adalberon, Archevêque de Reims faisoit beaucoup cerb. ep. U2. de cas de son mérite. Il ne faut pas au reste le confondre, cora-
38 ETAT DES LETRES
Egas. Bui. ib. p. me ' fait M. du Boulay, avec Constantin, Abbé de Mici, à qui ^^- Geiberl adresse aussi quelques-unes de ses letres. Il seroit impos-
sible de faire une juste énumeration de tous les grands Hommes qui sortirent de rEcole de Fleuri en ce siècle : quoique nous Fior. bib. ib. soïons bien éloignés d'adopter ' le sentiment de quelques Mo- dernes, qui prétendent qu'on y comptoit alors quelquefois, jusqu'à cinq mille étudiants.
LI. A ceux dont on a déjà eu occasion de faire connoître le mérite, il faut ajouter les suivants. D'abord on doit y oompren- Mab.act.ib.p.32. (Jre ' Ics cinq Abbés qui gouvernèrent le Monastère depuis S. Odon, jusqu'au temps qu'Abbon fut élevé à la même dignité. Ils avoient tous du mérite, et firent honneur à Fleuri. Wlfade l'un t. 7. p. 191 1 Ab- d'entre eux, fut choisi pour Evoque de Chartres. ' Richard son ''"''''' successeur éloit homme d'esprit et de sçavoir. Oylbold prédé-
cesseur immédiat d'Abbon, avoit le talent d'écrire avec plus de politesse qu'on ne faisoit communément en son siècle. On Mab. ib. t. 8. p. en jugc ainsi ' par le fragment d'une de ses letres qui nous. a été t. 7. p. 494. conservé. ' S. Cadroé, depuis Abbé de Wassor, et ensuite d'un t. 8. p. 40. autre monastère, est encore un des élevés de Fleuri. ' Germain,
Moine du lieu, en fut tiré pour être Abbé de Ramsey en Angle- His. de Biet. 1. 3. terre. ' Le Prince Guerech, fils d'Alain Barbe-torte, Com- p. 82. 84. ^^ j^ Nantes, y fut aussi élevé dans les Letres : de même que
Bal. his. Tui. p. ' Bernard, Abbé de Tulle dans la suite, puis Evoque de Caliors. Mab. an. 1. 52. p. ' Flcuri comptc encorc au nombre de ses élevés, Gauziin, fils ■''■■'^- naturel de Hugues Capet, et successivement Abbé de la Mai-
son, et Archevêque de Bourges ; Hervé, Thrésorier de S. Mar- tin de Tours, grand homme de pieté, qui engagea Aimoin à )-io.his.iu.p.98G. écrire la vie d'Abbon, et à qui l'Auteur la dédie; ' Bernon, Ab- bé de Richenou. Il y a quelques écrits de ce dernier, dont on pourra parler sur le siècle suivant. Il étoit à Fleuri dès le temps que s'éleva la dispute sur l'Avent, de laquelle on a fait mention. Il étudia par conséquent sous Abbon qui dirigeoit alors les Eco- les. Il ne faut pas oublier Aimoin et Helgald, deux Historiens célèbres pour leur temps, qui eurent aussi l'un et l'autre Abbon Pist.angi.scri. p. pour leur Maître: non plus ' qu'Oswald, Moine de Worchestre ; 181.182. différent de l'Evêque du lieu de même nom, qui aïant pris à
Fleuri des leçons de Constantin, a mérité par ses Ouvrages d'ê- tre compté au nombre des illustres Ecrivains d'Angleterre. LU. A Mici, ou S. Mesmin au même diocèse d'Orléans, Mab. act. B. 1. 1. on ne négligeoit pas non plus les bonnes Etudes. ' Letald, Moine p. . 11. 3t. j^ j.g^^ j,^^ jgg pj^^ judicieux Ecrivains de ce siècle, y fut ins-
EN FRANCE. X SIECLE. 39
truit dans les Letres dès son enfance ; et il paroît par le progrès qu'il y fit, que l'Ecole cloit entre les mains d'habiles Maîtres. C'é- toit sur la fin de ce siècle qu'il florissoit; ' et il nous fait connoî- p. 598. u.3. tre un de ses confrères, autre Moine de Mici, nommé Pierre, qui y brilloit aussi par son sçavoir. Pierre en se consacrant à Dieu dans ce Monastère, y porta entre autres choses des recueils d'histoires diverses, qu'il avoit revues et corrigées lui-même, proprio labore corrcctos et disliiiclos. On comprend par-là qu'à son sçavoir il joignoit du jugement et quelque critique. Les études qu'on faisoit alors à Mici, purent recevoir quelque de- gré de perfection par les nouvelles découvertes ' de Gcrbert, qui an. i. r.i.n. w. étoit en relation avec (juclques Moines du lieu. Il en avoit par- ticulièrement avec Constantin, homme de Letres, qui y rem- plissoit la dignité de Doïen, et qui en fut ensuite Abbé. Albert un de ses successeurs au siècle suivant, y Hiisoit alors ses éludes. ' i. r.2. n. r,2 | an Il y a de lui deux letres à autant de Papes : l'une qui est la dou- '■ '■'■ '"*'' ziéme entre celles d'Abbon de Fleuri, à Jean XVIII, l'autre à Jean XIX. ' Gerbert avoit aussi des liaisons à S. Julien de cnh. .p. «t. h Tours : ce qui contribua à y soutenir les éludes, que S. Odon *^'''' '"''^ y fit sans doute revivre, lors qu'en 937, il y fit passer son Ins- titut. Sur la fin du XI siècle ce Monastère étoit gouverné par Ecbert ou Euvrard, qui étuit un de ceux qui Iravailloient à en- richir la bibliothèque de Gerbert. Gerbert nous le donne lui- même pour un Abbé reconimandable par son éloquence et l'in- tégrité de sa vie, qui le faisoient continuellement briller comme un astre dans l'Eglise de Dieu. An non frœfiilgidum fidus pater Ecberlus ? On n'a cependant aucun écrit d'un si grand Homme, sinon un fragment de letre, raporté par Gerbert dans une des siennes.
LU. Il est à présumer que l'Ecole de S. Martin de Tours, oii S. Odon avoit étudié la Grammaire avant la fin du siècle précèdent, subsistoit encore en celui-ci. ' Il y en avoit aussi une caii. cin-. vpt. à l'Abbaïc de Cormeri au même Diocèse, dans laquelle Guy, ^- p'-^'O-'^w^- fils de Foulques, Comte d'Anjou, et ensuite Evètjue du Puy, fut instruit dans les Letres. ' L'exacte discipline qu'on suivoit au Mai., ad. i. 7. Monastère de S. Savin en Poitou, est un juste préjugé qu'on y '•*''''■ '-*'•' entretenoit de bonnes Eludes. On y élevoit des enfants dans les Letres comme dans la pieté : témoin S. Ilugues, issu d'une fa- mille très-distinguée dans le pais, qui fut depuis Reformateur de l'Abbaïe de S. Martin d'Aulun. ' L'Abbaïe de S. Martial de r..- uour, i. 2, Limoges s'étant associée vers 942 à celle de Fleuri, qui étoit ' '""'
iO ETAT DKS LETRES
alors si ilorissante, il est à croire que cette association occasionna à S. Martial un renouveliciTient d'Etude. Le nombre assez con- sidérable d'anciens manuscrits qu'on a fait passer en nos jours de cette Abbaye sécularisée à la bibliothèque du Roi, et dont la plupart sont le fruit du travail des anciens Moines de la Maison, est une preuve de leur application à cultiver les Letres. Il faut
Montf.ib.p.ii.^o. porter le même jugement ' de l'Abbaïe de Moïen-Moutiers, et pour les mêmes raisons. Il nous reste en effet des Moines de ce Monastère, plusieurs manuscrits faits en ce siècle, entre lesquels
p. 1243. il y en a qui contiennent divers ouvrages profanes. ' A Jumie-
ges sous l'Abbé Annon dès la fm dn siècle précèdent, on s'a- donnoit au même travail : ce qui se pratiqua dans presque tous les autres Monastères, où l'on suivoit la Règle de S. Renoît. On étoit donc studieux des bons livres dans toutes ces Maisons, puis- qu'on se donnoit la peine de les copier.
Cod. can. p. 3(38. LIV. ' Avant que les deux Eglises d'Arras et de Cambrai fus- sent divisées, ce qui arriva à la fm du XI siècle, on avoit dressé l'ordre qu'elles dévoient observer dans la célébration de l'Office les jours de Dimanches et de Fêtes des Saints. Cet ordre est au moins de la fin du X siècle, ou du commencement du sui- vant. A la fin se lit un article qui concerne les Ecoles de Gram- maire, et du chant ecclésiastique. Ces Ecoles étoient non-seu- lement pour les clercs, mais aussi pour les enfants laïcs. On de- voit prendre un soin particulier d'instruire les uns et les autres, tant dans les Arts libéraux, que la science de la religion, et de les former aux bonnes mœurs. Les motifs qu'on en donne sont remarquables. C'est, dit-on, afin de les rendre capables du saint ministère, de servir dignement Dieu ; et d'être même utiles au peuple dans les affiires temporelles. Rien, ajoùte-t-on, ne con- tribue davantage à faire tomber l'Episcopat dans l'avilissement,
Boii- ■11- Mai. p. que de négliger de former de tels élevés. ' Dès l'Episcopat de Fulbert vers 900, ces Ecoles subsistoient, sur-tout à Arras, et passoient même pour florissantes, aux termes de la vie de S. Vin-
Mart. amp. coll. dicien. ' Euviron quarante ans auparavant, Pierre, Archidiacre de Cambrai, avoit la réputation d'un homme de sçavoir et de bon goût. Hucbald de S. Amand le prenoit quelquefois pour censeur de ses ouvrages. Quoique celui-ci ait vécu jusqu'au de- là de 930, on ne le voit pas paroîlre à la tête de quelque Ecole, comme il avoit lait en divers endroits au siècle précèdent. Quel- ques Ecrivains ont avancé, qu'il avoit enseigné à Nevers ; mais on n'en a pas d'assez bonnes preuves. Il y a plus d'apparence
EN FRANCE. X SIECLE. il
(ju'il passa le reste de ses jours à S. Aniand dans ses exercices (irdiru.ires de Litcrature.
LV. On ne inontroit pas moins de zcle h soutenir les études en plusieurs autres endroits de la Belgique. ' L'abbaïe de lîlan- Mai,, ii.. p. 05. dinbergue ou S. Pierre de Gand en particulier, étoit en si i^rande "''■ répulalion d(^ science et de régularité, professionc virtulis et p/n- losophiu' (hinonmtifi cxcclhrc ridcbatnr, que S. Dunslan contraint de sortir d'Angleterre sa patrie, la choisit préferablenient à toute autre pour le lieu de son exil. Le séjour qu'il y fit pendant deux uns, ne fut pas inutile à la culture des Letres. ' Womar ou WIniar, (laii. «lu. m„n. t. qui en étoit Abbé après le milieu du siècle, travailla avec succès à ^'' ''' ''"'"■ les y fiure lleurir. On voit par son épitaphe, et celle de ses deux successeurs immédiats, qu'on n'y négligeoit pas la Poésie. ' Le p. lui. .Moine Adalard, qui (m iOOG écrivit une vie de S. Dunstan, avoit été formé aux Letres dans ce même Monastère. ' Odilon, Mab. ii,. p. asi i (ju'on a vu sortir de Gorze pour aller renq)lir la dignité d'Abbé ^"- '• ''3"- 'i'J- de Stavelo, jirit un soin particulier de l'Ecole. Il fit venir de S. Gai le célèbre Notger, qui fut depuis Evètpic de Liège, pour lui en confier la direction. Ce fut apparemment sous cet habile maître qu'étudia ' Adelniann, loiié par Trilhéme sur l'an 973, THt. ii,. m;. comme aïant fait rornement de ce Monastère par son sçavoir et sa vertu. ' Le Necrologe de la maison, qui ne parle guéres que Mart, ii,. 1. 0. p. des personnes mortes en ce siècle, nous présente un Eggihard, '■^^■'■ avec la qualité de Prêtre, et le titre de Philosophe. '^Mayer T,..o,i.hi.. 1. 1. p. prétend que V/olbodon, Evoque de Liège après Notger et -*^- Baidric, étoit aussi un élevé de Stavelo. Il y avoit une si étroite union entre l'Abbaïe de Gemblou et celle de Laubes, toutes deux alors du diocèse de Liège, que les usages de l'une pas- soient à l'autre. ' Il paroît elfectivemcnt par le peu que Fol- Spi.-. i. g. p. 5',i3. cuin dit de la première, que les Etudes y étoient en vigueur comme à Laubes.
LVI. ' Si ce que Trithéme nous apprend de l'Ecole t. it.ib. p. 71.95, d'Eplernac au Duché de Luxembourg, quoiqu'il ne parle que ]^^\ ^l^ ,[ %''• d'après Megiiifroi, est bien vrai, il n'y en eut guéres en ce siè- cle ni de moins interrompue, ni même de plus florissante. Elle fut si>ccessivement dirigée par trois sçavanls Ecolàtres, Ileri- bert, Rudiger et Adelhaire, qui formèrent grand nombre de disciples, et laissèrent à la postérité plusieurs productions de leur plume. Marcquard, autre Sçavant qui a aussi composé divers Ecrits, y avoit été élevé dans les Letres dès le com- mencement du siècle. Il en fut depuis tiré pour présider à 5 Tome VI, p
42 ETAT DES LETRES
l'Ecole de S. Mathias de Trêves. Avec quelques recherches on pourroit encore déterrer plusieurs autres Ecoles en ce Siè- cle, quelque dépourvu de science et de lumière qu'on le sup- pose. Celle de Corbie, d'où il sortit tant d'Ecrivains, et autres hommes de Lelres au siècle précèdent, se soutint encore en Mab. ib. 1. ii.ii. celui-ci. Si l'on n'y publioit pas de nouveaux ouvrages, ' on '^' s'y occupoit au moins à copier ceux des Anciens. Ratold,
Abbé de la Maison en 945, fit faire ce beau Manuscrit du Sa- cramentaire du Pape S. Grégoire, dont le P. Menard s'est ïiit. ib. p. Gi I servi pour donner l'ouvrage au public. ' Walbert, Ingolrand ou 3.V' le.'^' "°^' '' Enguerrand, qu'on représente comme des hommes versés dans l'une et l'autre Literature, et qui furent faits Evèques, l'un de Noion en 920, et l'autre de Cambrai en 957, avoient puisé spic. t. 4. p. ô25. leur sçavoir à l'Ecole de Corbie. ' Ingelard y éludioit encore, Mart. ib. t. 5. p. lorsquc vcrs 981 on l'en tira pour le faire abbé de S. Riquier. ' A^^gi. sac. t. i.p. ' Ce fut de Corbie que S. Ethelvold, Abbé en Angleterre, fit "^- venir vers 946. des hommes habiles dans les Letres et le Chant
ecclésiastique, pour apprendre à ses Moines la bonne manière de lire et de chanter. Dans ce que l'histoire nous apprend d'Absalon, Moine de Saint Florent de Saumur, qui étoit un homme fort letré, vlr lileris plunmnm crucUtus, on voit tout- à-la lois, et qu'on ne negligeoit pas les Etudes dans ce Mo- nastère, et qu'il y avoit une Ecole ù Tournas, du soin de la- quelle Absalon fut chargé, lorsque vers 940 il se retira à cette Abbaïe. ,
spic. t. 7. p. 3ii. LVII. Ce qu'on a déjà dit ' du sçavoir de Durand, Abbé de Castres en Roùergue, vers le milieu du siècle, suppose qu'on y étoit soigneux d'y étudier au moins la science de la Religion. L'on n'y negligeoit pas non plus les autres Etudes; puis qu'Aigc, un des prédécesseurs de Durand, écrivit l'histoi- le de son Monastère. Quoique la Province de Languedoc, et les pais voisins, qui dans les siècles florissants des belles Letres, brilloient entre toutes les autres parties des Gaules par leur application à les cultiver, paroissent avoir été des moins stu- dieux à en retenir quelque reste après leur décadence, on ne laisse pas de trouver en ce siècle, ailleurs qu'à Castres, des ves- tiges qu'on ne les y avoit pas entièrement abandonnées. Ber- nard, neveu d'Aymeric, Archevêque de Narbonne, est quali- fié Grammairien dans le testament de ce Prélat, en date de l'an 977, et y souscrit en prenant le titre de Philogramme, c'est- Mab. ma. t.3. p. à-dirc, d'hommc qui aime et cultive les Letres. ' L'éloge ma-
EN FRANCE. X SIECLE. 43
gnifique qu'on nous a conservé de Constance, Ecolâlre do Luxeu, mort au commencement du XI siècle, fait juger que l'Ecole de ce Monastère étoit fort célèbre à la fin de celui-ci. L'on y alloit de Besancon, de Lyon, de Chàlons, de Màcon, de Lan grès, de Strasbourg, prendre des leçons de ce grand Homme :
Tu Magisler Magistrorum, doclior doctissimus.
L'établissement de cette Ecole remonte beaucoup plus haut :
ou pour mieux dire, il paroît qu'elle ne fut point interrompue
depuis que Mellin et Angelome y enseignoient avec réputation
au siècle précèdent. On a vu en effet ' qu'Adson qui en fut tiré an 1.43. n. 72.
avant le milieu de celui-ci, pour renouveller les Etudes à Toul,
y avoit puisé les prémices de l'érudition qu'il a fait passer dans
ses divers écrits.
LVIIL ' Adson aïant occasion d'y parler de Roricon, t. 3. app. p. 594. Evèque de Laon, depuis 949 jusqu'en 976, nous le donne ""^" pour un des plus sçavants hommes de son temps. Il s'étonne de ce que la Reine Gerberge se fût adressée à lui, pour écrire sur l'Antechrît, plutôt que d'avoir recours à ce docte Prélat, qui étoit si éclairé qu'il passoit pour ne rion ignorer : Todus scien- tiœ lumen. Il y a beaucoup d'apparence qu'un Evèque de ce caractère ne souffrit pas que son Clergé vécût dans l'ignoran- ce. D'ailleurs ce Clergé faisoit partie de la Métropole de Reims, oîi les études furent si bien soutenues pendant tout le cours de ce siècle. 11 est au moins vrai cpie Roricon eut la prin- cipale part à l'établissement d'une Ecole à l'Abbaïe de S. Vin- cent dans sa Ville Episcopale. Car il est hors de doute qu'y aïant fait passer l'institut de Cluni, ' au moïen de douze Moines 1. 46. u. to. qu'il tira de Fleuri, et à la tète desquels il mit le B. Melcha- lan ou Malcalene, cette nouvelle Colonie eut soin de joindre l'étude aux autres exercices du Cloître, conformément à ce qui se pratiquoit dans les autres Monastères reformés. ' Les deux Gaii. chr. ib. p. qualités de Précepteur et de Chappellain d'Otton II, qu'He- ^^^' ribert réunit en sa personne, avant que de devenir Abbé de Brogne, au Diocèse de Namur en 992, déposent en faveur de son sçavoir; et son sçavoir ne permet pas de douter qu'il ne travaillât à inspirer à ses Moines l'amour des Letres. Il est vrai, que suivant l'observation que nous avons déjà faite, l'e- xacte discipline étant en vigueur dans sa Maison, comme dans les autres, 011 étoit passée la même réforme, on y étoit par cela même soigneux de faire de bonnes études.
Fij
44 ETAT DES LETRES
LIX. Quoiqu'on allât de Langres étudier à Luxeii, ce n'est M;itt. aiic. I. I. pas à dire que cette Ville n'eût ses Ecoles. ' On en a des preu- p. 79-Ri. ^.gg j^j^g ^,|^(, Lctre anonyme publiée par Doni Marlene et
Doni Durand. L'Auteur y exhorte les Maîtres à ne pas né- gliger de former leurs Elevés à la pieté, comme aux letres, (Udi. chr. iiùv. t. et les Elevés à y faire chaque jour de nouveaux progrès. ' .. |i. .1. . ...>_. J3p^J,lQn, qui après avoir étudié à Reims, coninK^, il paroît, acquit un grand fonds de sravoir, et qui fut Evèque de Lan- grcs depuis 980 jusqu'à 1015, se fit un devoir capital du ré- tablissement des Ecoles de son Diocèse. Malgré ses autres occupations, il prcnoit lui-même le soin d'instruire ses Clercs dans les Lelrcs, tant profanes que sacrées. Il est plus surpre- nant de voir qu'on allât aussi do Lyon fréquenter l'Ecole dr p. 2-25 1 M.ib. ati. Luxeu. ' Ce qu'on s'jait effectivement de celle de Lyon, mon- l'i?va|ip^p.'(u'r'2; li'e qu'elle fut fort célèbre pendant tout ce siucle, sur-tout pour la Philosophie. On y étudioit sérieusement cette science. On dira ailleurs en quoi elle consisloit. Un nommé Antoine, qui devint dans la suite Abbé de l'Isle-Carbe, l'y enseignoil avec réputation les premières années de ce siècle. L'illustre Saint Maïeul, Abbé de Cluni, fut un de ses disciples, et profita beau- coup sous lui pour les mœurs et la doctrine. On peut se sou- venir de ce cpie nous avons dit sur les siècles précédents, de la célébrité de cette Ecole. On la nommoit l'Académie du pais au-delà de la mer; et personne ne méritoit le tilre de. Maître, qu'il n'y eût été instruit avec soin. Encore au commencement du XI siècle, S. C)dilon, dans la vie de l'Impératrice Adèle, la quali(ioit la mcre et la nourrice de la Pliilosophie. Elle n'c- toit pas cependant moins célèbre pour la profession des Arts libéraux.
LX. Les études (pi'on faisoit à l'Ecole de Chartres sur la
fin de ce siècle, étoient encore plus solides que celles qu'on
Mjii,. il,. I. o. p. faisoit à Lyon. ' A la tête de cette Ecole étoit le docte Fulbert,
''■■'■ qui après y avoir enseigné longtemps, fut fait Evèque de la
Ville en 1007.^11 avoit étudié sous Gerbert, comme on l'a vu,
et y avoit appris les Sciences et les beaux Arts. 11 sçavoit la
Médecine, et donnoit même des médicaments; mais il cessa
1.7. p. 4!ii I l'ii'- de le faire lorsqu'il fut élevé à l'Episcopat. ' Il enseignoit la
■''■'■ Grammaire, la Musique, la Dialectique, et particulièrement
la science de la Religion. Outre les leçons qu'il faisoit à son
Ecole, il avoit coutume de s'entretenir le soir en particulier
avec ses disciples, dans un petit jardin de la Cliapelle. Là il
EN FRANCK. X SIECLE. 45
leur parloit avec tant de tendresse, que souvent les larmes lui coupoicnt la parole. Il les exhortoit à suivre le grand chemin, et à marcher soigneusement sur les traces des Percs, sans ja- mais s'en écarter. De cette Ecole sortirent grand nombre do Sçavants, qui firent la gloire du XI Siècle, et (jui répandirent la doctrine de leur iMaitre en diverses Provinces du Uoïaunie. ' Dès le tenqis que Fulbert la dirigcoit, on y vit briller un nom- .ut. t. x n. mé Herbert, issu de parents Juifs, mais ([ui étoit Chrétien dès son enfance. Il avoit été condisciple du Prince Robert, depuis Roi des Franrois, et de Fulbert même à l'Ecole de Gerbcrt. Il étoit versé en tout genre de litcraturo; mais il excelloit sur- tout dans le chant ecclé.~iasti(pie, à quoi l'harmonie de sa voix donnoit un nouveau relief. Avant que Fulbert fût en état d'en- seigner, ' il y eut à S. Pierre ou S. Père de Chartres, un renou- an.i. ih. n.o!. vellement d'études, par le moïen de la Colonie de Moines qu'y envoïa de Fleuri l'Abbé ^Vlfalde, qui détint Evoque de la Ville en 9G^. C'est apparemment du travail de ces mêmes Moines, que sont venus ' plusieurs manuscrits du X siècle, M..mr.ii.. |. l'iw- qu'on trouve entre ceux de la même Abbaïe.
LXI. La r(''putation de nos Ecoles ne se concentra pas dans l'enceinte de la France; elle passa les mers, et pénétra dans les païs éloignes. Ce l'ut elle qui amena étudier à Lyon ces étran- gers dont on a parlé, ' et qui n'éloient autres que les Anglois, uu (;ik-. t. i\. p. comme il paroît par leur coutume, déjà ancienne au siècle sui- ''■'" vant, d'envoïer leurs enfants dans nos Provinces, pour y rece- voir leur éducation. Non seulement les étrangers venoient s'instruire à nos Ecoles ; mais ils voulurent encore avoir de nos plus habiles Maîtres. Les Anglois attirèrent chés eux Abbon de Fleuri, et les Princes de Germanie, Rathier et Gerbert. Des Ecoles de ce siècle, qu'on nous donne ordinairement pour si obscur et si ténébreux, sortit néanmoins la plus grande lumiè- re qui éclaira le XI siècle, et qui se répandit presque par tout, à mesure que se juulliplierent les disciples des hommes de Le- trcs, que le dixième avoit formés. Quoique Gerberl, Notger de Liège, Abbon et Aimoin son disciple, Ileriger de Laubes, Bernon de Richenou, aient vécu peu d'années dans le onzième, ils lui ont cependant comumniqué par eux-mêmes les con- noissances qu'ils avoient acquises. Leurs Elevés les remplacè- rent en partie, et travaillèrent comme leurs Maîlres à dissiper les ténèbres de l'ignorance, par le brillant de leur sçavoir. C'est un fait constant} que presrpie tous ceux qui tirent le plus grand
46 ETAT DES LETRES
ornement du XI siècle, avoient été instruits des Lelres dans le dixième. Outre ceux qu'on vient de nommer, au sujet desquels il n'y a pas lieu de contester, il n'est pas hors de propos d'en produire quelques autres, sans entreprendre toute- fois d'en faire une entière énumération.
LXII. Il est juste de commencer par S. Fulbert, qui fut , un si grand personnage, et par sa doctrine, et par le grand nom- bre de SOS disciples. Robert le Pieux, Roi de France, après avoir étudié sous Gerbert toutes les sciences que celui-ci pro- fessoit, parut faire revivre Charleiiiagne, par l'application qu'il donna à cultiver les Letres, et l'estime qu'il eut pour les Sça- vants de son siècle. Françon, autre disciple de Gerbert, en- suite Doïen puis Evêque de Paris, et Chancelier du Roi Ro- bert, avoit un grand fonds d'érudition, et un talent singulier fuib. op. 88. pour parler en public. ' Est optinie lUeratus, dit de lui S. Ful- bert, et ad scrmonem faciendwn agilis. Daïbert, Archevêque de Bourges depuis 987 jusqu'en 4012, est loué autant pour son sçavoir que pour sa vertu. Gauzlin son successeur, après avoir été disciple d'Abbon et Abbé de Fleuri comme son Maître, passoit pour un des grands Philosophes de son temps. Brunon, Evêque de Langres, se fit de la réputation, tant par sa doctri- ne, que par les Ecrits qu'il a laissés à la postérité. S. Burchard, Evêque de Wormes, devint encore plus célèbre, par le grand Recueil de Canons qu'on a de lui. Le B. Guillaume, disciple de S. Maïeul, et Abbé de S. Bénigne de Dijon, fut un des plus grands ornements de l'Ordre Monastique. S. Odilon, au- tre disciple de saint Maïeul, et Abbé de Cluni après son Maî- tre, brilla autant par sa sagesse et son sçavoir, que par l'éclat de ses vertus. Isembert, Abbé de sainte Catherine à Rouen, mort en 1051, est compté au nombre des plus sçavants hom- mes de son siècle. Ademar de Chabanois, qui commença à se faire de la réputation dès le Concile tenu à Limoges en 994, se fit encore plus connoître dans la suite par ses ouvrages. Tous ces grands Hommes, et beaucoup d'autres, furent autant de présents que le X siècle fit au onzième.
LXIII. Passons maintenant à considérer quelles étoient les facultés de literature qu'on enseignoit dans les Ecoles, et dont s'occupoient les gents de Letres. Nous discuterons en même temps de quelle manière on l'a fait, et jusqu'à quel point on en a poussé l'étude. Il paroît qu'on ne changea rien à l'or- dre des études en usage* aux siècles précédents. On commen-
EN FRANCE. X SIECLE. 47
çoit par donner des leçons de Grammaire, puis de tous les au- tres Arts libéraux. L'application qu'on donnoit à les enseigner, étoit assés arbitraire, et dépendoit entièrement des Maîtres, qui insistoient plus ou moins sur l'un ou sur l'autre, suivant leur goût et leur génie. Comme c'éloit des Evêques, des Clercs et des Moi- nes qui dirigeoient les Ecoles, on ne manquoit point de joindre à la première teinture des Letres, un commencement de la scien- ce de la religion, que l'on développoit davantage, à mesure du progrès que faisoient les Etudiants. C'est ce qu'on a pu ob- server dans plusieurs traits déjà rapportés au sujet des Ecoles. Cette science de la Religion consistoit ordinairement alors, dans l'intelligence de l'Ecriture en tout ou en partie ; dans la connoissance des écrits des Pères, des Décrets ou Canons des Conciles, de la Liturgie, du Chaut et du Comput ecclésiasti- que. Après qu'on avoit pris des leçons de toutes ces facultés de Literature, tant sacrées que profanes, chacun se porloit à celles qui étoient le plus à son goût, ou qui convenoienl le mieux à sa profession pour en faire une étude particulière. On va voir que ce siècle non seulement n'a négligé aucun de ces genres d'Etude, mais qu'il a même renchéri sur les siècles précédents, et par la manière dont il en a cultivé quelques-uns, et par les nouvelles découvertes qu'il a faites en quelques autres.
LXIV. ' Un Sçavant de nos jours tire de la dissertation d'un u- Beuf, t. ± p. nommé Gunzon, publiée par les soins de Dom Martene et ^u' LT'p.'atii: Dom Durand, qu'il y avoit encore alors en France des Gram- ^'''■ mairiens tolerables. Nous examinerons ailleurs, si ce Gunzon étoit abbé de Sainte Colombe, plutôt qu'un Prêtre Lorrain dont parle Ordric Vital. Mais il n'en est pas moins vrai, que son écrit contient de bonnes choses, et put être fort utile pour perfectionner les leçons qu'on donnoit de la Grammaire. ' Les Ma.t. .b. p. m. ouvrages des Anciens, au nombre de plus de cent volumes, que ce même Auteur avoit apportés d'Italie, y furent peut-être encore d'un plus grand secours. Entre ces livres, étoit le fameux re- cueil de Martianus Capella, sur les sept arts libéraux, ' que Meii. Scri. c 66. Rémi d'Auxerre avoit déjà commenté. Rémi entreprit aussi le même travail sur Priscien et sur Donat; et il y a beaucoup d'ap- parence qu'on ne fit pas moins d'accueil à ce dernier commentai- re, qu'on en avait fait au siècle précèdent à celui de Smaragde sur le même Auteur, qu'an regardoit comme un traité entier de Grammaire. Salomon III du nom, Evèque de Constance, avoit aussi, dit-on, composé avant soa épiscopat un traité sur les
i8 ETAT DES LETRES
Arts libéraux. De inr^ino Rathicr, n'étant encore que simple Moine, fit un ouvrage fameux sur la (îramniairc en particulier,
Monif il., p. •2-25. en laveur d'un jeune Seigneur de l'rovence. ' On trouve en- core manuscrite dans quelques bibliothèques la Grammaire d'IIilperic, qui y est nommé Ililderic, peut-être par la faute
Mab. .iiKi. t. '2. ).. du copiste. ' Lambert, Moine de Pouticres au diocèse de Lan- gres, traita aussi le même sujet; et quoique son ouvrage soit fort court, on en pouvoit tirer beaucoup de fruit. A tous ces secours
:iii^ t. \. ipj.. |,. pour enseigner et cultiver la Grammaire, ' Abbon de Fleuri et Rcginon de Prom en ajoutèrent d'autres : le premier par un ou- vrage formé de ses réponses aux questions granunaticales, fjue lui avoient proposées les Moines Anglois qu'il étoit allé instruire, et Reginou par un nouveau Commentaire sur GapcUa.
LXV. Il est vrai qn'avcc ces divers secours pour devenir bon Grammairien, le gros de nos Auteurs ne réussit point encore à écrire correctement, et avec élégance. Mais il n'en est pas moins constant qu'on ne négligea point d'y disposer les esprits, et de leur en fournir des nioïens, autant que le siècle en étoit capable. Il arriva même que plusieurs en proliterent, et s'élevèrent en (|uelque chose au-dessus de la grossièreté du style qui rcgnoit alors. Les décrets, par exemple, ou plutôt les exhortations prolixes du Concile de Troslei en 909, sont écrites en un style l)eaucoup plus poli qu'il n'ctoit communément. Le Testament de Guillaume, Comte d'Auvergne, pour la fondation de Clu- ni, nous Ojurnit aussi des preuves que la barbarie du langage, trop commune dans les Diplômes de ces temps-là, ne se glis- soit pas dans tous. Il y a de grands traits de politesse dans ce qui est sorti de la plume de S. Radbod, Evêque d'Utreclit. Son choix pour les termes dans ses pièces de Poésie est d'autant plus estimable, ((u'il étoit alors plus rare. Quelques écrits de Rémi d'Auxerre retiennent aussi divers traits de politesse et d'c- legance. Aussi avoit-il été instruit à l'Ecole du célèbre lleiiic, et dans mi siècle où l'on avoit beaucoup travaillé à adoucir la rus- ticité du discours. On en peut dire autant d'Hucbald de Saint Amand son contemporain, et son collègue dans la direction des Ecoles. Ses vies de S. Libwin, Prêtre Anglois, et de Sainte Rictrude, Abbesse de Marchienncs, sont écrites en un style cou- lant et agréable. Les ouvrages de Jean, Abbé de S. Arnoul de Metz, nommément sa vie de Jean de Vcndicre, rcfiennent les mêmes beautés. On y découvre une manière de s'expri- mer, ;\ la vérité un peu diffuse, mais naturelle, quelquefois
EN FRANCE. X SIECLE. 49
fleurie, rt toujours d('i;agé(î âo. la barbarie de son siècle.
LXVI. Poussons plus loin notre examen, et nous aurons encore beaucoup d'autres exemples qui vérifient la même chose à l'égard de plusieurs autres de nos Ecrivains. Rathier, Evêque de Liège et de Vérone, s'éloit fait un stjle qui a mérité les louan- ges dos bons connoisseurs. On trouvoit olïcclivcmenl de l'éle- gancc dans récrit (ju'il publia sur son premier exil; et il en pa- roît de beaux traits dans un autre qui nous reste de lui, et où il fait sou portrait. ' Cerberl avoit une haute estime de l'art ti,-ib.cp.4i. de bien parler, et se faisijit un devoir de ne rien négligoi pour l'acquérir. On peut dire qu'il y réussit au-delà do ce qu'on avoit lieu d'espérer dans un siècle send)lable au sien. Il n'y a qu'à lire' (;,.nc.t.9.p.747. le discours qu'il fit en qualité (l'Ar(ht!vè(iue de Reims, an Cou- ''*^- cile de Mouzon en 995, pour juger qu'il avoit de la politesse et de l'élegancc. Le style de s.^s letres n'est pas exlrémenienl pur; mais il y règne un arrangement de paroles et un laconisme qu'il ne pouvoit avoir puisés que dans une lecture séri(Hise des bons Auteurs de l'antiquité. L'on y remarque aussi plusieurs pro- verbes communs, exprimés avec délicatesse, qui font plaisir au Lecteur. ' Un monument qui est fort court, mais éciit avec beau- r- 734. coup d'élégance, est l'acte de l'élection d'ArnouI, jinur rem- plir le Siège de Reims en 989. Letald d.i Mici, Abbon do Fleuri, et Aimoin, disciple de ce dernier, sont encore regar- dés connue des Ecrivains, qui au bon goût joignoient une cer- taine politesse du discours. Il y a même des traits d'élcgance dans l'Apologétique et qucKiues Lelres d'Abbon. On jtourroit por- ter le même jugement de quelques écrits de l'Abbé Adson, et de la vie de S. Odon de Cluni, écrite par Jean, l'un de ses disciples.
LXYII. L'application qu'on donna à l'étude de la Gram- maire, fit naître du goût pour les Auteurs de la belle latinité, et pour l'érudition profane. Il paroît effectivement que l'on cultiva J)eaucoup plus ce genre d'étude en ce siècle, qu'on n'avoit fait au précèdent. On ne manquoit |)oint de livres propres à l'entre- tenir. Outre ceux dont l'Abbé Loup avoit enrichi la bibliothè- que de Ferrieres, et qui s'étoient sans doute fort multipliés, par le soin qu'on prit d'en faire des copies, on a vu que Gunzon et Gerbert en avoient répandu un grand nombre, l'un en Lor- raine, et l'autre dans la seconde Belgique. ' L'Evèque Ralhier, Ma,(. .b. t. 9. ,.. qui s'acquit une si grande réputation par son sçavoir, nous ap- '•"''^"''*'^'- prend lui même, qu'en sa jeunesse il avoit fait beaucoup d'usage Tome VI. Q
50 ETAT DES LETRES
de cette sorte d'écrits. Plusieurs des siens, où ils sont assés sou- vent cités, en retiennent des marques. Il enseigne même qu'on peut s'en servir, pourvu qu'on en use, comme les Israélites usè- rent des dépouilles de l'Egypte. Tel a toujours été le sentiment des anciens Pères de l'Eglise, qui l'ont autorisé par leur exem- ple. Rémi d'Auxerre marcha en ceci sur leurs traces, et ne fit point difficulté d'emploïer son temps, non seulement à com- menter Priscien, Donat, et l'ouvrage de Capella sur les Arts libéraux, mais à faire encore le même honneur à deux autres traités de ce dernier, l'un sur les noces de Mercure, l'autre de la Philologie. C'est ce qui a porté ceux qui ont eu connoissance de ce travail de Rémi, à mettre de niveau son érudition profane avec la grande étendue de son érudition sacrée. Salomon, élevé de l'Ecole de S. Gai, et depuis Evêque de Constance, fit voir qu'il avoit aussi beaucoup étudié les Sciences profanes, par les divers Ecrits qu'il publia en ce même genre de Literature.
Mab. act. t. 7. p. LXVIII. ' Brunon, Archevêque de Cologne et Duc de Lorraine, faisoit grand usage des Auteurs profanes : non à causç du fonds de leurs Ecrits, mais à raison des termes, des
p. 791. n. 11. expressions, et du tour avec lesquels ils s'expriment. ' S. Maïeul en sa jeunesse s'étoit appliqué à l'étude des anciens Philosophes et
p. 794. n. 4. des Poëtes. ' Il continua même à les lire, depuis qu'il fut Abbé de Cluni; mais il ne le fit qu'avec une sage et religieuse discrétion. La parodie assés ingénieuse, quoiqu'obscure pour nous, du jeu philosophique de Pytagore, par Wibolde ou Wibalde, Evêque d'Arras et de Cambrai, en faveur de ses Clercs, qu'il vouloit détourner des jeux profanes, par l'amusement innocent d'un jeu chrétien, montre que les Evoques même lisoient quelque- fois les Ecrivains du paganisme. Mais rien ne fait mieux voir combien les Sciences humaines étoient au goût du siècle qui nous occupe, que la grande application que Gerbert et Ab- bon, les deux plus célèbres Maîtres de ce temps-là, apportèrent à les cultiver. Le premier eut soin de recueillir presque tous les meilleurs livres de l'antiquité païenne, et donna la plus grande partie de son temps à l'étude des Mathématiques, et de tout ce qui y a rapport. Abbon en fit autant, au moins en partie; et les fréquentes citations de Terence, de Saluste, d'Horace, de Vir- gile et autres, répandues dans ses écrits, sont une preuve et du cas qu'il faisoit de ces Auteurs, et du soin qu'il avoit de les
Sjgch. scri. i-. lire. ' Aussi est-il également loué pour son habileté dans l'une et l'autre Literature : quantum valnerit in ntraque Scientia osfendit.
EN FRANCE. X SIECLE. 51
LXIX. L'étude des belles Letres que firent alors nos Fran- çois, jointe à rinclination naturelle qu'ils avoient pour la Poésie, ne leur permit pas de négliger cette faculté de Literature. On avoit tant d'attrait à faire des vers, qu'on les prodiguoit à toute occasion. Nous en jugeons ainsi sur la quantité de distiques hors d'œuvre, et d'autres lambeaux de Poësie intercalés dans la prose de ce temps-là, ' nommément sur un quatrain qui se lit Mart. ib. 1. 1. p. au bas d'un Diplôme du Roi Raoul, jiour nous apprendre que ce Prince sçavoit signer de sa propre main. Mais ce qu'on a déjà observé, trouve ici encore mieux sa place qu'ailleurs. La Fran- ce en tous les temps a eu beaucoup de versificateurs, mais fort peu de vrais Poètes. On ne doit donc pas s'attendre à en voir paroitre en ce siècle, qui étoil trop dépourvu du bon goût né- cessaire pour les former. ' C'est ce qu'a même reconnu un assés p. 297. bon Grammairien de ce temps-là. Outre ce bon goût qui fait saisir, et porte à imiter les beaux endroits de l'ancienne Poësie, une autre raison concourut à faire produire alors de mauvaises pièces de vers. Presque tous ceux qui se mêloient de versifier éloient Clercs ou Moines ; et quoicpie plusieurs d'entre eux fissent usage des bons Poètes de ranli(|uité païenne, plusieurs autres se les croïoient interdits, et les défendoicnt à leurs éle- vés. A tout cela l'on pcmrroit encore ajouter, qu'on n'avoit pas même l'idée de la véritable Poësie ; et l'on ne voit point que personne travaillât h en donner des règles, au moins ne nous en reste-t-il aucun monument. On la faisoit uniquement con- sister, comme il paroît, en une certaine mesure de syllabes, sans s'embarasser ni de l'élévation, ni du tour des pensées, ni du clioix, ri de la délicatesse des expressions, ni du génie poé- tique qui devoit animer le tout. Souvent même on se mettoit peu en peine de la quantité, ou valeur des syllabes.
LXX. Malgré tous ces défauts, on ne laissa pas de voir pa- roîlrc une nuée de gents de Letres, qui voulurent s'ériger en Poêles. Dadon, Evoque de Verdun des la fin du siècle pré- cèdent, fit un long poëme sur les ravages des Normans en Lor- raine ; mais comme ce Poëme n'existe plus, nous ne pouvons en parler que sur les préjugés généraux qu'on vient de marquer. Waldramne, Doïen de S. Gai, puis Evèque de Strasbourg, et Salomon de Constance, qui avoit été instruit sous les mêmes Maîtres, tentèrent aussi de faire bonneur à la Poësie ; mais leurs efforts se bornèrent à peu de chose. Nolker le Regue leur com- temporain * laissé diverses pièces de vers de sa façon ; mais elles
Gij
52 ETAT DES LETIIES
sont (l'une grande platitude, et ne retiennent rien de remar- quable, que de grands traits de sa pieté. L'on ne peut pas por- ter un jugement plus favorable, ni de plusieurs hymnes à l'hon- neur des Saints, qu'on a de S. Odon de Cluni, ni de son grand Ouvrage eu vers divisé en quatre livres, qui est encore manus- crit. Il n'en est pas de même dos Poésies de S. Radbod, Evo- que d'Utrecht. Quoiqu'elles soient toutes sur des sujets de pie- té, et par conséquent peu susceptibles du génie poëli(jue, elles présentent néanmoins plusieurs traits de beauté. Elles suiïiscnt pour juger en laveur de leur Auteur, que personne en son siè- cle, ni même au précèdent, n'avoit plus de talent que lui pour la versification. L'on y apperçoit cpi'il avoit beaucoup lu les anciens Poètes, et qu'il les avoit lus avec fruit. Elles peuvent assurément mériter à S. Piadbod le juste titre de Poëtc chrétien. On découvre aussi dans le peu de vers qu'a composés Adson, Abbé de Montier-en-der, certains traits qui supposent dans le Poëte des dispositions naturelles pour ce genre d'écrire.
LXXI.' Le plus fécond de tous nos Poètes en ce siècle, est Frodoard de Reims. On conq)te jusqu'à dix-neuf livres de ses Poésies qui sont pour la plupart venues jusqu'à nous, et dont il y a même quelques-unes imprimées, sans y comprendre (piel- ques autres qui sont perdues ; mais il n'y faut pas chercher les caractères de la belle Poésie. Ce n'est (pi'une prose mise en me- sures très-souvent défectueuses, et qui n'a d'autre mérite que de nous apprendre des faits, et de montrer combien étoit labo- rieux celui qui a travaillé, llucbald de S. Arnaud va pres- que de pair avec Frodoard, pour l'application qu'il donna à faire des vers. Son Poëme sur les chauves, composé dès le siècle précèdent, est tout-à-fait singulier, par l'affectation qu'il a eûë à n'y faire entrer que des mots qui commencent par un C Tra- vail au reste qui ne vaut pas la peine (|u'il a coûtée à lluchald, mais dans lequel on ne laisse pas de remarquer de l'imagination, et un riche fonds de latinité. Judion, disciple d'ilucbald, et Odilon, Moine de S. Mcdard de Soissons, aspirèrent aussi à une place entre les Poètes. Il y a effectivement quelques pro- ductions de leur nuise ; mais tout ce qu'on en peut dire de moins Trit. ib. p. 46. désavantageux, c'est qu'elles sont fort plates. ' A la fin du siècle parut à Reims un autre Poëte, nommé Richer, assés célèbre pour que sa mémoire soit venue jusqu'à nous, mais on ignore quelles ont été ses Poésies. Vers le même temps FJrkenbold, Evo- que de Strasbourg, qui avoit beaucoup aimé et cultivé la Poë-
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sie dès sa jeunesse, continuoit à s'y appliquer. On nous a con- servé plusieurs de ses pièces de vers, pres(iue loules manuscrites, mais qui ne méritent d'attention, que par la piété qu'elles respi- rent.
LXXII. Ce siècle perdit beaucoup pour la Poésie, de ce que Waldramne, Evècjue do Strasbourg et le docte Gcrbert n'y donnèrent pas plus d'application qu'ils firent. L'un et l'au- tre avoit réellement du talent pour la versification; mais ils cultivèrent peu ce genre de Literature. ' On n'a du premier canis.B. t.s.par. que deux Elégies, dont on fera connoître le mérite dans le ^-P-^W-Sig. cours de cette liistoire. Une des petites poésies qui nous restent de Gerbert suOiroit seule pour lui mériter le titre de bon Poète. ' C'est une Epigramme en douze vers béroùjues Epi.etpoë.vet.i. sur le |)orlrait du célèbre Boëce. Les bons connoissours ne font p. 512 ' ^*^^' point dillicultè de la regarder comme une pièce élégante, et digne d'aller do pair avec les productions de la Muse des Anciens. Les autres poésies du même Auteur n'ont pas à beaucoup près les mêmes beautés. Il y en a comme on le ver- ra par la suite, qui sont tolerables, et d'autres qui n'ont presque rien au dessus de celles de son siècle. ' Abbon de Fleu- Ahbo, apoi. p. ri, malgré ses grandes occupations trouva néanmoins quel- '^*' ques moments à donner à la Poésie. Une petite [)i( 'O de sa façon au Pape Grégoire V, fait juger qu'il y auroit aussi bien réussi que tout autre Poète de son temps, s'il l'avoit cultivée davantage. Tout à la fin du siècle, il conimei'ri à paroitre i.e Beuf, t. 2. p. en France quchiues Poètes salyiipies, sur-tooi parmi les '''*'• Troubadours. Mais ils y fuient très-rares ailleurs, jniisque le la- borieux et le sçavant M. le Beuf n'a pu avec toutes ses recber- clies, en déterrer qu'un seul. Il étoit de Roiien, et se nom- moit Vernier. Il fit vers l'an -1000 une longue Satyre contre un Poète Ilibernois retiré eu France. Ce goût pour le génie satyriquc se communiqua au siècle suivant, comnn- on le verra en son lieu.
LXXIII. Ce que nous venons de dire de l'application de nos François de ce siècle à cultiver la Poésie latine, nous conduit tout naturellement à parler de la Poésie françoisc à leur usage. Presque tous nos Ecrivains n'en mettent l'origine qu'au XII siècle. ' On appuie principalement cette opinion sur ce que les Pasq. rech. 1.7. c. vers latins rimes du Poète Leoninus firent naître aux Fran- ^'^' çois le dessein d'en faire de semblables en leur langue mater- nelle, et qu'ils leur servirent de modèle. On le suppose ainsi,
54 ETAT DES LETRES
parce peut-être qu'on n'a pu trouver aucune pièce de ce genre de Poésie, antérieure à ce tcmps-Ià. Mais si l'on veut bien revenir à une nouvelle discussion, l'on conviendra que l'origine de notre Poésie remonte beaucoup plus haut. Il ne faut pas de grands raisonnements pour en convaincre. Il suffît de^ rappeler certains faits que nous avons déjà vérifiés en leur' lieu. Il est constant que l'usage de la rime dans les Vers latins et tudesques, est plus ancien de trois siècles au moins que le Poëte Leoninus. Ces mauvais Poëmes rimes, dont nous avons rendu compte sur le siècle précèdent, et même dès le VII siècle, en sont une preuve qui ne peut souffrir de contradiction. Les Poésies rimées d'Otfride de' Weissembourg en sont une autre preuve sans réplique. Il n'est pas moins certain que la langue latine commença à la fin du VIII siècle, ou tout au plus tard dans les premières années du siècle suivant, à cesser d'être vulgaire et que le tudesque et le romancier prirent sa place parmi le peuple, le tudesque en Germanie, et le romancier en France.
LXXIV. A ces deux faits sur lesquels il n'y a pas à con- tester, joignons en un autre également avéré. C'est que de tout temps nos François, comme les autres Nations, ont accoutu- mé de faire des Chansons et Vaux-de-ville sur les principaux événements et aventures singulières, qui transpiroient dans le public. Il est donc hors de doute, qu'ils en ont fait dès le temps que la langue romancière leur est devenue vulgaire, et par con- séquent plusieurs siècles avant le douzième. A la vérité il n'e- xiste plus aujourd'hui aucune de ces pièces, soit à cause qu'el- les ne méritoient pas de passer à la postérité, soit à raison du malheur des temps qui nous les a enlevées, comme tant d'au- tres beaucoup plus importantes. Nous doutons cependant si
Egas. Bui.t.i.p. ' l'Epilaphe de Frodoard, en vieux vers françois, rapportée par 329 'n'ii' ''*" ''" ^- ^" Boulay et Dom Mabillon, ne seroit pas du X siècle.
329.
Au moins le dernier Editeur ne l'en croit pas éloignée. On sçait d'ailleurs que c'étoit en langue romancière, que les Trouba- dours ou Trouverres de Provence composoient leurs Chan- sons, leurs Sirventcs, leurs Tcnçons, et autres pareils ouvrages. Or ce fut sous le règne de Hugues Capet que ces nouveaux
Huet, ib. i2i I Poètes Commencèrent à paroître. ' Tel est le sentiment de M.
P°4«i5.** ^' ' Huet, comme on l'a déjà vu; et tel est aussi celui de M. de Chasleuil Galaup : deux Auteurs aussi judicieux qu'éclairés, qui paroissent avoir fait des recherches particulières sur ce point de critique. Après tant de solides preuves, il ne seroit pas rai-
EN FRANCE. X SIECLE. 55
sonnable de douter que l'origine de notre ancienne Poésie fran- çoise ne remonte beaucoup au dessus du XII siècle. ' Il faut donc corriger l'opinion qui lui assigne celte époque.
LXXV. Il est vrai qu'à l'égard de la Poésie provençale en particulier, Nostradamus, dans son histoire de Provence, par- tie 6, pages 582 -et 583, n'en fait commencer la splendeur qu'en ilG2; ajoutant qu'elle se soutint jusqu'en 1382, l'eâpace de 250, ou plutôt 220 ans. Mais si ses partisans ou d'autres vouloient contester que cette Poésie commença à avoir cours dès le X siècle, ' ils ne pourroient au moins en reculer l'ori- nis.deLaiig.t.2. gine plus loin qu'au siècle suivant, pour les raisons qu'on va ^" ^*'" voir. Quoique cette Poésie au reste soit qualifiée provençale, il est néanmoins certain, qu'elle fut beaucoup plus cultivée en Languedoc, en Dauphiné et en Aquitaine, que dans la Pro- vence proprement dite. C'est ce qui se peut vérifier par deux anciens Manuscrits de la Bibliothèque du Roi, qui contiennent les vies et les ouvrages de cette sorte de Poètes. De cent-dix contenus dans ce Recueil, à peine en trouve-t-on huit ou neuf qui soient Provençaux ; au lieu qu'il y en a plus de deux ou trois fois davantage du Languedoc. Le plus ancien dont il y est parlé, est Guillaume IX, Comte de Poitiers, mort en H26, qui s'étoit fait de la réputation par ses Poésies avant la fin du XI siècle. Ce seroit ici le lieu de parler des Troubadours, des Comics, des Conteurs, des Ca nia Jours, des Jongleurs, des Vio- lars, des Musars, qui coinposoient la troupe des Poètes Pro- vençaux, et de to qu'on entendoit par leurs tenrons, leurs ma- drigales ou martingales, leurs sirventes, leurs fabliaux, et autres semblables pièces de Poésie. Mais Nostradamus dans l'endroit déjà cité, et M. de Chasteuil Galaup, dans son Discours sur les Arcs triomphaux dressés à Aix à l'heureuse arrivée de M. le Duc de Bourgogne et de M. le Duc de Berri, qu'il publia en 1701, en ont donné des explications suflisantes; et nous nous bornons à y reiivoïer.
LXXVI. ' Ce dernier Auteur prétend que les Poètes Pro- jour, des sç. ii.. vençaux inventèrent eux-mêmes la Poésie qui leur devint si fa- vorite; ce qui suppose qu'ils furent les inventeurs de la rime
1 Ajoutés à toutes les preuves précédentes, que l'usage de cette Poésie étoit tout com- mun en France au XI siècle, comme il paroit par le Roman de Guillaume au court-nez, ' par la traduction de la vie do S. Amant de Rodes en cette sorte de Vers, dont M. Ant. Ansb. farn. led. Dominici rapporte plusicurb morceaux, et par d'autres monuments, dont on parlera sur P- 4i-W. ce siècle.
56 ETAT DES LETRES
Huet, ib. p. 19. qu'on cmploïc dans la versification. ' Un autre Sçavant mo- derne soutient an contraire, (ju'ils prirent des Arabes cet usa- ge de rimer; mais ni l'une ni l'autre opinion ne se peut soute- nir. En efîet on a déjà prouvé invinciblement, (jue la rime étoit introduite dans la Poésie latine, comme dans la tudesque, et même dans la romancière ou franroiso, longtemps avant cju'il parût sur le Parnasse aucun Poète Provençal. Comment donc peut-on dire que ces Poètes aurniiMit inventé, ou pourquoi auroicnt-ils emprunté dos étrangers, ce que leurs pores avoient déjà à leur usage, et qui étoit tout commun en France, avant qu'ils eussent commerce avec les Arabes? Tout ce (ju'on ponr- roit accorder, c'est qu'ils purent profiter de leurs liaisons avec ces étrangers, pour perfectionner leur Poésie, comme nos Ro- manciers pour perfectionner leurs Romans. Il resteroil main- tenant à sçavoir d'où nos premiers Rimeurs ont tiré leur exem- ple et leur modèle. S'il faut nous expliquer sur cette question, il ne nous paroît rien de plus vraisemblable, ni même de mieux fondé, ' que d'en rapporter l'origine à ces consonances qui se glissèrent d'abord insensiblement, et qu'on affecta ensuite dans les écrits latins, parce qu'elles llaltoient l'oreille du Lecteur ou de l'Auditeur, et qu'elles lui faisoiiuit plaisir. Dès le V siè- cle elles étoient fort communes, et passoient comme à la mode. C'est ce qu'on voit par la plupart des Collectes ou Orai- sons de la Liturgie, plusieurs des Ouvrages de S. Augustin, ceux du Pape S. Léon, de S. Maxime de Turin, et quantité de Légendes des temps postérieurs.
LXXVH. Plusieurs de nos François en étudiant la Gram- maire, et ce qui y a rapport, ne se bornèrent pas à la lecture des Auteurs do la belle latinité; ils voulurent encore prendre con- noissance des langues Orientales. On avoit apporté quelque soin à cultiver la Grequc dès le siècle précèdent, comme nous Cinis.t.â. p.7i0| l'avons montré ailleurs. ' On en faisoit encore une étude particu- noi. '^"'' ^' *' licre à l'Ecole de S. Gai. C'est au moins ce que semble dire Notker le Bègue, en saluant Lantbert de la part des frères Grecs, c'est-à-dire, de ses Confrères qui s'appliquoient au grec : Sahitant Ilellenici Praires. Quelques manuscrits de S. Mar-
1 Qur-lquos Sçav.mts ont av.anco que nos François ont pu prendre cotte coutume dr rimer des Proses et des Hymnes latines, où cet usage s'éloit introduit dès le IV siècle. Mais on peut assurer qu'il n'y a aucune preuve cerlaino que cette sorte de pièces soient d'une si giande antiquité. La plupart font linnnour de leur origine à Notker le Bègue; et quoique cette opinion soit fausse, il est constant que l'usage des séquences ne remonte guéres au-delà de cette époque.
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liai de Limoges faits au même siècle, retiennent des marques, ((ue les Moines de cette Maison se mèloienl aussi de gréciser. ' Le docte Brunon, Arclievi'(|ue de Cologne, contribua peut- Mab. ari. i. :. p. être plus que tout autre à inspirer à nos François du goût pour u''p. 505.' '^'"'' '' cette langue, dans laquelle il se rendit fort habile. On vcira dans la suite hs' liaisons qu'il avoit en France avant et après son Episcopat, tant tn (pialité de Duc de Lorraine, qu'à titre de frère et de principal Conseiller de la Reine Gerberge. Ce l'rince, après avoir passé quatre ans à l'Ecole d'Utrccbt, et étu- dié sous Ralhier toutes les sciences alors en usage, forma le dessein d'apprendre à fond la langue greque, et ce qu'ont de meilleur les Historiens, les Orateurs, les Poètes, les Philoso- phes de l'antiquité. Pour l'exécution de ce projet, il eut soin d'attirer près de lui les plus sçavants hommes en grec et en la- tin, qu'il put déterrer. Il est aisé de juger par-là du mérite de cette Académie, qui se teuoit plutôt en Lorraine ' qu'à Colo- gne, et des heureuses inlluenccs qu'elle répandit dans nos Pro- vinces. C'e>t apparemment de-là que Cerbert, qui passa quel- que temps en Germanie, apporta ' le goût qu'il avoit pour le ceib. ep. i5i. grec. 11 sçavoit ellectivement cette langue, efexhorloit les autres à s'y appli(juer.
LXXVllI. Un autre moïcn qui servit beaucoup à répan- dre la connoissance de cette langue parmi nos François, ' furent c.i. i,is. de i.or. ces Grecs ausqucls S. (ierard, lù'èque de Toul, donna retraite <•,}• ^rp^r- ii*'- dans son Diocèse. Ils y formèrent des Communautés entières, avec des Ilibernois ([ui s'éloient mêlés avec eux, et y faisoienl séparément l'Office divin en leur langue, et suivant leur Rit par- ticulier. L'établissement de ces Communautés de Grecs en Lorraine, est tout-à-fait remarquable. Ce fut vers la fin de ce siècle qu'il se fit; puisque S. (ierard, qui le favorisa, mourut eu 1)94 : et il n'y a pas de doute qu'il ne subsistât encore au siècle suivant, et peut-être au-delà. Il y a beaucoup d'apparence que ce fut dans quelqu'une de ces Communautés, que le célèbre Ilumbert, d'abord Moine de Moïen-moutier, puis Cardinal de la sainte Eglise Romaine, puisa celte profonde connoissance qu'il avoit du Grec, et dont il fit un si heureux usage contre les Grecs mêmes, en faveur de l'Eglise latine. Il pourra paroitrc encore dans le cours de l'histoire de ce X siècle, plusieurs au-
•1 C'est ce que fait croire ' la manière dont AVitichinde parle do la bonne police (pie Witieli.l. î.p.SS. Brunon établit en Lorraine. In tantuni, dit-il, disciplina legali inslritxit, iU suiiinin 'ii/iii, sii.'/i(Hc'7iw p<tx mis in parlibus lori'iti Icnerent.
Tome VI. H
58 ETAT DKS LETliES
très hommes de Lelrcs qui prirciU suiii du cultiver la nièiiie langue. Reuii d'Auxene, disciple d'un Maître qui l'avoit beau- coup étudiée, peut être mis de ce nombre. Si les explications qu'il donne de plusieurs mots hébraïques dans quelques-uns de SCS Comuicnlaires, sont originairement de lui, on doit dire qu'il Spic.t.i2.p.3û2. avoit aussi quelque teinture de l'hébreu. ' L'Auteur anonyme de ^*^' deux lelres ù Vicfride, Evoque de Verdun, qu'on croît être un Abbé
de Montfaucon, paroit en avoir eu plus qu'une légère connois- sance. C'est ce que fait juger la manière lumineuse dont il expli- que beaucoup de termes de cette langue, ausquels il ne semble pas que d'autres eussent touché avant lui. La lecture de sa pre- mière lelre ne permet pas non plus de douter, que la langue gré- que lui fût inconnue.
LXXIX. L'application qu'on donna à l'étude des langues, produisit quelques Glossaires ou Lexicons. Dès le siècle précè- dent nos François avoient pris du goût pour cette sorte d'ou- vrages, ot en avoient publié quelques-uns, dont on a rendu compte. Ceux qui parurent en ce siecle-ci, sont beaucoup moins propres à nous faire estimer le sçavoir de leurs Auteurs, qu';\ nous apprendre simplement qu'on ne négligea pas absolument ce gen- M;ii>. .ui.i. i7. 11. re de Literature. ' Dom Mabillon et Dom Calmet nous font con- Lor- t.i' p'i"p '>> "oît'C un de ces Glossaires, qui se conserve manuscrit ;\ l'Abbaie de S. Arnoul de Jhîtz. Il est par ordre alphabétique, et de la façon d'un nommé Ainard, qui l'ollVit au tombeau de S. Evre de Toul, l'an 9G9 sous l'Empiic du grand Otton. Mais outre que cet Auteur fait voir qu'il n'étoit pas fort habile dans l'his- toire des Evêques de Toul, entre lesquels il compte S. Evre t.eiieiir,ii..p.'Jî. pour le cinquième, ' son ouvrage en lui-même n'est qu'un Ue- Oii.hist.ii.'i.iiHi.'. cutùl infornii; de mots bons et mauvais. ' Catel en avnit entre ]iu\. '' '"'■ '"' '''S mains un autre am ien, qu'il numme le Glossaire d'Ansileu- bus, (ju Angileubus Gotthus, et dont il s'est servi pour son his- toire (I-; Ijanguedoc; mais il ne nctus en donne point d'autre M.iiiii.ii. P i-2;i.'. connoissauce. ' Le long Catalogue de manuscrits, publié par les soins d>' Dom d(; Montfaucon, nous indique un Lexicon entier des oiols emploies dans la lîible. Des vers léonins qui se lisent à la lin de ce Lexicon, font conjecturer que l'Auteur vivdit sous li; règne de Robert le Pieux, (pii commença à ré- gner avec .son père dès OS", li seroit au resti' à .-ouhailcr qu'on nous eût doiuié une notice [)!us inslruclivc de cet (luvrage, alîu d(! |ii)uv(iir juger de son pri.\, <'l même de si nature. On ne M aureil iireiniiicer sur ce qu'nu en dil, si ci- n'e>l ((u'unt!
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simple liste des mots du Texte sacré, en forme de concor- dance, pour apprendre en quels endroits ils se trouvent : ou si c'est une explication de ces mêmes mots, et de quelle façon elle est exécutée.
LXXX. On a pu s'appercevoir au travers de tout ce que -nous avons dit jusqu'ici des études de nos François en ce siè- cle, qu'ils avoient donné quelque attention à celle de l'Histoi- re. Mais il y a trois choses à considérer à ce sujet : la science de l'Histoire, la manière de l'écrire, et le fruit qui nous est revenu du travail de ceux qui entreprirent de le faire. Outre ceux qui s'érigeront en Historiens, il est constant que plusieurs autres s'ap- pliquèrent à apprendre l'Histoire. On a vu que Jean de Ven- diere, Biunon, Duc de Lorraine, quelques laïcs même, com- me Abbon, père de S. Odon de Cluni, en avoient fait une étude particulière. Rémi d'Auxerre, Hervé, Archevêque de Reims, et quantité de nos autres hommes de Letres, ne l'avoient pas non plus indubitablement négligée; quoiqu'ils n'aient pas fait usage de leur plume pour écrire dans le genre historique. Celui de tous ceux qui paroit l'avoir étudiée avec plus de méthode et de progrès, est l'Abbé anonyme de Montfaucon, dont on a déjà parlé. Il se montre en effet assés bien instruit de la Géographie, qui est un des premiers fondements de l'Histoire, sans lequel il est impossible de posséder cette science. Il en faut dire autant de la Chronologie. Et cependant ce furent les deux facultés qu'on négligea le plus : ou supposé qu'on les cultivât, dont on prit moins de connoissance. On peut juger par-là combien il y en eut peu qui devinrent sçavants dans l'histoire; quoiqu'un grand nombre donnassent du temps à lire les Historiens qui les avoient précédés. Il est visible par les lumières que nous fournit ce siècle, qu'on y faisoit consister toute la science de la Chrono- nologie, à ce qu'on nommoit Comput, ou supputation des temps par rapport à la fête de Pàque.
LXXXI. Quant à la Géographie, il semble qu'il étoit rare qu'on en eût même les premières notions. Ce n'est pas qu'on manquât de secours suffisants pour s'en instruire. On voit au contraire par les Catalogues imprimés d'anciens manuscrits, qu'il se conservoit alors dans les Bibliothèques de France, di- vers ouvrages qui en Iraitoient. Mais peut-être arriva-t-il que la plupart des gents de Letres, n'entendant pas les noms la- tins des lieux qu'ils y lisoient, et qui avoient abrs changé de signification, se rebutèrent de les étudier. Quoi qu'il en soit, toû-
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Hum. il. (;.ri. |,. jours est-il vrai ' qu'un dos plus savants hommes du siècle avoit si peu de connoissanco de la Géographie sacrée, qu'il croïoit que le Paradis terrestre ne faisoit point partie du mon- de que nous habitons. Par une idée singulière, il le plaçoit en un lieu élevé, qui touchoit au monde de la Lune. Il prétcn- doit en conséquence, qu'il ne fut point inondé au temps du Déluge universel. L'Abbé do Montfliucon, déjà cité plus d'une fois, étoit au contraire fort au fait de la Géographie profane. Etant obligé de parler de plusieurs païs éloignés, et fort peu connus de son temps, à l'occasion des Hongrois, au sujet des- quels on l'avoit consulté, il en parle avec une grande connois- sance, et beaucoup d'exactitude. Aimoin de Fleuri n'a pas mal réussi non plus dans la description de la France, qu'il a mise à la tête de son Histoire. Ges exemples font voir que si l'on avoit eu plus de goût pour cette science, et qu'on s'y lut appli- qué avec plus de soin, on y auroit fait do semblables progrès. On auroit évité par-là une inlinité de foutes, qui se sont glissées dans les Légendes et autres monuments historiques, par le dé- faut de connoissanco des lieux, quelquefois voisins de ceux qui en parlent.
LXXXH. Non seulement nos François qui s'appliqueront à l'Histoire, ne rétudierent point par principes; mais ils man- quoienl même du bon goût, et de la critique nécessaires pour y devenir habiles. Ils n'avoicnt presque aucune idée, et no pou- voiont par conséquent faire presque aucun usage de cette ingé- nieuse sagacité, sans laquelle on ne peut juger sainement des choses, démêler le vrai d'avec le faux, le certain d'avec le dou- teux, faire choix entre l'un et l'autre, peser la valeur des dif- férentes opinions, préférer celles qui le méritent, et se bor- ner à ce qui (ait au sujet qu'on entreprend do discuter. Mal- gré tous ces défauts, on vit s'élever en ce siècle une nuée d'His- toriens, dont la plus grande partie fut composée de Légen- daires. G'est qu'alors on eut un nouveau niolif de travailler aux vies des Saints. Les anciennes Légendes étant perdues, ou péries dans la destruction et l'incendie des Eglises et des Mo- nastères, on se trouva dans l'obligation de les rcnouveller : car on ne pouvoit s'accoutumer à honorer les Saints, et à conser- ver leurs Reliques, sans avoir quelque chose de leur histoire, ou qui passât pour leur histoire. Il est à remarquer qu'il s'agis- soit le plus -souvent de Saints morts depuis plusieurs siècles, et de Reliques venues de fort loin, sur quoi l'on u'avoit presque
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que des traditions orales. De-là on préjuge sans peine, que ceux qui travaillèrent à ces Légendes, se trouvant privés de tous les secours nécessaires, n'ont pii réussir à nous donner des histoires exactes et cerlaines. D(! sorte qu'au défaut du mau- vais goût de le\u- siècle, ils y ont le plus souvent réuni les vi- ces de l'incertitude, de la confusion,- et quelquefois de la faus- seté. Ils y ont aussi donné dans les visions, et laissé le simple et le naturel, pour s'arrêter au merveilleux et à l'extraordinaire. ' Il est même trop souvent arrivé qu'ils se sont cru permis d"y bou. 25. M;<i. i>. mêler des mensonges : ce qu'IIeriger, Abbé de Laubes, qui •'''^- " '^^^ s'en plaint, exprime en ces termes fort éncrgicjues, pro picl(i(c mentiri.
LXXXIIL Ce n'est pas à dire toutefois que parmi ce grand nombre de Légendes qui furent laites en ce siècle, il n'y eu ait quantité de fort estimables, tant pour la vérité des faits, que pour l'ordre et la manière dont elles sont écrites. Il faut ranger dans cette classe presque toutes celles qui sont sorties de la plume de nos Ecrivains qui avoient le plus de discernement, sur-tout celles où ils donnent des histoires nlont les événements n'étoient pas éloignés d'eux. Telles sont la plupart des vies qu'ont édites Hucbald de S. Amand, Odon de Cluni, l'Evè- que Ratliier, l'Abbé Adson, Gerbert, Leihald de Mici. La connoissance de l'ancienne Histoire Ecclésiastique qu'avoit ce dernier, le porta à se roidir contre la passion toute commune en son siècle, de faire remonter l'origine des Cathédrales jus- qu'aux Apôtres, ou aux temps apostoliipies. A la tête de tou- tes ces vies, il faut nieltre à raison de s(jn mérite, celle du IJ. Jean de Vendicre, Abbé de Gorze, écrite par Jean, Abbé de S. Arnoul de Metz. C'est l'écrit de cette nature, ot!i l'on trouve un plus riche fonds d'événements publics, et intéres- sants pour l'Histoire générale de ce siècle. La vie de S. Odon de Cluni par Jean, l'un de ses disciples, celles de S. Gérard de Brogne et de S. Cadroé de Wassor, l'une par un Anonyme, qui vivoit en ce siècle, l'autre par Ousmanne ou Reimanne, Auteur contemporain, ont aussi leur mérite, principalement pour la certitude des faits. On aura occasion dans le cours de ce vo- lume, de parler cn<^ore du prix de plusieurs autres Légendes, et du secours qu'on en peut tirer pour l'Histoire générale, tant civile qu'ecclésiastique.
LXXXIV. Une autre partie de nos Ecrivains qui travaillè- rent sur l'Histoire, se porta à écrire des Annales ou Chroni-
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ques. Cependant ce genre historique fut moins cultivé qu'au siècle précèdent. Ce qui nous reste de meilleur du travail de celui-ci, sont les Chroniques de Frodoai'd de Reims et de Re- ginon, Abbé de Prom. On peut dire que ces deux Ouvrages répandent une grande lumière sur l'Histoire générale du X siè- cle, et (jue sans eux nous serions privés de la connoissance de quantité d'événements considérables. Enfin une troisième clas- se d'Historiens entreprit d'écrire des Histoires en forme et sui- vies. Les plus connus, comme les plus estimables, sont le Prê- ti'e Rerlhaire, Frodoard, Folcuin, Abbé de Laubes, et Ai- moin, Moine de Fleuri. L'ouvrage de Rerthaire contient l'his- toire des Evêques de Verdun jusqu'à Dadon. Il est court, mais assés lîdéle. L'Auteur a évité d'y donner dans les fausses tradi- tions, et a eu la prudence de ne le pas charger de choses qu'il ignoroit. Il y a deux sortes d'histoires par Frodoard; l'une en prose, de l'Eglise de Reims; l'autre en vers, qui comprend les vies de plusieurs anciens Papes, et de grand nombre de Saints, tant Martyrs qu'autres, qui ont vécu de leur temps. Quoique l'iiistoire de l'Eglise de Reims soit mal digérée, et plus mal écrite, elle est néanmoins très-sincere, aïant été laite, hors le premier livre, sur les Archives de cette Eglise, tient l'auteur étoit gardien, les actes des Conciles, les letre.- des Papes, les vies des Saints, et autres pièces originales. Elle est encore importante, en ce qu'en nous donnant l'Histoire Ec- clésiastique de Reims, elle nous apprend aussi une infinité de faits qui regardent d'autres Eglises, et môme l'Histoire géné- rale de France.
LXXXV. On ne peut pas à la vérité dire la même chose de l'histoire des Papes et des Saints, par rapport à la certitude et la sincérité. Mais on ne laisse pas d'y apperccvoir que l'auteur y a suivi le plus souvent des mémoires, sinon du temps, au inoins antérieurs à son siècle. Aussi y trouve-t-on des iiùls qu'on chercheroit inutilement ailleurs, et qui pourroient servir à recti- fier ce que d'autres Historiens ont écrit sur le même sujet. L'His- toire qu'on a de Folcuin, regarde les Abbés de Laubes ses prédécesseurs, et contient beaucoup de choses sur l'Eglise de Liège. Les mesunîs que prit l'Auteur, jusqu'à faire des voïa- ges, mêm(! au loin, pour s'assurer par lui-même i\e ce qu'il y avance, font juger que les faits (pi'il nous apprend sont avé- rés. Aimoin de Fleuri nous a laissé une histoire des François, qui appartient à la fin de ce siècle. L'Auteur n'y dit presque rien
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de lui-même; n'ayant fait qu'extraire Grégoire de Tours, et les autres Historiens de la Nation, qu'il a tâché de mettre en meilleur latin. Dudon, Doïcn de S. Quentin, se mêla aussi d'écrire l'histoire des Normans; mais il l'exécuta beaucoup moins en Historien qu'en pur Romancier. Divers autres Ecri- vains entreprirent encore de travailler sur certaines parties de notre histoire. Dadon, Evêqiie de Verdun, écrivit la relation des ravages des Nonnans dans son diocèse; Folcuin de S. Berlin commença la fameuse chronique de son monastère ; Richer Moine à Reims publia quelques autres histoires en vers; mais leurs écrits ne sont point venus jusqu'à nous, ou sont fondus, ou bien font partie d'autres ouvrages. En marquant les vices ordi- naires aux Historiens de ce siècle, nous avons oublié de faire ob- server qu'ils sont généralement sujets à une trop grande crédu- lité. Il est vrai que c'est une suite de leur défaut de critique, comme aussi de faire usage des bonnes et des mauvaises pièces sans discernement.
LXXXVI. Outre les Légendes, les Chroni(nies et les His- toires en forme, ce siècle a encore produit grand nombre de monuments, où l'on a une infinité de faits très-importants, et propres à enrichir l'histoire ecclésiastique. Tels sont les Apolo- gétiques de Ralhier etd'Abbon; les letres de ce dernier; cel- les de Gerbert, et ses discours, principalement la relation qu'il a faite du fameux Concile tenu près de Reims en 991. ' Telle est une assés longue lefre que nous avons sous le nom de Char- les III, c'est-à-dire, Charles le simple, aux Evèques de ses Etats, touchant l'intrusion d'IIilduin dans le Siège episcopal de Liège, et l'ordination de Riquier. On y trouve les principaux événements qui se passèrent dans cette grande altercation. ' Telle p er-cui. est encore l'ample letre d'Artaud, Archevêque de Reims à Ma- rin, Légat du Pape, au sujet du fameux différend entre ce Pré- lat, et Hugues son compétiteur. Cette letre, avec quelques écrits de Gerbert déjà indiqués, peut servir d'une espèce de supplément à l'histoire de l'Eglise de Reims par Frodoard, à l'égard de quantité de faits que cet Historien n'a pu ni voir, ni rapporter, ou au moins qui n'arrivèrent que depuis qvi'il eut mis la dernière main à son ouvrage. ' La letre quo Theotmar, et ^>. -iii-sn. ws les autres Evêques de Raviere, qui pour la plupart étoient nés '^^'^ sujets de nos Rois, écrivirent au Pape Jean IX vers le com- mencement de ce siècle, est encore importante pour l'histoire ecclésiastique de Moravie et de Sclavonie de la fin du siècle pré-
C.inr.t.',). 11. 571. 573.
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cedont, et sui" le caractère dos Hongrois. On lit aussi des traits tort curieux sur l'origine de cette nation, et ses ravages en Lor- raine, dans la letre de l'Abbé anonyme de "Monllaucon. Enfin le discours qu'Arnoul, Evùnue d'Orléans, fit au Concile près de Reims en 991, et qui est imprimé avec la relation du même Concile, contient [)lu^ieuis faits, qui ne sont pas indift'crenls pour l'îiisîoire.
Î.XXXVH. Il n"y a [Vdà à beaucoup près les mêmes preu- vi.'S, que ntis François aient Ml autant d'honneur h la Rhétori- que, qu'aux autres (acuités dont on vient de parler. On l'ensei- gnoit cependant, et on l'étudioit ccmnie les antres Arts libé- raux dont elle Hut partie; et ceux qui comnientercul Martia-
Ccib. cp.92. lius Capelia, en traitèrent par écrit. ' Gerbert en publia même un traité particulier, dont il fait mention dans ses letres. On ne man- quoit point d'ailleurs, comme on l'a vu, dos ouvrages des An- ciens, propres à cultiver cet Art. On avoit communément Ci-
Mub, ;|ft. t. 8. p. CiTon ' et Yictorii) le Rhéteur, que S. Jérôme avoit autrefois choisi pour son Maître dans l'Eloquence, et dont Abbon de Fleuri fit aussi choix pour le même elfet. Avec tous ces soins, on ne voit point que la France ait produit en ce siècle ni de Rhé- ieurs habiles, ni de véritables Orateurs. La principale raison en fut sans doute, que depuis les temps d'ignorance on avoit chan- gé la maxime en usage dans les siècles d'or des belles Letres. fia dernière étude qu'on faisoit alors, comme nous l'avons dit en son lieu, étoit celle de l'éloquence. L'esprit étoil )ni"ir, le jiigemeiit formé; et l'on se trouvoit en éta!. de goûter par soi- même, et de saisir hîs beaux endroits des Auteurs qu'on lisoit. Au contraire depuis la décadence des l^etivs, on se mit sur le l)ied d(! faire cette élude, dès la première jeunesse, lorsqu'on est incapable de i.cilexion, et de ne la faire encore que fort super- ficiellement. Si l'on avoit suivi en ce siècle les règles de l'anti- quité, il est hors de doute (pi'on y auroit vu de meilleurs Ora- teurs. On le présume des grandes dispositions de quelques beaux esprits, tels qne S. Radbod, Rathier, Gerbert, Abbon, etc., et de plusieurs traits d'éloquence semés dans quelques-uns de leurs écrits. 11 ne faut pas oublier, qu'entre ceux qui se fiivnt (pielque
eom. tïiiii._^^tii' réputation dans l'éloquence de la chafr, on loue particulièrement' un nommé lUigucs, l'i'être ou même Curé dans la ville de Rouen, dont on nous a conservé l'épitaphe.
LXXXVIII. Il pareil qu'on donna plus d'applicalion à la Dialectique. Nous avons montré qu'on l'enseignoit publique-
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ment, et avec éclat à Paris, à Reims, à Lyon : ce (iiii se prati- quoit aussi sans doute dans la plupart des autres Ecoles publiques. S. Odon, Rrunon, Duc de Lorraine, Rathier, S. Maïeul, Gei- bert, Abl)on, et tant d'autres en firent une étude particulière. Ces deux derniers publièrent même quelques écrits pour en faci- liter rinlelligencc. ' L'un travailla à cclaircir la Pliilosopliie de Mab. aua. i. i.p. Porpliyre; et il nous reste encore quelques débris de son ouvra- '^^"^^■ ge. ' L'autre s'atlacba à démêler ce qu'il y avoit de plus embroiiil- act. ib. lé dans les subtilités de cette science, et y reiissit autant qu'on le pouvoit alors : quosdam Duilnticorum iiodos sijl/o/jisiuorum cnuclcalissimr enodavit. ' Mais on sçait que cette belle IMalecti- t.7. p.i57. n. m. que tant vantée, en quoi on faisoit consister toute la Pliilosopbic de ce temps-là, n'avoit point d'autre ibnds que le traité des caté- gories attribué à S. Augustin, comme fait pour son fils Adeo- lal, avec la Pbilosopbie de Porpbyre, et ce que les connnen- tatcurs de Capella avoient écrit sur cette même faculté. Fonds, il faut l'avoiier, (|ui n'étoit ni riche, ni capable de faire de grands Philosophes. ' Un trait de la vie de S. Jean de Vendierc nous p. 31^3. u. &3. fait juger, qnc celte sorte d'écrits n'étoit pas olYeclivement d'un grand secours. Jean, (|ui éloit un des beaux esprits de son siè- cle, étant tombé en lisant l(!s livres de la Trinité par S. .\ugustin, sur les relations entre les trois Personnes divines, eut recours, pour tâcher de les comprendre, à ces diverses introductions aux catégories; et avec toute sa pénétration et son élude, il n'en put venir à bout. A. ces écrits philosophiques, ' on joignoit en Mait. amp. coll. quelques lieux, ceux de Platon et d'Aristote : sur-tout le Tiinée '-^p-^*- du premier, le traité de la manière d'interpréter de l'autre, avec ses Topicpics, et ceux de Ciccron. Mais un Sçavant du temps qui les avoit portés d'Italie en Lorraine, doutoit sérieusement qu'on en pénétrât la profondeur.
LXXXIX. On comprend par ce qui vient d'être dit, que toute la Philosophie de nos gcnts de Letres se réduisoit à la première partie de celle qui est aujourd'hui à notre usage. Cepen- dant quoiqu'elle fût restrainte à la seule manière de raisonner, ou apprendre à raisonner, on ne voit point ni par les principes tju'ils ont posés, ni par la luéthode qu'ils ont suivie dans leurs ouvrages, ni par la justesse de leurs raisonnements, qu'elle for- mât de bons Logiciens ou Dialecticiens. Quant aux autres par- lies de la Philosophie, il paroit qu'ils en avoient peu, ou point du tout de connoissance. Il est au moins vrai qu'ils ne les éludioienl ni ne les enseignoient par principes. Ils ne sçavoicnt
Tome VI. I
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de la Métaphysique que ce qu'ils en lisoient dans les Anciens. La morale, ils la puisoient dans l'Ecriture, les Ecrits des Pè- res, et des autres Auteurs ccclésiasii(jucs, qui sont à la vérité les véritables sources ; mais rien ne nous montre qu'ils en don- nassent des leçons selon les règles ordinaires. Pour ce qui est Le Beuf, ib. p. de la Pliysiquo, ' M. l'Abbé le Beuf a fait voir par un certain 123-127. détail, qu'ils n'en avoient pas même les premières notions. L'on
ne devint guéres plus habile dans la Médecine. Gerbert en avoit étudié quelque partie, nommément celle qui concerne les maladies des yeux. Fulbert paroît .en avoir sçû beaucoup da- vantage. Il exerça même cet Art jusqu'à son Episcopat : ce qui peut-être se bornoit à donner, ou même simplement indiquer Lab. bib. nov. I. des rcuiedes. ' Il y avoit aussi à Maillezais en Poitou un Moine, an.''i. ^. n^'yo! *I"i p^ssoit pour habile en Médecine, et que Guillaume IV •^7. Duc d'Aquitaine, Fondateur de ce Monastère, appelloit dan.=;
ses maladies, pour se servir de son ministère. Du reste on ne trouve point de preuves que nos François en fissent une étude sérieuse et réglée. Ils avoient parmi leurs autres livres, ceux de quelques anciens Médecins, qu'ils consultoient quelquefois, cl connoissoient, par la tradition de leurs pères, les remèdes em- piriques les plus nécessaires, ce qui étoit d'ancien usage dans les Gaules, comme on l'a dit ailleurs; et c'est apparemment en quoi consistoit leur principale science de la Médecine.
XC. La Peinture, la Sculpture ou Cizelure, et l'Architec- ture ne furent pas moins cultivées parmi eux en ce siècle. On faisoit usage de ces beaux Arts dans les cas de nécessité, mais en suivant le goût du temps, et sans, travailler à le perfection- ner. Comme la plupart