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HISTOIRE

DU VICOMTE

DE TURENNE,

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HISTOIRE

DU VICOMTE

DE TURENNE,

Par tAbbl Ragu en et.

Nouvelle Edition plus corre&e que les précédentes.

A PARIS, RUE DAUPHINE;

Chez Claude-Antoine JOMBERT,

fils aîné, Libraire du Roi pour le

génie 6e l'Artillerie.

M. DCC. LXXTÏT

^ÏVktiïfïS.f

&C3

^AVERTISSEMENT

Z> Z7

LIBRAIRE.

LA vie des Grands Ca- pitaines étant tou- jours extrêmement inté- reflante , j'ai cru que le public recevroitavecplai- fir celle que je lui procu- re aujourd'hui d'un des plus renommés d'entre eux.

Une autre raifon pour- a iij

Avertissement. ra contribuer à la lui faire recevoir agréablement : c'eft qu'elle à été écrite par un homme fort atta- ché à la Famille de ce grand Capitaine, dans la- quelle il a prefque tou- jours vécu , & qui ne lui a refufé aucun des fe- cours néceffaires pour en faire un bon Ouvrage. C'eft ce qu'on pourra fa- cilement remarquer, par les Mémoires fecrets, & les Lettres d'Etat, qu'il cite de tems en tems.

D'ailleurs s'il s'y trou- ve par - ci par - quel-

Avertissement. ques petites négligences de ftyle , c'eft qu'on a mieux aimé le donner fi- dèlement tel qu'on l'avoit reçu , que d'altérer la dic- tion d'un Ecrivain déjà connu , & de réformer fon Ouvrage.

Pour en rendre la lec- ture plus utile , on a feule- ment pris foin d'ajouter des Sommaires à la marge de chaque Paragraphe ; & à la fin de l'année 1 760. Une petite remarque qui a paru néceiïaire pour fai- re connoître le génie dé- fîntérefTé du Héros de cet Ouvrage. a iv

Avertissement.

Les Médailles font tou- tes placées à la fin dans cette Edition , & ren- voyées par des numéros: il ne faudroit, pour juger de la préférence quelle mérite fur les anciennes Editions , que confronter la Médaille N°. 6 dont on avoit changé la repré- fentation & la Légende 5 prefque toutes les autres . étoient defe&ueufes.

HISTOIRE

DU VICOMTE

DE TURENNE.

LIVRE PREMIER.

E Règne de Louis XIV Nombreir- fi.it fienalé dès fon com- fcsConquêtes

° r du Reene de

mencement par un fi Louis Xiv , grand nombre de vic- toires 6c de Conquêtes , que rien n'avoit fait plus d'honneur aux François depuis l'établiflement de leur Monarchie. J'entreprends d'é- crire la vie d'un Capitaine qu'on dues prïncî- doit regarder comme le principal P?Iement a* infiniment de ces victoires & de t wewU tes Conquêtes j d'un Général d'Ar- A X

îo Histoire du Vicomte mée, que la France peut oppofer, non-feulement à tous ceux des der- niers fiecles, de quelque Nation qu'ils foient , mais encore aux Grecs , aux Romains, & à tous les autres grands Capitaines de l'anti- quité,-car tel eft le Vicomte de Turenne. :- Difficulté Je n'ignore pas les difficultés "Jj| Jree ^on de l'entreprife dont je me charge. Je fais quelle efl l'attente du Pu- blic touchant cet Ouvrage. Ce- pendant , pour la remplir , on n'a que la vie d'un homme , qui a fait , à la vérité , les actions les plus grandes , mais qui font encore moins grandes par elles-mêmes , que parle principe qui les produit , par les motifs d'où elles partent , & par les fentimens qui les accom- pagnent : toutes chofes il n'eft prefque pas permis à l'Hiflorien de fouiller, tant par rap- Si l'on n'avoit à écrire que la port aux Té- vie d'un Héros de quelque fiecle fort éloigné du nôtre > il feroit ai- de compofer fon hiftoire , fans craindre d'être contredit par au-

DE TlTRENNE. Llv. L II

cun témoin , en ramaffant tout ce qui fe trouveroit de lui dans les li- vres. Mais quantité de perfonnes, qui ont vécu avec le Vicomte de Turenne , vivent encore : c'eft aux Officiers & aux foldats , qui ont fervi fous lui , qu'il faut que l'Hif- torien raconte ce qu'ils ont fait eux- mêmes, & ce qu'il n'a pas vu. Il faut faire une Hiftoire détachée, pour un homme qui a eu tant de part aux événemens publics, qu'il iemble qu'il faudroit écrire l'Hif- toire générale de fon tems , pour bien faire la fienne.

D'ailleurs , comment conferver <iue pa* »?- le génie du fiyle hiftorique , enpo"au tyiC racontant certaines actions fi gran- des & fi élevées , que le récit le plus fimple qu'on en puiffe faire , ne iauroit manquer d'avoir toujours je ne fais quel air d'éloge & de pa- négyrique }

Telles font les difficultés qu'il vains y ont y a à faire l'Hiftoire du Vicomte de écboué? Turenne. Plus d'un Ecrivain y a déjà fuceombé ; & il femble qu'el- les devroient détourner tout h A vj

i 2 Histoire du Vicomte

monde de l'entreprendre , outre que perfonne ne paroît avoir moins befoin d'Hiftoire que ce Prince ; les chofes qu'il a faites pour le bien ck pour la gloire du Royaume , étant d'une nature à ne pouvoir ja- mais être oubliées. En effet, il n'y a point de François qui ne fâ- che de quoi la France lui eft rede- vable ; il n'y a point de père qui ne l'apprenne à fon fils : de forte que, lans le fecours de l'Hiftoire , ce qu'il a fait ne fauroit manquer de paffer jufqu'à la dernière pofté- rité ; mais outre ces actions écla- tantes , que prefque perfonne n'i- gnore, il y en a beaucoup d'au- tres qui font moins connues, & dont je crois être affez inflruit pour en faire part au Public , les ayant apprifes par le moyen des Mémoi- res particuliers qui m'ont été com- Kouveaux muniqués. Ces Mémoires font ceux Mémoires fe- du Vicomte de Turenne , qu'il ««s , commença à écrire de fa propre

main, fi-tôt qu'il fut à la tête des armées ; les Lettres du Roi & des Secrétaires d'Etat qui lui ont été

DE TURENNE. Liv. I. Ij écrites pendant tout le tems qu'il a commandé , ôc fes réponfes à ces Lettres.

Des perfonnes d'une haute dif- commune tinclion m'ayant procuré ces diver- ^euuers a 1 Aaz fes pièces , dont on peut tirer de fi grands fecours pour fon Hiftoire , je me trouve engagé , par leurs inftances , à les mettre en œuvre , & à faire tous mes efforts pour ré- pondre à la confiance dont on m'a honoré.

Je vais donc efiayer de raconter quî entre- tout ce qu'a fait le Vicomte de Sg*^" Turenne , foit en France , foit dans les Pays Etrangers, durant la plus grande partie du fiecle paffé.

Je tâcherai de faire connoître Son plan; cetteprofonde intelligence avec la- géunc£n£ Jfc quelle , ayant formé le plan de fa Campagne, il favoit il rencon- treroit les Ennemis, il leur li- vreroit bataille , & tous les mou- vemens qu'il leur feroit faire : ce caractère particulier de valeur , qui le rendoit en même - tems fi cir- confpeft à donner des batailles, &

Us vertus

1 4 Histoire du Vicomte fi prompt à s'y déterminer dans l'occafion : car , quoique , pour ménager le fang de (es foldats , il évitât, autant qu'il pouvoit , d'atta- quer les ennemis , il prenoit néan- moins fi promptement fon parti, lorfqu'il étoit néceflaire d'en venir aux mains , qu'il ordonnoit un com- bat & une bataille , comme un autre auroit fait un fimple campe- ment & une fimple marche , fans aflembler pour cela de Confeil : de quoi même qui que ce foit ne fe formalifoit ;la fupériorité de fes lu- mières reconnue , faifant que per- fonne ne s'offenfoit de n'être pas côKifulté. Je ferai voir cette difpo- fition d'efprit û fage , qui le porta toujours à penfer modeftement de lui-même avant le combat, & à parler des Ennemis avec honneur après la vi&oire.

Je dirai comment fa vertu naif- fante excita d'abord la jaloufie ; & comment fon mérite s'accrut par la fuite jufqu'à un tel point, qu'il fit de fon vivant même taire la médifance , & que fes Concurrens

BE TURENNE. Liv. I. Ij

cefferent enfin d'être fes envieux , & applaudirent comme les autres à fa gloire.

Il n'y a rien dans ces derniers & le caraftere fiecles , qui puiffe nous fournir de fon Heros* une idée jufte de la {implicite gui étoit le véritable fond de fon ~ca- ra&ere : il faut remonter pour cela jufqu'au premier âge de la République Romaine ; ôt c'eft , où, dans les fentimens d'un pe- tit nombre de Capitaines égale- ment grands & modeftes , nous trouverons des traits , parle moyen defquels nous pouvons nous for- mer quelque image de ce caractère {impie , qui a porté à un fi haut point de grandeur le Vicomte de Turenne. Cette réputation générale qu'il s'efl acquife , il ne la doit à rien de ce qui éblouit la plupart des hommes. Il n'avoit ni l'air impofant , ni même l'extérieur pré- venant; mais une aimable fimpli- cité accompagnoit toutes fes pa- roles & fes actions ; vertu rare dans une aufli grande élévation que celle il étoit, & qui, jointe à ce

1 6 Histoire du Vicomte génie éminent qu*l avoit pour Guerre , le fit adorer de tout le monde , ainfi qu'on le verra dans la fuite de fon Hiftoire,

Année

Henri de la Tour d'Auver- itfit. gne, Vicomte de Turenne, na- Naiflknce qUit à. Sedan le 1 1 Septembre de

du Vicomte^ , , T1 ; .fr , ~.

deTurcnne.l année 1611. Il etoit fécond fils de Henri de la Tour d'Auvergne, Duc de Bouillon , Prince Souve- rain de Sedan , & d'Elifabeth de Naffau , fille de Guillaume de Naf- fau I du nom, Prince d'Orange. Ainfi , du côté paternel , il tiroit fon origine des anciens Comtes d'Auvergne , dont la Maifon , par fes alliances , tient à ce qu'il y a de plus grand en Europe pour la nahTance; & du côté mater- nel, il defcendoit de la Maifon de Nafîau , qui a donné un Empe- reur à l'Allemagne , plufieurs Ca- pitaines généraux à la République de Hollande, & un Roi à l'An- gleterre. SesParens,. Comme les Parens du Vicom-

&fonédu°c^te de Turenne étaient de IaReli-

DE TURENNE. Liv. I. 17

gion Prétendue Réformée , ils le A n n é a rirent élever à Sedan , dans lesl5lI,ôcc' principes de cette Religion. Si-tôt qu'il fut en âge d'avoir des Maî- tres, le Duc de Bouillon , fon Père , mit auprès de lui des gens capables de lui donner une édu- cation digne de fa naifTance & des grandes vues qu'il avoit pour lui. Dans ces premières années , l'homme, encore incapable de dé- guifement , découvre également fes bonnes fes mauvaifes qualités, il fit voir une maturité fi fort au- deffus de fon âge , un fi grand empire fur lui-même , &l une dif- pofition d'efprit fi préparée à em- braifer tout ce qu'on lui propofoit de raifonnable , qu'on jugea bien dès-lors qu'il étoit pour don- ner au monde de grands exemples de vertu.

Le tems de l'éducation domef- A ] M . _ tique étant fini, &: le Duc deBouil- iJfx<- Ion étant venu à mourir , la Du- Envoyé en chefTe de Bouillon , chargée de la Hollande au conduite de fes enfans , envoya le r^" .

ï8 Histoire du Vicomte

Année Vicomte de Turenne en Hollande ; "&$• pour y apprendre le métier de la Guerre fous le Prince Maurice de NafTau fon frère , qui paffoit à jufte titre pour un des plus grands Ca- pitaines de fon liecle. qui Je fait fer- Si-tôt que le Vicomte de Tu- ;ir , cc0I?\rae renne fut arrivé en Hollande, le Prince Maurice , ion oncle ? voulut favoir quel étoit fon caractère ; & il l'entretint long-tems , pour ce- la fur toutes les chofes qui pou- voient le lui faire connoître à fond. Le Vicomte de Turenne avoit na- turellement je ne fais quel embar- ras dans la langue , qui faïfoit que lorfqu'il vouloit parler il demeu- roit quelquefois un petit inftant fur la première fyllabe de certains mots avant que de les achever; mais tout ce qu'il difoit étoit fi fenfé & fi jufte, que cette petite difficulté qu'il avoit à s'énoncer , n'empêcha point que le* Prince Maurice ne conçût de lui une idée très-avantageufe. Il lui fit aufTi- tôt prendre un moufquet, & vou-

TU'RENNE. Liv. I. If)

lut qu'il feryît comme un fimple r~

Soldat , avant que de 1 élever a au- i$15. cun grade.

Le Vicomte de Turenne , qui Sa grande ne refpiroit que les fonaions duJJ^ métier , n'en reflifa & n'en dédai- gna aucune ; il ne trouva rien de bas pour lui , ni de trop pénible. Le Capitaine fous qui on le mit , étoit VaiTal du Duc de Bouil- lon fon père , & le Vicomte de Turenne lui obéiiïbit comme le moindre Soldat de la Compagnie : il ne fe plaignoit ni des incom- modités du climat , ni des inju- res des faifons. Enfin il fit paroî- tre , dans tous les exercices , tant de fermeté 6c de patience , & une ii grande application au Service , que le Prince Maurice , charmé des heureufes difpofitions qu'il lui trou- voit pour la Guerre , fe propofoit de prendre foin de les cultiver , & s'en faifoit déjà un plaifir par avance , lorfque par malheur il vint à mourir. Ainfi on peut dire que le Vicomte de Turenne s'eil formé lui-même, n'ayant plus fer-

io Histoire du Vicomte

A ***$.* E v* depuis ^ous aucun Capitaine de qui on puiue avoir lieu de croire qu'il ait rien appris de tout ce qu'il a exécuté de grand dans l'Art mili- taire.

s l6l6t Après la mort du Prince Mau-

Faîc Ca i- r*ce ^e Naffau , les Hollandois

tainedinfan- ayant remis le gouvernement gé-

Princ W'd* n^Yd^ ^e ^eurs Armées au Prince rie Henn;fert Frédéric-Henri fon frère , ce Prin- aux sièges de ce donna au Vicomte de Turenne Boiduc, & Â "ne Compagnie d'Infanterie , à la repris de trop tête de laquelle il fervit aux Sièges de Groll & de Boiduc, &: montra qu'il n'étoit pas moins bon Offi- cier que bon Soldat. On ne voyoit point , dans toute l'Armée ,. de Compagnie plus belle , ni mieux disciplinée que la fienne. Tout jeu- ne qu'il étoit , il ne s'en repofoit point furies foins d'un Lieutenant; il faifoit lui même faire l'exercice aux Soldats, il les dreffoit avec pa- tience , il les formoit avec bonté , il les corrigeoit à propos ; & fa bourfe leur étpit ouverte dans tous leurs befoins. Il alloit toujours le premier à la tranchée ôc aux at*

DE TURENNE. Liv. L II

taques. Son Gouverneur, quiétoit a n n é un homme de fervice, s'efForçoit I*i** en vain d'empêcher qu'il ne s'ex- pofât comme il faifoit ; hors de-là , il le refpecloit comme fon père ; mais quand il s'agifîbit de don- ner l'exemple à ceux à la tête de qui il étoit , il n'avoit égard qu'à ce que demandoit fon honneur. Le Prince Frédéric-Henri , ion on- cle , crut même devoir lui repro- cher , comme une ardeur immo- dérée , ce courage qui ne connoif» foit point de péril ,afïn de lui don- ner quelques bornes; mais il avoit bien delà peine à difîimulerla joie qu'il reflentoit d'être obligé à lui faire de tels reproches , dans le tems même qu'il les lui faifoit : juf- ques-là qu'un jour, après lui avoir fait une de ces fortes de répriman- des , il fe tourna vers les Officiers qui étoient préfens , & leur dit qu'il fe trompoit fort, ou que ce jeune homme effaceroit la gloire des plus grands Capitaines. AufTi n'y avoit-il pas un feul des Soldats de fa Compagnie qui n'eût eu hon-

I6i6.

11 Histoire du Vicomte Ai* w t i te de ne le pas fuivre aux endroits même les plus périlleux , & de n'y pas faire paroître de la bra- voure à fon exemple. Celui qui a dpnné fa vie au Public , avant moi , raconte plufieurs actions fort brillantes que le Vicomte de Tu- renne fit , à ce qu'il prétend , n'étant encore que fimple Capitaine , & je pourrois en embellir ici cette Hif- toire ; mais n'en trouvant aucune preuve en nul autre endroit , &C n'eftimant pas que le témoignage d'un particulier fuffife pour fonder la certitude d'un fait hiftorique , je ne les rapporterai point. J'aime mieux m'expofer au reproche d'a- voir omis quelques actions glorieu- fes à la mémoire du Prince dont j'écris la vie , qu'à celui d'en avoir fuppofé pour lui faire honneur ; & je yeux raconter toutes chofes avec tant d'exactitude & de fincérité , que cet Ouvrage ne foit pas moins un monument de la fidélité avec laquelle on doit écrire l'Hiftoire , que de la gloire immortelle du Vicomte de Turenne* Cependant,

DE TURENNE. Liv. L 2$

i continuent de. fervir en Hollan- A M N i j le. Les François , qui s'y trou- ^^> f oient en grand nombre , & qui ivoient été témoins de fes actions &defa conduite , enavoient écrit iluûeurs fois à la Cour : ils en par- oient comme d'un prodige de fa- ;effe, Se il étoit déjà connu en 7rânce , lorfque les affaires de fa vlaifon l'obligèrent à s'y rendre, sdais avant que de raconter ce ju'il fit pour le fervice de cette Couronne , aux intérêts de laquelle 1 demeura attaché pendant pref- jue tout le refte de fa vie , il efl i propos de faire connoître quelle îtoit , dans ce tems , la diipofi- ion de la France , tant pour les iffaires du dedans du Royaume , jue par rapport aux Etats voifins, Si de donner une idée du caractère de ceux qui a voient part au Gou- vernement.

Louis XIII , qui régnoit alors , Richelieu avoit bien fu connoître que le è-^™01^ Cardinal de Richelieu avoit un gé- Louis xm. nie fupérieur à celui de toutes les âutresperfonnes qui entroient dans

'Année .1616.

24 Histoire du Vicomte fon Confeil , & perfuadé qu'il avoit d'ailleurs du zèle pour fon fervice , & de l'attachement pour fa per- fonne , il l'avoit fait fon premier Miniftre , & lui avoit remis l'ad- miniûration générale de toutes les affaires. forme le def- Le Cardinal de Richelieu fe fein d'abaif- vovant maître de difpofer comme

fer la Maifon .. J * 1 * -rr r

d'Autriche. « voudroit de la puiilance iouve- raine, réfolut d'élever la France à un fi haut point de grandeur , que fon Miniflere devînt célèbre dans tous les fiecles à venir. Il falloit pour cela abaiffer la Maifon d'Autriche, qui, poffédant l'Em- pire d'Allemagne & la Monarchie d'Efpagne, fe trouvoit fort au- deffus de toutes les autres Maifons de l'Europe ; ôt c'efl: aulîi ce qu'il avoit entrepris de faire. Mais com- me l'autorité de Louis XIII n'é- toit pas fort abfolue dans fon pro- preTloyaume , le Cardinal de Ri- chelieu n'avoit pas ofé d'abord faire déclarer ouvertement la Fran- ce contre la Maifon d'Autriche. Il s'étoit contenté d'aflifter^ comme

Alliés «,

DE TURENNE. Liv. L If

Alliés , les Suédois & les Hollan- Année dois , qui etoient en guerre avec l'Empereur & avec le Roi d'Ef- pagne ; & afin de pouvoir bien- tôt tourner toutes les forces de la France contre les Impériaux , 6c contre les Efpagnols , il appliquoit tous fes foins à rendre le Roi fi ab- fblu chez lui , qu'il n'eût plus rien à craindre du dedans du Royau- me , lorfqu'il porteroit la Guerre au dehors : car la PuhTance Sou- veraine partagée , comme elle Té- toit alors , fe trouvoit réduite à bien peu de chofe. La Reine Mère , le Duc d'Orléans > frère du Roi , les Princes du Sang , & les Grands du Royaume, vouloient tous avoir part au Gouvernement. Les Parle- mens prenoient connohTance des Affaires d'Etat ; les Calvinifîes avoient des Chefs &c des Places de fureté ; les Mécontens entrete- naient des liaifons avec les Ducs de Lorraine &: de Bouillon , qui , par le moyen de Nancy &c de Sedan , Places fi voifines de la France ? leur fourniffoient dans le

B

16 Histoire du Vicomte befoin des retraites faciles &c affu- rées,

Le Cardinal de Richelieu , avant &fommer les <Iue ^e r^en entreprendre contre les Grands du Etrangers , obligea la Reine Mère

Royaume. * fortir du Royaume , & les Prin-

ces du Sang à fe contenter de leur Appanage. Il fit couper la tête à' quelques-uns des Grands , & ar- rêta les autres par la crainte du même traitement : il réduifit les Parlemens à ne plus fe mêler d'au- tres affaires que de celles des par- ticuliers : il enleva aux Calviniïtes la Rochelle , & leurs autres Forte- reffes les plus confidérables : il en- voya une armée dans la Lorraine , pour fe rendre maître des princi- pales Places de ce Duché ; & enfin il fit figner à la Ducheffe Douai- rière de Bouillon , un Traité , par lequel elle promettoit de demeurer toujours attachée aux intérêts du Roi , qui , de fon côté , s'engageoit à prendre fa Maifon fous fa pro- tection. "" Telle étoit la fituation des Af-

faires de la France , lorfque la Du-

DE TURENNE. Liv. I. 1J

cheffe de Bouillon , ayant appris a n n ê * que le Cardinal de Richelieu , non l6*°> content du Traité qu'il lui avoit Turenne en- fait figner , avoit defïein de lui de- cv°yéeû Fc^ mander qu'elle reçût garnifonFran- çoife dans Sedan , elle jugea à pro- pos d'envoyer le Vicomte de Tu- renne en France ; afin qu'il y fer- vît comme d'otage & de caution des engagemens qu'elle avoit con- tractés avec cette Couronne , & qu'on ne lui fît pas de nouvelles proportions , au préjudice de la Souveraineté du Duc de Bouillon, fon fils aîné.

Le Vicomte de Turenne étant y eft très-bie* donc allé à la Cour de France , il j^* Et fut reçu du Roi & du Cardinal mène, de Richelieu , avec tous les hon- neurs ôc toutes les carefTes que lui dévoient attirer fa naifTance &c fon mérite perfonnel ; & on lui don- na un Régiment d'Infanterie , à la tête duquel il fervit au fiége de la Mothe : car le Cardinal de Richelieu , ayant envoyé ordre au Maréchal de la Force d'afliéger cette Ville , qui étoit la feule Pla- Bij

18 Histoire du Vicomte

A n m e e ce confidérable , qui reftât au Duc l6™- de Lorraine , le Régiment de Tu- renne fut du nombre de ceux qu'on deflina pour cette expédi- tion.

Sert au siège La Mothe étoit une ForterefTe 4eiaMcnhe. fituée fur le haut d'un Rocher fort élevé , & d'une dureté à l'épreuve de la fape & de la mine. Lorfque le Maréchal de la Force eut avan- cé fes travaux , d'une manière à pouvoir attaquer un des battions de la Place , il y envoya le Mar- quis de Tonneins fon fils , avec fon régiment , qui y fut fi maltrai- té , qu'il fut contraint de venir fe renfermer dans les lignes. Le len- demain , le Vicomte de Turenne fut commandé avec fon régiment, pour attaquer ce même baftion. Chacun avoit les yeux tournés fur ce jeune Colonel; &fa réputation naifTante rendoit toute l'armée attentive à l'événement de cette entreprife. Les Affiégés faifoient non-feulement un très-grand feu , mais ils tranfportoient encore fur leurs remparts des pierres d'une

DE TURENNE. Liv. 1. 1<)

groffeur prodigieufe : ils les jet- a n n é toient de deffus le parapet ; ôc ces *6** pierres venant à donner fur les pointes de la Roche , en tombant > le fendoient en pièces en éclats , qui , volant de part &: d'autre , tuoient ou eftropioient par-tout les Afîiégeans. Malgré tout cela , le Vicomte de Turenne s'avança d'un grand fang froid vers la brèche : les foldats de fon régiment , fiers de l'avoir à leur tête , ne furent ar- rêtés par aucun danger , quelque grand qu'il fût. Les Afîiégés , ani- més par l'avantage qu'ils avoient eu le jour précédent , firent les der- niers efforts pour chaffer le Vi- comte de Turenne , qui faifoit tout enfemble le devoir de Capitaine, & celui de Soldat , attaquant les ennemis avec vigueur, & donnant (es ordres avec beaucoup de pré- fence d'efprit , au milieu des morts &: des bleffés , que le canon , la moufqueterie & les pierres , fai- foient tomber à fes côtés. Aufîi , malgré les efforts des ennemis, qui fe battirent en défefpérés , il les B iij

jo Histoire du Vicomte

A n N é * chaffa du baftion , y fit fon loge- i6>4* ment , & fut caufe en partie de la prife de la Ville. Il en reçut des complimens de toute l'armée , Se enfuite de toute la Cour, quand on y eut appris ce qu'il avoit fait pour la prife de cette Place ; car le Maréchal de la Force lui rendit toute la juftice qui lui étoit due , dans la relation qu'il envoya de ce fiége au Cardinal de Riche- lieu : générofité rare dans ceux qui commandent les armées , & qui toucha tellement le Vicomte de Turenne , que préférant l'al- liance de ce Maréchal à toute au- tre, il époufa fa petite-fille, com- me nous le verrons dans la fuite de cette Hiftoire. Il femble que le Marquis de Tonneins auroit être fort piqué d'avoir échoué dans une entreprife le Vicomte de Tu- renne avoit fi heureufement réuifi; & il l'auroit peut-être été , s'il avoit eu affaire à un Concurrent qui en eût tiré vanité : mais la modeftie du Vicomte de Turenne étoit telle , que le Marquis de Tonneins ne put

DE TURENNE. Liv. I. 31

lui envier l'honneur d'un fuccès fi Amnéi glorieux. i6j4>

Le Cardinal de Richelieu , re- Fait Mare- gardant le Vicomte de . Turenne f * *£*"« comme un homme dont l'expérien- ce & le jugement devançoient de beaucoup l'âge , le fit Maréchal de Camp , quoiqu'il n'eût que vingt- trois ans , &: que le grade de Ma- réchal de Camp fût alors le pre- mier après celui de Maréchal de France.

L'année fuivante , l'Empereur ayant fait afiiéger la Ville de May en- 1 6 i 5 ' ce , dont les Suédois s'étoient Safagecon-

1 * y r « duire a la

rendus maîtres en 163 1 , ious la Retraite da conduite du grand Guftave , le Mayencc. Cardinal de Richelieu envoya au fe cours des Suédois le Cardinal de la Valette , à la tête d'une armée ; & il lui donna pour Maréchal de Camp le Vicomte de Turenne. A l'approche des François, les Impé- riaux levèrent le Siège. Le Car- dinal de la Valette s'approcha aufli- tôt de Mayence , & y jetta tou- tes les munitions dont cette grande Ville avoit befoin : imprudence a B iv

3 1 Histoire du Vicomte Année que les Impériaux avoient bien ju- *?**• qu'il ne manquer oit pas de com- mettre. Aufïi ne fe fut-il pas plu- tôt défait de fes vivres , que les Généraux de l'Empereur , qui s'é- toient rendus maîtres des paffages par il en pouvoit faire venir, em- pêchèrent de telle forte qu'on n'en apportât dans fon Camp , qu'on y manqua bientôt de toutes ehofes. Le pain y enchérifïbit de jour en jour , & devint enfin fi rare , qu'il fe vendoit jufqu'à un écu la livre. Dans cette extrémité le Vicomte de Turenne diflribua aux foldats les provifions qu'il avoit fait ap- porter pour lui , & qui furent bien- tôt confommées. Il vendit enfuite fes équipages , pour faire fubfifler une partie de 1 armée ; la plupart des foldats ennemis s'expofant à tout , pour nous apporter des vi- vres , à caufe du prix exceffif qu'on leur en payoit. Mais enfin la difette devint fi grande , que l'armée fe- roit périe , fi on l'avoit biffée plus long-tems. Il fallut donc que le Cardinal de la Valette prît le

DE TuRENNE. Liv. L 3J

parti de fe retirer , quelque dan-

ger qu'il y eût à le faire devant une "^ , armée auiîi nambreufe qu'étoit cel- le des Impériaux. Ilfe propofoit de décamper la nuit , &: de fe fauver dans les trois Evêchés par Sarbruk & Saint Àvaud , il y avoit beau- coup de vivres; maisles Impériaux , s'étant apperçus de fa retraite , mi- rent aufli-tôt à fes troufles le Gé- néral Galat , qui , avec un corps de troupes fraîches, lui coupa ce che- min facile , & le réduifit à prendre celui des montagnes, qui étoit bien plus long 6c entièrement défera L'Hiftoire nous fournit peu d'e- xemples d'une retraite aufli trifte que le fut celle-là. Les François r fans vivres , travaillés de toutes les maladies qui font inféparables de la famine, &c s'enfuyant à travers les bois 6c les rochers, étoient pour- fuivis par les Impériaux qui avoient tout en abondance. Les fuyards ne gardoient aucun ordre dans leur marche : ceux qui pouvoient trom- per la vigilance des O^nciers , al- loient fe jetter parmi les ennemis y

B v

% 4 Histoire du Vicomte . dans I'efpérance qu'ils leur donne-

*s*JtE E roient de quoi anouvir la faim qui les dévoroit : la plupart s'écartoient à droite & à^auche, pour tâcher de découvrir quelque cabane , & y trouver au moins un morceau de pain. Ceux qui , épuifés de forces , ne pouvoient quitter le gros de l'armée , fe traîncient le long des chemins . plutôt qu'ils ne mar- choient : ils dévoroient des yeux tout ce qu'ils voyoient manger aux Officiers; & les Officiers étoient contraints à fe cacher d'eux. Le Cardinal de la Valette fut obligé d'abandonner toute l'artillerie , 6c la plus grande partie des bagages , afin de pouvoir gagner Vaudre- vange , pour y paffer la Saare &: fe mettre à couvert fous le canon de Metz , comme il fit. Durant cette longue marche , qui dura trei- ze jours , le Vicomte de Turenne partagea avec les foldats le peu de vivres qu'il pouvoit trouver : il fit jetter de deffusles charriots les chofes les moins néceffaires , & y fit monter quantité de malheu-

DE TlJRENNE. Liv. 1. }f

reux , qui n'avoient pas la force de ,

marcher : en ayant trouvé un que $ * * la faim & la fatigue avoient fait tomber au pied d'un arbre , ré- folu d'abandonner fa vie à la merci des ennemis , il attendoit la mort, il lui donna fon propre cheval , & marcha à pie jufqu'à ce qu'il eût joint un de fes charriots , fur lequel il le fit mettre. Il confoloit les uns, il encourageoit les autres , il les ai- doit & les aflifloit, fans faire diffé- rence de ceux de fon régiment d'a- vec ceux qui n'en étoient pas : û bien que tous les foldats commen- cèrent dès-lors à le regarder com- me leur père ; car il compatiffoit à leurs peines , & il les foulageoit tous également. D'ailleurs., il com- battit avec beaucoup de valeur dans tous les endroits l'on fut obli- gé de faire tête aux Impériaux : il fe faifit des défilés Ton pou- voit les arrêter, & des hauteurs d'où ils nous auroient fort incom- modés , s'ils les avoient occupées avant nous : il logea dans quelques mafures qui fe trouvèrent fur le B vj

3 6 Histoire du Vicomte

"■*— chemin : de l'infanterie , dont le feu

Année a^i 1 />

l6i6i arrêta les ennemis en plusieurs en- droits : enfin, il prit des mefures û fages , & agit avec tant de vigueur, que ce qu'il fit dans cette retraite fut regardé comme un des plus grands fervices qui puffent être ren-

dus à l'Etat.

l6i6t Le mauvais fuccès de l'affaire

Prend Sa- de Mayence avoit tellement dé-

ITbikt Û g°flté le Cardinal de la Valette du métier de la Guerre , qu'il l'auroit abandonné pour toujours, file Car- dinal de Richelieu , qui avoit fes raifons pour mettre des Eccléfiaf- tiques à la tête des armées , ne l'eût obligé bientôt après de prendre le commandement de celle quidevoit afïiéger Saverne , ville d'Alface , qui étoit alors entre les mains des Im- périaux. Cependant, le Cardinal de la Valette ne voulut point fe char- ger de cette entreprif e , qu'il n'eût avec lui le Vicomte de Turenne : & il le demanda au Cardinal de Ri- chelieu , qui , fouhaitant pafîionné- ment qu'il rétablît au plutôt fonhoi> ï^ur, le lui accorda volontiers* Le

DE TURENNE. Liv. I. 37 Vicomte de Turenne, touché de la confiance que ce Cardinal avoit en A N * é lui , fe furpafla , pour ainfi dire , lui-même au fiége de Saverne , foit qu'il fallût aller à la tranchée , ou aux affauts qui furent donnés à la Ville & au Château. Les foldats n'ayant pu arracher les palifïades , il fauta par-defïus, & fit ferme lui feul au-delà , jufqu'à ce que ceux qu'il commandoit fuffent paf- fés avec lui : il força les retranche- mens que les ennemis avoient faits fur la brèche 6c dans le terreplain du baftion : tout fut pris & empor- té. Le Cardinal de la Valette re- couvra par-là fon honneur ; mais il en penfa coûter un bras au Vi- comte de Turenne, qu'il eut per- cé d'un coup de moufquet , dont la balle lui fit une fi dangereufe blef- fure , que quelques Médecins fu- rent d'avis , qu'on ne pouvoit lui fauver la vie , qu'en lui coupant le bras : on fuivit néanmoins le {en- timent de ceux qui n'opinèrent pas pour un fi trifle remède : il guérit enfin avec le tems, 6c l'on connut.

16}6,

3 8 Histoire du Vicomte par les alarmes que caufa fa bleffure^ & par la joie que répandit par-tout fa guérifon, combien il et oit géné- ralement aimé & eftimé. Chaffe&dé- Quelque-tems après la reddi- «ouvreieVi^ ^on ^e Saverne , Galas ayant paf- ge de Jonvd- le Rhin , à deffein de prendre des quartiers d'hiver en Franche-Com- té, avoit fait avancer fes gardes pour fe faifir des poftes les plus commodes & les plus avantageux de cette Province. Le Cardinal de la Valette , en ayant été averti, en- voya le Vicomte de Turenne avec un détachement au devant des en- nemis. Le Vicomte de Turenne marcha jour & nuit ; & étant ar- rivé à JufTey , l'un des plus gros Bourgs de la Franche-Comté , les gardes de Galas commençoient à faire des retranchemens, il les atta- qua , il les défit , & força Galas à re- brouffer chemin. Ce Général , avant que de repaffer le Rhin, voulut tra- verser le iiége de Jonvelle , que le Duc de Veimarfaifoit pour nous en un autre endroit de la Franche- Comté ; mais le Vicomte de Tu-

N N E S

DE TURENNE. Liv. I. 39

renne fe pofta d'une manière fi avan- tageufe entre les Impériaux & nous, n "Ztf qu'il rompit toutes les mefures que prit Galas pour jetter du fecours dans Jonvelle , & que cette place fiit enfin forcée de fe rendre au Duc de Veimar.

Ces heureux fuccès déterminè-

rent le Cardinal de Richelieu à Prend ûn- donner au Cardinal de la Valette le drecy » u commandement de l'armée qui de- voit agir en Flandres. Le Cardinal de la Valette voulut encore avoir le Vicomte de Turenne avec lui ; & lui ayant fait ouvrir la campagne par 1 attaque du Château d'Hirf on , çfiii fit très peu de réfiftance , il alla invertir Landrecy , Ville du Hai- naut , au fiége de laquelle le Vicom- te de Turenne fe donna des peines incroyables pour empêcher que ce Cardinal n'eût le chagrin de voir échouer fon entreprife ; car le tems devint fi mauvais, & la pluie tom- ba en fi grande abondance, que les foldats étoient jufqu'à la cein- ture dans l'eau , dont la tranchée étoit toute remplie. Le Vicomte de

A N N l657

40 Histoire du Vicomte Turenne y étoit entré avec eux, & n'en fortoit que pour aller rendre compte au Cardinal de ce qui s'y paffoit : il les encourageoit au tra- vail & à la patience , fans leur fai- re de longs difcours , mais en leur montrant l'exemple, & en y joi- gnant la libéralité. Il donnoit de l'argent à ceux des foldats qui avoient le plus d'expérience, pour les engager à venir dans la tran- chée , même hors de leur rang. Il furmonta ainfi tous les obftacles, ue l'art , la nature , & les efforts es ennemis , oppofoient , comme de concert, aux afliégeans; 6c la place fe rendit enfin au Cardinal de la Valette. îeChiccaudc La prife de Landrecy fut fuivie de celle des villes de Maubeuge & de Beaumont, d'où le Vicomte de Turenne eut ordre d'aller pren- dre Solre , qui étoit le Château le plus fort de tout le Hainaut ; & on lui donna les régimens de Cham- pagne & de Saint Luc pour cette expédition. Il y avoit deux mille hommes de garnifon dans ce Châ-

Solre

DE TURENNE. LlV. I. 41

teau; mais le Vicomte de Turen- A N N \ % ne les fit attaquer fi vivement , qu'en »*î7. très-peu d'heures ils furent forcés rare °exempÏÏ de fe rendre à difcrétion. Les fol- defafageffc dats entrèrent aufïi-tôt dans la Pla- ce ; & y ayant trouvé une femme d'une très-grande beauté , ils la lui amenèrent comme la plus pré- cieufe portion du butin , & celle qui devoit le plus flatter fes de* firs. Le Vicomte de Turenne fut fe retenir fur le bord d'un précipi- ce ii dangereux, mais fans faire pa- rade de l'empire qu'il avoit fur lui- même , il fait femblant de ne pas pé- nétrer le deffein de fes foldats , &C comme fi en lui amenant cette fem- me ils n'avoient penfé qu'à la déro- ber à la brutalité de leurs camara- des , il les loue beaucoup d'une con- duite fi fage ; il fait chercher fon mari en diligence , & il la remet en- tre fes mains, en lui témoignant que c'étoit à la retenue & à la dif- crétion de fes foldats qu'il devoit la confervation de l'honneur de fa femme.

Les ennemis fe portèrent enfui- Pourfuiç *

4i Histoire du Vicomte

Année teen deçà deMaubeuge , pour em> ***?• pêcher la jonction des armées du défaû les en- Cardinal de la Valette & du Duc de Candale ; mais n en ayant pu venir à bout , ils furent contraints de s'en retourner ; & le Vicomte de Turenne ayant eu ordre de les pour- fuivre avec un détachement, il en força une partie à reparTer la Sam- bre , il y _ en eut beaucoup de noyés ; il en fît parler au fil de l'épée urfgrand nombre dans tout le refte de la retraite , & finit par cette campagne.

L'année fuivante le Cardinal

3 ; de Richelieu ayant chargé le Car- AifacITVy dînai de .la Valette d'aller fecourir féconde le la Ducheffe Douairière de Savoie , mar au fiegê 5U* avoit bien delà peine à fe main- de Brifac. tenir dans la Régence des Etats du jeune Duc fon nls , contre les en- treprifes du Prince Thomas & du Cardinal de Savoie , (es beaux-fre- res , le Cardinal de la Valette de- manda encore au Cardinal de Ri- chelieu le Vicomte de Turenne , &C il le lui auroit accordé volontiers , s'il n'avoit pas cru avoir abfolu-

DE ÎURENNE. Liv. 1. 4$

nent befoin de lui pour une très- A M N é ;rande entreprife qu'il méditoit i«i* lu côté du Rhin. En effet , il ivoit réfolu de faire afliéger cet- e année-là , par le Duc de Veimar , a Ville de Brifac,qui étoitregar- lée alors comme le boulevard de 'Allemagne. Ayant donc déclaré tu Cardinal de la Valette qu'il l'a voit qu'à fe réfoudre , pour cet- :e fois , à fe paffer du Vicomte de Hirenne , il l'envoya au Duc de Veimar avec un corps de quatre mile hommes qu'il avoit levés lans le pays de Liège. Le Duc de Veimar ayant reçu ce renfort , fit iuffi-tôt avancer fon armée du cô- té de Brifac , 6c fe rendit maître de tous les Châteaux & de tous les Poftes des environs , pour ferrer la Place de près. A la première nou- velle de cette entreprife, Gceutz & Savelli , Généraux de l'armée Impériale, ayant ramaffé toutes leurs troupes, fe mirent en marche pour tâcher de jetter un fecours d'hommes & de munitions dans Bri- fac, avant que les avenues de cette

44 Histoire du Vicomte

Année Ville leur fiuTent entièrement fer-i

16)8. mées. Le Duc de Veimar alla aul

devant d'eux jufqu'à Witthenvhir,

qui eft vis-à-vis deRinaw.Iîs vou-

loient éviter le combat ; il les y

Le 9 Août, força. Le Duc de Savelly y fut bief très-dangereufement , Gœutz prit la fuite , &: les Impériaux fu- rent fi entièrement défaits , que le Duc de Veimar eftimant qu'il leur étoit impofTible detraverfer fon en- treprife fur Brifac , commença à en faire le fiege dans les formes. Mais à peine les lignes en furent- elles achevées , que le Duc de Lor- raine , qui étoit dans les intérêts de l'Empereur , fe mit en marche avec un corps de troupes , dans le def- fein de faire lever le fiege. Le Duc de Veimar prit aufli-tôt une partie de l'armée ; oC lahTant l'autre de- vant Brifac fous la conduite du te iy oaob. Comte de Guébriant &c du Vicom- te de Turenne , il alla au devant des ennemis , ôc fa victoire fur les Lorrains fut aufîi complette que celle qu'il avoit remportée furies Allemands,

DE ÎURENNL Liv. I. 45

Cependant Gœutz & le Gé- A N N J B iéral Lamboy , qui a voit pris la pla- * 6 3 s- :e du Duc Savelly , ayant encore chaffe de &s amaïTé quelques troupes, vinrent ^^y" l Brifac par des chemins fi cou- Le iooao- rerts , qu'ils arrivèrent au quartier bre- lu Duc de Veimar avant qu'on fe ût apperçu de leur marche. Ils re- :onnurent nos lignes. Ils les at- aquerent avec vigueur. Ils empor- tèrent deux redoutes qui les dé- endoient de ce côté-là; 6c tout )lioit déjà devant eux , lorfque le Domte de Guébriant &L le Vicomte le Turenne , avertis du danger îous étions , accoururent au quar- :ier. du Duc de Veimar, ils butinrent d'abord les efforts des impériaux. Ilsles pouffèrent enfuite avec vigueur , ils leur rirent lâcher pié , & les chaiïerent entièrement de nos lignes.

Les ennemis pafTerent le Rhin, Fait lever ï« 6c vinrent afîiéger Eniisheim , pe- ^ > |nba* tite ville qui eft dans le voifi- k* ennemis. nage de Brifac , $c de laquelle ils auroient pu nous incommoder s'ils s'en fuffent rendus les maîtres. Mais

^__ 46 Histoire du Vicomte a n n é * Ie Vicomte de Turenne y étant *M- allé avec une partie de notre ar- mée , leur en fit lever le fiege , les attaqua jufques dans le camp ils s'étoient retirés , &: en tail- la en pièces un fi grand nombre , qu'il les mit hors d'état de pen- fer déformais à tenter le fecours de Brifac. Serendmaî- De tous les dehors de cette Pla-

treduraveHnce J| ne nouSreftoit plusàpren-

de Raynach , 7 . r fc r r

& fait rendre are que le Fort nomme le rave- Biifac \\n ^e Raynach , qui, rendant les ennemis maîtres du principal bras du Rhin , leur laiffoit toujours l'ef- pérance d'être fecourus par cet en- droit , & les empêchoit de fe ren- dre. Le Duc de Veimar , qui avoit vu le Vicomte de Turenne réufîir heureufement dans tout ce qu'il avoit entrepris durant ce fiege , le chargea encore de l'attaque de ce Fort. Le Vicomte de Turenne y alla avec quatre cens hommes. 11 fit rompre la paliffade à coups de haches, fes gens y entrèrent par trois endroits à la Fois , tout y fut tué ? ôc le Gonverneur de la ville

DE TURENNE. Liv. L 47

pouvant plus compter lur aucun a n n é à scours, capitula enfin , & fe rendit l6*8- e 17 Décembre.

Ce qu'il y a d'étonnant dans ce Fort loué par

[iiele Vicomte deTurenne fit pour ^1™"^?-

î prife de cette Place , c'eft. qu'il che ieu , qui

ut la fièvre quarte pendant tout le J^n °uff^ J

ems que dura le fiége. Aufii le fes parentes.

i )uc de Veimar ne pouvoit-il s'em-

>êcher de l'embrailer au retour de

haque expédition oùiU'envoyoit ;

'* après la reddition de la Ville ,

l en écrivit au Cardinal de Riche-

ieu , comme d'un homme qui éga-

eroit bientôt les plus grands Ca-

ûtaines ; & cela , à la manière de

:eux de fa Nation , c'efl-à-dire ,

tvec je ne fais quel efprit de fran-

:hife , qui , fe faifant fentir dans

out ce qu'ils difent , perfuade efE-

:acement , malgré même les expref-

10ns les plus exagérées dont iis fe

ervent; de manière que lorfque

e Vicomte de Turenne arriva à la

Cour , il n'y eut fortes de carefTes ,

que le Cardinal de Richelieu ne

lui fit , jufqu'à lui demander fon

amitié ; faveur qu'il n'a voit en-

,48 Histoire du Vicomte

E

Année core faite qu'aux Princes du Sang. 16 * ' Il lui offrit même une de fes plus roches parentes en mariage ; mais e Vicomte de Turenne appré- hendant que la différence de Re- ligion ne mît quelque obftacle à l'étroite union qui devoit être en- tre lui & une perfonne avec qui il contra&eroit un pareil engage- ment , le dit franchement au Cardi- nal de Richelieu , & lui fit entendre avec tant de bonne foi ce qui lui faifoit peine en cela , que le Car- dinal goûta fes raifons. Il trouva même un caractère d'honnête-hom- me dans ce procédé ; de forte que, bien loin de s'offenfer de fon refus, il l'en eftima davantage , & conti- nua à lui marquer fa confiance , en l'employant aux affaires les plus difficiles.

1 x6i9t II l'envoya en Italie , pen- dant que le Duc de Veimar avoit

Ftivoye en r . * r t . r

Italie. fait une h glorieuie campagne en

iUface , le Cardinal de la Valette avoit perdu Yvrée , Verceil , Ver- rue , Nice , Coni , &: plufieurs au- tres Places confidérables ? dont les

Princes

DE TURENNE. Liv. I. 49 _ Princes de Savoye , fecourus des Année Efpagnols , s'étoient rendus mai- l6>9' très. L'Empereur ayant dans ce même tems-là fait publier un Dé- cret , par lequel il déclaroit la Du- cheffe de Savoye déchue de la tutelle du jeune Duc fon fils , prefque tout le Piémont fe fouîe- va contr'elle , & fe livra à {es beaux-freres ; de manière qu'il ne lui refloit plus que Suze , Savilian ,' Carignan , Chivas & la Citadelle de Turin ; la Ville même ayant . été furprife de nuit par le Prince Thomas.

Les chofes étoient dans cet état ,' 11 y fecon- lOrfque le Cardinal de la Valette 6*h Comce stant venu a mourir, le Cardinal de Richelieu donna ordre au Corn- :e d'Harcourt d'aller fe mettre à a tête de l'armée d'Italie , il ivoit déjà envoyé le Vicomte de Turenne. A l'arrivée du Comte d'Harcourt , on tint Confeil ; on f examina l'état des troupes ; &, quoique les ennemis en euffent deux fois autant que nous , on ré- élut de les aller chercher, quelque C

_ Histoire du Vicomte

Année part qu'ils fuffent. On marcha donc l6i 9- à Villeneuve d'Aiti , ils étoient. Les ennemis ., qui auroient peut- être fait la moitié du chemin , û nous avions eu autant de monde qu'eux , étonnés de ce que nous venions les attaquer avec une ar- mée fi inférieure à la leur ? non- feulement n'oferent fortir de leurs «quartiers , mais encore s'y retran- chèrent ; de forte qu'il fallut aiïié- ger Quiers, ville en-deçà de Ville- neuve d'Afti, pour les obliger A for- tir de leurs tetranchemens. Le Vi- comte deTurenne fe poita avec tou- te la cavalerie au-delà de Quiers , entre les Efpagnols 6c le Comte d'Harcourt , qui prit ainfi la ville le 18 oao- fans aucun obftacle. Mais , comme bre' il y avoit très-pe u de vivres , il n'y

put pas refier long-tems : & les en- nemis ayant bien prévu qu'il feroit obligé de marcher vers Carignan , pour en trouver , le Marquis de Lé- •ganez à la tête des Efpagnols , alla vers la hauteur de Poirin , au bas de laquelle notre armée ne pou- voit s'empêcher de païTer ; &: le

DE TURENNE. Liv. /. 51 Prince Thomas marcha vers la pe- tite rivière de Santena , qu'il nous falloit aufîi nécessairement traver- fer, Comme le Marquis de Léga- nez venoit de Villeneuve d'Afti, &: le Prince Thomas de Turin , l'armée de l'un devoit fe trouver à la droite du Comte d'Harcourt , 6c celle de l'autre à fa gauche ; de manière qu'il ne pouvoit aller à Carignan, fans s'expofer à prêter le flanc à ces deux corps de trou- pes, qui félon toutes les apparen- ces , ne dévoient pas manquer à profiter de ces avantages, & à don- I ner rudement fur fon arrière-gar- de. Cependant il n'y avoit plus ni I munitions ni fourage à Quiers » 6c il falloit tenter la retraite à quel- que prix que ce fût. Dans cette extrémité le Vicomte de Turenne , tout malade qu'il étoit encore de la fièvre quarte , s'offrit à aller avec deux mille nommes fe rendre maî- tre du pont fur lequel il falloit paf- fer la rivière , &: qui étoit auprès du Village nommé la Route , s'en-

eu

N M

i6$:

5i Histoire du Vicomte

Anne e gageant à défendre fi bien ce pofte , l6*?> que les ennemis ne pourroient em- pêcher le pafiage de l'armée.

Met en fuite Le Comte d'Harcourt , ravi de ^sr;nceTh°- cette offre , lui donna les deux mille hommes qu'il demandoit. Le Vicomte de Turenne marcha avec tant de diligence , qu'il prévint le Prince Thomas ; ci étant arrivé avant lui au pont , il s'en faifit , ain- û que de tous les poftes des envi- rons , d'où l'on pouvait favorifer le paffage de notre armée. Le Prince Thomas y arriva peu de tems après avec neuf à dix mille hommes , 6l vint fondre fur le Vicomte de Turenne , qui après avoir foutenu le premier choc des ennemis , les fit charger à fon tour avec tant de vigueur, qu'il rompit leurs trois lignes , &: les mena battant l'efpa- ce de plus d'un mille. Le Prince Thomas fut renverfé deux fois dans un fofie ; & il auroit infail- * îiblement été pris , fans l'obfcurité de la nuit , qui fit qu'on ne put le reconnoître , ôc que malgré une

DE TURENNE. Liv.'I. tf ___ déroute fi générale , la plus grande A n n é a partie de ion armée fe fauva par la l6i9% fuite.

Pendant que le Vicomte de Facilite le Turenne étoit aux mains avec le partage du Prince Thomas , le Marquis de co°u™cll Caii^ Léganez étoit defcendu de Poirin , gnan. &: étoit venu avec fes Efpagnols attaquer le Comte d'Harcourt , qui de fon côté étoit aufli demeuré vic- torieux des ennemis : mais com- me ils ne laiffoient pas de l'inquié- ter encore , il n'ofoit s'avancer plus près de la rivière , craignant que le Prince Thomas ne fe fût ren- du maître des paffages. Le Vi- comte de Turenne lui envoya dire alors , qu'il n'avoit rien à craindre , qu'il pouvoit faire avancer l'armée en aflurance , qu'il fe chargeoit de feire l'arriere-garde , &: qu'il lui répondoit de tout. Le Comte d'Har- court s'avança fur fa parole : tout défila devant le Vicomte de Tu- renne , troupes , canons , bagages , * & cela au petit pas , &C fans aucun défordre. Il parla le dernier : &C ayant mis pied à terre , il aida C iij

54 Histoire du Vicomte

lui-même à rompre le pont ; après

A £* * E quoi le Comte d'Harcourt alla fans peine à Carignan , il mit en quartiers d'hiver une partie de l'armée , 6c le refte aux environs. Tel fut le combat de la Route , fi célèbre fous le nom de la Route de Quiers. Gloire qui lui On donna prefque tout l'honneur

en revient. de cene viftoire au yicomte de

Turenne , qui en effet féconda û bien le Comte d'Harcourt en cette occafion , que le Cardinal de Ri- chelieu le regarda dès-lors comme un homme capable de commander une armée en chef; & l'éclat de cette action fut fi grand , que com- me s'il eût fait oublier toutes celles que le Vicomte de Turenne avoit faites jufques-là , on commença à ne plus compter fes exploits , que de la Route de Quiers ; époque qui eft refiée depuis dans la mémoire de tous les François. Chargé de La campagne étant ainfi finie , îWed'ica-te Comte d'Harcourt s'en alla à Pignerol , pour y parler l'hiver. Il laiffa le Vicomte de Turenne à la

DE TURENNE. Liv.L J}

tête de nos quartiers, pour les dé-

fendre ; & il le chargea , avec cela , *é^tE de ne laiffer manquer de rien la Ci- tadelle de Turin, que le Comte de Cou vonges défendoit toujours con- tre le Prince Thomas , qui la tenoit aiîîégée de dedans la ville , dont il étoit le maître. ««__

Le Vicomte de Turenne trou- l6\0t vant que nos troupes étoient trop prend Bufca ferrées dans les endroits elles & Dronero ,

5 / 1 / o -i 1 & ravitaille

s etoient logées , ex que la cavale- ja citadelle rie y manquoit de fourage , corn- de Turin, mença par afliéger les villes de Buf- ca &: de Dronero , qu'il prit en fix jours ; & notre armée eut de quoi s'étendre & fubfifter à fon aife. Il fit enfuite entrer dans la Citadelle de Turin les munitions de guerre &: de i>ouche nécefïaires , malgré tout ce que le Prince%Thomaspût faire pour l'empêcher.

Peu de tems après , ayant fu Enlevé un que ce Prince avoit envové un corpsdetrou-

1 1 1 /r 1 1 Pes > confeil-

corps de cavalerie allez près de ie le recours pour y hiverner, il alla l'invef- de Gaza1' tir , 6c il l'enleva. Au commen- cement du Printems , le Comte C iv

A N N

56 Histoire du Vicomte d'Harcourt ayant appris que Mar- ^o.11 * quis de Léganez, à la tête de vingt mille hommes avoitaffiégé Cazal , que nous défendions pour le jeune Duc de Mantoue , notre allié , il manda au Vicomte de Turen- ne de le venir trouver à Pignerol , pour délibérer fur ce qu'ils dé- voient faire en cette rencontre. Le Vicomte de Turenne déter- mina bientôt le Comte d'Har- court , en lui difànt que Cazal nous étoit d'une telle importance, qu'il fallait promptement affem- bler le peu de troupes que nous avions, & y marcher fans perdre un moment de tems ; & qu'avant qu'on fut à moitié chemin , on re- cevrait immanquablement ordre de la Cour de tout hafarder pour fecourir cette Place : ce qui arriva comme il l'avoit dit. Nous n'a- vions que dix mille hommes : néan- moins le Comte d'Harcourt mar- T , » cha aux ennemis , avec fon întrépi-

Lers Avril. . ' v . r

dite ordinaire ; oc après avoir re- connu leurs lignes , il les fit at- taquer par le Comte du Plefîis-

DE TURENNE, Liv. L &f

Praflin, qui fut à la vérité repouffé a n n é b par trois fois ; mais le Vicomte l64°* de Turenne y ayant enfin marché > il les força , 6c r en ver fa tout ce qui fe préfenta devant lui : les Al- lemans lâchèrent pied aufïi-bien que les Efpagnols , Se prirent la fuite à droite ou à gauche , les uns vers le Pont de Sture , les autres vers Frafcinel, ils avoient un Pont fur le Pô. Le Vicomte de Tu- renne les pourfuivit tant que le jour dura. On leur prit douze pièces de canon , fix mortiers , vingt-quatre drapeaux , toutes leurs munitions y la plus grande partie de leur ba- gage, &£ les papiers même du Mar- quis de Léganez , qui fut obligé de fe fauver avec tant de précipi- tation, qu'il n'eut pas le tems de les emporter. On leur tua trois mil- le hommes ; on en fit dix-huit cens prifonniers ; il s'en noya un grand nombre dans le , & la nuit fau- va le refte.

Comme nos troupes étoient fort fo^refaJe ^ animées par ce fuccès, le Comte ge de Twm> d'Harcourt crut qu'il devoit pro- C v

58 Histoire du Vicomte "; nter de leur ardeur ; & ayant af- **4o* E ^emklé ^e Confeil de Guerre , pour y réfoudre quelque entreprife , le Vicomte de Turenne y propofa le fiege de Turin. Les autres Officiers Généraux s'opoferent à ce deffein , foutenant qu'il y auroit de la témé- rité à entreprendre d'afîiéger , avec dix mille hommes une ville il y avoit une garnifon de douze mille foldats fans les bourgeois , & qui pouvoit être fecourue par une armée de "quinze mille hom- mes, comme étoit encore celle du Marquis de Léganez. Mais le Vi- comte de Turenne ayant perfifté dans fon avis, & ayant repréfenté que les affaires du Roi feroient ab- folument perdues en Piémont, û le Prince Thomas fe rendoit une fois maître de la citadelle de Tu- rin , dont on ne pouvoit empê- cher la prife qu'en affiégeant la ville , le Comte d'Harcourt fe dé- clara pour le fentiment du Vicom- te de Turenne. &onlecom- Le fiege de Turin ayant été ainfi réfolu , on y marcha auiîi-tôt,

mence.

DE TURENNE. LlV. L 59 On fe faifit du pont, qui efl fur le ^ ; du Couvent des Capucins , qui , 640% eft fur une hauteur , à la droite de ce fleuve ; du Valentin , maifon de plaifance des Ducs de Savoie , qui efl à la gauche , & de tous les autres poftes avantageux qui font aux environs. On renverfa à coups de canons les moulins de la ville qui étoient fur la rivière nom- mée la petite Noire. On fit des LeisMaî* lignes de circonvallation & de contrevallation , & on ferra la Place autant qu'on le pouvoit , dans l'efpérance qu'en n'y laiffant rien entrer on l'affameroit en peu de tems.*

Le Marquis de Léganez re- gardant cette entreprife du Comte d'Harcourt comme une occafion favorable que la fortune lui pré- fentoit pour fe venger de l'affront qu'il venoit de recevoir devant Ca- zal , manda au Prince Thomas qu'il alloit marcher à fon fecours ; que pour cette fois le Comte d'Harcourt ne lui échaperoit pas , &: que lesDames de Turin pour- C vj

%

6o Histoire du Vicomte roient louer d'avance des fenêtres

"4o* E ^ur *a gran(le rue , pour le voir parler prifonnier. Il grofîit fon ar- mée des garnifons de la plupart des Places du Milanez, & vint avec dix-huit mille hommes fur la Mon- Le i6 Mai. tagne qui efl au-defTus des Capu- cins, au-delà du Pô, à deffein de parler ce fleuve fur le pont de Turin. Mais il trouva ce pont fi bien gardé , qu'il n'ofa l'attaquer. Il décampa donc ; & comme il prit fon chemin par derrière les mon- tagnes de Sanvito & de Covoretto , qui bordent le , le Comte d'Har- court fe douta bien qu'il vouloit al- ler parler ce fleuve à Montcalier, au-defTus de Turin ; il y envoya le Vicomte de Turenne , avec un détachement pour s'oppofer à fon pafTage. «ju'il repoufle Quelque diligence que pût fai- au-deià dure \e Vicomte de Turenne, lorf- qu'il arriva à Montcalier , quatre à cinq mille des ennemis avoient déjà pafTéle Pô, &C commençoient à fe retrancher dans les caiîines qui étoient en-deçà de ce fleuve.

DE TURENNE. Z/v. L 6l

Il marcha à eux fans perdre un a n n é i moment : fes foldats font difficul- l6*°\ de paffer un ruiffeau que les pluies de la nuit avoient fait dé- border; il le paffe le premier , il Le 4 J"în« attaque les caiîines que les enne- mis avoient déjà percées pour s'y défendre; il les en chaffe, il les taiile en pièces , en les pouffant vers le ., tous ceux qui lui échap- pent fe noient ; ils brûlent le pont qui n'étoit que de bois , & fe re- tranche fur le bord du Fleuve , vis- à-vis des ennemis. Cette action , ainfi exécutée , fit une telle impref- fion fur l'efprit du Marquis de Lé- ganez , qu'il fe retira vers le Ri- vigliafco , fous prétexte d'aller chercher un renfort de troupes, Se laiffa fon armée fous la conduite de Carlo délia Gatta , le plus bra- ve 6c le plus entendu des fes Offi- ciers, qui lui promit qu'il la fe- roit parler de quelque manière que ce fut. Le Vicomte de Turenne , ayant affaire à un homme qui avoit la réputation d'être le plus vigilant des ennemis , fit garder jour &

62 Histoire du Vicomte

A N N é nuit tous les gués qui étoient au- 1*40. defïus de Montcalier ; de forte que Carlo délia Gatta n'ofa ni les paf- fer en fa préfence , ni jetter des ponts en aucun endroit. Tout ce qu'il pu faire fut de s'emparer de quelques petites Mes qui étoient plus proche du bord du , fur lequel il étoit , que de celui oit nous étions. Le Vicomte de Turen- »e trouva moyen d'y parler avant que les ennemis y euftent achevé leurs retranchemens : il les en délo- gea ; & tous ceux qui y étoient fu- rent encore ou taillés en pièces , ou noyés dans le Pô. Mais le Vi- comte de Turenne y reçut lui coup de moufquet à l'épaule , & fut obligé de fe faire porter à Pigne- rol : ce que le Marquis de Léga- nez ayant appris , il revint auffi-tôt à Montcalier , il jetta un pont fur le , paffa ce fleuve malgré tous nos efforts , alla refferrer le Com- te d'Har court dans fon camp ; & peut-être n'y eut-il jamais en au- cun endroit une pareille difpofi- tion d'armée , les troupes des

DE TURENNE. Liv. I. 63

deux partis , également arîiégeantes A N K ^ B &arîiégées?s'environnoientles unes 11140. les autres , &: étoient de même tel- lement environnées , que le Prince Thomas, qui afliégeoit le Comte de Couvonge dans la Citadelle , fe voyoit afîiégé dans la Ville par le Comte d'Harcourt, que le Marquis de Léganez tenoit pareillement af- fiégé dans ion camp.

En cette fituation , le Marquis de , Amené des Léganez étant convenu d'attaquer ^if^a* nos lignes , pendant que le Prince Camp devanc Thomas feroit une fortie , le jourJ^J^ Le " qu'ils avoient pris pour cela étant arrivé , le Comte d'Harcourt fut vigoureufement attaqué tout à la fois du côté de la ville & du côté de la campagne. Le Prince Tho- mas fe rendit maître du Valentin ; & Carlo délia Gatta ayant comblé nos lignes au quartier du Marquis de la Mothe Houdancourt , qu'il força , entra dans Turin avec dou- ze cens chevaux & mille hom- mes de pied : après quoi le Mar- quis de Léganez ayant fait occu- per Je pofte de Colegna, qui le

64 Histoire du Vicomte T rendoit maître de la petite Noire,

A **"J E comme il rétoit du , par Mont- ealier , il avoit lahTé quelques régimens , il empêcha qu'il ne nous vînt des vivres, ni de Suze, ni de Pignerol, & nous affama tellement dans notre camp , que tous les Offi- ciers Généraux vouloient obliger le Comte d'Harcourt à fe retirer de devant Turin , lorfque le Vicomte de Turenne , fe trouvant guéri de fa

U i\. Juillet, blefïure, amena de Pignerol à no^ tre armée, un grand convoi de vivres 6c de munitions , malgré ce que put faire le Marquis de Léga- nez , qui le fuivit dans toute fa rou- te , voltigeant fur les ailes de fon efcorte pour l'enlever, ÔC lui dref- fant toutes fortes d'embûches pour le furprendre. RepoufTeia L'arrivée de ce iecours penfa

Gaua dans j^fefpérer le Prince Thomas , qui

Turin, qui le , . r . -., 7 "1

rend eniuice. etoit réduit dans 1 unn a une auiii grande difette de vivres que nous. Carlo délia Gatta entreprit de fo»s îager la ville , en faifant paffer une partie de la garnilbn dans l'ar- mée du Marquis de Léganez, àc

DE TURENNE. Lïv. I. 65 crut en fortir comme il y étoit en- ,

tré. Mais depuis que le Vicomte *J0.E ' de Turenne fut revenu dans notre camp , les chofes changèrent de face. Carlo délia Gatta, ayant voulu fortir de Turin, y fut ramené bat- tant, 6c repoufTé l'épée dans les reins. Les afîiégés firent plufieurs autres forties , ils perdirent beau- coup de monde. Le Marquis de Lé- ganez tenta toutes chofes pour for- cer nos lignes & jetter des vivres, dans la Place ; mais ce fut toujours fans fuccès. Le Prince Thomas n'ayant pas mieux réuiîi dans une nouvelle fortie , les afTiégés firent tous les efforts dont ils étoient capables , & fe voyant réduit à la dernière extrémité , demanda en- fin à capituler, &c fe rendit. Le Lei7Sep-. Marquis de Léganez, abandonnant tem^"« la partie , reparla le avec fon armée ; ck le Comte d'Harcourt , s'en retournant en France , laifTa la fienne fous le commandement du Vicomte de Turenne , par ordre de la Cour.

Comme nos troupes a voient ex-

66 Histoire du Vicomte

1 trêmement fouffert au fiége de

A %+!.* E Turin , le Vicomte de Turenne

Prend Mon- ^eur donna tout le tems dont elles

caivo , & ai- avoient befoin pour fe rétablir ;

îegeYvree. ma^ ^ qU>eV]es furent en état

d'agir , quoique l'hiver ne fût pas encore fini , il les fit marcher à

ythr. " Fe" Moncalvo : il afiiégea cette Place , & s'en rendit maître en dix jours. Après la prife de Moncalvo , il parla le Pô, il alla mettre le fiége de-

Le 1 1 Avril. Vant Yvrée , étoient tous les Magafins du Prince Thomas : 6c ne doutant point que ce Prince ne vînt en grande diligence pour y jetter du fecours, il ne defcendit point de cheval , qu'il n'eût fait achever fes lignes , qu'il n'eût afïuré fes quartiers. Le Prince Tho- mas ne manqua point d'accourir à Yvrée, perfuadé que le Vicomte de Turenne n'auroit pas eu le tems de pourvoir à la fureté defon camp ; mais il le trouva fi bien rétranché , qu'il n'ofa l'attaquer : & fe flat- tant de lui donner le change , il alla mettre le fiége devant Chivas, pour lui faire abandonner celui

DE ÎURENNE. Liv. L 6j d'Yvrée. Il eft vrai que la ville de ~ ~ Chivas , nous avions un pont *^x* E fur le , ne nous étoit pas moins importante que celle d'Yvrée. Mais le Vicomte de Tut?enne , efpérant d'être toujours affez à tems de fe- courir Chivas , n'abandonna point le fiége d'Yvrée , 6c fe contenta d'en prerTer vivement les travaux. Cependant le Comte d'Harcourt ayant appris que le Vicomte de Turenne avoit en fi peu de jours pris Moncalvo , 6c qu'il avoit mê- me arliégé Yvrée , flit piqué d'é- mulation jufqu'au milieu des déli- ces de la Cour. Il partit pour fe rendre à Yvrée ; 6c à fon arrivée , ayant fait donner un alfa ut à la Place , il leva le fiége , difant qu'il Le 17 Mai. falloit tout abandonner pour fe- courir Chivas. Le Prince Thomas , qui n'avoit point eu d'autre deffein que de nous faire lever ce fiége, leva auiîi celui de Chivas , avant que nous y fuirions arrivés , & fe retira au-delà du avec fon armée. Il femble que le Comte d'Harcourt auroit , après cela >

68 Histoire du Vicomte

" *-, revenir afïiéeerYvrée: cependant,

Année. , . ° _. 7 r . 7

1.^41. abandonnant toutes les vues que te Vicomte de Turenne avoit eues en affiégeant cette Place, il pafTa le * &: il alla prendre les villes de C eva , de Mondovi & de Coni. Sert aux fie- Quoique le Vicomte de Turen-

ges de Ceva , ne n'eut j^ d'être COntent

de Mondovi r

& de Coni , du Comte cl Harcourt, il travailla îf {La.fe "néanmoins de fi bonne foi pour la gloire de ce General, aux lièges de ces trois Places, que toute l'Ar- mée en fut dans la dernière fur- prife.Ceprocédéaugmental'eftime que le Cardinal de Richelieu avoit pour le Vicomte de Turenne ; & la confiance qu'il avoit en lui alla jufqu'à un tel point, qu'il n'y avoit aucune entreprife fi difficile dont il ne tînt le fuccès affuré , dès que ce Prince y avoit quelque part. Auffi ne fe faifoit-il plus rien de grand en aucun endroit , qu'on ne

l'y appellât auffi-tôt, comme il ar-

î6 riva Tannée fuivante , le Car- dinal de Richelieu ayant formé le deffeinde conquérir le Rouffilîon, pour pénétrer dans la Catalogne

DE TU RENNE. Liv. I. 6<)

dont les hdbitans s'oiTroient à la A N N , France , & ayant même engagé le l6l* * Roi à y aller en perfonne , il y fit aufii venir le Vicomte de Turenne, quelque néceffaire qu'il fût en Ita- lie , il étoit en état de rendre de grands férvices par la connohTance qu'il avoit acquiie de ce pays-là.

Si-tôt que 1 armée qui devoit Aide à la agir en Roufiillon fut affemblée , ʰh3# du on marcha a Perpignan qui en elt la Capitale , dans le defïein d'alîié- ger cette Place ; mais comme les Efpagnolspouvoientlafecourirpar Collioure , il leur étoit aile d'a- border avec leurs vahTeaux , on fe contenta de bloquer Perpignan , ck Le i s Mars. on alla afiiéger Collioure qui eu par-delà. Le Gouverneur avoit fait faire quantité de forts & de re- doutes tout au tour de la Ville ; on les prit tous l'un après l'autre, Té- pée à la main , &c la Ville fut con- trainte de fe rendre. On afîiégea Le 10 Avril, enfuite Perpignan : le fiége dura pluslong-tems; mais enfin le Gou- verneur fut obligé à capituler. On

70 Histoire du Vicomte

-*—- le rendit maître après cela de la

A i4i.E E Fortereffe de Salces , & des autres Places fortes , fans beaucoup de peine ; &: la conquête de toute la Province fut faite en une feule cam- pagne, fon fore le Ce fut dans ce tems-là, que le follet Duc de Bouillon , frère du Vicom-' fa Principau- te de Turenne , s' étant trouvé im^

de Sedan. ^[[^ fans un Jm'lté que le DllC

d'Orléans avoit fait avec l'Efpagne , &: ayant été arrêté à la tête de no- tre armée d'Italie qu'il comman- doit , fut obligé , pour fauver fa vie , de livrer Sedan au Roi , qui s'engagea à lui donner en échange . plufieurs grandes Terres, &c àcon- ierver le rang de Prince à tous ceux de fa Maifon. Richelieu La poffefîion de cette importan-,

meure , & te Place , qui efl demeurée depuis

unie à la Couronne , fut le dernier

des avantages que le Cardinal de

Richelieu procura à la France; &C

Le4Décem- ce grand Miniftre mourut peu de

bte* tems après , craint , haï , envié , ÔC

admiré de prefque tout le monde.

DE TURENNE. Liv. L 71 Le Cardinal Mazarin fuccéda à \ N N è E la place du Cardinal de Riche- 1643. lieu auprès de Loirs XIII, mais Mazarin lui il n'y fut pas pas long-tems , car ce ^uc"cl-, Lc Prince mourut cinq mois après , &C laifla la Reine Anne d'Autriche , fa femme, Régente du Royaume du- rant la minorité de Louis XIV fon fils, qui n'avoit que quatre ans 6c demi.

Cependant le Vicomte de Tu- Reparte en renne , qui étoit prefque le feul qui Icahe ' & fe fut intéreffé pour le Duc de Bouillon durant fa détention , s'é- toit donné tous les mouvemens qu'il eft naturel de fe donner en pareil cas pour un frère , mais fans manquer en rien de ce qu'il devoit à l'Etat ; & il s'étoit com- porté d'une manière fi fage pen- dant tout le cours de cette affaire, que fa conduite redoubla l'eftime qu'on avoit pour lui à la Cour , &: qu'on l'envoya fervir dans notre armée d'Italie. On venoit de don- ner le commandement de cette ar- mée au Prince Thomas ? qui avoit

N N

72 Histoire du Vicomte abandonné le parti des Efpagnols i^43 pour fe joindre à nous : mais com- me on ne comptoit pas beaucoup furfon attachement à nos intérêts , on voulut envoyer avecJui un homme de la fidélité duquel on fût entièrement afTuré , ck ce .fut le Vicomte de Turenne qu'on choi- sit pour un pofte d'une aufli grande confiance. Si- tôt qu'il fut arrivé à l'armée , le Prince Thomas marcha vers Alexandrie , ville du Milanez , qu'il fit invertir de maniè- re que les quartiers étant affez éloi- gnés les uns des autres , les en- nemis pouvoient facilement jetter du fecours dans la Place par les intervalles qui fe trouvoient entre ces quartiers. C'eft. auiîi ce que ne fait le fiege manquèrent pas de faire les Efpa- de Trin. gnols , qui tirèrent pour cela pref- que. la moitié de la garnifon de Le 4 Août. Trin. Alors le Prince Thomas , qui n'avoit feint de vouloir aiïié- ger Alexandrie que pour engager les Efpagnols à dégarnir Trin , al- la mettre le fiege devant cette

ville

BE TURENNE. Liv. I. ,73 .

ville dans toutes les formes. On at- a n n é e taqua les dehors avec beaucoup de l643« vigueur , & ils furent bientôt em- portés. Les Efpagnols vinrent recon- noître nos quartiers pour tâcher de faire rentrer dans la place les trou- pes qu'ils en avoient tirées ; & n'y Le 14 Sep -i ayant pu réuffir , ils feignirent d'en tembre* vouloir à Aft , 6c allèrent invertir cette place : mais comme nous l'a- vions pourvue de tout ce qui étoit néceflaire pourfoutenir unlongfie- ge , nous continuâmes celui de Trin fans rien craindre. Nous nous en rendîmes enfin les maîtres ; Ôcle Vicomte de Turenne fe préparoit à marcher à de nouvelles con- quêtes.

Mais la Reine Régente fâchant H eft &"e ce qu'un homme tel que lui pou- î?™haI* dc voit pour la derenle d un Etat , lui ans, envoya le bâton de Maréchal de France , & lui donna le comman- dement de notre armée d'Allema- gne , quoiqu'il n'eût encore que trente-deux ans , dans la vue de l'attacher entièrement à fon fils y

D

A N

K ]

Ï643,

74 Hist.duVic.deTurenne. 6c d'en faire un appui de fa Cou- ronne contre les entreprifes fon Royamne ne pouvoir manquerd'ê- tre expofé par les cabales & les fac- tions qui font comme inféparables d'une minorité.

Fin du premier Livre.

HISTOIRE

DU VICOMTE

DE TURENNE.

WSSëÊ.

LITRE SECOND.

U s Q u'i c i nous avons ÀHi|é£ pafTé afîez légèrement ié45. fur toutes les a&ions mi- Cc feConct litaires que nous avons Lîvre & les [écrites, parce qu'elles ne regar-^S doient pas dire&ement le Vicom- que le prê- te de Turenne , qui ne comman- mler* doit point en chef. Car , quoi- qu'il fût peut-être fupérieur par la capacité à ceux qui étoient au-deilus de lui par le gracie ; quoique par le conïeil & par l'exé- D ij

j6 Histoire du Vicomte

Année cution il eût en certaines occa- »^4i' fions plus contribué à faire réuf- fir les entreprifes , que ceux mê- me qui en étoient chargés ; ce- pendant comme c'efl un ufage établi de donner aux Généraux tout l'honneur des fuccès , nous laiffons à ceux qui écrivent la vie dés Capitaines fous lefquels le. Vicomte de Turenne a fervi , le foin de raconter plus au long les fieges ÔC les batailles dont nous venons de parler , comme faifant plutôt partie de leur Hifloire que de la fienne. Mais déformais que prefque toujours feu! maître des armées il fe trouvera, il fera auiîi prefque toujours feul chargé desévénemens ; nous les décrirons avec toutes leurs circonflances &t dans tous les détails qui pourront convenir à un ouvrage du caractère de celui-ci. Ttiftc fitoa- Le Maréchal de Guébriant , qui «on de l'ar- après ja m0rt du Duc de Veimar

mee de bran- i . , , \ i a ^ r

cecnAlîema- avoit ete mis a la tête de ion ar-

gne, méz , venoit de mourir de la blef-

fure qu'il avoit reçue au iiege de

DE TURENNE. Liv. IL 77 _

Rottweil , ville Impériale fituée a k n é * à la fource du Necker. Le Comte l64i* de Rantzaw , qui étoit le plus an- cien Officier de l'armée , en avoit pris le commandement , & l'avoit menée aux environs de Dutlinghen , ville peu éloignée de la fource du Danube , le Baron de Mer- çy , Général des troupes du Duc de Bavière , qui s'étoit ligué avec l'Empereur contre nous , l'enleva avec tous fes Officiers Généraux 6c toute fon armée , à la réferve de cinq à fix mille hommes quife fau- verent en-deçà du Rhin , fans chef, fans argent & fans armes. C'efl à quoi fe trouvoit réduite cette armée , qui avoit été la terreur de l'Empire fous le Duc de Vei- mar; 6c ce fut avec ce débris de troupes, fans autres forces , qu'on chargea le Vicomte de Turenne de défendre la France du côté de l'Allemagne contre les efforts des amées de l'Empereur , du Duc de Bavière & du Duc de Lorraine y que les ennemis avoient réunies y Diij

Histoire du Vicomte

Année dans l'efpérance de profiter dutrifte 1644. état l'affaire de Dutlinghen nous avoit réduits. Pour furcroît de mal- heur, Torflenion, Général de l'ar- mée Suédoife y qui jufques-là avoit agi de concert avec la nôtre contre les Impériaux , s'en alla dans le Hol- frein, fans même nous donner avis de fon départ. Défait le Tel étoit l'état de nos affaires frère du Gé- en Allemagne , lorfque le Vicomte à Hucinghen. de 1 urenne y arriva. 11 commen- ça par emprunter fur fon crédit une fomme conlidérable d'argent pour fubvenir auxbefoins des trou- pes ; &C pendant que prefque tous les Grands du Royaume furven- doient à la Reine Régente les moin- dres fervices qu'ils rendoient à la Couronne , il fit remonter la ca- valerie & r'habiller l'infanterie à fes propres dépens ; il acheta de nouveaux équipages d'artillerie , & les recrues de chaque régiment ayant été faites , il trouva , par la revue qu'il en fit , que ce petit corps de troupes étoit de fix à

K N £9|

DE TURENNE, Liv. IL 79 fept mille hommes. Avec une aufïi ^ foible armée, bien loin d'être en 1644. état de faire aucune entreprife , il n'y avoit pas d'apparence qu'il pût feulement tenir la campagne. Néanmoins comme au commence- ment d'une minorité il «toit très- important , pour les intérêts de la France , de faire tête par tout à nos ennemis , le Vicomte de Turenne Le * Juin. pafTa le Rhin à Brifac ; & ayant lu que le frère du Général Mer- cy étoit avec un corps de deux mille chevaux aux environs d'Hu- tinghen , au-delà de la Forêt-Noi- re , il le fit attaquer par quatre ou cinq régimens ; il lui tailla en pie- ces fix cens hommes , $Z en fit cinq cens prifonniers , avec beaucoup d'Officiers : le refte fe fauva vers le Général Mer cy, qui, malgré cet échec , ayant encore quinze ou fei- ze mille hommes , alla mettre le fiege devant Fribourg , capitale du Brifgaw. Quelque foible que fut le Vicomte de Turenne ,il vouloit ten- ter de fecourir cette place : mais la Reine Régente lui ayant défen- Div

80 HlSTOTRE DU VlCOMTE

Année du de rien entreprendre de ce côté-

1 *44. , jufqu'à ce que le Duc d'Anguien

y fût arrivé avec le Maréchal de

Guiche, qui y conduifoit douze

mille hommes, il fut obligé de les

attendre.

Dîfpofnion Cependant les Bavarois ayant

ï larmée de vivement preffé Fribourg , ils s'en

Mercy encre v * 1

Fribourg & rendirent maîtres avant que le Bnfac. Le 18 £)uc d'Anguien fût arrivé. Mais ce

Juilleç, _ . ,0 1 a r

Prince n eut pas plutôt joint les troupes à celles du Vicomte de Turenne , qu'il réfolut d'aller cher- cher l'ennemi , & de le combattre en quelque endroit qu'il fût. Le Général Mercy, après la prife de Fribourg , étoit reflé dans le camp qu'il avoit auprès de cette ville, ne croyant pas pouvoir fe potier ail- leurs plus avantageufement. En ef- fet , il étolt dans une plaine tou- te environnée de marais 6c de montagnes , qui formoient une ef- pece de quarré long , lequel n'avoit pour toute ouverture , de notre côté , que le grand chemin de Brifacà Fribourg. Il avoit derrière lui cette dernière ville ; la tête de

DE TURENNE. L'iV. Iî. $1 _ fon armée faifoit face au chemin Année de brifac , par lequel on devoit l644. naturellement venir à lui ; car les marais qui étoient fur fa droite étoient abfolument impraticables , & les montagnes qui fermoient fa gauche , étoient fi près l'une de l'au- tre , que Tefpace qui fe trouvoit entre deux devoit plutôt être re- gardé comme un défilé , que com- me un vallon. Cependant , com- me fon armée prêtoit le flanc à ceux qui l'auroient attaquée par ce pafTage , il y avoit fait faire des; retranchemens outre ceux que les ravins y formoient déjà : il l'a- voit fait barrer de fapins couchés en travers , dont les branches étoient coupées par la moitié, & qui , par ce moyen , hérifles de pieux en tout fens, iervoient de chevaux de frife : il avoit garni le bois à droite & à gauche de Mouf- quetaires ; fi bien qu'il étoit per~ fuadé qu'on n'oferoit pas l'attaquer par cet endroit. Quant au chemin de Fribourg à Brifac , il croyoit y avoir allez bien pourvu , en met? D y

Si Histoire du Vicomte

A N M \ E tant un gros corps de troupes fur *é44« la montagne, qui étoit à la tête de ce chemin & qui le commandoit entièrement. Elle y eft Le Duc d'Anguien ayant re- A"a??le ptr connu la difpofition de ce camp . relolut de 1 attaquer , oc par le chemin de Brifac , 6c par le val- lon tout - à - la - fois. L'armée des Bavarois étoit de quinze mille hommes , 6c la nôtre de dix-neuf mille. Le Duc d'Anguien prit la moitié des troupes , &: voulut at- taquer les ennemis par la monta- gne qui défendoit le chemin de Brifac à la tête de leur camp ; ôc le Vicomte de Turenne , avec l'au- tre moitié de l'armée , fe chargea de les aller attaquer par le vallon* Pour cela il falloit faire le tour de la montagne à travers les bois.. Il partit donc dès la pointe du jour r Jfe j Août, afin d'arriver affez tôt , & de pou- voir faire fon attaque en même- tems que le Duc d'Anguien feroit la fienne , comme cela arriva ; car à l'heure dont ils étoient convenus, «'eft-à-dire 3 trois heures avant

DE TURENNE. Liv. H. 83

la nuit, le Duc d'Anguin fit char- a n k \ \ ger les ennemis au pied de la mon- l6w* tagne , & en ayant gagné le fom- met après trois heures de combat, il réfolut d'y parler la nuit , &: d'atten- dre au lendemain à descendre dans la plaine.

Le Vicomte deTurenne étoit f$f parTareajiej tré dans le vallon à la même heu- f-' chafnfT d.e re, oc avoit fait charger tintante- re, rie que le Général Mercy avoit lo- gée à droite & à gauche dans les bois dont les deux montagnes étoient couvertes» Cette infanterie s'étoit fait par-tout des retranche- mens par des abbatis d'arbres, Sd" il falloit livrer un nouveau com- bat à chaque pas qu'on faifoit. Ce- pendant le Vicomte de /Turenae pouffa fi vivement les ennemis s qu'il fe rendit maître des deux cô- tés du défilé, parla tous les foffés & les ravins qui le traverfoient ^ & pénétra dans la plaine , il fit entrer une partie de fes troupes* Comme ce fut juitement le tems le Duc d'Anguien avoit cef- 0 le combat., le Général Mer» D v)

?4 Histoire du Vicomte

6 N n é e cy , qui n'étoit plus obligé à par* i<?44' tager fes forces , vint contre le Vi- comte de Turenne avec toute fort armée. Le feu fut continuel de part & d'autre , durant toute la nuit, c'eft-à-dire, plus de fept heu- res entières. Les Bavarois firent les derniers efforts pour nous obli- ger à repaffer le défilé; néanmoins quoique leur infanterie fut foute- ïiue de toute leur cavalerie , 6c que nous n'eufîions pu avoir qu'un feul efcadron derrière la nôtre , faute d'efpace , le Vicomte de Tu- renne conferva le terrein qu'il avoit gagné , &: le Général Mercy ayant déjà trois mille hommes hors de combat , crut devoir p enfer îout de bon à fauver le refte de fon armée. L'obfcurité de la nuit «mpêchoit que le Vicomte de Tu> renne ne vit les mouvemens qu'il faifoit ; il n'y avoit déjà plus vis-à- vis de nous que quelques rangs de Moufquetaires , qui faifoient de- fréquentes décharges de leurs ar- ines, pour nous faire croire que toute l'armée y était encore; ôc.

DE TURENNE. Liv. H. 8? >J^

Mercy s'étoit retiré avec le refte XTTTe de fes troupes, fans qu'on s'en fut l644> apperçu; de forte que lorfque le jour parut ces Moufquetaires ayant pris la fuite , le Vicomte de Tu- renne vit qu'il n'y a voit plus per- sonne dans la plaine , &: y entra avec le corps qu'il commandoit : ce que le Duc d'Anguien ayant apperçu de l'endroit oii il étoit, il defcendit au(Ii dans la plaine avec fes troupes. Cependant les Ba- varois ayant gagné la Montagne Noire , commençoient à s'y re- trancher. Nous n'étions à la véri- té qu'à une lieue de cette monta» gne ; mais comme les foldats que commandoit le Vicomte de Tu- renne, étoient extrêmement fati- gués du combat, qui avoit duré toute la nuit, 6c de la pluie qu'ils avoient eue , outre cela , conti- nuellement fur le corps, on ne ju- gea pas à propos de marcher aux ennemis , qu'on n'eût fait repofer les troupes. Il efl vrai que pen- dant ce tems4à les ennemis tra- vaillèrent fans rçiâçhe; à fortifier

$6 Histoire du Vicomte aTTTT leurs retranchemens : néanmoins 1^44. quand le lendemain on fut arrivé au pied de la montagne fur laquelle étoient les Bavarois , on fe pré- para à les attaquer de telle forte que le Vicomte de Turenne , qui n'étoit pas d'un caractère à fe flat- ter , fe fenoit affuré de leur défaite fur la feule difpofition des attaques dont il de voit ce jour-là condui- re la principale ; mais s'étant avan- cé avec le Duc d'Anguien pour aller reconnoître encore une fois le camp dès ennemis , d'une hau- teur qui étoit à deux mille pas de , dlifpenan qui commandoit toute l'infanterie de l'armée du Duc d'Anguien, & à qui le Vicomte de Turenne avoit dit exprefTément de ne rien engager jufqu'à ce qu'il fût revenu, comme s'il avoit prévu ce qui devoit arriver ; d'Efpenan ? dis-je , pour fe faire valoir par une aufîi petite action que celle de la prife d'une redoute , en attaqua une qui étoit au pied de la mon- tagne , d'où les ennemis firent une Si furieufe décharge de' canon ££

DE TURENNE. Llv. IL 87

de moufqueterie , que nos foldats , a k » é croyant le combat engagé , s'a van- _ um> cerent de tous côtés, fans ordre, 8c fans Chefs. Les Bavarois, tirant avantage de cette confufion , forti- rent de leurs retranchement , àz firent un grand carnage de nos gens. Le Vicomte de Turenne , ayant été averti , accourut à eux; mais le défordre étoit fi grand , qu'il ne put , ni fe faire reconnoitre , ni fe faire entendre : de forte qu'il fal- lut qu'il gagnât les rangs de nos troupes les plus avancés , & qu'à leur tête il pouffa les ennemis & les fît rentrer dans leurs retranche- mens, pour retirer nos gens du danger ils s'étoient précipités. Le Duc d'Anguien voulut réparer ce contre-tems par de nouvelles at- taques , qui n'eurent pas le fuccès qu'on en avoit efperé. On foutint par honneur le combat jufqu'au foir , afin qu'il parût que c'étoit la nuit feule qui y avoit mis fin ; mais il nous en coûta la meilleure par- tie de notre infanterie , qui y fut défaite, Cependant % comme les en*

, 88 Histoire du Vicomte

TTTTe nemis n'avoient perdu guère moins i*44. de monde que nous dans cette? dernière affaire , & qu'ils en avoient beaucoup plus perdu dans le pre- mier combat , notre armée fe trou- voit encore fupérieure à la leur. Nous nous préparâmes donc à les attaquer , lorfqu'ils auroient aban- donné la montagne ils avoient tant d'avantage fur nous : & com- me ils ne pouvoient fe retirer que par le Val de Saint-Pierre , nous allâmes nous porter à Lansdelin- ghen , à deffein d'enfiier le Val du Bloterdal lorqu'ils entreroient dans celui de Saint -Pierre , & de les couper à l'Abbaye qui eft au bout de cette Vallée ; ce qui arriva Le 10 Août, comme- nous l'avions prévu. Mais les ennemis ? qui ne vpuloient point en venir aux mains avec nous , voyant que nous nous mettions err bataille auprès de cette Abbaye y nous abandonnèrent leur canon , leur bagage, &c toutes leurs mu- nitions , & s'enfuirent avec précipi- tation dans le Pays du "NVirtem- berg ? par lçs montagnes <fc la N|

DE TuRENNE. Liv. IL 89

;uien.

rêt- Noire. Le Duc d'Anguien les a n n s « pourfuivit jufqu'à Holgrave , 6c le l6^> Vicomte de Turenne encore deux lieues plus loin i ayant campé cette nuit-là à cinq grandes lieues de l' Ab- baye du Val Saint-Pierre , oit s'étant rendu le lendemain , toute l'armée retourna à Lansdelinghen y d'où elle îtoit partie.

La retraite des ennemis nous Conquête* ahTant maître de la campagne J dl e Duc d'Anguien s'avança vers e Marquifat de Baden ; & defcen- lans le long du Rhin , il s'empara le Lichtenaw , de Baden , de 3urlach , Landau , Philisbourg , ^euftas y Spire , 6c Manheim , Worms , Mayence , & de toutes les uitres Villvs 6c Forterefles qui fe rouverent , à droite ou à gauche , iir fa route , 6c qui rirent peu de éfiftance , à la réferve de Philis- bourg ; fi bien qu'en une feule zampagne il fe rendit maître d'u- îe grande partie du Brifgaw 6c de 'Ôrtnaw , du Marquifat de Baden , lu Palatinat du Rhin , du Land- ^raviat de Darmftat , de l'Eleâo-

tobre.

90 Histoire du Vicomte A x n é'e rat de Mayence , & de tout le cours l644- du Rhin depuis Strasbourg jufqu'au- près de Coblentz dans l'Electoral de Trêves , c'eft-à-dire , d'une éten- due de pays de plus de cinquan- te lieues. 11 donna ordre qu'on ra-

Le is Oc- menât ion armée en France : il s'en retourna à la Cour , pour y joiiii de la gloire de tant de conquêtes ; êc tailla le Vicomte de Turenne fur la frontière , pour les conferver, avec cinq à fix mille hommes qui lui reiloient.

Mercy re- . Cependant le Général Mercy,

prend MaD- .* < ! / -\f f

beïm. ayant eu le tems ae retabnr ior

armée, s'approcha du Rhin; &me naçant trois ou quatre de nos Ville? à la fois pour nous mieux embarraf fer , il fe jetta tout d'un coup fui Manne im , nous n'avions pi mettre pour toute garnifon qi« quatre compagnies, dont les Ofn ciers fe fauverent à l'arrivée des Ba- varois , qui après cela s'empare rent ailement de ia Ville. Gleen fe D'autre côté , Gleen , Généra!

^LoL^ne! des Impériaux , avoit joint.fon ar- mée à celle que le Duc de Lor-

DE TlJRENNE. Liv. IL 91

aine commandoit en perfonne fur a n n é a a Mofelle : & il étoit à craindre l644. [ue ces trois Généraux unifiant eurs troupes , ne vinffent nous ac- abler tout d'un coup ; ou qu'agif- mt féparément , l'un ne nous fur- irit, tandis que nous ferions en gar- ie contre l'autre. Le Vicomte de Turenne étoit T"ren^nrf eut - être l'homme du monde le tr'eux avec lus capable de défendre une auf-erès-Peu de

S < t - 1 1 monde.

. grande étendue de pays avec un uni petit nombre de troupes. >'étoit-là fon véritable talent : éanmoins comme il avoit des fen- mens très-modefles de lui-même, demanda du renfort à la Cour, îmoignant que fans cela , il ne royoit pas pouvoir empêcher que limeurs de nos Places n'euiTent le îême fort que Manheim. On ne d répondit autre choie , finon u'on avoit befoin des troupes illeurs , qu'il fit de fon mieux , &c ue c'étoit tout ce qu'on deman- oit de lui. Voyant donc qu'il ne ouvoit rien obtenir de plus que e qu'il avoit , il fut obligé de fuj>

Spire

92 Histoire du Vicomte

A N N é E pléer au nombre par fes ftratagêmes, 1^44. ck de fe multiplier pour ainfi dire lui-même par fort a&ivité , afin de pouvoir faire tête aux ennemis , qui étoient devant & derrière lui , & qui fe préparoient à l'attaquer de tous côtés.

11 fauve Les Bavarois avant pratiqué des intelligences dans Spire , mirenl douze cens Moufquetaires fur des bateaux , efpérant les faire defcen dre par le Rhin dans la ville. Maiï le Vicomte de Turenne ayant dé- couvert leurs defTeins , borda a fleuve d'infanterie , 6z empêcha le; bateaux de parler : il fit arrêter le: traîtres 6c fauva Spire.

fait lever Prefque darts le même-tems le .&ccirTh.dc Général Gleen & le Duc de Lori raine , étant venus afîiéger avec deux armées Baccarach , ville di Palatinat , fituée fur le Rhin , le Vi \ comte de Turenne laifTa un corp: de deux mille hommes fous Philif bourg , pour empêcher toutes forte ' de furprifes de la part du Gêné rai Mercy : & prenant feulemen cinq cens chevaux avec lui , il s'a-

DE TURÉNNE* Liv, IL 93 rança jufqu'auprès de Binghen , T"^ T l'où ayant envoyé vers Baccarach 1^44. les Officiers 6c des Commiflaires , >our marquer un camp & préparer les vivres à une grande armée , es ennemis qui crurent qu'effec- tvement il marchoit à eux avec .n grand nombre de troupes , le- rerent le fiege avec précipitation, z fe retirèrent au-delà de la Mo- îlle.

Quelques jours après le régi- ^p^nd lent de Nettancourt , qui étoit dans Creuunach* ^reutznach , polie important entre ; Rhin &: la Mofelle , ayant aban- onné la place à l'arrivée des Bava- is , le Vicomte de Turenne la fit ttaquer & la reprit. Il renforça les arnilons de toutes les autres Vil- *s : il les mit en état de faire une igoureufe défenfe , au cas qu'elles iflent attaquées ; 6c il fe pofta fi ien entre les trois Généraux enne- ùs , qu'ils ne purent joindre leurs mées enfemble durant tout le ref- de l'hiver.

D\ 1 1 » i Conferve les

es le mois de Mars , ayant villes, & en

oulu commercer la campagne , Prend d>au~

très,

©4 Histoire du Vicomte ^

■7 E il fît attaquer Germcsheim , qui d

5£$* un peu au-deffus de Philisbourg & prit cette place par efcalade. 1 parla le Pvhin à Spire : il fit mar cher fon petit corps de troupes Pforszheim dans le Marquifat d Baden ; le Général Mercy fe rc tira auffi-tôt au-delà du Necker r.ous abandonnant ce qui étoit er deçà. Le Vicomte de Turenne, er tré dans la Souabe , fait lever î fiege du château de Magold au Bavarois , s'empare de Stugard dans le Duché de "Wurtemberg paiTe le Necker , prend Suabfcha d'emblée ; & forçant Mercy à : retirer jufqu'à Dunckelfpield , s' vance vers le Tauber dans la Frai conie , y prend Rottembourg , < Mariandal , s'étant établi poi avoir derrière lui les Etats de Lantgrave de Heffe notre alliée qui devoit joindre fon armée à nôtre , quand le tems du quarti< d'hiver feroit fini , il envoya è partis dans la Souabe , dans Franconie , & dans tous les pa] des environs , d'où par ce moy«

DE TURENNE. Llv. IL 95

l faifoit apporter dans fon camp année outes (ortes de provifions en abon- » 6 4ï» lance ; û bien qu'avec un aufïi >etk nombre de troupes que celles fti'on lui avoit laifTées , non-feu- nent. il conferva toutes les pla- ies que nous avions conquiiès , nais il en prit encore aux enne- mis cinq fort confidérables , d'où faifoit des courfes jufqu'aux por- ?s de Wirizbourg , de Nuremberg , C de plufieurs autres villes aux- uelles il fit payer toutes les con- ibutions qu'on a coutume d'exi- er quand on efl maître de la cam- agne.

Ces heureux fuccès furent fuivis Eft prefïé 'un revers de fortune , que le %&-*£>% ^ amte de Turenne avoit prévu , rer fon Ar- ontre lequel il s'étoit même pré- mée* lutionné , & qu'il ne fut néan- toins éviter. Car , comme fes oupes , fatiguées de tant de mou- emens , d'adions <k de marches , ii demandoient à aller dans les etites places des environs , pour y repofer & fubfifler plus com- modément, il le leur refufa ; quoi-

96 Histoire du Vicomte r 7. que jamais aucun Capitaine ne ù ù", .E " foit fait un plus grand plaifir qiu lui, de procurer à fes foldats tou- tes fortes de commodités : mai en cette occafion il appréhendoi que les ennemis ne fuffent encor< affemblés en correfpondance ; ê que retournant fur leurs pas , ils n vinffent attaquer fes quartiers lorl qu'ils feroient féparés. Cependar. les Officiers le lui redemanderei avec de nouvelles inftances : t comme le Général Major Rofe preffoit fur cela jufqu'à l'imporft nité ? il lui donna un détachemej de cavalerie , pour aller reconnc tre ce que faifoient les ennemi; & il envoya encore quelques autr Officiers en parti pour le mên fujet. Tout le monde lui rappor que l'armée ennemie étoit lép; rée , &c que les Bavarois fort fioient dans les diverfes places c on les avoit mis#en quartier , cor me des gens qui ne fongeoient rien moins qu'à en fortir. Il cé< donc enfin à l'importunité de Rof fur le rapport duquel il crut qu

devc

b e Turin ne. Liv. II. 97 devoit compter , parce que c'était A\, N é E un vieil Officier: n'y ayant pas d'ap- 1645, parence que des gens qui fuyoient devant nous, duflent venir ii-tôt nous attaquer ; ck que quand ils le voudroient ils le piiffcnt faire fi fubitement que nous n'en fuirions pas avertis , étant à plus de feize lieues de nous. Néanmoins le Vi- comte de Turenne appréhendant toujours quelque fuprife , retint iiitour de lui le canon 6c l'infan- :erie , & ne voulut pas que la ca- valerie s'éloignât de plus de deux du trois lieues de Mariandal, dont 1 fit le quartier général ; comman- iant aux Officiers de s'y rendre en liligence au premier ordre qu'ils en •ecevroient.

Le lendemain du jour auquel il & ob%6 épara ainfi fon armée, ne Te te- h caflemblc* iant pas aiîuré de la féparation de relie des ennemis, quelque chofe m'onlui en pût rapporter , il fit rap- >rocher de Mariandal tous les au- res quartiers. Plus il y réflcchif- bit , plus il fe repro choit d'avoir ru trop légèrement que les ennemis E

i s 9S Histoire du Vicomte

Année ?e faffent féparés , fur le rapport J^4y. de quelques Officiers qui pouvoient s'être acquittés de leur cômmiiîioiV avec négligence. Voulant donc s'en éelaircir par lui-même , il prit la grande garde de l'armée , iV s'avança trois lieues dans le che- min par on le pouvoit venir attaquer ; & n'ayant rien décou- vert, il envoya un parti encore plus loin , avec ordre à l'Officier qui le commandoit de ne point revenir qu'il ne lui apportât des nouvelles bien certaines des enne- mis; & ce fut* cet Officier, qui , le lendemain dès cinq heures dv matin , vint lui dire que le Gêné rai Mercy s'avançoit à grands pas avec toute fon armée -, & n'étoit pas "fort éloigné de lui. Le Vi- comte de Turenne fe levé à hâ- te , il envoie ordre à tous les quar tiers de fe rendre à Herbfthauién , village étoit la grande garde. à une lieue 6c demie de Mariandal & commande au Général-Majoi Rofe de s'y rendre en diligence pour y recevoir- les troupes 1

©E TU RENNE. Liv. IL 99

aiefure qu'elles arriveroient. Le A N N t E Général-Major Rofe reconnut la 1645. difpofition des lieux , & ayant vu qu'il y a voit une afTez grande plai- ne au-delà d'un bois qui étoit à la tête de notre grande garde , il lui fit parler ce bois qui avoit cinq ou fix cens pas de longueur , &t commença à ranger quelques ré- gimens dans la plaine j en quoi il fit une très-grande faute d'expofer ainfi à découvert le petit nombre de nos troupes : au lieu que û nous fuirions demeurés en-deçà du bois , & que nous en eufTions fer- mé l'entrée avec quelques batail- lons , les ennemis , qui enflent pu :raindfe que toute notre armée ne fût derrière ces bataillons , n'au- *oient peut-être oie nous attaquer, k fe feroient retirés fans combat- te. Le Vicomte de Turenne con- mt la faute aufîi-tôt qu'il fut fur le ieu; & fans s'amufer à en faire des •eproches au Général-Major Ro- ï , il donnoit fes ordres pour fai- *e reparler le bois à nos troupes , orfqu'ayànt découvert l'avant- Eij

ioo Histoire du Vicomte

Année garde de l'armée ennemie , qui 1*4$. n'étoit plus qu'à un quart de lieue de nous , il vit bien qu'il n'a voit pas affez de rems pour aller fe met- tre derrière le bois ; & que le feul parti qu'il avoit à prendre , étoit de ranger promptement en ordre de bataille le peu de troupes qui étoient ; car il n'y avoit que trois mille hommes d'infanterie arrivés, &c fept ou huit régimens de cavalerie. Dans cet état ? vou- lant profiter de tous les avantages du lieu , &: ayant vu à droite un petit bois , il y mit toute ion in- Fanterie,foutenue feulement de deux efcadrons, & en fit fon aile droi- te; il compofa l'aile gauche de tout le refte de la cavalerie qu'il mit fur une feule ligne , excepté deux efcadrons , dont il fit une efpece de féconde ligne ; &: attendit ainfï l'ennemi. Après s'être Le Général Mercy , qui avoit eu bravement \e terns ^e mnaer régulièrement

défendu con- r , *?-v-' _T.

lit Mercy. ion armée , pendant que le Vicom- te de Turenne s'étoit appliqué à tirer avantage de la difpoiition du

1645

de Turenne.ZjV.77. ioï :

terrein , commença à nous canon- a n n é ner ; mais voyant que fon canon ne faifoit" pas grand effet , &c que -cependant il nous arrivoit à tous momens de nouvelles troupes qui auroient bien pu à la fin rendre notre armée égale à la fienne , il fe mit à la tête de fon infanterie pour aller attaquer le petit bois, dont il falloit abfolument qu'il fe rendit le maître , afin de pouvoir faire agir fon aile gauche. Le Vi- comte de Turenne marcha en mê- me-tems avec fa cavalerie contre l'aile droite de l'ennemi , l'enfon- ça , rompit tous les efcadrons , ébranla môme la féconde ligne , | & prit douze étendarts. Mais pen- dant qu'il renverfoit ainii la cava- lerie des Bavarois , notre infante- rie , alarmée de ce que le Vicomte de Turenne avoit pris tant de pré- cautions , &C fe croyant à caufe de cela dans un péril inévitable , jet- ta les armes bas à la première at- taque des ennemis & fe fauva à travers le petit bois , dont le Gé- néral Mercy s'étant rendu maître , E iij

joi Histoire du Vicomte

A«nêe il fit avancer toute la cavalerie de I(J4j. .fon aîle gauche derrière la nôtre pour l'envelopper. C'étoit en quoi confifloit alors toute notre armée , n'y ayant plus d'aile droite. Le Vicomte de Turenne , qui avoit rompu la féconde ligne de l'aile droite des ennemis comme la pre- mière , & qui n'avoit plus devant lui que trois efcadrons du corps .de referve à défaire , ayant vu fon .infanterie jetter les armes bas , 6c le mouvement que les ennemis faifoient pour le venir envelopper, cefla de combattre ; 6c ayant fait en un moment le plan de fa re- traite, il commanda à l'infanterie de marcher droit à Philisbourg fans s'arrêter : il y envoya Beauregard- Chabris pour la rallier, la faire def- cendre fur le Rhin jufqu'à Mayen- ce , 6c la lui amener dans le Land- graviat de HefTe oit il réfolut d'al- ler avec toute fa cavalerie , quoi- qu'il en fût à plus de trente lieues , 6c qu'il lui fallût pour cela tra- verfer toute la Franconie , pays qui étoit à la dévotion du vainqueur.

DE TURENNE.LV.//. 10} Suivant ce plan , il ordonna à a n n i s. d'Efpence de Beauveau de fe met- x*4f. tre à la tête de la cavalerie , de pafr il fait une fer le Thauber & le'Mein, & de belle retraicc' marcher toujours jufqu'à ce qu'il fût arrivé aux frontières du Pays de Heffe ; & pour lui s'étant mis à l'arriere-garde , il repafîa le bois , en foutenant avec les derniers efcadrons tous les efforts des en- nemis qui le pourfuivoient. Mais il fut bien furpris, lorfqu'étant ar- rivé à la fortie du bois , il fe vit coupé par un corps de cavalerie à qui le Général Mercy avoit fait faire le tour de ce bois , dans l'ef- pérance que cette cavalerie mar- chant toujours fans trouver aucun obflacle, elle arriveroit au grand chemin de Mariandal avant le Vi- comte de Turenne , qui feroit obli- gé de s'arrêter fouvent pour faire tête à l'autre corps de cavalerie , qu'il avoit détaché après lui. Ce- pendant le Vicomte de Turenne , ne pouvant pas reculer, 6c fe trou- vant renforcé de trois régimens tout frais qui venoient d'arriver 3 E iv

i04 Histoire du Vicomte

Année fuivant l'ordre qu'il leur avoit en- l6v> voyé de fe rendre à la grande garde, il crut qu'il n'avoit point d'autre parti à prendre, que celui de parler fur le ventre aux enne- mis , 6c de s'ouvrir un partage à la pointe de l'épée ; ce qu'il exécu- ta très-vigcureufement, fans autre perte que celle de quelques cava- liers ; après quoi il gagna Marian- dal. Il pafTa le Tauber , il fit fer- me deux ou trois fois, pour s'oppo- fer aux Bavarois , qui vouloient paf- fer au même gué que nous : il con- tinua fa retraite , en faifant tête aux ennemis à tous les défilés ; & en ral- liant à droite & à gauche tous ceux qui s'écartoient , il arriva au Mein , qu'il pafTa à gué : &C craignant que quelque corps de cavalerie ne nous pourfuivît , il demeura deux jours entiers dans les bois avec quinze cens chevaux, avant que d'entrer clans la HefTe , il rejoignit enfin fes troupes. Réflexions \\ n'arrive gueres de malheurs

furm!n! eve" à une armée , qui ne foient d'a- bord imputes au General ; mais

DE TURENNE. Liv. IL 105 ____ bien loin qu'on rejetta celui-ci fur A N N é 8 le Vicomte de Turenne , qui au i^j. fond avoit pris de grandes pré- cautions pour s'en garantir , on releva beaucoup la préfence d'ef- prit avec laquelle il prit le parti de marcher aux Bavarois dans le moment même il apprit qu'ils venoient à lui ; car s'il fut de- meuré à Mariandal pour y atten- dre fes gens , le Général Mercy auroit pu attaquer fes quartiers les plus avancés l'un après l'autre , &C les enlever avant qu'ils euffent pu le joindre ; au lieu qu'ayant gagné la tête de tout , il fe trouva en état de réfifter aux ennemis fi- tôt qu'ils parurent. On fît encore extrêmement valoir cettepénétra- tion par le moyen de laquelle il forma le projet de fa retraite , &C en prévit toutes les conféquences comme en un infiant. On admira enfin , au-delà de tout ce que j'en faurois dire , cette profondeur de jugement &.cet efprit de refîbur- ce , qui lui fit prendre la réfolution de mener fi avant dans l'Allema- Ey

io6 Histoire pu Vicomte

An née Sne ^e débris de fon armée battue; x$4î. car il n'y avoit perfonne qui , en fa place , ne fe fût retiré du côté du Rl^in ? 6k qui n'eût cru faire un coup de grand Capitaine en al- lant couvrir Philisbourg , &: f è mettre tout enfemble à couvert de cette place. Mais le Vicomte de Turenne , qui avoit des vues plus .étendues qu'un autre , jugea plus à propos d'aller dans la Hefle ? per- îuadé que les ennemis ne manque- roient pas de l'y pourfuivre , dans l'efpérance d'achever fa défaite , & qu'en y attirant ainfi la guerre , 4'un côté nos conquêtes du Rhin feroient en fureté ? & de l'autre la Landgrave de HefTe , qui , fuivant 1 ufage de l'Allemagne , vouloit ab- folument laiffer encore un mois fe& troupes dans leurs quartiers d'hi- ver , fer oit obligée de les en faire fortir incenamment pour la défenfe de fon propre pays , &; de les join- dre aux nôtres ; ce qui nous met- trait auiîi-tôt en état de pouvoir ré- fifter aux ennemis. «e>oîntaur. En effet y nous ne fumes pas

DE-TURENNE, Uv. II. IOJ ^

plutôt dans le Comté de Valdeck , A N N é % que le Général Mercy vint aflié- \6^. ger Kircheim , ville fituée à l'en- H.flo's & trée du pays de HeiTe. Nous nVsVd:iso,[^

. - r J . . ... . palis ;e Rhin

vions pas plus de trois mille che- &ieNec.er, vaux & douze censhommes depied. & Fe,oi,H An?r La Landgrave de HeiTe fut donc Gwmmonfc obligée , malgré elle , à faire for- tir les troupes de leurs quartiers pour a 1er au fecours de Kircheim. Le Vicomte de Turenne fit même fi bien , qu'il engagea Le Comte de Konigsmark , Général des Suédois , qui hivernoient dans le Duché de Brunswic , à fortir aufîi de (es quar- Le z? H&, tiers , .& à joindre les quatre mille hommes qu'il commandoit aux iix mille que la Landgrave de Hefle envoya fous la conduite du Géné- ral Geis. A la tête de cette ar- mée ? le Vicomte de Turenne s'a- vança vers Kircheim , & le Géné- ral Mercy ù retira aufîi-tot de de- vant cette place. Nos foldats , qui fa voient que la dif grâce de Ma- riandal étoit arrivée au Vicomte de Turenne , en partie par fon trop de bonté pour eux y bruloient Sstàr Hvj

mmmm_mmmt ïo8 Histoire du Vicomte A , vie de le venger , *$£ vouloient Qu'il

Année- a °r . x , ~

i64î. lesmenat en rranconie, ou les en- nemis s'étoient retirés après la le- vée du fiege de Kircheim ; mais comme il reçut ordre de la Cour de ne rien entreprendre jufqu'à- ce que le Duc d'Anguien 6c le Ma- Ccft aïnfi réchal de Grammont fiuTent arrivés eue s'appei- j nuit ^ hommes qu'ils

Joit le Mare- . ,r . ,t -. r j

chai de Gui- conduitoient, il fallut quil fufpen- che , depuis dît i»ardeur ae fes foldats ; & tout

la more du . . '

DucdcGram- cequ il put, pour fatisraire en quel- jriorn fonpe-que fâçon à l^j. impatience , fut

de les mener au devant du Duc d'Anguien , afin d'avancer de quel- ques jours la jonction des deux armées, & être plutôt en état de pourfuivre les ennemis. Pour ce- la , il repaffa le Mein ; il traverfa le pays de Darmftad & le Berg- ûraas. Il prit chemin faifant la ville de Venheim , & arriva en- fin à Spire , le Duc d'Anguien ayant paffé le Rhin & ayant joint fon armée à celle du Vicomte de Turenne , on marcha vers Hail- bron à deffein d'y paffer le Nec- -ker ; mais comme les ennemis

DE TURENNE. LiV. IL IO9 nous avoient prévenus , & avoient aTTTb déjà rangé leur armée en bataille *h£ fur les hauteurs , nous defcendî- mes à Vimphen , qui eft deux lieues au-defTous de Hailbron. Nous nous rendîmes maîtres de cette* ville, nous y fîmes un pont , & le Gé- rai Mercy voyant que nous avions un pafTage fur le Necker, fe retira à Feuchtwang, qui eft à plus de vingt lieues de-là dans la Franconie.

Ce fut immédiatement après le Abandonnés paffage du Necker , que le Qétté-^%^ rai Konigsmarck 6c le Général affiégcrDunc- Geis , piqués de ce que le Duc kelspield* d'Anguien leur avoit parlé avec un certain air de hauteur en leur com- mandant quelque chofe , déclarè- rent qu'ils alloient quitter notre armée , & emmener avec eux leurs troupes. Le Duc d'Anguien vou- loir cju'on les chargeât , pour les retenir par la crainte d'être taillés en pièces : mais le Vicomte de Turenne lui ayant fait entendre que ces étrangers n'étoient pas ac- coutumés à être traités de cette

no Histoire du Vicomte

a N.N é e manière, il parla aux Chefs avec Itf4f. fa douceur 6c fa politeffe ordinal r.e , & il fit fi bien qu'il engagea le Général Geis à refier avec nous. Quant au Général Konigsmarck , il fit monter un fantafîin en crou^ pe derrière chacun de fes cava- liers , 6c fe retira de cette forte à Bremen dans la baffe Saxe. Les Suédois nous ayant ainfi quittés* nous marchâmes avec les Hefiiens vers leTauber, 6c nous nous em- parâmes de toutes les Villes qui fe trouvèrent fur la route. Les enne*- mis ne défendirent que Rottem- bourg ; mais cette place ayant été Le 16 Juillet, prife d'affaut en une nuit, le Gé- néral Mercy décampa de Feucht- ■wang y 6c fe retira du côté de Do- nawert , après avoir jette beau- coup de troupes dans DunckeHV pield r perfuadé que nous allions faire le fiege de cette ville , 6c que nous n'aurions garde de nous engager entre fon armée 6c une place il avoit mis une fi groffe garnifon. En effet * nous y ouvrît mes la tranchée , mais dès le

DE TURENNE. Llv. IL III

foir même , ayant été avertis que le a * n â e Général Mercys'avançoit vers Nor- l6v» linghen , nous quittâmes Dunckelf- pield, &c toute l'armée fe mit en marche à Minuit dans le deffeinde prévenir les ennemis.

A la pointe du jour nous dé- On quitte couvrîmes leur avant-garde , qui "on ,ep^ * tenoit la route qu'on nous avoit dit. Noriingbcn, Le Général Mercy nous apperçut aufîi dans le même tems , & comme l'endroit il fe trouvoit lui étoit :rès-favorable , il y rangea fon ar- née en bataille , 6c réfolut de nous y attendre. Il avoit une rivière levant lui , ck de grands étangs à à droite & à fa gauche. Nous ne Douvions aborder les ennemis par uicun endroit : nous fîmes avancer lotre canon , ôt les Bavarois mirent mfli le leur à la tête de leur camp. On fe canonna pendant toute la lournée avec une perte à peu près égale de part & d'autre , 6c corn- ^ me on ne pouvoit faire autre cho- $ fe en ce lieu-là , nous en décam- Le 5 Àofo pâmes deux heures avant le jour pour aller à Norlinghen, il nous

1 1 1 Histoire du Vicomte

Année ^toit an^ d'arriver avant les etv» *Hu nemis. En effet, dès les neuf heu- res du matin nous nous trouvâmes dans l'a grande plaine qui eft de- vant cette ville , & fur le midi nous apprîmes que le Général Mer- cy , perfuadé que nous allions nous attacher au fiege de Norlinghen, avoit paffé la petite rivière de Vernitz , & commençoit à faire travailler en diligence aux retran- chemens d'un camp déjà très-avan- tageux qu'il avoit occupé à deux lieues de nous , & d'où il avoit deffein de nous difputer la prifé de cette place. Nous nous ran- geâmes aufii-tôt en bataille : nou5 marchâmes aux ennemis , laiffant nos bagages derrière nous dans les villages de Petizheim & de Me* xeinghen ; &c fur les quatre heures nous étant trouvés enleur préfence , nous reconnûmes la difpofition de . leur camp. DifpoffSm Vers le milieu de la plaine de de la pi™* Norlinehen , qui eft très-étendue, le trouve un vallon d une mechov cre grandeur, devant lequel eu AI-

E H

DE TlJRENNE. LiV.îl. II? erheim , gros village qui eft com- A N N ne flanqué de deux montagnes , 1*45. ju'il a à fes côtés : la montagne le "Wineberg qui eft fort haute, :ft à droite , quand on va du villa- ;e à Norlinghen ; & la montagne ur laquelle eft le château d'Aller- îeim , eft à gauche. Ces deux mon- agnes font à un quart de lieue l'une le l'autre ; & le village qui dft intre deux , eft plus avancé vers Norlinghen d'environ trois cens >as. Le terrein , qui eft entre le hâteau d'Allerheim &: le village ? ft uni comme une plaine ; & celui [ui eft de l'autre côté , eft une pen- e qui defcend infeniiblement de la nontagne de Wineberg jufqu'au nême village.

C'eft-là le Général Mercy sitnatîoa voit rangé fon armée en bataille, fiuV P'enf

1 \ r ie Cr-nerat

Ion aile droite , commandée par Mercy. e Général Gleen , s'étendoit juf- mes fur le haut de la montagne de <J7ineberg ; & fon aile gauche , koit le Général Jean de Werth , ufquau château d'Allerheim. Le ;orps de bataille il s'étoit mis ,

ii4 Histoire t>u Vicomte

Année occupoit le vallon , qui faifoit U i^4f. centre de l'armée , & avoit à fa tête le village d'Allerheim. Seï deux ailes étoient toutes compo fées de fa cavalerie , excepté quel ques bataillons qu'il avoit mis aiw extrémités , c'eft-à-dire fur la mon tagne de Wineberg , & fur celh du château d'Allerheim ; & tou le refte de l'infanterie formoit h corps de bataille. Il avoit fait en trer quelques bataillons dans h village , & avoit jette quantité àt Mousquetaires dans l'Eglife , dan; le clocher & dans le cimetien ■qui étoit fermé de murailles. I avoit fait faire des retranchemen à la tête de toutes fes troupes ; & ceux des deux montagnes étoien bordés de canon , ainfi que le ri deau qui règne de l'un à l'autre il avoit fait drefler plusieurs bat teries. C'eft dans cette fituatior qu'il prétendoit nous recevoir , f: nous venians à lui; ou demeurei campé , fi nous formions le fiegt de Norlinghen. Son armée étoit df quatorze à quinze mille hommes.

DE TURENNE. Liv. IL 1 1 5

k la nôtre de feize à dix-fept mille. A N ~ l E

Tout ayant été examiné dans »?4?' e Confeil de Guerre , le Vicom- _ Confeii de

. _ c j, , Guerre des

e de Turenne rut davis quon neFrançois. Douvoit engager une affaire gêné- •aie avec les ennemis ainii pof- :és &: retranchés, fans expofer no- re armée à être entièrement dé- faite. Mais le Duc d'Anguien & le vlaréchal de Grammont , quiétoient l'un autre fentiment , l'ayant em- porté fur lui , il fut réfolu qu'on lonneroit bataille ; que le Mare- :hal de Grammont commanderoit 'aile droite ; le Vicomte de Tu- enne l'aile gauche ; le Comte de vlarfin , Maréchal de Camp , le x>rps de bataille ; & le Chevalier Chabot , aum* Maréchal de Camp , e corps de réferve. Quant au Duc l'Anguien , qui difpofa de tout ces >oftes , il n'en choifit aucun pour ui, difant qu'il vouloit être par- tout ;e jour-là. Il étoit déjà cinq heures après M Bf.taî!ic de

i. / V , r , NocJinghem..

mai , quand tout fut en état de îotre côté. Alors nous commen- tâmes à canonner le village ; ce

é_^___ 116 Histoire du Vicomte Année ^ ne ^ura qu'une demi -heure »*45» car les batteries des ennemis , qu: avoient été dreffées les premières avoient beaucoup d'avantage fui les nôtres ; & le Duc d'Anguien voyant qu'il n'avançoit pas beau coup avec l'artillerie , fit attaque: le village par quelques bataillons à la tête defquels étoit le Comte d< Marfm.

Les premiers retranchemens fu rent bientôt forcés : mais quan( on fut auprès des maifons , les en nemis qui s'y étoient logés , &C qu les avoient percées & crénelées firent de fi fiirieufes décharges d moufqueterie , que nos gens s'ar- rêtèrent tout court d'abord , plie rent enfuite , ôt enfin reculèrent. L Comte de Marfin y ayant été trè< danger eufement blefle , le Du d'Anguien y renvoya le Marquis d< la MoufTaye avec un renfort d< quelques régimens , qui ne puren foutenir le feu des ennemis nor plus que les autres ; & îe Marqui de la MoufTaye ayant été mis hor, de combat par les bleffures qui

.

DE TU RENNE. Liv. IL ri 7 2çut, le Duc d'Anguien mena lui- année lême nos bataillons à la charge , i.*4S- l fe fit fuivre de toute l'infan- îrie. Le Général Mercy voyant

1 mouvement , vint aufîi lui mê- ie à la tête du village , & fe fit fou- rnir par tout fon corps de batail- \ Le combat fut fanglant 6c opi- iâtre. Le Duc d'Anguien y re- ît quelques coups dans fes habits , : y eut deux chevaux bleffés fous li. Le Général Mercy y fut tué un coup de moufquet; ckla mort

2 ce grand homme excita dans cœur de fes foldats une fureur

2 vengeance , qui les fit fondre fur os gens , comme un torrent qui ti- î de nouvelles forces de tous les bftacles qu'on oppofe à fa violen- 2 : ce fut plutôt un carnage qu'un 3mbat. Le Duc d'Anguien y fit es actions de valeur étonnante ; îais il ne put néanmoins empê- ber que la plus grande partie de otre infanterie ne fut taillée en- iéces, & que toute notre cava- me Françoife ne fut entièrement éfaite par le Général Jean de

Histoire du Vicomte A N N é E Werth, qui , à la tête de l'aîle gau- i^45« che des ennemis, culbuta du pre- mier choc notre aile droite , fitpri- fonnier le Maréchal de Grammon* qui la commandoit , battit le Che- valier Chabot à la réferve , & nétrajufqu'à nos bagages avec quel ques efcadrons qui fe mirent à le: piller, part qu'y eut Cependant le Vicomte de Tu Turenne. renne , avec notre aile gauche qn étoit toute compofée d'Allemans avoit marché à la Montagne d< Wineberg contre l'aîle droite de ennemis; & effuyant les déchar ges continuelles de leur artillerie fans s'arrêter un moment, avoit ei un cheval bleffé fous lui , 6c avoi ' reçu un coup dans fa ctiiraffe d'ur canon chargé à cartouche ; mai il étoit enfin arrivé en bon ordn au haut de la montagne , le Dm d'Anguien vint le joindre , voyan qu'il n'y avoit plus rien à faire , n à l'aîle droite , ni au corps de ba taille. Ce Prince fe mit à la têt< de la féconde ligne : & le Vicom te de Turenne ayant mené la pre

DE TURENNE. L'iV. IL 119

liere à la charge, il rompit du prê- ter effort tous les efcadrons en- 164 :?mis qui étoient fur la montagne; : défit l'infanterie qui y étoit aum* , I: prifonnier le Général Gleen , ga-

îa le canon, le fit pointer con- le le refte de cette aile qui s'é- \ rtdoit jufqu'au village ; & pré- vint les ennemis en flanc , les

largea fi vigoureufement, qu'ils : rent obligés d'abandonner le aamp de bataille, &C de fe retirer

us de cinq cens pas au-delà du 'liage. Les régimens qui s'étoient 3 tranchés dans l'Eglife & dans le imetiere, fe voyant près à être

rcés , fe rendirent à difcrétion. U Général Jean de Werth, ayant r >pris ce qui fe pafïbit à la mon- l?ne de "NVineberg , y accourut recfon aile viclorieufe ; mais le jur étoit déjà fini lorfqu'il y ar- :va : & d'ailleurs il trouva les cho- Jis dans un fi grand déibrdre, qu'il .'ut ne pouvoir faire rien de mieux, *ie de profiter de l'obfcurité de la ï lit pour gagner Donawert ,

uver- le débris de fon armée ? en

N N É I*

no Histoire du Vicomte

T~^ !"" fe retirant au-delà du Danube. Le 1645. Vicomte de Turenne le pourfiùvit jufqu'au bord de ce fleuve, avec trois mille chevaux, & ne revint point qu'il ne l'eût vu reparler avec toutes fes troupes. Après la re* traite de l'armée ennemie , les villes de Norlinghen & de Dune- kelfpield nous ouvrirent leurs por- tes. Le Duc d'Anguien tomba ma- lade dans ce tems-là ; & s'étanl fait porter à Philisbourg, & enfuitt à la Cour , il laifTa fon armée foui la conduite du Maréchal de Gram- mont, quiavoit été échangé contre le Général Gleen. Le Duc ^e Comme les Etats du Duc de nwndee& re- Bavière le trouvoient expofés pai çoic du fc- la victoire d^ Norlinghen, ce Prin- ce follicita fortement l'Ernpereui de lui envoyer un renfort de trou- pes, qui fût capable de nous em- pêcher de prendre des quartiers d'hiver dans ion pays; ■& lui man- da , que s'il n'étoit promptement fe couru , il feroit obligé de s'ac- commoder avec nous. L'Empereur qui appréhendoit qu'il n'écoutât les proportions

cours.

N N E E

DE TURENNLZrivJ/. 121 proportions que nous lui faifions , ^ & qui venant de faire la paix avec le 1*4 Prince Ragotzki , n'avoit plus be- foin de troupes en Hongrie , lui en- voya un grand corps de cavalerie k de Dragons , fous les ordres de .'Archiduc Léopold, qui prit Ga- as avec lui : comme il ne menoit Doint d'infanterie , il eut bientôt oint Gleen , Jean de Werth , & les bavarois. L'Archiduc, fécondé de ant de grands Capitaines , marcha .vec toute la diligence poffible.

Le Maréchal de Grammont, &Z Turennsfe 2 Vicomte de Turenne , qui n'a- ^?nCphiiif-- oient pas la moitié tant de trou- bourg , se >es que lui, fe retirèrent au plutôt Gr*m^onc

'1 ni- o r Palle a Lan;

'ers le Rhin, oc ne crurent point dau. eurs armées en fureté , qu'elles e fuffent fous le canon de Phi- sbourg. ils envoyèrent cher-

jher des bateaux à Spire , pour fai- e un pont fur le Rhin; mais à •eine enavoit-on amené quelques- te 1 3oa^

.mis, que l'Archiduc Léopold arri-bre« a avec toute fon armée , 6c fe ampa à une demi-lieue de Phi-

..sbourg, dans l'efpace qui eft en-

F

; m Histoire du Vicomte

Année tre cette Place &le Rhin. Nous nous i^4j. y retranchâmes : nous fîmes parler nos bagages dans des bateaux au-de- là du Rhin, à la faveur de notre retranchement & du canon de Phi- lisbourg.Le Maréchal de Grammont y paffa lui-même avec l'armée du Duc d'Anguien , &c toute la cavale- rie de celle du Vicomte de Turenne. qu'il mena à Landau. L'Archiduc L'Archiduc Léopold demeun Pheend £r^eilx îours à tâter de tous côté: keïfpièid & le camp du Vicomte de Turenne Norlinghen. &■ défefpérant enfin de le pouvoi: forcer par aucun endroit , il re brouffa chemin , & marcha à Wim phen , qu'il affiégea dans les for mes. Comme tout le gros canoi de notre armée étoit dans cett Place, le Vicomte de Turenne vou lut la fecourir. Pour cela il en voya chercher fa cavalerie , que 1 Maréchal de Grammont avoit cor duite à Landau. Les François via rent ; mais les Allemands refuferer d'obéir à leurs Officiers qui voj loient les amener ; de forte qu "Wimphen n'ayant point été fecoi

DE TURENNE. L'iV. IL 123

ru l'Archiduc Léopold s'en rendit"! P.

a î a \ .Année

maître en huit jours. Apres quoi, 1645. ayant palTé le Necker, il s'empara des villes de Dunckelfpield &: de Norlingen , & continua fa route vers la Bohême ? pour y mettre fon armée en quartier d'hiver.

Les ennemis étant tout-à-fait re- Grammone tirés , le Maréchal de Grammont 5f^afre en

, 7 r ., France.&Ttt-

s en retourna en France avec 1 ar- renne refte mée du Duc d'Anguien ; & le feuI en AIIe" Vicomte de Turenne demeura en-masnc" core fur le Rhin avec la fienne. Tout le monde étoit dans l'impa- ience de voir comment il en ufe- :oit avec les Allemands. Il efl vrai jue , par leur défobéifTance , ils ivoient été caufe de la perte de •yimphen & de celle de notre gros i:anon. Néanmoins , comme tous es corps étoient coupables , il ne ugea pas à propos de les punir; Fautant plus qu'il étoit periuadé , m'on ne pouvoit avoir de trop ip-ands ménagemens pour les étran- gers; cette qualité d'étranger lui tyant toujours paru avoir quel- que chofe de facré, qui rendoit

1 24 Histoire du Vicomte

a n n é e les perfonnes inviolables : outre **4J. qu'il avoit befoin de ces Allemands pour le fuccès d'une entreprife dont il avoit formé le deffein; ôt qu'il ne doutoit point que , touchés d'u- ne indulgence qu'ils méritoient fi peu, ils ne fe piquafTent d'honneur. , et ne voulurent expier eux-même; leur faute , en fignalant leur coura- ge à la première occalionquife pré i fenteroit. 'Turenne Le rétabliffement de l'Eiefteu prend Trêves, de jYeyes étoit cette entreprife I

& remet I E- ; r I

lefteur en qu'il meditoit comme une choi< i

TEkaôu^ <Iui étoit caPa^le d'honorer la gence de la Reine ; car il y avoi plus de dix ans que l'Empereur & le Roi d'Efpagne avoient dépoui) ce Prince de fes Etats, parc qu'il avoit fait un traité partiel lier d'alliance avec nous. Le V: comte de Turenne ayant donc n folu de rétablir cet Electeur dan Trêves , il y marcha quoiqu'il e fût à quarante lieues , & qu'il lit 1 froid très-rigoureux pour la faifoi Il lahTa quelques troupes pour ga der les pailages du Rhin ëc les b;

DE TURENNE. Liv.IL I25_

gages de l'armée : il ne mena avec A N N é 5 lui que très -peu d'infanterie , pour 1*45. Ifaire plus de diligence ; mais il en fît venir un corps de l'armée du . Duc d'Anguien , laquelle étoit à Metz , d'où il fit aurîi descendre du :anon par la Mofelle. Il fe don- la le foin de tout le détail du fie- ye ; il fe faifit des paffages par on pouvoit fecourir la place ; il 'invertit : &: ayant fu que les en- îemis s'affembloient pour venir la ecourir , il fit parler la Mofelle au Colonel Schûts , & l'envoya con- :r'euxavec les Allemands, qui bru- ant d'envie de réparer leur faute , îe refpiroient que l'occafion de :ombattre. Le Colonel Schûts ayant lonc marché aux ennemis , il les iiflipa entièrement; ëî il les auroit aillés en pièces, s'ils ne fe fufTent jettes dans les bois dont le pays ?ft tout couvert. Le Gouverneur le Trêves , voyant qu'il ne pouvoit plus être fecouru , demanda à ca- intuler, §t fe rendit Le Vicomte £e 10 Noë- lle Turenne remit ainfi i'Elefteur en vembre- ^oiTefTion de fes Etats : & ce fut F iij

1 16 Histoire du Vicomte

Année P0Lir ^re éclater cette glorieufe *N$ action dans toute l'Europe , qu'on frappa Médaille n°. i.

On y voit la France , fous la figu- re d'une femme, qui remet dans les mains de l'Electeur une épée , une croffe & un bouclier font les armes de l'Electeur. Les mots de la Légende , Tutdcz Gallicœ Fideli- tas , fignifient, La France fidè lie. à protéger fes Alliés. Ceux de l'Exer- gue , ELclor Trevirenjis in integrum rejîitutus. M. DC. XLV. veulent di- re , V Electeur de Trêves rétabli dans fapojjejfjîon de tous fes Etats. 1 6 '4S,

Année Ce rétablhTement engagea nos 1 ttf. Alliés à nous demeurer fidèles ,. fruf- con u^esl & tra ^Llc ^e Lorraine des quartiers va à1 la Cour qu'il avoit compté de prendre dans [Soï^ecCetEleftorat, & fit de la Mofelle les Suédois , une nouvelle barrière à la France, qmeftacceP-Le yicomte de Turenne fit faire un réduit près le pont de Trêves , dans lequel il laiffa cinq cens hom- mes : il prit Ober^efel , château que les ennemis occupoient enco- re en-deça du Rhin ; il renforça la garnifôn de Philisbourg ; il vifita

DE TURENNE. Liv. IL 1ZJ

toutes nos autres Places , & il les a n n i » mit en état de défenfe ; il diftri- »6^. 'bua fon armée le long du Rhin & de la Mofelle , & s'en alla à la Cour au commencement du mois de Février. Il y fut reçu avec tous les applaud'nTemens que méritoit une campagne fi glorieufe. Pour lui il ne cefia de repréfenter qu'on ne feroit jamais rien en Allemagne , tant que notre armée &: celle des Suédois nos alliés feroient fépa- rées : que comme l'une étoit tou- jours vers les pays héréditaires de la Maifon d'Autriche , & l'autre du côté du Rhin , il étoit facile aux Impériaux & aux Bavarois , qui fe trou voient entre deux , de jetter leurs plus grandes forces du côté ils étoient le plus preffés , & d'empêcher ainfi qu'on ne rempor- tât de grands avantages fur eux. Ces çaifons furent enfin goûtées du Car- dinal Mazarin , en qui la Reine avoit une confiance fans réferve , & qui avoit fous la Régence prefque la même autorité que le Car- dinal de Richelieu avoit eue fous F iv

n8 Histoire du Vicomte

A n h e e le Règne de Louis XIII. La jon£tion I 164S. jçg jeux armées fut donc réfolue. Quant à l'exécution de ce grand pro- jet, le Cardinal Mazarin s'en remit, entièrement à la prudence du VK comtç de Turenne. KefufeieDu- Cependant ce Miniftre , maî- ché de châ- tre des grâces , <k chargé du poids & repaffe en ties affaires , voulant reconnoitra Allemagne les fervices rendus à la Couronne jour ajonc- par ^ vicomte de Turenne , & en( faire le principal appui de fon Mi- nifrere , lui offrit le Duché de Château -Thierry. Il efl peu de cadets , de quelque maifon que ce foit , qui n'euffent. accepté l'offre avec joie. Néanmoins, comme ce Duché étoit du nombre des terres que le Confeil avoit propofé de joindre enfemble pour faire l'équi- - valent qu'on devoit donner au Duc de Bouillon en échange de Se- dan , le Vicomte de Turenne , ap- préhendant que ce qu'il prendroit ne fût autant de diminué fur ce qu'on devoit '-donner au Duc de Bouillon fon frère , remercia le Cardinal Mazarin : Se quoique le

DE TURENNE. Liv.IL 1 29 Cardinal l'anurât qu'on remplace- A N N É E |oit le Duché de Château-Thierry 1646. ; -ar quelqu'ai/£ Terre , il le refula loujoursave.: la même générofité ; U ayant déclaré qu'il n'accepteroit ien que l'afFaire de l'échange ne ût confommée , il s'en retourna ur le Rhin. Il afîembla fon armée lux environs de Mayence ; il fit moîs lefcendre un pont de bateaux au- près de Bacharach : il envoya un îomme de confiance au Général AVrangel , qui commandoit l'armée iuédoife , pour lui donner part du Ieffein qu'il avoit de pafler le Rhin i Bacharach , de traverfer le Comté de Naffau ê£ de l'aller trouver dans ia HefTe , & concerta avec lui toutes chofes pour la jonclion.

Il alloit faire marcher l'armée, Cette jonc- lorfque le Cardinal Mazarin , fe «on traverse fiant aux promeuves que faiibit le pac azarm^ Duc de Bavière de ne point join- dre fon armée à celle de l'Em- pereur ; fi la nôtre demeuroit en- deçk du Rhin , lui envoya or- dre de ne point pafler ce fleuve % d'abandonner tous les projets qui F y

____^ 130 Histoire du Vicomte

a « dévoient être "exécutés enfuite de

«INNEE.

1646. la jonction , & d aller afîiéger Lu- xembourg. Le VicurÉte de Tu- renne fut affez furpris de ce chan- gement ; il pénétra tout d'un coup les artifices du Duc de Bavière : néanmoins pour pas contreve- nir à un ordre aufïi pofitif , il ne pafTa point le Rhin ; mais comme il étoit perfuadé que le fiege de Luxembourg , dans l'état les chofes étoient pour lors , eût caufé la ruine entière de nos affaires du côté de l'Allemagne , il fe donna bien de garde de l'entreprendre. Cependant ? tandis que le Duc de Bavière amufoit le Cardinal Maza- rin par de belles promettes , fon armée mar choit toujours , & ayant enfin joint celle de l'Empereur dans la Franconie , les Impériaux & les Bavarois , avec toutes leurs forces réunies , fe mirent encore entre nous & les Suédois ; de forte que notre pont du Rhin nous devint inutile , puifque nous ne pouvions plus aller dans la Heffe par le Com - de Naffaiij que les ennemis oc- cupoient.

DE TU RENNE. Liv.IL 131

Turenne alors , ayant pris fon A N N J g parti , manda au Cardinal Mazarin isA6. ce qu'il avoit deflein de faire ; & fans Ec enfin exé* attendre fa réponfe , il laiffa une partie de fon infanterie à Mayen- ce , & marcha avec l'autre , & avec toute fa cavalerie vers la Mofelle , qu'il pafla à un gué , fix lieues au- defTus de Coblents. Il traverfa l'E- le&orat de Cologne & le Comté de Meurs ; & ne pouvant avoir de pafTage fur le Rhin , que par les villes de Hollande , il envoya de* mander permifîion aux Hollandois de le parler à Wefel , il arriva après quatorze jours de marche. Il dépêcha en même-tems un Courier au Général Wrangel , pour lui faire part de fon deffein : après quoi il Le 25 Juillet parle le Rhin ; il marche par le Com- té de la Mark , le long de la ri- vière de Lippe jufqu'à Lipftat : il prend fur la droite , il traverfe toute la Weitphalie ; & ayant trom- pé les ennemis par un fi grand dé- Le Août; tour , il joignit l'armée Suédoife fur les frontières de la HefTe , entre .Wetzlar ôc Gieffen 3 le Général

F v)

131 Histoire du Vicomte

A N N é Wrangel , ferré de près par les Im- 1 6+6. périaux & les Bavarois , fe tenoit re- tranché dans des poftes avantageux, en nous attendant. Turetine& A la nouvelle de cette jonc-

fan dSel Vf' t^on » *es ennem^s ^e retirèrent fix Jeaorac de lieues par-delà l'endroit ils Mayence. étoient , & allèrent fe camper près de la ville de Fridberg. Nous n'a- vions que quatorze à quinze mille hommes , & ils en avoient vingt- trois à vingt-quatre mille. Néan- moins le Vicomte de Turenne ré- folut de marcher à eux , & de for- cer tout ce qui s'oppoferoit au deflein qu'il avoit d'aller au Mein % afin de pouvoir faire venir le refte de fon infanterie , qui étoit à Mayence. Il fit donc avancer les deux armées à Fridberg : mais l'Archiduc Léopold nous voyant fi près de lui ? bien loin d'accepter la bataille , ne s'occupa qu'à faire encore creufer nuit & jour les re- tranchemens de fon Camp , il étoit déjà prefque tout-à-fait en- terré avec fon armée. Le Vicom- te de Turenne 2 qui ne vouloit que

DE TUHENNE. Liv. IL 133 ^

le parTage, &: qui n'eût eu garde de A N N 7 £ fe flatter qu'an ne le lui eût point i^. difputé, laifla l'Archiduc fur {es retranchemens , &: continua fa route vers le Mein , 011 étant arri- vé entre Francfort &C Hanau , il fît venir fon infanterie de Mayen- ce , qui n'étoit qu'à dix lieues de- là. Toutes nos troupes étant ainfi lointes , le Vicomte de Turenne k le Général Wrangel parlèrent e Mein avec les deux armées , &: prirent les villes de Selingeftat & d'AfcharFembourg dans l'Ele do- rât de Mayence.

On peut fe figurer quelle fut Us jetfenc 'alarme qui fe répandit dans tout le J^^ )ays , ou l'on croyoit devoir jouir en Franconïe l'une grande tranquillité à l'abri * e°sff™fj: le deux auffi puifïantes armées Danube i jue celles de l'Empereur & du Duc 9««™* le Bavière qui le couvroient. Les )ayfans fe réfugient en foule dans es villes. Les Magiltrats de ces_ ailles viennent au devant de nous iious en apporter les clefs. Mais l:omme notre armée feroit deve- nue à rie& fi nous avions laiffé des

134 Histoire du Vicomte garnifons dans toutes ces villes > i^.E E on fe contenta de faire fauter les fortifications des unes, & d'emme- ner les principaux habitans des au- tres pour otages. Ces otages voyant que nous n'avions pas dix-huit mille hommes, ne pouvoient com- prendre comment , avec fi peu de troupes, nous pouvions être les maîtres d'une auffi grande étendue de pays. Cependant le Duc Bavière ayant fu que nous avions paffé le Mein , envoya faire rom- pre les ponts de Dilinghen & de Hochfïet fur le Danube , qui étoit la feule barrière qui reftoit entre nous & fes Etats. Il fit tranf- porter de Munich à Burckaufen ce qu'il avoit de plus précieux ; il envoya faire de grandes plaintes à l'Empereur contre l'Archiduç Léo- pold , qui avoit fi mal défendu l'Allemagne. En effet , en nous lairTant paffer à Fridberg , il nous avoit ouvert les trois Cercles de Franconie , de Souabe & de Ba- vière : les Places y étoient rem- plies de. toutes fortes de prqy iûo.ns $

N N E S

DE TlJRENNE. Liv. IL 135 les - ennemis n'avoient pris aucune précaution pour en empêcher le iH« pillage , les croyà'nt fort en fure- té derrière toutes les forces de l'Empire , qui dévoient défendre le pafTage du Mein. Nous y ali- gnons pu faire un butin ineflima- ble ; êc le Vicomte de Turenne auroit tiré pour lui feul, s'il l'avoit voulu , plus de cent mille écus de contributions par mois , &C cela , fans rien faire qui ne fût félon les afages de la guerre. Mais par un défintéreffement fans exemple, il fe contenta de tirer des villes les ennemis avoient fait leurs ma- ?afins de quoi faire fubfifter fon irmée ; & pendant qu'au grand konnement de toute l'Europe les Impériaux & les Bavarois demeu- roient dans le pays de Fulde ls s'étoient retirés , l'armée de France &: celle de Suéde entrant dans la Franconie &; dans la Soua- be, prirent de force SchorendorfF % Dunckelfpield & Norlinghen , qui voulurent faire quelque réfiftance ; Scpafferent le Danube à Ponawert

winghen.

136 Histoire du Vicomte

Année & à Lawinghen , dont les ennemis 164s. n'avoient point encore fait rompre

les, ponts. ils entrent Le Duc de Bavière n'eut pas prennent" ' plutôt appris que nous avions paf- Rain , & teïè le Danube , qu'il fe retira à Bru- *h°£nàLa'nau, fur la rivière d'Inn , ne fe croyant pas en fureté dans fa ca- pitale. Le Vicomte de Turenne 6c le Général Wrangel avançant tou- jours dans le pays , parlèrent le Lech , & fe rendirent maîtres de la ville de Rain9la meilleure for- terefTe de la Bavière de ce côté- là; & voyant que l'Archiduc Léo- pold ne faifoit pas le moindre- mouvement pour arrêter les pro- grès de nos conquêtes , ils mar- chèrent à Ausbourg , en deçà du Lech ? perfuadés qu'ils forceroient cette Place à fe rendre comme les autres , fi on leur en lairloit aufïi tranquillement faire le fiege. Mais le Duc de Bavière fit déclarer fi pofitivement à l'Empereur qu'il s'accommoderoit avec nous fi on îaifîbit prendre cette importante. Ville , entre laquelle & Munich

DE TURENNE. LiV. IL 137 l n'y avoit plus aucune Place de "ÂTT7V iéfenfe , que l'Archiduc Léopold 164s. sut ordre d'en aller faire lever le fiege, L'ordre étoit le plus abfo- u qui fe pût donner : il vint donc ians la Bavière , oii on lui envoya encore de grands renforts de trou- ves ; Payant paru à la vus d'Augs- Dourg avec une armée fort fupé- ieure à la nôtre , nous nous reti- •âmes à neuf ou dix lieues de-là , lu côté de Lawmghen. L'Ar- :hiduc parla le Lech , vint fe carn- >er aux environs de Memmin- ^hen, & ayant un grand maga- in de vivres à Landsherg, il ré- blut de demeurer fi k>ng tems , me nous fuirions obligés à fortir le la Bavière , ô£ à aller prendre les quartiers d'hiver au-delà du i Danube.

Les chofes étoient en cet état , ils vont fe orfque le Vicomte de Turenne & ^ifirdeLand-

A 1 1 -»xr sberg Se des

e Général Wrangel ayant con- magafïns des certé enfemble un nouveau de{- ItnPériaux» fein , firent partir notre armée !des environs de Lav/inghen , Le u No- : quoique la terre fût déjà toute vem re*

138 Histoire du Vicomte

Année couverte de neige , &c marche- 16+6. rent droit aux ennemis. L'Ar- chiduc , qui avoit devant lui d* grands marais &C de longs défi lés, crut que nous allions le ve- nir attaquer dans un camp fi avan« tageux. Pour le confirmer dans cet te perfuafion , le Vicomte de Tu renne 6c le Général Wrangel s'é- tant approchés à une lieue d< lui , laifîerent deux mille che vaux qui faifoient face à foi camp, ôc marchèrent avec tou le refle de l'armée vers le Lech I Ils y trouvèrent le pont des Im 1 pénaux , fur lequel ils parlèrent : il ] s'avancèrent auiîi-tôt jufqu'à Land< 1 berg qu'ils prirent par efcalade J & s'étant ainfi rendus maîtres d\ I magafin des ennemis y Ils trou verent de quoi faire fubfifter no I tre armée pendant fix femaines 1 ils fe campèrent en cet endroit j & commencèrent à envoyer de; partis jufqu'aux portes de Mu- nich. L'Archiduc Cependant l'Archiduc Léopold.

le retire ; & r x r . x

tes François ie trouvant fans vivres avec

t)E TURENNE. Liv.IL 139

eux grandes armées qu'il étoit année ibligé de faire fubfirter , fut con- lé46. raint de décamper &: de repayer c™™™*£: ? Lech pour gagner les pays hé-viere. éditaires de la Maifon d'Autriche , »'fr il mena hiverner l'armée de Empereur , &: laifla celle du Duc ;e Bavière dans les Etats de ce ^ince, lequel voyant toutfon pays n proie à nos troupes, & ne pon- ant efpérer de fecours d'aucun ndroit , nous demanda la paix , ffrit de fe détacher entièrement 11 parti de l'Empereur, & de de- îeurer à l'avenir inviolablement ttaché à nos intérêts : promettes rivole, dont on ne fe contente, infi que nous avions fait au com- lencement de la campagne , que uand on n'eu pas en pouvoir d'exi- ger d'autres fur étés. Mais comme ious étions alors en état de lui tonner la loi , nous l'obligeâmes l nous remettre entre les mains .awinghen , Gundelfinghen & rîochftet , dont il étoit le maître , ifin que s'il venoit encore à nous

____ 140 Histoire du Vicomte Année manquer de parole , nous puffions 1646, nous en fairre raifonpar le moyen de ces Places , qui nous ou- vroient un parla ge dans fes Etats, Ce fut en partie à l'occafion de ces Conquêtes , que la France fit frap- per la Médaille N°. 2.

On y voit Mars portant un Jave- lot chargé de plufieurs Couronnes murales. La Légende , Mars Ex- 1 pugnator , fignihe , Mars preneur dt Villes. L'Exergue , XIII. Urbes aut Arces captœ. M. DC. XLVL veut dire , Treize Villes ou Forte» tejjes prifes 1 646.

De ces treize Villes , le Duc

d'Orléans , le Duc d'Anguien ,

A n n i e le Marquis de la Ferté, le.Maré-

1 647' chai de la Meilleraye , & le Maré-

\l Vend' màî- cnal du Plefîis en prirent huit ; &

tre de plu- [e Vicomte de Turenne en prit lui

iieurs autres, r \

ieul cinq.

La Paix ayant été ainfi faite avec le Duc de Bavière , & les Suédois étant affez forts pour Sou- tenir eux feuls la Guerre contre l'Empereur en Allemagne , le Car- dinal Mazarin envoya ordre au

DE TURENNE. Liv. IL 141

Vicomte de Turenne de mener ÂTT7T Ces Troupes en Flandre , notre l6+7« armée n'étoit pas , à beaucoup près fi forte que celle des Espa- gnols , qui étoit commandée alors par l'Archiduc Léopold. Le Vi- comte de Turenne quitte donc la Bavière ; &: avant que d'aller à Philisbourg pour parler le Rhin , prend Béblighen &C Tubingue , dans .e Duché de Wirtemberg ; Sten- beim &c Hoechfl , fur le Mein ; Darmaft , Ghetnsheim , & quel- ques autres Places , qui pouvoient arlurer nos conquêtes le long du Rhin , 6l nous ouvrir divers paf- fages dans le refte de l'Allemagne. Cependant les Allemands, qui étoient à notre folde dans fon ar- _ : .

, , . , ~ Les Aile*

mee ayant témoigne allez ouver-mans, réduits tement la répugnance qu'ils avoient Pa/- R°fen » fe à aller en Flandre , Rofen , le plus accrédité d'entr'eux , penfa à fe rendre maître de ce corps de troupes , de la même manière que le Duc de Veimar l'avoit été de fon armée. Pour cela il engagea les étrangers à refufer d'aller

ï 4i Histoire du Vicomte XTT7I on les vouloit mener , fous prt,j 1647. texte qu'il leur étoit cinq ou fi \ mois de leur paie ; ii bien qui lorfque l'armée , qui avoit parle 11 Rhin à Philisbourg , flit arrivée | Saverne, on vint dire au Vicoir te de Turenne que les Allemanc s le j Juin, ne vouloient plus marcher ,& qu'il difoient tout haut qu'ils ne paifc roient pas outre. Ce Prince , qi étoit bien éloigné de croire qi l'auteur de cette révolte fut R< fen , à qui il venoit tout récemmei de procurer le grade de Lieut | nant Général de Cavalerie , l'ei voya vers fes compatriotes , poi > les porter à faire leur devoir : ma bien loin de faire ce qu'il devo | pour cela, il demeura avec eux il envoya dire au Vicomte , qu i le retenoient par force ; & coït mençant à donner des ordres con : me un Général qui ne reconnohTo plus de Supérieur , il ût marche jour & nuit les Allemands , & h mena au-delà du Rhin , qu'il pan au-defîbus de Strasbourg. Le V comte de Turenne le fuivit auff

E S

DE TURENNE. Lïv. II. 143

:ôt avec ce qui lui refloit de trou- A N N Des ; & quoiqu'il eût trois mille ^47. îommes d'Infanterie , il fit quator- ze lieues en un jour , 6c joignit Dientôt les rebelles. Rofen fût )ien étonné de voir le Vicomte de Turenne ; il ne pouvoit guère douter que fon infidélité ne lui fût :onnue : néanmoins , s'imaginant p'il pouvoit encore la lui dégui- er , ou plutôt n'ayant , ni allez le temps , ni allez de liberté d'ef- )rit dans une aufîi grande furpri- é pour réfléchir fur le parti qu'il levoit prendre , Fous voyei , lui dit- .1 , comme on m emmené malgré moi.

Le Vicomte de Turenne feignit Turenne les le croire ce qu'il lui difoit de la reenf *£>*£ prétendue violence qu'on lui fai- fen , & pafTe bit. 11 étoit en droit de donner dans, I(LLu"

r 1 1 11 o m / xembourg.

ur les rebelles ; & comme il etoit ■> beaucoup plus fort qu'eux ? il pou- voit les faire pafler au fil de l'é- pée : mais confidérant le befoin que la France avoit alors de ces troupes , il aima mieux effayer de les ramener à leur devoir. Il pria Rofen de pérfévérer dans l'atta-

144 Histoire du Vicomte a"T7T"e chement qu'il avoit pour la Couron ^47« ne , au fervice de laquelle il s'é- toit dévoué depuis fi long-tems & d'employer les bons offices au près de fes compatriotes. Il ren voya toutes {es troupes , pour n< donner aucun ombrage aux Aile niands : il ne prit avec lui que qua tre de fes dom étriqués , & mar chant toujours avec Rofen fan le quitter d'un pas , cet Officie n'eut bientôt plus aucun crédi parmi fes propres foldats , qui 1< foupçonnerent de tramer quelqu chofe contr'eux avec le Vicom te de Turenne, parce qu'il vivoi bien en apparence avec lui; à quo il étoit alors en quelque façon en gagé d'honneur, fans pouvoir fain autrement. Il voulut perfuader ai Vicomte de Turenne , qu'il y avoi peu de fureté pour lui parmi ce_: étrangers , afin qu'il retournât \ fon armée : mais il lui répondit fur cela , d'un ton qui lui ht corn prendre , qu'il n'avoit nul befoir d'être rarïuré. Il continua donc de marcher. On arriva à _ Etlin

ghen

DE TURENNE. Liv. IL 145

ghen , petite ville du Marquifat de A ,: t Bade , à huit lieues de Philisbourg ; i*47« & , le Vicomte de Turenne voyant que Rofenavoit perdu tou- te la confiance des Allemands, il fit venir de Philisbourg cent Mouf- ^uetaires qui l'enlevèrent , 6c qui le conduisirent dans cette forte- reffe. Alors deux régimens en- iers vinrent fe joindre au Vicom- e de Turenne , 6c le reconnurent :>our leur Général : tous les OrH- :iers de ce corps de troupes , juf- i [u'aux caporaux , fe rendirent aufîî uprès de lui , proteftant qu'ils lui >béiroient en toutes chofes. Les utres ayant choifi des cavaliers »our Commandans , prirent le che- lin delà Franconie , 6c le Vi- i omte de Turenne voyant qu'il n'y voit plus rien à ménager avec eux, es pourfuivit à la tête de ceux qui toient rentrés dans leur devoir > Z les ayant atteints à Koningsho- Au^ mois j'en dans la vallée du Tauber , il d'Aoû^ es fit charger, il en tailla en ûeces trois cens , il en fit un pa- eil nombre de prifonniers , 6c le G

'

____ i4<î Histoire du Vicomte Année refte lui échappa par la fuite. Il l647> auroit pu faire punir les prifon- niers comme rebelles , mais ayant Au mois de égard à leurs fervices paffés , il Septembre. jeur parcionna , il les incorpora dans les troupes qu'il alla rejoindre. & étant enfin arrivé dans le Luxem- bourg , il fe rendit maître de la ville de Virton, du château de Manguin, & de quelques autres Places. L'Arctûduc L'Archiduc Léopold , croyan affoibii par fa qU'^ avoit de grands defleins fui

venue , perd * ^ . ° r i i* / w

diverfes yii cette Province , tut oblige d y en

Ies* voyer un détachement de fon ar

mée ;& l'ayant ainli affaiblie , non

feulement il ne fut plus en état d<

rien entreprendre en Flandre, mai :

encore il ne put fauverles villes

Dixmude , de la Baffée & de Lens

qui furent prifes par les Maréchaux

de Rantzau & de Gaflion.

La conduite La Cour rendit toute la juftio

de Turenne qu'elle devoit à la conduite que 1<

approuva! Vicomte de Turenne avoit tenu»

à l'égard des Allemands : die dor

na de grandes louanges à la pm

dence avec laquelle, prenant d<

fages tempéramens dans cette con

DE TURENNE. Llv.lL 147 .

on&ure délicate , il avoit fu fi à A N N \ % propos difîimuler , punir , pardon- 1647. 1er , ménager les efprits , fans rien perdre de ion autorité; faire des exemples des particuliers, & con- erver la confiance du corps ; 6c >our faire parler jufqu'à la dernie- e poflérité le fouvenir des con- [iiêtes qu'il avoit faites durant :ette campagne , on fit frapper la Médaille N°. 3.

On y voit un Quadrige chargé .'un trophée que couronne la Vie- Dire,

La Légende Diverfo ex Hofle 9 gnifle , la France triomphante de ifferens ennemis.

L'Exergue , XI Urbes aut Ar- \es captez. M. DC. XL V IL veut ire , on^e Villes ou Fortere[fes rifes. 1647.

De ces onze villes , les Maré- haux de Rantzau &: de Gafîion n prirent trois , & le Vicomte de Turenne en prit lui feul huit. Cependant le Duc de Bavière TZ

* 1 r> 1 1 . I646.

oyant que les Suédois rempor- Ilretournâ rient de très-grands avantages fur cnAiicjnagaç Gij

148 Histoire du Vicomte

Année l'Empereur , & craignant qu'ils m

1*48. devinffent trop puiffans , joignii

& chaffe les fon armée à celle des Impériaux

Impériaux & r > 1 / v

les Bavarois ians avoir égard au traite qui

au delà du yenoit de faire avec nous & ave<

la Couronne de Suéde ; 6c le

néral Melander, qui étoit alors à 1;

tête des deux armées , étant entr<

dans la Heffe , avoit déjà pouffé 1

Général "Wrangel jufques dans 1

pays de BrunrVich , lorfque le V j

comte de Turenne reçut ordre d'à -

1er à fon fecours. Il part aufîi-tô

du Duché de Luxembourg avec fo I

armée , s'avance dans le Palat

nat , fait lever , chemin faifant ? 1

fiege de Worms aux Impériaux t

aux Efpagnols, & paffe le Rhin

Mayence. A cette nouvelle les In

périaux & les Bavarois quittent 1 \

pays de Heffe , fe retirent ve

le Danube.

joint Wran- Le Général Wrangel fe troi

se ' vant ainfi délivré d'eux , traver:

la Heffe , 6c s'avance jufqu'à Gh

yourfuit les lenhaufen dans le Comté de H; «anemis; nau , entre ja Heffe & la Fra]

çonie , le Vicomte de Turenr

DE TURENNE. Liv. IL 149 __ l'étant venu joindre , ils réfolu- ÂTTTT rent de parler le Mein , & d'al- »«4*. 1er chercher les ennemis poux les combattre. Le Général Me- ander ayant appris que nous avions parTé le Mein , paffe le Danube à la hâte , & marche vers Ausbourg. Nous le pourfuivons avec encore plus de diligence. Nous parlons le même fleuve après lui à Lawinghen , nous laiffons nos gros équipages , nos malades , $c tout ce qui pouvoit nous embar- -arTer. Le Vicomte de Turenne & e Général Wrangel prennent les devans avec la cavalerie , en don- lant ordre à l'infanterie de fuivre ivec le canon le plus promptement qu'il fe pourroit.

On atteignit bientôt à Zufmars- & ies défait à îaufen , l'arriére - garde de l'ar- Zufmarshau^ née ennemie qui achevoit de paf- en* er un bois à la faveur de trente efcadronsque commandoitle Com- :e de Montecucully. Comme l'ar- mée du Vicomte de Turenne avoit 'avant-garde dece jour-là , il chargea ttfti trente efcadrons à la tête de G iij

_ ijo Histoire du Vicomte

A~n k é i notre cavalerie : il les rompit , les '^48. mit en défordre , les obligea à fe fauver au travers du bois , & les pourfuivit jufqu'à une petite plai- ne qui étoit au bout de ce bois, il trouva le Général Melan- der qui , ayant été averti de ce qui fe panoit à fon arriere-garde , y étoit accouru avec un grand corps de cavalerie. Le combat fut fan- glant en cet endroit , & le terrein long-tems difputé ; mais le Géné- ral Melander ayant été tué , fa cavalerie gagna un fécond bois qui étoit au bout delà plaine , poiu fe retirer à la faveur de l'infante- rie dont il étoit tout bordé du côté de cette plaine. Le Vicomte de Turenne pourfuivit les fuyards juf qu'au bois : le feu de l'infanterie en- nemie fufpend l'ardeur de fesfol- dats ; mais le Général Wrangel ayant trouvé moyen d'entrer au milieu du bois par un chemin dé- tourné qui étoit fur la gauche. les ennemis qui fe virent coupés perdirent courage. Tout ce qu'ils avoient d'infanterie flit taillé

DE TURENNE. Liv. IL 151

en pièces ; leur canon & leurs ba- a n n é ^ages furent pris ; on pourfuivit l6*%* a cavalerie qu'on mena toujours Dattant pendant une heure & dé- nie , & on arriva à un ruiffeau brt profond il n'y avoit qu'un eul gué très-étroit , qui étoit gar- parle Duc de Wirtemberg , Gé- îéral-Major de l'armée impéria- e , &c ce Prince avoit avec lui fix >u fept efcadrons de cavalerie , k trois bataillons retranchés au* lelà du ruiffeau pour en défendre e paffage. Comme nous n'avions >oint d'infanterie pour le for- :er, on pointa contre les ennemis artillerie qu'on leur avoit prife , :royant les contraindre à coups de :anon à quitter ce pofte ; mais on ait beau les canonner, le Duc de Wirtemberg vit tuer plus de la noitié de les gens fans abandon- îer le paffage : il effuya notre feu ufqu'à la un du jour : il eut cinq :hevaux tués fous lui ; par cet- e étonnante fermeté , il empêcha me toute l'armée ennemie ne fût aillée en pièces ; ce qui en ref- G iv

152 Histoire du Vicomte

a n n é 1 toit fe retira durant la nuit vers i6**i Augsbourg , & y paiTa le Lech. Le Vicomte de Turenne & le Géné- ral Wrangel les y pourfuivirent fans leur donner de relâche ; mais ils n'eurent pas plutôt parlé le Lech que les ennemis fuyant toujours, parlèrent l'Amber , l'Ifer &: l'Inn , & fe réfligierent dans l'Autriche, abandonnant toute la Bavière à no- tre armée.

Alors le Duc de Bavière ne trouvant plus de fureté pour lui dans aucune ville de fes Etats , il en fortit & fe retira dans l'Arche- vêché de Saltzbourg , il fut obli- d'aller chercher un afyle à l'âge ge de foixante & quinze ans. Delà il dépêcha couriers fur couriers à l'Empereur , &il le prefîa tellement Le 14 Oc- de faire la paix , qu'elle fut enfin

lobre. conclue à Munfter entre l'Empereur

& le Roi de France , & les Alliés de f l'un & de l'autre. Toute l'Europe reconnut qu'elle étoit due en par- tie aux grandes actions que le Vi- comte de Turenne avoit faites cette année en Allemagne ; & la France ,

DE TlJRENNE. LlV. IL T^J

»our immortalifer une campagne A N N t * i glorieufe , fit frapper la Mé- 164a. aille , N°. 4.

On y voit la Victoire , qui d'une îain tient une couronne de lau- 1er, & de l'autre une pique , au out de laquelle eft un trophé. La ■égende Vicloriafraclœ Fidei Ultrix , gnifie , la Victoire venger ejje de la, "oi violée, L'Exergue , Pulfo trans )enum Bavaro. M. DC. XLV1II. eut dire : Le Duc de Bavière chajfé u-ddà de la rivière d*lnn. \6^8.

Par le Traité de Munfter , le Ce que ga2 andgraviat d'Alface , le Suntgaw , sneAa ^rf n" rifach , & la Préfecture des dix Munaer.e C illes Impériales qui font en Alfa- ?, ainfi que le droit de mettre irnifon dans Philisbourg , furent :cordés à la France , avec tous les roits de Souveraineté que l'Em- . j

ereur 6c l'Empire pouvoient avoir I j

rr Pignerol , & fur les Villes & vêché de Meu , Toul & Verdun. m céda aufll à la Landgrave de iefle , qui avoit toujours été at- ichée à nos intérêts , l'Abbaye 'Hirfchfeld , avec le droit de Sei- G y

154 Histoire du Vicomte

: gneurie fur quatre Bailliages de la

Année vV^ /i i_ v o, r ' j

1648. Weltphalie ; &: aux Suédois no< alliés, les Duchés de Brémen & de Ferden , avec \& ville de Wilshu-1 fen y la ville & le port de Wifmar , toute la Poméranie citérieure , le: Ifles de Rugen & de Wollin , le: villes de Stetin , Gartz , Dam & Golnau, & plusieurs autres avanta ges très-conîidérables. Ainfi fîniren nos guerres avec l'Empereur 6 avec l'Empire..

Fin du Livre fécond.

HISTOIRE

DU VICOMTE

DE TURENNE.

LIVRE TROISIEME.

E n d A N t que nos guer- res étrangères fe termi- noient fi giorieufement y. ".'«.. y il s en tormoit une beau- à ce livre oup plus dangereufe au milieu e l'Etat , la fureur des diiTen- ons civiles s'étant élevée , l'efprit e révolte gagna en moins de rien out ce qu'il y avoit de plus fi- tele dans le Royaume , les Parle- rons , les Princes du Sang , G v j

Anne

ij6 Histoire du VicomPte

a n n é*E & même le Vicomte de Turenne ; 16 48. trifte, maisfincere partie de l'Hif- toire de ce grand Homme , ou je raconterai fes fautes , fans en dilïï- muler la honte , comme j'ai ra- : conté jufqu'à préfent fes belles actions , fans en exagérer le méri- te. Mais afin de pouvoir faire bien entendre quelle part il eut à nos ! malheureufes divifions , il faut re- monter jufqu'à leur origine , & fai- re voir la fituation étoit la Fran- ce alors , par rapport au Gouver- nement. Caufes & Le Roi Louis XIV étoit en-J me^SriâCore mineur ; & la Reine Ré- Guerre civi- gente ne faifant rien que par le ] confeil du Cardinal Mazarin , c'é- j toit proprement lui qui gouvernoii 1 le Royaume. Ce Minirire , charge j des entreprifes , & perfuadé que l'argent étoit le reffort des fuccès . multiplioit , par toutes fortes de moyens , les Importions publiques Le Parlement de Paris , qui croyoit que ces importions ne fe pou- voient faire fans fon confentement.

DE TURENNE. I*V. ///. I 57

s'oppofa formellement à l'exécu- A N tion d'un Edit , par lequel on vou- 1*4* loit faire une nouvelle levée de deniers fur le peuple, Le Cardi- nal Mazarin , choqué de l'obftacle que le Parlement mettoit à fes defleins , retrancha par un autre Edit , les gages de tous les Officiers de Juitice , afin de regagner fur eux ce qu'on l'empêchoit de pren- dre fur le peuple. Le Parlement , piqué à fon tour de ce retranche- ment de gages , entreprit d'éta- blir une Chambre de Juftice , qui prît connoiffance des malverfations commifes au maniment des Fi- nances, & de faire rendre comp- te au Cardinal Mazarin de l'em- ploi de tous les deniers levés de- puis le commencement de la Ré- gence. Le Cardinal regarda cette entreprife comme un attentat con- tre l'autorité Royale , 6c fit arrêter quelques Membres du Parlement, croyant intimider par -là tout le Corps. Mais à cette nouvelle , le i peuple qui étoit perfuadé que le

NES

158 Histoire du Vicomte

Année Parlement n'avoit en vue que le 1648. foulagement du public , s'étant foulevé , & ayant pris les armes , la Cour fut obligée de remettre en liberté les Officiers qu'elle avoit fait arrêter. Le Cardinal Mazarin y outré d'avoir été ainfi réduit à céder aux Rebelles , qui fembloient triompher de fon peu d'autorité , réfolut de fe venger du Parle- Le g jan- ment & du Peuple. Il fortit de vien^. Paris . ^ emmena le Roi & la Reine à Saint Germain en Laye ; & fe flattant de forcer les Parifiens à tout ce qu'il voudroit par la fa- mine , il engagea le Prince de Cefi ainfi Condé à bloquer Paris. Le Parle-

que s appel- , r T- A , r . x

Joû le Duc ment de ion cote , le prépara a «FAnguien , une vigoureufe défenfe , donna un

depuis lamort A°^i 1 -i 1 ' t i /->

eu Prince de Arrêt par lequel il decraroit le Car- Condé fon dmal Mazarin, perturbateur du re- pos public , & lui enjoignit de for- tir du Royaume , délivra des com- mifïions pour lever des gens de guerre : & les Ducs de Bouillon ck d'Elbeuf lui étant venus offrir leurs fervices , il les donna pour

N M E

de Turenne.ZjV.777. 159

Lieutenans Généraux au Prince de Conti , qu'il fit Généraliflime de l6w? fes troupes. En cette qualité , le Prince de Conti envoya un hom- me de confiance à l'Archiduc Léo- pold , pour le porter à joindre les forces des Efpagnols à celles du Parlement,

Telle étoit la fituation des affai- dJ™ nn^e res , lorfque le Cardinal Mazarin le Parlement envoya ordre au Vicomte de Tu-? elî aba.n"

J r donne des

renne d amener les troupes aux troupes, environs de Paris, & que le Duc de Bouillon lui écrivit pour l'engager à prendre le parti du Parlement, lui repréfentant que le Cardinal Maza- rin faifoit naître tous les jours de nouvelles difficultés pour empêcher la confommation de l'échange de Sedan , &: que s'il ne favoit tirer avantage de Farmée à la tête de la- quelle il étoit , on n'auroit bientôt plus aucun égard pour fa maifon» Chacun étoit fort en peine de fa- voir quel parti il prendroit. D'un côté une conjoncture fi favorable <le revenir contre la celîion forcée

Année

î6o Histoire du Vicomte d'une Souveraineté , faifoit crain- te, dre qu'il ne voulût profiter de la conjoncture; &: de l'autre, l'exa&e probité dont il faifoit profefiion , donnoit lieu de croire , qu'il ne voudroit pas facrifier fon devoir au rétabliffement de fa maifon. Toute la France étoit dans l'im* patience de voir à quoi il fe déter* mineroit , lorfqu'on apprit qu'il s'étoit déclaré pour le Parlement, & qu'il avoit pris le Serment de tous les Officiers de troupes qui étoient à fes ordres ; tant il efl vrai , qu'il arrivera plutôt que l'homme agifTe contre fon propre caractère , qu'on ne voie une vertu entièrement pure en ce monde. Le Parlement , ravi d'avoir le Vicomte de Turenne de fon côté , donna un Arrêt par lequel il étoit enjoint à tous Officiers & Sujets du Roi d'o- béir à ce Général ; & par lequel il étoit ordonné qu'on feroit un fonds pour fournir à la fubfiilance de fon armée. Mais le Cardinal Mazarin ayant envoyé Hervard à cette ar- mée avec beaucoup d'argent , la '

de Turenne. Liv. 1IL 161

lus grande partie des Officiers & A N N ? £ es foldats abandonnèrent le Vi- 1^49. omte de Turenne.

r> r^ 1 ' \ vi II fe retire

Ce General , voyant qu une pou- en Hollande, oit rien exécuter de fort confidé- Se revient à ible avec le relie des troupes quila Cour% * oulo ent fuivre fa fortune , fe îtira t-i Hollande, il demeura ifqu'à la conclufion du Traité de aix qui fe fit , peu de tems après , ntrele Roi 6c le Parlement. Par un ies articles de ce Traité, » le Roi | déclaroit qu'en échange de la Prin- cipauté de Sedan , il donneroit ! incerTamment de fes domaines au Duc de Bouillon jufqu'à la con- ! currence de la valeur de ladi- te Principauté : que ce qui lui avoit été promis pour le rang de ceux de fa maifon , feroit ponc- tuellement exécuté : que quand |il difpoferoit du commandement de fes Armées , il auroit égard au i mérite du Vicomte de Turenne; & qu'il le gratifieroit même en (toutes fortes d'occafions de ce qui ! lui conviendroit félon fa naif- fance«.Sur la foi de ce Traité, le

î6i Histoire du Vicomte

Année Vicomte de Turenne partit de Hol- l*49» lande , & revint à la Cour , il ar- riva juftement dans le tems que le Cardinal Mazarin & le Prince de Condé , voulant être chacun feul k

te i4 Juin. maître, faifoient paroître quelque chofe de fi aigre & de fi piquant , jufques dans les premières froideur: par commença leur méfintelli- gence , qu'il etoit aifé de juger : qu'elle dégénéreroit bientôt en un< haine implacable. Leur divifionpar tageant toute la Cour, il n'y avoi perfonne qui ne prît parti pouri'ui ou pour l'autre. Le Vicomte de Tu renne feul demeuroit neutre , & s'était point encore déclaré pour au ain des deux. u fembîe Cependant notre armée d'Al

pncher pour lemagne ayant appris fon retour ei

Je Prince, &c r & ■> r| . ^ j j/|

eft recherché France , envoya a la Cour des de par Mazarin. pûtes , qui le demandèrent pour néral ; mais on ne jugea pas à pro pos de lui confier fi-tôt un parei emploi. Le Vicomte de Turenne regardant ce procédé comme un< contravention à ce qu'on lui av< promis par le Traité de Paix %

DE TURENNE.LV.7/7. 163 ,

'en prenant au Cardinal Mazarin aTTTb

ït auprès du Prince de Condé quel- l54*

nies démarches , par lesquelles il

embloit qu'il eût defTein d'entrer

lans fon parti. Mais le Cardinal

viazarin ne fe mit pas fort en peine

le rompre cette liaifon : fe perfua-

lant que la fortune éclatante

toit alors le Prince de Condé , lui

ttiroit tous fes partifans ; & que ,

uand il auroit exécuté ce qu'il me-

itoit contre ce Prince , on ne s'em-

refleroit pas beaucoup à s'attacher

lui. Enfin , il le fit arrêter avec le

rince de Conti fon frère , & le Duc £e 1 8 Jân-

eLonguevilleleurbeau-frere; &viec i6)9>

les fit conduire tous trois au Châ- ?au de Vincennes. Il envoya le larquis de Ruvigni au Vicomte de \irenne pour l'aflurer de fon ami- é, lui promettre le commande- îent de l'Armée de Flandre , lui •ffrir une de (es nièces en mariage , Z lui protefter qu'il vouloit défor- lais partager fa fortune avec lui.

Mais le Vicomte de Turenne , il fe déclare ui étoit bien éloigné de régler fes P™r Ie Prin' ffe&ions fur la profpérité ou la dif-

K N

164 Histoire du Vicomte ~~7 grâce des perfonnes, n'accepta au- î«;o. cune de fes offres. Ce qui lui faifoit & traite avec prendre, ce parti n'étoit, ni lanaif-

]«EfFagnol,fance du prin^ Çondé, ni foi!

rare mérite , ni même les avance? qu'il lui eût faites ; car bien loir de le rechercher avec les emprefTe- mens avec lefquels, au jugemeir de tout le monde , il méritoit d'ê- tre recherché , il Tavoit affez gligé. Mais il fuffîfoit qu'un hom- me fût perfécuté ou malheureux pour que le Vicomte de Turen ne fe f entît aurli-tôt porté par foi penchant naturel à le fecourir Ainfi , dès qu'il vit les Princes ai pouvoir du Cardinal Mazarin , i iortit de Paris : &: s'étant rendu ;| Stenay , place forte fur la Meufe qui appartenoit au Prince de Con- , il invita tous les amis & tou tes les créatures de ce Prince i l'y venir joindre. Le Cardinal Ma- zarin envoya après lui , ajoutam encore de nouvelles promettes 3 celles qu'il lui avoit faites : mai; le Vicomte de Turenne n'y voulin point entendre ; 6c perfévéram

N N E £

DE T-URENNE. Liv. III. 165 lans le deffein qu'il avok formé, il rendit fa vaifTelle d'argent pour is$o. ever des troupes : il employa au nême ufage les Pierreries de la Ducheffe de Longueville , qui les ui vint apporter ; il fit tenter la fi- lélité des troupes qui a voient fer- n fous lui en Allemagne , &C il :n débaucha trois régimens qui dnrent le trouver. Il propofa une -igue à l'Archiduc Léopold, qui ommença par demander qu'on lui émît la Ville de Stenay ; mais le Vicomte de Turenne la lui refufa , ie voulant point fe défaiiir de l'un- ique Place il pouvoit fe reti- er & fe mettre hors du pouvoir les Efpagnols. On ne laifTa pas éanmoins de conclure le traité , •ar lequel l'Archiduc Léopold s'en- ;agea , pour le Roi d'Efpagne , à ie point faire la Paix , qu'on n'eût endu la liberté aux Princes : & le /icomte de Turenne promit de ne >oint mettre les armes bas , que a France n'eût offert des articles le paix juftes & raifonnables aux Lfpagnols ; & ce Traité ayant été

i66 Histoire du Vicomte

A N N £ E ratifié par le Roi d'Efpagne , le Vi i^jo. comte de Turenne l'Archidu< Léopold joignirent leurs troupe & à la tête de leur Armée , qu étoit de dix-fept à dix-huit mill< -hommes , ils entrèrent en France par les Frontières de la Picardie ils afiiégerent le Catelet , petit Place à la iource de l'Efcaut , qu'il prirent en trois jours. De , il

Le 14 Juin, allèrent affiéger la Ville de Guife mais il tomba une telle abondanc de pluie pendant ce Siège , qu j les chemins en furent entieremer rompus ; de forte que les charriol » deftinés à voiturer des vivres au i afïiégeans , ne pouvant plus aile fans un nombre prodigieux de chc vaux , ck les Espagnols en ayar ; très-peu , la difette devint fi grand dans leur Camp, qu'ils furent obli gés de lever le fiége , & d'alk chercher des vivres du côté de lj Capelle. La pluie ayant enfin cefle le Vicomte de Turenne &c l'Arch duc Léopold afiiégerent la Cape

te j Août, le 9 & s'en rendirent maîtres en di jours. Après la prife de cette Place

DE TURENNE. Liv. III. \6j

Is pafïerent la Rivière d'Oife : le année Vicomte de Turenne s'avança avec No- rois mille chevaux jufqu'à Vervins our obferver notre armée qui toit à Marie. Mais le Maréchal du lefîis-Praflin , qui la commandoit, n délogea aiuTi-tôt , &fe retira der- iere les Marais de Notre-Dame de iefTe. Le Vicomte de Turenne , fe oyant maître de la Campagne , par i retraite de ce Maréchal , alla rendre Rhétel, Château Porcien : Neufchâtel , paffa la Rivière 'Aifne , prit la Ville de Fifme , for- i le Maréchal du Plefîîs à s'aller îfermer dans Reims avec fon ar- iée , envoya prier l'Archiduc Léo- old de lui amener le refte des oupes, en pofta un corps derrie- ï la Marne , en fit avancer un autre la Ferté-xMilon ; & s 'étant ainfi indu maître de tous les partages fquà Paris, il fe difpofoit à venir lendemain invertir le Château 2 Vincennes , pour en tirer lesLc lS Août, rinces : 6c il auroit peut-être •œcuté ce deffein , fi on ne les eût romptement transférés au Châ-

i___ 168 Histoire ou Vicomte A n n é i teau de Marcouffis, qui eft entre Ps itfjo. ris &c Orléans. Le Vicomte de Tuj renne ayant ainfi manqué fon coup ait obligé de rebrouffer chemin & ayant repaffé l'Aime avec fol Le 15 sep- armée, il alla afliéger Mouzon fi ccmbre. ia Meufe. La pluie qui tomba el abondance durant ce fiége, & peu d'artillerie qu'avoient les Efp; gnols , fut caufe qu'il demeura fe femaines à prendre cette Place :1'A chiduc Léopold ayant remené ei< fuite le gros de l'armée hiverner < Flandre , le Vicomte de Tureni demeura avec huit mille homrri fur la frontière , entre l'Aime & Meufe, pour veiller à la conferv rion des Places qu'il avoit prifes fi ces deux rivières. Perd Rhe- Quoique la faifon fût déjà cfcei, eftforcé avancée le Maréchal du Pleflis ,

& difpofuîon le Cardinal Mazann qui 1 etoit v de fonArmée. nu ;omc[re ne lanTerent pas d'e

Au mois de ' \ r > j t,l 1 i

Décembre, treprendre le liège de Rhetel av< l'armée du Roi , qui s'étoit rep< fée durant toute la campagne , qui grofîie de plufieurs détach mens que le Cardinal Mazarin

avo

BE TURENNE.Zrt'.///. 169

ivoit fait venir, fe trouvoit alors A N N j brte de dix-neuf à vingt mille hom- 1650, nés. Le Vicomte de Turenne lanTa nveftir cette Place , 6c ne voulut narcher pour la fecourir , que lorf- m'elle feroit afîiégée dans les for- nes : il comptoit de défaire aifé- nent notre armée , quand elle fe- oit partagée en quartiers autour de Ihetel , & de faire ainfi lever le ege de cette ville. Delliponti, le >remier homme de cetems-là pour 1 défenfe des Places, en étoit Gou- erneur. Il y avoit dedans dix-fept à ix-huit cens hommes de garnifon ,

I le Vicomte de Turenne n'auroit

II garde de croire qu'elle n'eût te- u que trois jours ; néanmoins , y tant arrivé le quatrième jour du ege , il trouva que Delliponti l'a- oit lâchement vendue & livrée ; Z que le Maréchal du Pleiîîs , ayant ufli-tôt levé fes quartiers, avoit émis toutes fes troupes en un feul orps d'armée , qui étoit même déjà ange en bataille. Le Vicomte de Turenne n'ayant donc point d'au- re parti à prendre que celui de la.

H

170 Histoire du Vicomte

Année retraite , retourne au plus vite fur j*jo. fes pas, fait quatre grandes lieues fans s'arrêter , gagne la Vallée de Bourg , & y faitrepofer fon armée, après avoir toutefois laifTé der- rière lui quelques cravates pour le venir avertir en cas que nous le pourfuivnTions , comme en effet nous le fîmes. Car le Maréchal du | PleiTis, ayant entrepris de forcer ï-e 1 j Dé? le Vicomte de Turenne à com ccmbw, battre, ou à repaffer la Meufe marcha après lui prefque toute la nuit, fi bien qu'à la pointe du joui le Vicomte de Turenne fut avert par" les cravates , que nous non avancions avec toute la diligena poflible, & que nous n'étions pa! fort éloignés de lui. Le Vicomte d( Turenne fort auffi- tôt de la Vallée, & prenant fur celle des deux hau leurs qui eft à gauche lorfqu'or vient de Rethel , fait encore dein grandes lieues , en fe retirant avec fon armée par un brouillard i épais , que nous ne le voyons nul- lement , quoique nous marchaf fions de l'autre côté du vallon , fui

DE TURENNE.Iîv,///. 17Î ia hauteur qui étoit à droite. Mais le foleil diflipant peu- à -peu le brouillard , fur les dix heures & demie , les deux armées , qui n'é- :oient féparées que par le vallon, le lécouvrirent l'une l'autre en même- ems. Le Vicomte de Turenne , pér- imant dans le defTein de fe retirer , continua fa route ; 6c le Maréchal lu Plefïis, réfolu de le combattre , >ourfuivit aufîi la fienne , marchant >lus d'une lieue durant fur une col- ine parallèle à celle étoit le Vi- omte de Turenne. Il paffa ainfi le illage de Semuyde &C le bourg de aint Etienne, les deux armées fe ôtoyant , tantôt à la demi-portée u canon , tantôt à la fimple portée u moufquet, félon que la vallée toit plus large ou plus étroite. Il herchoit quelque paffage aifé , par ù il pût aller attaquer le Vicomte Le Turenne, & il s'étoit déjà re- >enti plus d'une fois d'en avoir nffé d'aflez faciles , dans l'efpé- ance d'en rencontrer de plus com- jnodes qu'il ne trouvoit pourtant hoint ; lorfque voyant qu'il étoit Hij

ïji Histoire du Vicomte

 K N É E midi, &c qu'il n'y avoit plus gueres 1650. gue trois heures de foleil , il ré* folut de paffer le vallon de quel- que manière que ce fût , dans la crainte de ne plus retrouver le len- demain le Vicomte de Turenne , s'il lui lahToit la nuit pour fe retirer, Il fît donc faire halte à fon armée entre le bourg Saint Etienne & le bourg de Sommepy dans la plaine nommée le Blanc-Champ , com- manda qu'on la mît en ordre de ba taille pendant qu'il iroit reconnoî- tre le fond du vallon. Le Vicomte de Turenne , qui s'apperçut de ce mouvement , vit bien qu'il alloi être attaqué , &t qu'il ne pouvoit ab folument s'empêcher d'en venir aiu mains avec nous, quoique la parti< fût fort inégale. Il avoit un gran( avantage fur nous , en demeurant lu: la hauteur il étoit , puifque nou ne pouvions venir à lui qu'en mon tant; mais d'un autre côté notr< infanterie n'étoit point encore ar rivée , & il lui étoit avantageux d< nous attaquer avant que nous eu( fions toutes nos^ troupes enfemble

de Turënne.ZjV.77/. 173 ïl balança queique-tems ces deux A N N . 8 avantages; ck s'étant enfin déter- . 165©. miné à attaquer le premier , il parla le vallon : il s'avança dans la plaine de Blanc-Champ avec (on armée, ou plutôt avec ce petit corps de troupes qui lui tenoit lieu d'armée, & qui étoit compofé d'Allemands , de Lorrains & de François. Il n'a- voit que huit mille hommes en tout, & ils furent bientôt rangés en ba- taille. Il mit les Allemands à l'aîle droite , avec îe Sieur de Lavau pour les commander ; les Lorrains à 'aile gauche avec leurs Officiers ; Se les François au centre de ces deux ailes.

D'autre côté , le Maréchal dit Dîfpofïcïon Plefîls avoit auffi. rangé fon armée , <*e f^* j*

r r ' r\ Maréchal du

quoique toute ion intantene ne fut pieffis - praf- pas encore arrivée. Il avoit donné Iin« le commandement de fon aile droi- te au Marquis de Villequier, &: ce- lui de l'aile gauche au Marquis d'Hocquincourt , tous deux Lieu- tenans Généraux : &c il s'étoit mis au milieu de la première ligne , à la tête du corps de bataille. Il H iij

174 Histoire du Vicomte avoit avec lui les vieux régimens

A n.n e E . . . r - r

lé^o. Allemands, qui avoient lervi ious

le Vicomte de Turenne ; & fon

armée étoit de quinze à feize mille

hommes.

Turenne eft Les chofes étant dans cette dif-

defait a Rhe- ^ 1 1 >

&1 polition , les deux armées com-

mencèrent à s'approcher fort près l'une de l'autre. Le Vicomte de Tu- renne, à la tête de fon aile gauche, chargea l'aile droite du Maréchal du Plefïis : & de cette première charge, furent tués de notre côté le fils aîné du Maréchal du Pleffis & le Prince Palatin, du côté des Efpagnols* Il eft vrai que le Vi- comte de Turenne enfonça l'aile droite du Maréchal du Pleflis ; mais il lui fallut faire pour cela , de fi grands efforts, que fesefcadrons ne fe trouvèrent guère moins rompus que les nôtres : de forte qu'ayant été obligé de reculer pour fe re- mettre en ordre , le Maréchal du Plefïis eut aufli letemsde fe rallier: &: la contenance avec laquelle il fe préparoit à foutenir un fécond choc j faifant juger au Vicomte de

DE TuRENNE.Liv./77. 175

)^

Turenne, qu'il ne trouvèrent pasA moins de réfiftance qu'au premier, j*$o il fit mettre les deux lignes de L'aile il étoit, en une feule; & lyant fondu fur nous avec encore dIus de vigueur que la première fois qu'il nous avoit chargés, il rom- pit entièrement nos efeadrons , &C e rendit maître de notre canon, Vlais il n'en alloit pas de même 1 fon aile droite. Le Sieur de La- fau qui la commandoit , eut bien imelqu'avantage à la première char- ge furie Marquis d'Hocquincourt, jui commandoit la gauche de notre irmée; mais à la féconde charge , ryant été fait prifonnier , & les allemands qui étoient de ce côté- à , ayant pris la fuite , le Marquis l'Hocquincourt détacha un Offi- cier Général avec quelques efea- Irons après eux pour les pourfui- /re ; & ayant mené le refte de fon lîle viclorieufe au fecours du Ma- réchal du Pleffis , nous chargeâ- mes à notre tour le Vicomte de Iurenne avec beaucoup de vi- gueur : & ce fut-là que le fort de H iv

_ 276 Histoire du Vicomte

^nnée la bataille étant tombé , on com- l6î°- battit avec tout l'acharnement qu'on voit dans les combats les plus opiniâtres 6c les plus fan- glans. Les efcadrons de l'un 6c de l'autre parti furent plufieurs fois rompus , 6c fe rallièrent autant de fois , 6c revinrent toujours à la charge. Le Vicomte de Turenne fit un ravage effroyable dans no- tre armée avec fon canon char- gé à cartouches à la tête de fon bataillon. Mais le Maréchal du Pleflis , qui avoit l'élite de fes deux ailes, ayant encore joint fa féconde ligne à la première , tomba d'abord très-rudement fur le Vicomte de Turenne , 6c éten- dant enfuite fa droite 6c fa gauche autour de ce Général, l'enveloppa d'une ii grande multitude de trou- pes , qu'il fe trouva avec le feul la Berge , fon Capitaine des Gardes, au milieu de notre camp. Huit cavaliers qui le reconnurent vou- lurent fe faifir de lui ; mais en ayant mis quelques-uns hors de combat, il fe débarraffa fort vi-

DE TU RENNE. Llv. III. I77 _____ goureufement du refte. A peine A N N i g étoit-il fauve de ce danger, qu'il i6$o. fut arrêté par quelques autres de nos foldats , qui l'ayant vu aux prifes avec les huit cavaliers , ju- gèrent qu'il devoit être de l'armée ennemie; mais la Berge leur ayant ait qu'ils étoient de l'armée de France , & que ces huit cavaliers Soient des Allemands , qui ne les ivoient voulu tirerque parce qu'ils îe les connoiflbient point , ils laif- erent aller le Vicomte de Turen- îe, qui n'auroit jamais pu leur échapper s'il eût été obligé d'en fenir une féconde fois aux mains ; :ar fon cheval étoit bleffé de cinq :oups. Il marcha encore long-tems tu petit pas, & rencontra enfin in Officier de fes troupes qui lui )rêta un cheval , avec lequel il irriva à l'endroit il a voit rangé on armée en bataille. Les deux ignés avoient été entièrement •ompues : la cavalerie Lorraine & allemande étoit en fuite ^ fon irtillerie avoit été prife , 6c Dont 'Siftevan de Gamarre qui la com- Hy

__ 178 Histoire du Vicomte Jr~N t E mandoit fait prifonnier ; toute foi* 16 50. infanterie avoit j etté les armes bas y excepté le feul régiment de Tu- renne qui s'étoit fait hacher en pie-* ces, de forte qu'il fi'eut pas d'autre parti à prendre que celui de rame- ner les débris de fon armée. ïl fe retire II donna ordre qu'on menât dans. dans le Lu- \e Diidié de Luxembourg ce qu'on

acembourg. . r » 1

en pourroit iauver. Comme il ne reftoit pas encore une heure de jour , Û. que les troupes du Ma- réchal du Pleffis étoient extrême- ment fatiguées , le Vicomte de Turenne fut foiblement pourfuivi dans fa retraite ; & n'ayant perdu en tout que la moitié de fon armée , il retrouva encore quatre mille hom- mes qu'on lui ramena à Mont- medy , ville du Luxembourg, il fe rendit le lendemain du combat. II fe retira dans cette Place plu- tôt qu'à Stenay dont il étoit le maî- tre , afin qu'on ne s'imaginât pas qu'il voulût abandonner les Efpa- gnols par la mauvaife opinion qu'il pouvoit avoir du parti depuis la perte de la bataille > ce que TAr-

DE TURENNE. Liv.IIL ÎJÇ

hiduc Léopold ayant appris , il a n n é g ui en fut fi bon gré , qu'il lui en- l6î°» oya un pouvoir pour nommer à Qutes les charges qui vaquoient >ar la mort des Officiers qui voient été tués dans le combat, £pour donner aux troupes qui lui eftoient des quartiers en tel en- iroit des terres du Roi d'Efpagne [u'il voudroit. Il lui envoya même, >eu de tems après , cent mille écus ur la fomme qu'il lui avoit promi- e par le traité fait entr'eux. Mais e Vicomte de Turenne ayant re- u alors des lettres par lefquelles >n lui mandoit qu'on travailloit ortement à la liberté des Princes , l renvoya les cent mille écus , ne :royantpas pouvoir , avec juftice, >rendre l'argent des Efpagnols , lans un tems il eftimoit que on engagement avec eux alloit inir. En effet , le Cardinal Maza- in en avoit agi avec tant de hau- teur depuis la victoire de Rhetel, que fa fierté avoit réveillé la haine publique , de manière que la Reine voyant tout le monde réuni contre Kvj

180 Histoire du Vicomte

A n k é e lui •> fut enfin obligée à le faire for-

rff** tir du Royaume , &c à remettre les

Princes en liberté.

iifahfapaîx Turenne ayant appris cette

;rciaLritTe nouvelle à la Roche en Ardenne

es ) ex quitte

lesEfpagnols. il étoit, fe retira à Stenay , d'où il écrivit à l'Archiduc Léopold ; pour l'affurer qu'il ne fortiroit poinl de cette Place qu'il n'eût exécuté \ ce à quoi il s'étoit engagé par le

|:e ï^révrier. traité qu'il avoit fait avec les Ef-J pagnols ; à favoir , de ne point met' i tre les armes bas que la France ntûi \ offert à F Ef pagne des articles dt I paix jufles& raifonnables. Il écrivil \ aum* en même-tems au Prince (te 1 Condé , pour le prier de faire en- i forte que la Cour envoyât inceflam- i ment uneperfonne de confidératior j à Stenay , avec ordre d'y travailler à la paix , lui repréfentant que fans çâa il ne pouvoit fe retirer hon- nêtement d'avec les Efpagnols. Le \ Prince de Condé ayant follicité fortement cette afraire , la Reine Régente envoya à Stenay le Sieur de Croiffy, Confeiller du Parlement, & le Sieur Friquet y étant auflîyft;

N N E E

DE TlJRENNE. LiV. III. l8l

u de la part de l'Archiduc Léo- >old, le Vicomte de Turenne prefta l^u i fort la négociation, que la France bffrit d'abandonner la Catalogne , jle ne fe plus mêler des affaires du |loi de Portugal , 6c d'envoyer jiir la frontière le Duc d'Orléans, ivec un plein pouvoir de conclure a paix, fi les Efpagnols y vou- I oient aufîi envoyer l'Archiduc avec le même pouvoir. Mais le Roi jl'Efpagne refufa de le faire ; &le /icomte de Turenne l'ayant en j'ain follicité pendant deux mois >our cela, il fe crut fuffifamment : légagé d'avec les Efpagnols , de ibrte qu'après les avoir remerciés ivec toute la reconnoifTance pofli- )le de l'afîiftance qu'ils lui avoient lonnée , & des manières honnêtes rvec lesquelles ils en avoient tou- ours ufé envers lui , il partit pour Paris ; ÔC ayant appris en chemin que :es Princes &: plufieurs Grands du Royaume vouloient venir au de- vant de lui , il prit fi bien fes mefu- ires , qu'il arriva un jour plutôt qu'on KLelattendoit; pour ne pas recevoir Le m. M».-

181 Histoire du Vicomte

Année des honneurs d'un fi grand éclat à la l6)1' vue de toute la Cour , eftimant que ç'auroit été infulter en quelque ma-, ni ère à la foibleffe du Prince , forcé , aie bien recevoir au retour d'une, guerre il venoitde porter les ar- mes contre lui , que d'entrer d'une, manière d brillante dans la capitale! de fes Etats ; & que la Ma j efté royale , fi fort humiliée, exigeoit au moins \ la bienféance d'un air modefte dans j des fujets qui triomphoient fi vifi- 1 blement du Souverain. Si-tôt que : le Prince de Condé fut qu'il étoit j arrivé, il l'alla voir : le mena aui Louvre ; il l'anima à former des| vues pour les plus grands établiffe-1 mens qui fufîent dans le Royaume 3 1 lui proteilant qu'il s'emploieroit i avec chaleur pour les lui faire ob- 1 tenir r &: il 1 affura que {i jamais , Foccafion s'en préfentoit , il lui ren- , droit le même fervice qu'il venoit de recevoir de lui. Le Vicomte de Turenne répondit à ces honnê- tetés comme il le devoit ; & fans vouloir tirer aucun avantage du cré- dit de ce Prince pour fon utilité

DE TU RENNE. Liv. IlL l8|

irticuliere , il le pria feulement de a h n l 3 ire enforte que les troupes qui l65*» înoient de travailler avec tant d'ar- mrpour fa liberté, euflent de bons lartiers d'hiver.

Peu de tems après le Prince ** obtîe*£ î Condé fe plaignant de ce que Sedan?Se îfprit du Cardinal Mazarin ré- îoit toujours dans le Confeil , mal- é Ton éloignement, rompit ouver- ment avec la Cour , & fit tout ce i'il put pour engager le Vicomte Le* Juillet ï Turenne dans fes intérêts, of- int de lui donner Stenay , & pro- ettant de faire rétablir le Duc de )uillon dans fa Souveraineté de :dan. Mais la Reine , qui avoit icore la même autorité pour le ouvernement^ quoique le Roi it été déclaré majeur y voulant ifîi de f on côté gagner le Vicomte ! Turenne , fit pafter au Parlement ichange de Sedan , & par-là donna

dernière main à la confomma- on de cette grande affaire ; de •rte que le Prince de Condé Jetant dans fon Gouvernement de uienixe pour fe préparer à la

i?4 Histoire du Vicomte

Année guerre ; & la Reine ayant mem

lH^ le Roi à Poitiers, pour être plus;

portée d'obferver les démarches di

Prince de Condé , le Vicomte d<

Turenne , qui n'avoit plus aucur

lieu de fe plaindre de la Cour, parti

de Paris , & alla offrir fes fervice

à la Reine.

il accepte Comme le Maréchal d'Hocquin

îe comman- court avoit déjà été mis à la têt

Hoceqnuina-veC de ^mée , la Reine fit deman

co«t. der au Vicomte de Turenne , s'i

voudroit bien la commander con

jointement avec ce Maréchal. Oi

doutoit que le Vicomte deTurenn

voulût s'accommoder de cette aiTo

dation r mais ce Prince , entran

dans la néceiTité la Cour étoi

alors de ménager toutes les perfon

nés de fervice, ne voulut pas qu'or j

dégoûtât un homme de ce mérite- 1

, en le dépouillant tout-à-fait di y

commandement , & fe contenta di

le partager avec lui.

L'fpartîdu Cependant le Prince de Con-

Ptince de fortifioit de jour en jour fon

g^fefor" parti; & la Reine ayant fu qu'il

avoit fait un Traité avec les-Efpa-1

N N E »

"DE TURENNE. Liv. III. I S Ç

,ols, rappeila auprès d'elle le Can- nai Mazarin pour fe fervir de fes **! •nfeils , ÔC lui redonna ladminif- ition générale des affaires. Le tablirTement de ce Miniftre irrita telle forte le Parlement de Paris, t'il mit fa tête à prix , & que le uc d'Orléans fe déclara pour le ince de Condé , dans le parti du- lel entrèrent le Prince de Tarente , ; Ducs de Beaufort , de Nemours de Rohan , les Comtes de Tava- s & de Marfm , & plufieurs autres rfonnes confidérables , qui ayant des troupes chacun de leur cô- , trouvèrent moyen de faire une mée de quatorze à quinze mille >mmes , qu'ils menèrent aux envi- ns de Montargis.

Le Prince de Condé ayant ap- & il joîntfe is cette agréable nouvelle , partit Pamfans> iîi-tôt de Guienne , pour venir mdre cette armée , avec laquelle fe promettoit de défaire aifément lie du Roi , qui étoit fort infé- eure.

Le Roi avoit alors quitté Poi- Tu renne raa^ îrs , pour fe rendre à Saumur ve er£eai**

186 Histoire du Vicomte dans l'Anjou; & le Cardinal Maza rin ayant jugé à propos de mené la Cour le plus près qu'il fe poui roit de Paris , pour maintenir dar. le devoir cette grande ville qui dor ne ordinairement le branle au reft du Royaume , il fut réfolu qu'o : marcheroit , de Saumur l'o étoit , jufqu'à Gien en remontant 1 j Loire , pour s'afïurer des villes qi j font fituées fur cette rivière. Tour* j Amboife , Blois & toutes les autr< j Places donnèrent au Roi des ma ques de leur obéhTance ; & il n' eut que la feule ville d'Orléans qi lui ferma fes portes, à la follicifci tion de Mademoifelle , fille du Di | d'Orléans > qui l'y avoit envoyé exprès pour cela* Comme on appr< choit fort des quartiers de l'armé ennemie , le Vicomte de Turenn i fut chargé du foin de